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lundi, 22 février 2021

Vincent Lecarme

médecin,campagne,témoignage«  Sentiers de Vie. Récits d’un médecin de montagne »

Editions Glénat

«  Ma façon  d’aimer ma famille, mes amis, c’est d’exercer profondément ce sacré métier de médecin. Quand je me donne de tout mon être dans mon travail, c’est aussi à eux que je donne tout. Et c’est d’eux que je reçois tout. »  Une phrase qui en dit long sur la passion de Vincent Lecarme médecin de montagne pour son métier. Auteur du livre «  Sentiers de Vie. Récits d’un médecin de montagne » , il a eu l’opportunité à ses débuts de s’installer en Haute-Maurienne à Val-Cenis Lanslevillard en 1982.  C’est ce qu’il voulait, être loin de la ville, avoir son propre cabinet dans un endroit qui géographiquement et humainement  l’intéressait…

Spécialisé en médecine et biologie du sport, médecin pompier volontaire, médecin correspondant SAMU, pour lui être médecin de montagne, c’est être amené à tout voir, même ce qui dépasse l’imagination. A présent à la retraite, il aimait l’esprit de groupe et la solidarité qui régnait notamment lors de moments délicats comme les avalanches ou les décès difficiles. Dans ce livre, il insiste sur l’importance du décor au sein de sa région et son bonheur de contempler le paysage tout en exerçant sa profession. «  A l’hôpital en regardant les radios, on se mettait près de la fenêtre, en regardant aussi les montagnes derrière »…

De garde permanente pendant de longues années, il explique l’évolution de la médecine durant ses 35 ans de carrière ( matériel et formation de plus en plus sophistiqués, médicaments de plus en plus nombreux…)   ) et  ce qu’il reproche à la médecine de ville tout en disant avoir beaucoup d’estime pour ses collègues : manque d’autonomie, trop de protection, hôpital trop près (là où il exerce, pas d’hôpital à moins d’1heure avec ni spécialiste, ni pôle d’urgence sur place…), changements de médecins comme de chaussettes pour les patients. Etre médecin de montagne peut s’apparenter selon lui à une sorte de  sport d’endurance entraînant une excitation permettant de tenir un rythme parfois endiablé demandant d’être constamment disponible que ce soit pour les petits riens comme pour le pire. Ceci en s’adaptant aux éléments de la nature, aux rythme des saisons avec une tenue vestimentaire toujours adéquate particulièrement de bonnes chaussures.  D’après ses dires, ce métier comparé à la médecine de ville permet sûrement une relation plus privilégiée avec les patients qui ne sont pas tous, ni tout le temps uniquement des patients. Il a aussi parlé sciemment des soins qu’il a lui-même reçus, histoire d’installer une meilleure proximité avec les lecteurs et de montrer qu’un médecin est lui-même un patient  qui naît et meurt comme tout le monde.

Vincent Lecarme impressionné par les histoires de montagne et les légendes  de l’écrivain Charles-Ferdinand Ramuz a toujours aimé écrire, peindre, le piano, les randonnées, et a souhaité avec l’écriture de ce livre laisser une trace pour sa famille et pour informer ses collègues sur cette forme de médecine. Et aussi pour parler des gens de la montagne dont on a selon lui une fausse idée. Une vision assez poétique et sacrificielle de la médecine dans un style agréable avec des exemples parlants de soins prodigués… 

Agnès Figueras-Lenattier

mercredi, 17 février 2021

Le pansement Schubert

musique,thérapie,interviewmusique,thérapie,interviewClaire Oppert fille d’un père médecin et d’une mère danseuse, manie le violoncelle avec une grande dextérité et donne notamment des concerts à travers le monde. Détentrice d’une licence de philosophie et d’un diplôme d’art-thérapeute, reconnue par le monde scientifique, elle se sert de toutes ses compétences pour soulager la douleur et l’anxiété des autistes, des déments, des malades douloureux, des personnes en fin de vie. Elle a écrit un livre riche et imagé «  Le pansement Schubert » où elle évoque son expérience de « soignante » en y intégrant le récit de rencontres avec ses divers patients… Elle travaille notamment à l’hôpital Rives de Seine à Puteaux, et à l’hôpital sainte Perrine à Paris

 

Quels sont vos souvenirs de votre premier contact avec la musique?

La musique était très présente au sein de notre famille et mon père était tout à fait conscient de son pouvoir thérapeutique. C’était naturellement inclus dans sa vision des choses. Avec aussi le théâtre. Mes parents n’étaient pas des professionnels de la musique mais tous deux des amateurs éclairés qui jouaient du piano. J’ai été bercée dans cet univers médical à travers cet instrument et ma première vraie rencontre choc c’est lorsque j’ai entendu le violoncelle pour la première fois.  Je suis allée au concert bien avant l’âge de 8 ans, et c’est là que j’ai eu une sorte de révélation, comme un gros coup de foudre pour cet instrument. Mon père et ma mère de par leur profession et leur façon d’être m’ont de toute évidence inspirée… 

 

Pourquoi le violoncelle en particulier?

C’est l’ instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine et c’est cela qui m’a touchée lorsque je l’ai entendu la première fois. Avec mes 20 ans d’expérience, j’insiste toujours sur cet aspect qui m’a attirée petite et qui m’attire toujours.  D’ailleurs encore très récemment, une patiente m’a dit «  J’ai l’impression que votre violoncelle est un être humain qui me parle ». 

 

A quel moment avez-vous su que vous étiez faite pour vous servir de cet instrument comme moyen de soulager les malades?

Dès mon premier concert.  Un auditeur est d’ailleurs venu me voir et m’a dit «  Si vous aviez été médecin, vous m’auriez soigné…Ça a été le coup de tonnerre, comme une évidence.Vraiment très jeune, je suis allée jouer par çi par là. C’était complètement intuitif, ce qui ne m’:empêche par ailleurs d’^être concertiste. La forme actuelle cadrée est venue progressivement. Il y a d’abord eu la rencontre avec Howard Buten et les autistes, puis ensuite les études avec l’acquisition d’outils et la possibilité de pouvoir entrer dans un protocole et conceptualiser. Cela m’a permis de faire des fiches d’observation mais ce travail je le faisais déjà quand j’avais 15 ans et que j’allais jouer pour les enfants atteints de trisomie 21 ou les personnes  démentes. Quelque part, je faisais la même chose qu’aujourd’hui. 

 

Selon vous est-ce que le violoncelle est l’instrument le plus propice à soulager les patients? 

Tous les instruments peuvent apporter quelque chose, mais ce qui est important aussi c’est la façon dont on va apporter la musique, et les compétences générales. C’est évident également que le violoncelle ou la harpe ou la voix humaine  peuvent s’adapter davantage à des contextes dans lesquels j’évolue comparé par exemple à un trombone.  Je m’adapte aussi beaucoup notamment au niveau du volume. Parfois, je joue très fort notamment pour les personnes dotés de problèmes auditifs. Mais je suis aussi capable de jouer très doucement pour ne pas heurter les patients. Et pour que les décibels ne soient pas trop nombreux. Parfois, les patients me disent qu’ils sont fatigués, parfois ça peut être juste des tonalités émotionnelles. «  Oh là là, je vous ai entendu à travers la porte, c’est trop triste ce que vous faites, je préfère que ce soit plus gai. Ça rejoint l’idée de la musique vivante non enregistrée. Il y a la question du répertoire et avant d’aller à la rencontre de tous les patients en soins palliatifs, j’ai des transmissions de l’équipe soignante avec des informations sur le malade, notamment sa pathologie mais pas de façon très détaillée. .Aussi sur son origine, ses goûts. Ce sont soit des médecins, soit des infirmières, tout membre de l’équipe pluri-disciplinaire dont je fais partie. Il est important de mentionner que je ne suis pas une animatrice, je ne viens  pas faire un concert à l’hôpital. C’est une posture particulière à visée thérapeutique. Je joue aussi pour les personnes dans le coma. Ca fait l’objet d’une des études que je suis en train de mener  pour les familles à Puteaux sur le souffle des patients qui est modifié massivement. On l’a observé sur des patients sédatés ou qui sont dans un degré profond de coma avec des troubles de la vigilance. La musique continue de toucher mais dans des proportions très impressionnantes.  Je me suis occupée d’un homme chanteur de fado qui n’était pas dans un  coma profond mais dans une phase pré agonique. Il a été très impliqué toute sa vie dans la musique, a sorti des CD. On avait chanté ensemble et la semaine suivante sa femme et sa fille très affectées m’ont dit qu’il ne s’était pas réveillé. Elles m’ont demandé de le stimuler par tous les moyens possibles de le stimuler et j’ai commencé à jouer le fado  de ce chanteur. IL  a ouvert les yeux, a même levé légèrement le pouce, et a émis quelques bruits comme s’il chantait. Un léger sourire est apparu sur son visage  et ces deux femmes pour qui ce fut une joie extraordinaire m’ont chaudement remerciée. Elles ont eu le sentiment qu’il avait été en vie une dernière fois et cela leur a permis de prendre congé.  Et c’est souvent ce qui ressort. Je suis très engagée en tant que violoncelliste mais aussi en tant qu’art thérapeute et chercheuse. Je fais partie de groupes de recherche cliniques avec des professeurs de neuro-science, de médecine. Bien évidemment, je ne guéris pas les cancers ni les douleurs rebelles mais je travaille avec des gens qui ont déjà des doses de morphine bien adaptées permettant à Schubert d’agir. Il existe des diminutions radicales de la douleur sur des patients déja  pris en charge. C’est un complément et cela s’adresse à ce qui est en dehors de la pathologie, à la partie saine.  Notamment pour les personnes démentes ou Alzheimer qui ont en eux une présence qui subsiste ,parfois extrêmement ténue. Même si c’est le dernier souffle il reste quand même la vie. Elle est là et parfois, elle redouble d’activité.  De grands penseurs comme Michel M'uzan ont parlé de ce phénomène. Il existe  parfois une exaltation , une sorte d’appétence relationnelle qui renaît justement dans les derniers instants, les derniers jours avec l’ouverture de la musique.  Un contexte très clinique avec la mise en place de choses absolument extraordinaires…

 

Vous parlez dans votre livre du mot vibration qui revient très souvent d’après 450 paroles de patients!

Quatre mots sont vraiment prononcés très souvent. Vibration oui, car le violoncelle est un instrument extrêmement vibratoire. C’est pour cela qu’il pénètre les corps avant d’arriver à la tête. On le ressent plus qu’on ne le comprend dans un premier temps. Il y a aussi le mot coeur qui se devine vraiment chez les patients. Ils le montrent avec un mouvement de la main qui va du bas vers le haut, qui s’arrête au coeur. Le mot joie revient également souvent. Evidemment la musique n’enlève pas le tragique, mais souvent elle fait naître une joie résiduelle réelle quelquefois difficile à saisir. C’est propre aux soins palliatifs, propre au regard global posé sur un patient. Celui-ci est avant tout une personne avant d’être un malade et la musique l ‘atteste et en témoigne. C’est très fort.  Quatrième mot  : vie.  Des gens qui en fin de vie disent «  Je ne savais pas que c’était si vivant, là je sens la vie et ça me donne l’envie de vivre. C’est très fréquent que les personnes rejoignent une partie d’eux-mêmes vraie et lumineuse.

 

Quel que soit le genre de maladie, la musique agit-elle  de la même façon?

Je pense que ce sont d’abord les personnes qui sont plus ou moins réceptives à la musique. Et cela n’a rien à voir avec le fait d’en avoir ou non fait ni de la connaître.  Ce n’est pas non plus  lié à la pathologie car des expériences similaires sont menées auprès d’anorexiques, dans les milieux carcéraux, en psychiatrie. Ce qui va faire la différence c’est l’adaptation.  Certains des grands autistes par exemple avec qui j’ai travaillé étaient particulièrement sensibles à la musique et à la vibration vocale. D’autres étaient sensibles à d’autres formes. Il y en avait un qui était extrêmement olfactif. Il  sentait tout et  se repérait dans le monde par le biais de  son odorat. Il a été plutôt orienté dans un atelier sensoriel. Ce n’est pas la pathologie la partie dominante car j’ai travaillé avec des patients atteints de surdité totale. J’ai eu une rencontre incroyable que je n’ai pas citée dans mon livre en Ehpad avec une patiente âgée, démente et sourde e à 100% depuis 30 ans. Elle ne voulait plus vivre et avait décidé du jour de sa mort. 5 jours avant la date fatidique , elle avait fermé les yeux, les mains et ne s’alimentait plus. Sa famille m’avait dissuadée de jouer et ses proches  ne communiquaient qu’avec une ardoise. Or en fait lorsque j’ai joué pour elle, c’était faramineux. Elle a entrouvert les yeux, et la famille était carrément en état de choc heureux. Elle a aussi déserré les mains , a même parlé et a dit quelque chose de très drôle : «  Vous avez joué,  maintenant vous devriez aller à la cuisine ». Elle est décédée quelque temps après et son départ était totalement différent . La musique avait touché quelque chose en elle lui permettant cette dernière communication et cette incroyable réaction. Je lui avais joué «  La vocalise » de Serge Rachmaninov. Donc même là où il y a surdité, il peut y avoir réaction…

 

Il y a quand même des gens plus ou moins réceptifs!

Oui, et parfois on ne sait pas. C’était la grande question d’Howard Buten. Que ressentent ces autistes? Comment appréhender le ressenti qu’ils ont puisque nous on n’est pas autiste. Il disait toujours "Quelle est la différence entre leur souffrance et la nôtre?"  Il peut y avoir un déferlement de sensations qui ne ressemblent en rien à celles d’une personne qui va s’assoir dans une salle et qui écoute une symphonie. Un jour, un autiste a cassé mon violoncelle. Pourquoi? Qu’est-ce qu’il a perçu qui a engendré ce geste?  Il y a une étude un peu grossière qui disait «  Quand un autiste entend, il ne voit pas. » On avait remarqué en mettant des électrodes que quand on montrait une image à de jeunes autistes profonds et qu’à ce moment là un bruit se produisait ils ne voyaient plus et réciproquement.  Quand ils entendaient la musique et qu’on leur passait une image ils n’entendaient plus.  C’est vrai que neurologiquement, toutes les sensations ne sont pas particulièrement objectives et vécues comme cela peut être le cas lorsque l’on est dit «  normaux ». Je fabriquais justement  toutes sortes de bruits qui faisaient que cela pouvait être compris comme de la musique. Je tapais le violoncelle avec la baguette, je créais des crissements, des hurlements avec mon instrument. Ce que l’on appelle des modes de jeux ressemblant plus à des freins de voiture qu’à des harmonies musicales… L'on peut partir de sons parfois peu agréables pour faire un travail thérapeutique amenant vers quelque chose de plus apaisé.

 

Pourquoi Schubert tout particulièrement?

Cette première rencontre en 2012 très frappante où l’on assisté à cette radicale diminution de la douleur de Madame Kessler lors d’un pansement a inspiré et donné son nom à l’étude clinique «  Le pansement Schubert »  : 112 soins douloureux sur des patients en fin de vie. Au départ en hommage à cette femme  que j’ai accompagnée  jusqu’à sa mort. Elle était en Ehpad et a ensuite été transférée en soins palliatifs et je lui ai joué Schubert jusqu’au bout.  En dehors de cette rencontre, il y a le fait que Schubert possède en lui quelque chose de profondément humain. C’est un compositeur qui a réalisé énormément de leaders, plus de 600 et qui en quelque sorte a toujours mêlé la parole à la musique avec de la mélancolie. Sa recherche s’adresse toujours à un voyageur, englobe de la solitude, de l’errance, un récit de vie. On trouve aussi chez ce compositeur la quête d’un ailleurs supposé meilleur et cette obsession de la mort. Ce n’est pas un hasard si Schubert a cette capacité de diminuer la douleur mais c’est vrai aussi pour Bach, Beethoven, Mozart et toute la musique sans exception. Il y a peu de temps, une personne m’a demandée de lui jouer «  La jeune fille et la mort ». Elle ne voulait écouter que cette pièce là. Je regardais cette femme qui avait 94 ans et je me disais qu’elle incarnait tout à fait la jeune fille et la mort… Elle avait quelque chose dans sa demande qui était très juvénile. 

 

Est-ce que c’est arrivé qu’une personne ne supporte pas telle ou telle musique?

Oh oui. Ou alors beaucoup plus drôle encore une réflexion du genre «  Oh là là ça ne ressemble pas du tout. Il m’arrive par exemple quand on me demande du Jonnhy Halliday de ne pas prendre le bon tempo car je ne connais pas. Le tempo est beaucoup trop lent et parfois j’ai des critiques très drôles. J’ai aussi eu une patiente Madame Block qui ne voulait pas de musique craignant que cela lui procure trop d’émotions.  Elle préferait écouter à la porte pour ne pas être trop touchée.  Parfois  les larmes coulent  même si la plupart du temps c’est cathartique. Une reconnaissance s’établit  «  Merci de m’avoir permis de pleurer." Il faut traverser cette tempête  pour qu’à un moment donné l’apaisement surgisse. J’ai eu une réflexion amusante aussi d’une personne qui me demandait de faire le tri car toutes sortes d’émotions ressortaient. Le gai, le triste et elle désirait  que je fasse ressortir uniquement le gai. 

 

Justement la musique est sûrement celle qui parmi toutes les thérapies artistiques fait le plus appel aux sens!

Oui absolument et surtout sa grande force c’est de faire appel au sens auditif mais pas à l’intellect. Par exemple le fait de contempler un tableau demande déjà de pouvoir le regarder . Or les personnes qui ont les yeux fermés ne comprennent rien même pas les mots. La musique n’a pas besoin de mots car elle fait naître des sensations, des idées à un niveau d’intériorité qu’aucun langage ne peut atteindre. Et puis, encore plus fort que de toucher les sens, le fait de passer d’abord par le toucher. Tous les grands autistes ont touché mon instrument, et en absorbaient la vibration. Cela arrive que certaines personnes demandent à mettre la main sur le bois de l’instrument pour le sentir encore plus vibrer. On est effectivement dans un très grand élargissement sensoriel. 

 

Sait-on pourquoi parfois cela ne marche  pas?

C’est arrivé que ce soit difficile de mesurer une réaction mais en tout cas il n’existe aucune dégradation de l’état. Par exemple, c’est diffilcile de se rendre compte de l’effet sur des patients lors de comas profonds. Mais dans la majorité des cas, il existe une amélioration, une réaction, une détente. On l’observe au niveau de la relaxation musculaire, du pli du front, de la respiration. Ça m’est arrivée de jouer pour un patient vraiment en état de mort clinique un peu comme une dernière chance et il n’a pas réagi. C’est quand même une responsabilité. Est-ce parce qu’il n’avait plus de connexion pour pouvoir capter puisque l’on sait que la contrestimulation musicale stoppe l’influx de la douleur,. Les neurosciences mettent en lumière de plus en plus tout cela de façon évidente. Il est rare qu’il ne se passe rien, à cause de la part de suggestion. Ceux qui font le pansement Schubert y croient à fond. Ils chantent, dansent avec le patient. Cette suggestion positive augmente les chances de réussite. Tout est fait pour que ça marche et les soignants qui ne sont pas sensibles ne le font pas. Le patient lui-même est d’accord, c’est le moteur du soin même si parfois certains malades refusent. Cette dame qui m’a envoyée sur les roses en hurlant « sortez de ma chambre. Parfois il  peut y avoir au départ un mécanisme de défense et puis quand on repose la question, quand on parle un peu, ceux qui ont refusé le plus fortement sont ceux qui réagissent le plus. Une fois, avec une patiente j'ai du arrêter car la musique  l’envahissait trop et elle ne le souhaitait pas. 

 

Vous arrive t-il de vous dire que vous avez pu nuire à une personne? 

Oui justement pour cette patiente  qui avait réagi avec ce torrent de larmes. Ceci de façon tellement massive que je me suis demandée si je n’étais pas en train de la faire souffrir. Je ne suis pas toujours convaincue, pas du tout. Mais cette patiente avait fini par être apaisée. Après, j’ai posé mon violoncelle, j’ai essayé de la faire revenir sans instrument et en parlant. Il faut s’adapter. Je peux parfois juste parler et chanter. Une patiente m’a dit une fois «  je ,ne veux pas de musique, je veux bien parler. On a parlé une dizaine de minute et elle m’a dit «  J’ai l’impression que l’on fait de la musique toutes les deux ». La musique ce n’est pas juste un air de Beethoven, il y a tout un travail derrière.  C’est une conversation qui peut devenir quelque chose d’harmonieux, et de musical. En tout cas c’était le ressenti de cette patiente. Quand il y a échec,  je ne suis pas fâchée car je ne voudrais pas que l’on me dise «  Ca marche trop bien ».  Quand quelqu’un m’envoie balader, je suis contente car cela montre que parfois ça ne fonctionne pas. Parfois ce n’est pas évident et c’est vrai qu’il y a des moments où je doute un peu.  Notamment pour les personnes dans le coma. Je ne sais pas si ça leur fait plaisir et je me demande si elles auraient dit oui en étant conscientes. C’est important d’être dans le respect de la personne. 

 

Vous avez fait une licence de philo et donc étudié quelque peu l’histoire de la musique à travers le temps!

C’est effectivement une question qui m’intéresse beaucoup. J’ai même fait une maîtrise de philo mais comme je suis partie à Moscou, je ne l’ai pas soutenue. Donc je ne pouvais pas dire que j’avais le diplôme, mais j’ai fait 2 ans de maîtrise plus une maîtrise sur l’esthétique, philosophie de l’art. C’est incroyable d’ailleurs car les références à la musique remontent à la Bible. Chez les anciens Hébreux c’est la harpe et la lyre de David qui permettait d’apaiser les crises nerveuses de Saül le premier roi d’Israël. Les Grecs en ont beaucoup parlé aussi notamment Aristote. On dit d’ailleurs dans la mythologie qu’Asclépias donc Esculape considéré comme le dieu des médecins ordonnait souvent  à ses malades de lire des poésies et de chanter des chants. 

 

Est-ce que le fait d’avoir étudié cette histoire de la musique  peut aussi jouer dans votre manière de soulager ou pas?

En tout cas cela peut jouer dans ma façon de comprendre ce que je fais et d’essayer d’appréhender. J’ai passé beaucoup d’années à la Sorbonne, ai énormément aimé surtout la philosophie ancienne , la philosophie grecque aussi. Ma compréhension a grandi. Je ne sais pas si le fait d’avoir rédigé cette maîtrise en philosophie  de l’art  permet une relation soignante thérapeutique, mais c’est un enrichissement de ma personne et de mon rapport à ce que je fais. 

 

Vous avez un diplôme d’art thérapeute. Quelles sont les choses essentielles que vous avez apprises lors de cette étude?

J’ai appris à conceptualiser. Howard Buten m’avait fait jurer de ne rien apprendre, mais j’ai finalement levé cette interdiction avec sa bénédiction pour aller étudier. Cela m’a donné des outils pour une approche plus scientifique mais qui n’a pas changé ma façon de travailler. Mais avec ce diplôme j’ai des outils me permettant de pouvoir prouver, mettre en forme, et mesurer,avec une analyse, et des systèmes d’observation. Ça m’a permis de mener des recherches cliniques avec des professeurs et d’être invitée dans des congrès. Ceci pour pouvoir rendre compte de  mon travail de la façon la plus scientifique possible et  de montrer la difficulté de mesurer l’émotion. Cela m’a ouvert les portes des facultés de médecine puisque je suis appelée régulièrement pour donner des cours aussi bien aux étudiants qu’aux médecins dans plein de DU différents.  C’est une démarche qui peut rentrer dans un cadre soignant. C’est fondamental pour moi, non pas dans ma pratique mais dans la reconnaissance. Par exemple, je travaille maintenant avec un groupe lié aux soins palliatifs dans la reconnaissance de ce type d’apport dans  la loi Léonetti . Ça fait partie d’une approche globale en prenant en compte la sensation, l’émotion, la relation, l’expression, la communication.

 

Vous faites de concerts à travers le monde. Par rapport aux soins les différences?

Quand je suis auprès des malades, j’élargis beaucoup ma façon de jouer. J’adapte ma technique, mon volume, mon répertoire, je joue des extraits, des bouts de symphonie et je prends une grande liberté par rapport au répertoire pour que la musique devienne un pont vers la personne et non plus une réalisation artistique en soi. Quand je suis en concert,  je concentre mes forces pour être  dans une interprétation la plus proche possible du compositeur et de l’ensemble des personnes avec qui je joue. Toute cette pratique nourrit mon rapport à la musique, mon rapport en général à toute chose.

 

Que vous a apporté l’écriture de ce livre?

L’écriture représente la musique se trouvant dans les mots et c’est quelque chose qui me parle. J’aime énormément lire notamment de la poésie. Pour moi, c’était vraiment un cadeau de pouvoir mettre en mots toutes ces expériences et cela représentait également un énorme défi d’arriver à trouver l’angle juste.  Je l’ai écrit en 3 ans, je ne faisais plus que ça. Cela m’a apporté le bonheur de voir les lignes de force de ma vie plus clairement. 

 

Parfois lorsque vous êtes triste vous prenez votre violoncelle et ça va mieux!

Ça peut arriver. Mais c’est vrai aussi de la poésie, la musique du silence. J’aime particulièrement Christian Bobin. Il m’inspire beaucoup et quand je suis triste, je vais plus naturellement lire de la poésie en particulier Christian Bobin. Quand je joue du violoncelle, j’ai un regard critique, celui de la déformation professionnelle et je suis trop dans une analyse de ce que je fais, de ce qu’il faudrait améliorer. D’ailleurs quand il y a soi-disant des musiques relaxantes, je ne trouve pas du tout qu’elles le soient. Elles sont  tellement répétitives et j’analyse leur pauvreté. 

 

Ce qui est important aussi c’est l’humeur dans le soin!

Absolument. Mais je trouve aussi que la force de ce travail c’est que si par hasard je suis triste ou soucieuse, ce partage qui va vers un mieux-être de la personne  malade  m’aide aussi à me sentir mieux. Ce n’est pas quelque chose à éviter, c’est une gratification. C’est pour cela que je dis toujours merci et ce n’est vraiment pas par politesse car je suis toujours mieux même si je suis très fatiguée. Au terme d’une grande journée, j’ai reçu plein de lumière, de paroles et cela remet du sens à ma vie. C’est thérapeutique pour moi aussi. Howard Buten disait «  so good to be good »… 

 

Sinon y a t-il des choses que vous aimeriez faire, que vous n’avez pas expérimentées?

Certainement. Mais même s’il  y a beaucoup de paroles qui remontent et qui sont les mêmes dans la bouche de tous ces patients, je trouve que c’est nouveau à chaque fois. Je ne ressens pour l’instant aucune routine, aucune lassitude.  C’est un peu ma nature, je suis un peu comme ça dans la vie.  C’est pour cela que j’aime tellement Bobin, qui se réjouit aussi de choses très simples.  Même si bien évidemment, ce n’est pas toujours simple de jouer pour une personne qui va mourir…

 

 

Vous semblez ne pas avoir de frustrations!

Si quand je ne peux pas jouer ce que l’on me demande. Ça m’arrive régulièrement.  L’autre jour, il y a un patient qui m’a demandé de jouer du Rolling Stone. Un titre précis que je ne connaissais pas et je n’y arrivais pas. Parfois, je cherche aussi sur Internet pour voir si je ne peux pas trouver une partition. Ce qui me frustre c’est de ne pas connaître une musique alors que ça paraît évident. Souvent tout le monde se met à chanter, et moi je ne connais pas. Je n’ai pas une culture de la variété très développée, et je ne peux pas toujours répondre à une demande précise.  Mais en réalité, les gens sont toujours contents.  A ce propos une anecdote amusante me revient en tête . Un jour je n’arrivais pas bien à comprendre une patiente qui me disait à la fin «  Tcheklundi. » Je ne connais pas du tout lui ais-je rétorqué, mais je vais le marquer et la semaine prochaine je vous l’apporte. Elle éclate de rire et me dit «  Non, je vous demandais si vous veniez chaque lundi… " L’on a fait que rire pendant toute la séance tellement c’était drôle… 

 

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 27 janvier 2021

Patrick Laure

grossesse,sport,interviewPatrick Laure est médecin de santé . Il a écrit plusieurs livres sur les bienfaits de l’activité physique et connaît bien le sujet  «  Activité physique et grossesse ». Il a organisé en collaboration avec des sages-femmes un premier colloque "Grand Est Activité Physique et grossesse" qui  a eu lieu en novembre 2018. Si la COVID le permet, un deuxième devrait avoir lieu en mai 2021. Patrick Laure évoque ce  sujet encore assez tabou de manière générale…

 

Vous développez des actions de promotion de l’activité physique pour la femme enceinte dans le Grand est. Quelles sont-elles?

Les femmes enceintes pratiquant une activité physique ne sont pas très nombreuses (environ 1 sur 5) et il est important de developper ce secteur. Il faut ensuite mettre en place un conseil auprès des professionnels de santé ce que j’ai fait en Martinique et dans le Grand Est auprès des sages-femmes. Et puis developper l’offre. Une femme enceinte doit pouvoir  faire une activité physique voire sportive encadrée au sein d’une structure. Mais c’est beaucoup plus compliqué à mettre en place qu’une offre pour le grand public. D’une part, la grossesse ne dure que 9 mois et d’autre part, souvent les femmes n'ont pas trop le temps de s’occuper d’elles-mêmes. Il faut donc s’adapter. Les femmes enceintes travaillent pratiquement jusqu’au bout et donc en journée elles ne peuvent se libérer.  Et lorsqu’elles le  peuvent en soirée,  souvent les créneaux sont déjà pris . Et puis, pendant ces neuf mois, il peut y avoir des freins à l’activité physique comme les nausées, les vomissements qui ne donnent pas envie aux femmes enceintes de bouger. Sans compter les réticences de l’entourage proche inquiet qui peut dissuader la femme enceinte de pratiquer…  Quelques endroits  existent comme à Obernai en Alsace, à la maternité de Nancy avec un club sportif qui propose une activité physique, à  l’hôpital universitaire de Strasbourg…

 

En novembre 2018, vous avez organisé le 1er colloque du Grand Est «  activité physique et grossesse ».  Comment s’est élaboré le projet?

Cela fait plusieurs années que je travaillais avec des sages-femmes notamment dans la Meuse. L’on avait élaboré un petit guide à la fois pour des professionnels de  santé, des acteurs du sport pour l’accueil des femmes enceintes et l’on voyait bien qu’il y avait des choses à faire dans ce domaine.  J’ai regroupé les sages-femmes que je connaissais avec d’autres et l’on a décidé d’organiser un événement ponctuel qui parle un peu du sujet. Et qui casse un certain nombre d’idées reçues. Il faut que la femme enceinte  bouge et le repos n’est absolument plus de mise y compris d’ailleurs dans la majorité des cas  lorsque la grossesse est compliquée.  Les universitaires doivent tenir ce genre de discours. 

 

Existe-il à l’heure actuelle des formations pour les sages-femmes? 

Dans le Grand Est, c’est une réflexion fortement en cours en sachant que l’on parlerait là de formation continue.  Le Collège National des sages-femmes a fait de l’activité physique l’un des thèmes centraux de ses 19ème journées nationales. .  L’université de Lorraine comprend un département de maïeutique avec un cursus de formation des étudiantes sages-femmes. Celui-ci comporte des heures d’enseignement consacrées spécifiquement à l’activité physique en périnatalité dont je suis chargé. 

 

Quelles sont les initiatives sur le sujet?

Actuellement,  pas grand chose. Il y a un an le Ministère des Sports voulait  développer ce domaine pour les sportives de haut niveau. J’avais été contacté à l’époque et j’avais dit "Sportives de haut niveau certes mais elles ne sont pas très nombreuses en France et il faudrait aussi faire un groupe de travail pour les femmes enceintes de tous les jours", ce qui a été fait. Il en est résulté un petit guide dédié aux femmes enceintes qui aurait du être distribué en septembre dernier mais le COVID a tout bloqué. Dès que possible, aura lieu une campagne de promotion de l’activité physique lors de la grossesse et  la diffusion de ce guide…

 

Il existe énormément d’idées reçues sur la grossesse sportive. Comme les fausses couches, la prématurité, la petitesse des bébés…

Ça n’est absolument pas avéré mais il faut parler d’activité physique, c’est à dire avec une intensité modérée.  On n’est pas dans du sport de haut niveau et l’on a d’ailleurs pour l’instant peu de données sur le sujet.  La majeure partie des études datent d’il y a une quinzaine d’années.  Du reste à la grande surprise de tout le monde, ces études ont montré qu’il existait au contraire tout un tas de bénéfices apportés par l’activité physique.  Notamment lorsque l’on  a des difficultés à concevoir avec une fertilité peu développée. En 2019  après avoir étudié des femmes en traitement pour infertilité ou syndrome d’ovaire politique, on a montré que les femmes actives avaient un taux de grossesse supérieure aux autres.   Le taux moyen de prématurité lorsque l’activité physique est modérée est exactement le même que dans la population générale.  Avec une constatation que chez les femmes enceintes obèses , le risque pourrait être diminué.  La taille de naissance n’est pas changée non plus et en outre, D’autre part, on a aussi pu vérifier l’impact de l’activité physique sur le nouveau-né. L’on a ainsi découvert qu’en matière de neuro-développement, les bébés de femmes actives à quelques jours de vie avaient  des capacités supérieures pour s’orienter et réguler leur état émotionnel après un bruit. Avec une plus grande capacité de discrimination sonore de mémoire auditive avec des scores psychomoteurs à 12 ans plus élevés.  L’activité physique, environ 30 mn par jour même s’il faut  l’adapter en fonction des trimestres permet un bon fonctionnement cardio-vasculaire, le maintien de la masse musculaire, améliore la qualité du sommeil avec un effet préventif sur la prise de poids ce qui permet de lutter notamment contre le diabète gestationnel. Les risques d'’hyper tension gravidique, d’incontinence urinaire, de pré éclampsie, de perte d’identité osseuse, de douleurs lombaires, d’anxiété sont moindres. On se rend compte depuis quelques années que lorsque les femmes enceintes sont obèses et atteintes d’un diabète gestationnel,  l’activité physique permet justement de servir d’adjuvant thérapeutique. Il n’y aura pas de guérison,  mais cela va permettre d’améliorer les effets d’un traitement médicamenteux. 

 

Tous les sports peuvent-ils être pratiqués?

Il existe deux courants de pensée. Certains vont vous dire que tel sport est formellement interdit, d’autres diront que chaque discipline peut être adaptée. Personnellement je me situe plutôt dans  la deuxième catégorie.  Par exemple le judo fait en général partie des activités à prescrire.  Or on peut dire à une femme judoka « Tu fais ce que tu veux au premier trimestre et après tu adaptes ton activité sous forme de tais qui est la forme adaptée du judo pour les femmes âgées, malades. »  Cela lui permet de monter sur le tatamis, de mettre son kimono, de rester dans son club et de ne pas se sentir exclue.  En revanche, dans certains cas, il peut y avoir des disciplines auxquelles il est préférable de renoncer. Ainsi une femme qui n’est pas sportive du tout qui viendrait en disant « Je veux faire du cheval pendant ma grossesse », j’aurais tendance à lui dire que ce n’est pas le moment. En revanche, une femme cavalière qui a un bon niveau, qui connaît son cheval, qui est expérimentée c’est différent. C’est vraiment au cas par cas.  Une interdiction formelle et majeure même si certains le réfutent un peu c’est la plongée sous-marine. C’est formellement interdit. Bien sûr, il faut mieux éviter les sports de contact, ou ceux englobant des risques de chute mais encore une fois tout  peut être adapté en fonction des possibilités locales, de l’expérience de la femme. Traditionnellement, on estime qu’au troisième trimestre  on va faire du stretching, des étirements, de la gym douce aquatique etc…

 

Selon vous, il n’y a donc aucun interdit?

Au cas par cas et avec les conditions que j’ai émises, il n’existe  à priori au sein de la population générale aucune contre-indication. Sauf maladie rare comme la maladie des os de verre. Ou si une femme a une rupture prématurée des membranes, ou une épilepsie non contrôlée. Pour une femme qui a des triplés pour l’instant on n’a aucune donnée.

 

La différence entre la sportive de haut niveau et la femme de tous les jours?

C’est un peu plus complexe pour la sportive de haut niveau  dans la mesure où elle peut avoir un objectif de compétition. Elle se retrouve enceinte et se dit « Dans deux mois j’avais prévu telle compétition importante » et elle doit gérer. cette situation. L’optique est totalement différente et la sportive de haut niveau a  l’idée après sa grossesse de  retrouver rapidement le niveau qu’elle avait avant ce qui n’est pas le discours de la femme lambda.

 

Pour une femme sportive, la relation mère enfant est -elle plus développée!

Les femmes actives sont souvent moins anxieuses, ont moins mal au dos, sont un peu moins déprimés. Les études ont montré par exemple qu’il existe une diminution du post partum après la grossesse même si l'on ne connaît pas tout encore. Pour toutes ces raisons effectivement, la relation mère enfant est meilleure.

 

Comment faire pour trouver les mots pour convaincre la femme de faire du sport?

Ce que l’on recommande en tout cas auprès des sages-femmes ou des médecins, c’est de penser à en parler ce qui est rarement le cas.  Mais on ne peut leur jeter la pierre car en consultation pré-natale, il y a beaucoup de choses à dire et le temps est conté. Il faut que le professionnel arrive à anticiper les prétextes pour ne pas bouger.  Pour les patientes déjà actives, on leur propose de continuer avec une activité aménagée.

 

Quel impact ont les relations sexuelles sur la grossesse?

Déjà on pourrait se demander si l’activité sexuelle est une activité physique. Tout dépend de ce que vous faites. Mais l’on sait qu’une activité sexuelle moyenne à courante représente à peu près 5 calories par minute ce qui en terme de dépense énergétique n’est rien du tout.  On sait aussi d’après un certain nombre d’études qu’une activité sexuelle régulière qui satisfait les deux partenaires diminue d’à peu près 2 à 3 fois le risque cardio-vasculaire donc on peut l’encourager. 

 

Au niveau de l’accouchement a t-on des études?

Très peu de choses sur le sujet existent  et l’ on ne sait pas encore si l’activité physique est favorable ou pas.  C’est un moment particulier souvent très privilégié et l’on a un peu de mal à mener des études sur ce court laps de temps. Certaines études disent que l'activité physique diminue les césariennes, d’autres disent que cela n’a pas d’impact. 

 

Normalement si le virus le permet, vous allez organiser un deuxième colloque « Activité physique et grossesse » en mai 2021. En quoi sera-t-il différent du premier? 

L’objectif du premier était de tordre le coup aux idées reçues et là on va entrer dans la pratique à proprement parler. On aura notamment en première partie de matinée quelques intervenants prestigieux pour actualiser les connaissances. Après tout se fera lors  d’ateliers par petits groupes en travaillant sur des sujets précis. Cela s’adresse surtout aux sages-femmes… 

 

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

mercredi, 23 décembre 2020

" Malades de sport"

cancers,bienfaits du sport,témoignagesVincent Guerrier 26 ans a été diagnostiqué en 2016 souffrant d’ un cancer du système lymphatique. Avant même que le diagnostic ne soit posé, il a beaucoup réduit l’activité physique, éprouvé par de lourds effets secondaires. Or à la suite d’une réflexion d’un radiologue qui l’a fait douter de ses capacités physiques futures, il a réagi courageusement en reprenant  la course à pied encouragé par sa compagne Léa Dall ‘ Aglio.  Il est même allé jusqu’à faire un marathon et a pu constater combien le sport lui était bénéfique pour mieux appréhender son cancer. Voulant alors témoigner de cette réalité pas encore suffisamment connue, il a avec sa compagne créé un site, un documentaire sur France III Normandie. et un livre, les trois intitulés «  Malades de sport »…

 

Lorsque l’on vous a diagnostiqué ce cancer du système lymphatique où en étiez-vous sur le plan sportif? 

Vincent :  A l’époque, je faisais beaucoup de vélo, mais j’avais un petit peu arrêté de pratiquer depuis les premiers symptômes de la maladie encore inconnue à ce moment là. Notamment de fortes démangeaisons nocturnes  et un essoufflement qui me limitaient un peu sur le plan corporel. C’était une fatigue assez chronique et c’est la réflexion d’un radiologue qui a engendré ma reprise du sport. Il m’avait dit sur un ton assez léger que les rayons pouvaient tuer des cellules au niveau des poumons et réduire mes capacités pulmonaires m’empêchant par la suite de courir un marathon.  Assez désemparé, j’en ai parlé à ma compagne qui a eu le bon réflexe de ne pas prendre cette nouvelle comme une fatalité et qui m ‘a proposé que l’on s’entraîne ensemble dans le but de courir un marathon. J’ai donc  repris la course à pied avec elle pratiquement à zéro assez vite après le début des traitements. Sur la balance avant d’attaquer les traitements, je pesais 6 à 7 kg de moins que d’habitude ayant perdu une grande partie de mes muscles… 

 

Comment s’est passée cette reprise de la course à pied ?

Léa:  L’on se savait pas du tout comment Vincent allait réagir avec la fatigue de la chimiothérapie et l’on a recommencé très progressivement.  Nous avons toujours couru ensemble afin que si un effet secondaire important se produisait, je serai là pour réagir  et appeler les secours si besoin.  Or, même si Vincent était dans un état un peu limité, aucun incident n’est survenu. On s’est même aperçu que plus vite il courait après sa chimie, plus les effets secondaires se dissipaient…Nauséés, fatigue écrasante. Et près 20 mn d’effort, il se sentait mieux immédiatement… Quand l’on s’est rendu compte de cela, on a cherché à comprendre pourquoi et l’on a découvert les études existantes sur le sujet depuis les années 1980 et montrant les bienfaits de l’activité physique sur les cancers. En fait, le sport est le seul médicament qui lutte contre la fatigue induite au traitement et à la maladie elle-même. Aucune molécule chimique n’existe pour lutter contre cet épuisement. 

 

Pourriez-vous parler des effets du sport sur votre état ?

Vincent :  Je comparais l’effet des chimiothérapies à une gueule de bois qui durait plusieurs jours. J’étais un peu apathique et le fait de faire assez régulièrement de la course à pied diminuait cette impression. Je mettais un petit peu moins de temps à m’en remettre qu’au début. Souvent deux jours après, j’étais revenu à un état pour ainsi dire normal au niveau de la fatigue. Je ne passais plus une après-midi au lit…  Six mois après la reprise, j’étais en bien meilleure condition physique qu’au début et supportais beaucoup mieux les traitements.  Le sport m’aidait aussi à me sentir mieux psychologiquement.  J’ai fait quelques séances en groupe avec d’autres personnes  ce qui me permettait ainsi de maintenir un lien avec le collectif, avec la société.  J’étais complètement en arrêt maladie, seul à la maison et je planifiais une petite séance plusieurs fois par semaine pour ne pas être totalement coupé du reste du monde… 

 

En tant qu’aidante cela s’est-il bien passé? 

Léa : On s’occupe surtout du malade et l’aidant est souvent délaissé ou mal conseillé.  Dès que l’on a eu le diagnostic et que l’on a commencé à faire des allers-retours à l’hôpital pour faire des examens , tout mon entourage me disait de ne surtout pas pleurer devant Vincent , de ne pas craquer. On m’a mis une pression énorme, et le fait que l’on m’ait conseillée de ne rien montrer de mes sentiments  a été extrêmement difficile à vivre. Je m’interdisais de « craquer », et parfois je sortais en pleine nuit pour téléphoner à mes parents et pleurer au téléphone. Jusqu’au jour où une infirmière a demandé à  Vincent comment il allait  et s’est ensuite tournée vers moi, me demandant la même chose. C’était la première fois que l’on me posait cette question depuis le diagnostic et je n’ai pas pu me retenir; j’ai fondu en larmes. Vincent s’est alors rendu compte que je n’allais pas bien et il m’a dit «  Je veux que tu pleures devant moi . Je veux m’occuper de toi également, tu as aussi le droit de ne pas être bien. Je trouvais ce soutien à double sens essentiel dans notre relation malade aidante. 

 

Vous dites que le corps s’habitue vite à l’inactivité!

Vincent :Oui, et moins on en fait, plus l’on se dit que cela va être difficile de reprendre et douloureux pour le corps. Une fois que l’on est déconditionné, c’est très difficile de reprendre. Au contraire quand on éprouve des bénéfices , quand on se sent mieux dans ses baskets et dans sa tête, il existe une sorte de culpabilité positive de ne pas en faire . Cela devient une drogue très saine où l’on s’impose de sortir pour son propre bien-être. C’est un jeu de spirale où il faut garder un équilibre…

 

Vous avez du aussi lutter contre les a priori des parents concernant l’activité physique!

Vincent : Oui, c’est vrai. Pour les parents de Léa je ne sais pas, mais les miens étaient effectivement un petit peu sur le frein à main en disant «  Attention, n’en fais pas trop, repose-toi.  C’était un peu le poncif de dire «  Tu es malade, il faut que tu te ménages et que tu restes au lit. Ils savaient que j’étais de nature assez active et avaient peur que je fasse des bêtises et qu’éventuellement je fasse un malaise. Une crainte de parents non objective.  Le frein que l’on met aux malades, c’est souvent l’entourage proche qui le provoque . L’on incite trop la personne à faire très attention et cet excès de prudence en devient délétère. . Or l’on sait maintenant  que rester inactif et trop sédentaire provoque des maladies chroniques et ne fait qu’accentuer les effets secondaires des traitements. C’est vraiment la chose à ne pas faire, et il faut le faire rentrer dans les moeurs. Cela  prend du temps, mais les choses bougent à ce niveau là…

 

Les médecins étaient au courant de votre activité physique?

Léa : Oui, ils ont  même dit à Vincent qu’il faudrait faire une étude sur lui car ils étaient assez stupéfaits de voir que courir lui faisait autant de bien. Qu’il a pu faire un marathon malgré son cancer. C’est une petite fierté pour nous car au début c’était un médecin sceptique. Il nous a même avoué que c’était grâce à nous qu’il avait fait embaucher au centre du service d’hématologie du CHU des Caen une enseignante en activité physique venant donner des séance directement dans les chambres du patient en s’adaptant complètement à l’état de la personne…

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Vous expliquez qu’au delà d’un certain nombre d’heures de sport, il n’existe plus de dose réponse!

Vincent : Oui, on compare vraiment le sport à un médicament dans le sens où il y a un dosage à respecter, une posologie. Selon l’OMS Il faut faire au moins 30 mn d’activité physique modérée à intense ou 150 minutes 3 fois par jour.  Les études montrent que les effets bénéfiques ont une limite et qu’au bout de 300 mn, les effets s’amenuisent. Ce n’est pas exponentiel. Même si l’on en fait quatre heures par jour, on n'aura pas quatre fois plus de bénéfices que quelqu’un qui n’en fait qu’une heure. Au contraire, si l’on en fait trop l’ on peut avoir des blessures ou autre effets néfastes. C’est comme tout, il faut trouver un juste équilibre… 

 

Malgré le fait que vous ayez fait du sport, vous avez fait une rechute!

Vincent : Oui. Même si les études démontrent que les patients souffrant de cancers les plus fréquents ( sein, colon, endomètre, prostate) les plus actifs ont 30 à 40% de baisse de récidive, cela reste de la statistique et le sport n’est pas non plus un remède miracle. Même quelqu’un de très sportif qui ne boit pas, ne fume pas et qui se nourrit bien peut quand même faire une rechute.  A ce moment là, j’ai été soigné uniquement par rayons et j’ai eu une auto-greffe (un prélèvement avec une souche qu’il faut réintégrer après une séance en chambre stérile à l’hôpital pour rebooster les défenses immunitaires). Avec ce principe d’auto-greffe, je ne devrais plus avoir de problème. J’ai du rester un long moment alité, mais j’avais demandé que l’on m’apporte un vélo d’appartement. Trois semaines au lit c’est vraiment délétère, et j’avais très envie de rester un minimum actif. Je faisais à peu près 3/4 d’heure, une heure de vélo tous les jours même la première semaine où j’avais de grosses chimiothérapies. C’était assez dur physiquement de s’y mettre mais je ressentais réellement  un effet immédiat sur la fatigue.  Les jours où je n’en ai pas fait à cause d’une trop grosse fatigue, j’étais assez mal. Le fait de bouger me donnait l’impression de rester maître de la situation…

 

Où en êtes-vous actuellement?

Vincent : Je suis en rémission depuis 2 ans et demi maintenant et pour l’instant tout va bien. J'ai retrouvé des capacités tout à fait normales. Sans aucun signe de rechute . Léa et moi avons voulu parler au maximum de ces bénéfices du sport  à l’aide d’ un site, d’un documentaire et d’un livre.  C’est vraiment une thématique qui prend de plus en plus  de place au sein de la société. Maintenant dans chaque centre anti-cancer, il existe un enseignant en activité physique adaptée.  Dans les 10, 15 ans à venir, quelqu’un de malade passera très probablement par un programme sportif. Ce qui implique moins de dépense en terme de médicaments et moins de rechute éventuelle, ce qui permettrait à la Sécurité sociale de faire des économies.  C’est en tout cas ce pourquoi l’on milite… 

 

Vous avez d’abord lancé en septembre 2017 le site «  Malades de sport ». Puis un documentaire. Pourriez-vous en parler?

Léa : Au départ, ce que l’on voulait c’était réaliser un documentaire pour la télévision car c’était pour nous la meilleure manière de toucher le plus grand monde possible.  Dans ce but, nous avons rencontré des  chercheurs, médecins, patients et toutes les informations que nous avons recueillies n’ont pu être diffusées lors de ce documentaire. Ainsi avons-nous eu l’idée de créer un site avec des interviews de spécialistes, des reportages sur des structures développant des initiatives sur l’activité physique adaptée.  On suit aussi l’activité législative en essayant de donner une parole toujours précise et en faisant comprendre qu’il ne faut pas nécessairement être un grand sportif pour faire de l’activité physique adaptée. Que celle-ci repose d’abord sur de toutes petites choses comme par exemple jardiner ou marcher. … Concernant le documentaire, c’est un défi que l’on a lancé à des personnes souffrant de cancers  rencontrées grâce à notre réseau local comme par exemple participer à la course «  Les courants de la liberté » un week-end d’épreuve de course à pied qui a lieu chaque année à Caen en juin.  Ainsi Fred ultra-traiter  émérite,  a repris la course à pied grâce au documentaire après en avoir fait pendant plusieurs années. Pour Magali qui n’avait jamais fait de sport de sa vie l’objectif était de réussir une marche de 6km.  

 

Vincent : Réussir ce pari a permis à Magali d’avoir une meilleure qualité de vie et de mieux vivre son cancer. Dans le documentaire, on le voit, elle a maintenant une vie entre ses rendez-vous de chimiothérapie  pratiquement normale et elle arrive à rester active. Des réactions diverses? On reçoit régulièrement des témoignages de personnes qui parlent de situations similaires. D’autres nous demandent comment ils peuvent pratiquer près de chez eux, et ont besoin d’être un peu orientés. Et puis avec le livre, on a eu un assez bon retour des médias qui n’avaient pas trop l’habitude de l’activité physique adaptée. Le métier d’enseignant d’activité physique est nouveau, et c’est pratiquement une découverte au sein de la société.  Cet accueil des médias a permis de mettre en lumière cette thématique là… Un médecin au CHU de Caen que l’on voit dans le film montre beaucoup notre reportage à ses patients et étudiants.  Et les patients disent se retrouver complètement  au niveau sensations et bénéfices sur les effets secondaires.  Ce film est devenu un support pédagogique  dans l’enseignement pour l’instant à petite échelle mais nous espérons une diffusion plus importante dans l’avenir…   

 

Le livre est un sorte d’enquête montrant les diverses études scientifiques sur le sujet et montre que de nombreuses initiatives naissent de plus en plus mais qu’il reste encore beaucoup de choses à faire!

Léa : Oui, on évoque les nombreux freins comme la loi du sport sur ordonnance qui n’est pas financée et le fait que de nombreux médecins ne savent pas bien comment orienter leurs patients. C’est un plaidoyer et ce que l’on veut c’est que le plus grand nombre soit au courant des bienfaits du sport dans le traitement des cancers, et qu’à terme l’activité physique soit systématiquement proposée dès le diagnostic de cancer. On pourrait même dire au moment des recherches d’avant précédant le diagnostic. C’est ce que l’on appelle la préhabilitation : préparer le patient à d’éventuels futurs traitements comme on prépare un athlète de haut niveau à une compétition. Le préparer mentalement, au niveau de son alimentation et au niveau physique afin qu’il soit prêt à recevoir de lourds traitements.  Après si les malades  ne font pas d’activité physique c’est leur choix et cela n’appartient qu’à eux. 

 

Vincent : Un des freins principaux ce sont vraiment les médecins traitants au niveau législatif qui sont les seuls à pouvoir prescrire le sport sur ordonnance... C’est possible maintenant depuis 2016 pour les maladies chroniques et cela concerne 20 millions de français.  Ce qui ressort aussi dans le livre c’est qu’il n’y a aucun bloc d’enseignement pour les futurs médecins. C’est abordé au fil de l’eau en fonction des spécialités d’une manière très succincte . Mais à priori, cela devrait bouger. C’est un peu un paradoxe d’avoir tant d’études qui démontrent les bienfaits du sport et de voir que les médecins même s’il y en a de moins en moins ne sont pas toujours au fait de cette thématique là. La preuve c’est que nous n’étions pas au courant avant de l’avoir testé par nous-même.  On se rend compte que c’est vraiment la société civile, les associations, les enseignants et les professionnels du monde du sport et de la santé qui portent vraiment cette thématique sur le terrain et assez peu les institutionnels ( médecins, comités olympiques… )…  Ce sont surtout les initiatives individuelles qui permettent que le sport sur ordonnance existe. 

 

Vous citez la Suède comme un pays exemplaire!

Vincent : Oui, les pays scandinaves sont assez développés dans la prévention primaire des maladies et dans l’activité physique grand public. Ils savent bien s’y prendre pour que la population quelle que soit son âge bouge, particulièrement chez les scolaires. L'on trouve notamment beaucoup de pistes cyclables. Concernant la recherche, les Canadiens sont bien avance sur nous. En revanche, point où la France est devenue une référence selon les chercheurs que l’on a interrogés c’est la mise en pratique pour les malades à l’hôpital. On est devenu très fort  en France ces dernières années pour installer des programmes dans les centres anti-cancer. Mais ce sont fréquemment  des programmes difficiles à pérenniser car ils sont la plupart du temps financés par des associations disposant de petits budgets. Mais de plus en plus de gens s’en occupent actuellement…

 

Agnès Figueras-Lenattier 

 

 

mardi, 15 décembre 2020

Les heures chaudes de Montparnasse 6CD

Doriane Films

Edgar Poe disait «  Toute certitude est dans les rêves » , une phrase qui s’applique bien à ces deux coffrets englobant chacun 3 DVD et un petit livret résumant le tout. Sous la direction de Jean-Marie Drot écrivain, documentariste, ils évoquent un monde qui dans l’art  n’ a son pareil nulle part ailleurs et qui nous font rêver. C’est le monde de la Belle Epoque , où tout était organisé pour les étrangers. Où les Américains débarquaient à Paris pour y trouver la liberté et où peintres et poètes étaient très amis . Une véritable solidarité existait entre les plus démunis. La concurrence semblait inexistante, et les cafés servaient de lien à toutes ces grands personnages  . Ils pouvaient y rester des heures et des heures à échanger…

Interviews, témoignages, reportages filmés dans les rues, lectures de poèmes, reproductions d’oeuvres d’art ( dadaIsme, surréalisme, cubisme…) s’entremêlent joliment… La femme est alors  la reine incontestée de Montparnasse avec dans les rues une agréable odeur de crottin remplacée de nos jours par celle de l’essence...

On se retrouve au moment de la Ruche, de la Cité Falguière et lorsque Paul Fort jette son dévolu sur La Closerie des Lilas en 1903. Apollinaire, Modigliani, Soutine, Derain, Giacometti, Man Ray, Paul Fargue et tant d’autres deviennent nos familiers. La rue de La Gaité qui a permis à Montparnasse de faire naître cet univers unique défile sous nos yeux.

Les diverses paroles des vrais connaisseurs de  Bobino,  et celles de Cocteau sont savoureuses. On assiste à la naissance de la librairie Shakespeare and Company fondée par Sylvia Beach avec comme premier client James Joyce. Celle-ci évoque sa rencontre chaleureuse avec Hemingway. Autre évènement de l’époque présent ici : Le bal Nègre découvert par Desnos. Evoquées avec poésie et authenticité, les rencontres entre Aragon et Elsa Triolet, entre Apollinaire et Picasso, la rivalité entre Yvonne Georges et Damia surnommée «  La tragédienne de la chanson’. Parmi les inédits, l’interessant témoignage de Fernand Ledoux sur la différence de technique théâtrale entre Gaston Bati et Copeau.  Asse stupéfiante la découverte après sa mort, de la maison stupéfiante de misère et de pauvreté d’Erik Satie. Avec plus de 100 parapluies et deux pianos sans corde appartenant à ce musicien créateur des gymnopédies.

C’était l’époque où les artistes de Montmartre du Bateau Lavoir (Picasso, Braque, Jacob… ) descendaient à Montparnasse. Un monde florissant où régnait un véritable bouillonnement d’idées, d’art, et de  folle concentration. 

 Jean-Marie Drot directeur de la Villa Médicis à Rome entre 1985 et 1994, explique que ces émissions réalisées dans les année 1950-60 grâce à l’historien Olivier Robert  n’auraient plus lieu d’être actuellement car seulement  4, 5, à 6 % de ceux qui regardent la télé sont aujourd’hui susceptibles d’être intéressés . Il ajoute que le fric n’avait pas encore mis sa patte et qu’ à présent les  responsables des chaînes télévisées n’ ont plus rien à faire de ce genre de reportages. Bien dommage en tout cas!…

C’était réellement un autre monde et bravo à Doriane Films d’avoir écarté cette réalité. Et d’avoir pour le plus grand plaisir de certains refait vivre une atmosphère pleine d’enchantement et de féérie…

Agnès Figueras-Lenattier

mardi, 17 novembre 2020

Fabienne Delacroix

peintre,art naïf,interviewFabienne Delacroix est la fille du peintre naïf Michel Delacroix et a repris le flambeau en trouvant sa voie avec selon les dires un brin de féminité en plus.  C'est une peintre émérite de la Belle époque, illustratrice, représentant des scènes de la vie parisienne ou campagnarde, les bords de mer, les châteaux de la Loire.  Elle a peint des séries comme les 24 vues de La Tour Eiffel, et a représenté les quatre saisons de Notre Dame de Paris.  Dotée d’un grand coeur,  contribuer à la collecte de fonds au profit de grandes causes a beaucoup de sens pour elle». Elle a par exemple soutenu l’action  contre le sida en partenariat avec l’AMFAR (American Foundation for Aide research) et la recherche contre le cancer en partenariat avec les joueurs de hockey de la NHL (National Hockey League… ). Ce qui a lui a donné l’occasion de rencontrer la famille Kennedy et Arnold Schwarzenegger. Possédant plusieurs cordes à son arc, elle a également un passé dans le domaine du théâtre et de l’adaptation de grandes oeuvres littéraires.  Elle a été présidente de plusieurs compagnies de théâtre, a collaboré à de nombreux spectacles à Paris et en province et à Madagascar où elle a habité de 2005 à 2014, elle a également été très présente théâtralement avec la création de la Compagnie Arts and Events et l’organisation de nombreux spectacles pour enfants et adultes…

 

C’est votre père peintre reconnu qui vous a initié à la peinture? 

Plus ou moins mais avec beaucoup de liberté. Je n’ai fait aucune école et suis complètement autodidacte.  Je me raccroche souvent à l’école des naïfs,  avec toutefois de petites nuances car l’on m’a qualifiée de « naïf raffiné « . En effet, la peinture naïve ignore la lumière, la perspective  et tout un tas de règles qui constituent l’art de peindre..  J’aime bien le terme «  figuratif poétique » …J’aime énormément cette idée de rêve, c’est d’ailleurs une époque un peu rêvée même si je n’ai évidemment pas de souvenirs. Je dis souvent que je rêve pour les autres… 

 

Pourriez-vous parler de votre manière de peindre?

C’est difficile d’expliquer, c’est un grand mystère d’inspiration.  Bien sûr je suis influencée par mes lectures, sur ce que je peux faire et puis l’inspiration vient  naturellement Je travaille avec des pinceaux très fins pour aller dans le détail.  J’ai peint à l’huile, mais pour des raisons d’odeurs très fortes;  j’ai basculé vers l’acrylique.  Cela sent très mauvais, et un jour j’ai été chez mon dentiste qui m’a dit «  Vous avez bu du white spirit ou quoi?  Je me suis rendue compte que j’inhalais cela à haute dose. Avec l’acrylique, l’on arrive maintenant à avoir un peu de matière ce qui n’était pas le cas il y a 30 ans. On ne trouvait pas toutes les nuances. Il n’y a aucune odeur et le séchage est instantané. Il m’arrive d’écouter des livres audio quand je peins notamment ayant rapport au sujet que je traite de manière picturale.  Par exemple, j’ai réalisé un triptyque, trois toiles qui communiquent entre elles autour du grand magasin «  Le Printemps » et j’ai réécouté «  Le bonheur des dames » de Zola . J’ai fait une affiche pour Annie Vergne directrice du théâtre du Guichet Montparnasse en liaison avec  son adaptation d’ » Une vie » de Maupassant, et j’ai réécouté l’histoire.  J’écoute aussi de la philosophie. et suis une philosophe de la joie… Spinoza et Montaigne par exemple sont des amis même si je n’ai pas forcément toutes les capacités intellectuelles et la patience de lire «  L’ »Ethique » . Quant à Montaigne  c’est un personnage si humain. Il existe des versions magnifiques comme l’enregistrement des essais de Montaigne par Michel Picolli.  Je suis dans la philosophie toute la journée et m’intéresse aussi à la littérature et à l’histoire. 

 

Est-ce vital pour vous de peindre?

Oui et quand je ne peins pas, cela me manque. J’en ai besoin; c’est ma vie et je suis heureuse car je fais vraiment ce que j’aime. Je suis comblée par mon travail et mes trois enfants.  Désirer ce que l’on a c’est cela le bonheur. Je suis complètement ailleurs, et il m’arrive de ne pas sortir pendant plusieurs jours. C’est mon petit chien en fait qui me force à sortir…  C’est tellement calme, j’ai la lumière, les plantes. Cela fait 25 ans que j’ai cet atelier et jamais je ne m’en séparerai.  Je me sens chez moi. Dans mes tableaux, ce que je cherche à faire ressortir, c’est la joie. Ma manière de peindre est tellement instantanée; rien ne transparaît à part  la joie. C’est d’ailleurs le retour que l’on me fait. Mes clients me disent qu’ils ont un rapport amical avec mes tableaux, que des fenêtres s’ouvrent qui les rendent joyeux et leur procurent du bien-être. Pour moi, ma mission est accomplie et contrairement à beaucoup de peintres, je n’ai aucune ambition particulière et ne cherche aucunement à faire passer des émotions ou des messages. Ma seule crainte c’est de ne plus pouvoir peindre. Quand j’étais plus jeune, j’ai eu des périodes où je n’arrivais jamais à rien. J’avais la toile blanche.  Il faut de la patience et de l’assiduité et je travaille tout le temps.  

 

Au niveau des couleurs vous avez forcément des préférences!

Oui, et je dois un peu me forcer à mettre du bleu. C’est un peu étrange d’ailleurs car c’est une couleur magnifique. Tout le monde aime le bleu, c’est le ciel, c’est l’infini. Quand on lit «  Le dictionnaire amoureux » de Michel Pastoureau, le bleu représente la couleur de l’infini.  Mes bleus sont plutôt pâles, je ne vais pas dans du cobalt, mais j’aime le ciel, la mer. Sinon je travaille toutes les couleurs, même si je ne suis pas dans les couleurs pop comme le violet. Mais c’est parfois amusant  de mettre un petit grain de folie. Une petite touche de couleur qui va faire toute la toile finalement dans un univers très uniforme. 

 

La musique vous inspire t-elle?

Mon rapport à la musique est totalement déconstruit et c’est l’art qui me donne le plus d’émotions soit dans les pleurs, soit dans l’allégresse.  En ce moment, vu mon état psychique personnel , la musique me fait trop d’effet et je n’arrive plus pour l’instant à en écouter. Je suis une modeste pianiste et j’ai quand même rapporté mon piano de Madagascar sur un bateau. Mais là aussi, je suis incapable de jouer en ce moment. 

 

Comment cela se passe t-il côté exposition?

J’expose environ 1fois par an et à chaque exposition,  c’est comme si je passais mon bac.. Je mets tout sur la table, et c’est ma seule source de revenus. Imaginez donc si mes tableaux ne se vendent pas…  Après cette exposition annuelle qui dure un mois,  je participe à une exposition collective.  Lors de mes expositions j’ai carte blanche mais les galeries aiment bien que je présente quelques vues de Boston ou de New York.  Maintenant que j’ai pris l’habitue de le faire; je le fais volontiers. A Boston et New York, j’ai une chance extraordinaire car là ou j’expose, ce sont des galeries magnifiques placées sur West Broadway, un emplacement de rêve. 

 

L’art naïf ne plait pas en France?

Je ne sais pas. Je pense que les Américains achètent avec leur coeur, alors qu’en France souvent on achète beaucoup avec ses oreilles. Il faut être simple et retrouver une âme d’enfant pour aimer l’art naïf.  Ce n’est pas une démarche forcément naturelle en France. J ’ai fait signe aux musées d’art naïf français notamment celui de Nice le musée Jacovsky. Mais ça ne s’est pas concrétisé pour l’instant. Nul n’est prophète en son pays; ce n’est pas très grave. 

Et en Europe? Je pense qu’il existe des possibilités en Allemagne et en Suisse. Aussi beaucoup en Europe de l’Est, c’est pour cela que je suis au musée en Bulgarie le Musée d’art naïf et intuitif à Belogradchik avec quatre toiles. Je fais partie de la collection permanente du Musée. 

 

Et au Canada?

Il y a un beau musée d’art naïf à Magog au Québec  (Mian Musée international d’Art Naïf), et j’en fais aussi partie avec deux toiles. Le directeur du Musée est très gentil avec moi et il est  d’ailleurs cité dans l'un de mes catalogues d'exposition.. «  Paris, jours heureux » C’est lui qui m’a qualifiée de » naïf évoluée » car il se demandait si en présence de mon oeuvre on était encore  dans l’ art naïf. Je suis un peu à la frontière de la peinture figurative traditionnelle et de l’art naïf. Il existe aussi une belle école d’art naïf canadienne par exemple. 

 

Vos influences?

Séraphine, le douanier Rousseau auquel on ne peut être indifférent, Henri Rivière qui était assez proche des estampes japonaises que j’aime aussi beaucoup, . Puis Bruegel, et les impressionnistes évidemment puisque c’est ma période, même si ma patte n’est pas du tout impressionnistes. On peut voir dans la manière dont je traite l’eau un peu de pointillisme. Personne n’échappe aux influences, on n’est que le produit de son passé, de son histoire  et des événements  auxquels on a été exposés. 

 

Vous avez sorti en 2018, un livre  édité chez Hervé Chopin  «  Paris, jours heureux ». Cet éditeur est-il de la famille du musicien. Et vous qui portez le nom de Delacroix êtes-vous de la famille d’Eugène Delacroix?

Non, Hervé Chopin n’a rien à voir avec le musicien. En ce qui concerne notre famille, , nous ne savons pas vraiment si nous sommes de la même famille qu’Eugène Delacroix. mais c’est possible. Comme il n’a pas eu d’enfants, c’est difficile de savoir.  Ce livre sur Paris est à la fois en français et en anglais. Cela me rend bien service et  me permet de vendre aux Etats-Unis.  J’ai aussi illustré  chez le même éditeur «  Les malheurs de Sophie » . C’est Sophie de Ségur arrière, arrière, arrière petite fille de la comtesse qui a signé la préface du livre. Ce qui donne donc Ségur, Chopin, Delacroix!… Quand j’étais enfant, je n’avais pas été particulièrement sensible à l’histoire des malheurs de Sophie mais plus récemment la rencontre avec la comtesse de Ségur a été comme une révélation. En tant que femme je me suis sentie finalement assez proche d’elle notamment lorsque je me suis rendue au musée de la comtesse. Elle a commencé à écrire à peu près à l’ âge que j’ai maintenant . Je vais vous confier quelque chose qui me tient à coeur. Concernant cette collection sur les malheurs de Sophie j’avais une trentaine de peintures et je ne savais pas quoi en faire. Les responsables du musée les ont gardés et je devais les exposer mais la Covid est arrivé et le musée a fermé. Ne voulant pas les vendre pièce par pièce, j’ai eu l’idée de faire une vente au profit de Madagascar où j’ai passé de longues années. L’argent récolté serait destiné à construire une petite école qui s’appellerait «  L’école de la comtesse de Ségur ».  Il me faudrait trouver un partenaire; j’ai deux ans pour ce projet; c’est le timing que je me suis fixée. J’ai des pistes de galeries, de ventes aux enchères.  C’est un projet qui me tient à coeur; c’est tellement pauvre là-bas.  Mais malgré le dénuement total, la joie est de mise . C’est  tellement différent de chez nous et de notre société de consommation.  C’est une belle leçon de vie et j’espère que ce projet verra le jour. Je compte retourner à Madagascar dans deux ans. Là-bas, il y a des gens que j’aime beaucoup, des gens très simples et pour mes 50 ans, je veux y retourner.   C’est le cadeau que je veux me faire...

 

y a t-il un écrivain que vous aimeriez illustrer?

Mon rêve est d’illustrer Marcel Pagnol qui est un amour de toujours et même si ça ne s’est pas encore réalisé, mon éditeur est tout à fait partant. J’ai même été en contact avec Nicolas Pagnol son petit fils, mais la famille a sa propre maison d’édition avec différentes versions.  J’espère vivement que ça se fera. . Au bout de 70 ans, cela tombe dans le domaine public et je ne quitterai pas ce monde sans avoir illustré Pagnol. Je suis née en 1972, il est mort en 73 ou 74 et j’attendrai 70 ans!…C’est un univers fait pour moi… Une différence entre la peinture et l’illustration? Pour moi c’est similaire même si parfois je me demande si je ne vais pas davantage du côté de l’illustration ou si je reste du côté de la peinture.  Je n’ai pas poussé intégralement la réflexion, mais parfois je suis entre les deux. Ça me va bien.

 

Il y a aussi les illustrations avec le chocolat de poche, les puzzles!

 Je fais ces projets surtout pour les rencontres même si l’on a tous besoin de sécurité et avec la Covid je diversifie. La peinture c’est très solitaire er rencontrer des gens est important pour moi. C’est enrichissant, et ça crée une émulation. Quand je travaille sur des projets collectifs, je travaille vraiment bien; ça me stimule. 

 

Le chocolat de poche est une histoire d’amitié!

Oui c’est un peu mon défaut , et je travaille  toujours ainsi.  J ’ai eu un coup de coeur pour le produit. Je trouvais ce chocolat  délicieux, et aimait la poésie qui en  émanait. J’aime beaucoup aller chercher des extraits pour illustrer des peintures; ça m’a emballée. Le créateur explique que tout le monde lui piquait ses tablettes, du coup il a eu l’idée de les cacher dans sa bibliothèque et s’est alors lancé dans la conception de tablettes dont l’emballage imite la couverture de livres. Ce sont des tablettes de chocolat qui se dévorent comme un livre, avec un pur beurre de cacao, sans OGM ni graisses hydrogénées. Il existe aussi une transmission de savoir en matière de gastronomie, d’art et de littérature. Le fondateur est  un grand passionné d’art, de littérature, de peinture qui a fait une reconversion. Il vient du milieu de la banque; il a pris les chemins de traverse et l’on s’entend très bien . On collabore régulièrement sur de nouvelles tablettes et puis on se stimule intellectuellement. Et c’est formidable.

 

Les puzzles

C’est une autre société située dans le 14ème arrondissement. «  Les puzzles Michèle Wilson ».   On a commencé avec deux sujets, c’est tout récent :  le château d’Azay-Le- Rideau et le Moulin Rouge. J e m’interroge parfois sur la valeur de mon travail : Est-ce que l’image est bien respectée, pas trop  banalisée? A partir du moment où le produit est un travail d’art en lui-même, c’est juste une chance de faire cela…

 

Vous avez aussi une carrière interessante dans le théâtre. Comment avez-vous débuté dans ce domaine?

Le théâtre a toujours été ma grande passion et monter des pièces que j'inventais, lorsque j'étais enfant constituait mon jeu préféré. Je tendais un rideau à un fil, quelques éléments de décor que je peignais et tout pouvait commencer. N'ayant  pas du tout le don du jeu. je laissais mes camarades jouer et préférais diriger… Puis à l'âge adulte le destin a provoqué de belles rencontres au sein de ce milieu. Je me suis formée sur le terrain comme c'est souvent le cas en étant assistante.

 

Votre séjour à Madagascar a favorisé cet amour du théâtre!

Oui, c’est là que  j'ai commencé "à voler de mes propres ailes" passant de l'écriture à la mise en scène. Rapidement les choses ont pris de l'ampleur grâce à un partenariat avec l'Institut Français. Je me suis tournée vers l’adaptation, car écrire pour le théâtre est un long travail qui suppose  une maturité que je n'avais pas et n’ai toujours pas.  Mais c'est une très belle aventure que de rentrer dans une œuvre de cette manière. Un mariage entre esprits avec l'auteur peut presque se mettre en place. Celui-ci  devient un grand ami, le compagnon de projet, on peut même dire de vie, au moins le temps de l'écriture. Et lorsque l’on est en expatriation, dans une culture toute autre, cela fait énormément de bien. Ce qui me tient le plus à cœur dans l'adaptation c'est la fidélité au texte.

 

Voyez-vous une ressemblance entre le théâtre et la peinture?  

Le théâtre est une peinture vivante. Un tableau qui se met en mouvement. Ce sont les mêmes ressorts créatifs qui sont à l'œuvre, la magie s'opère de la même manière. Dans un cas on passe du blanc de la toile à la couleur, dans l'autre du noir à lumière, mais c'est la même émotion de la création.

 

Que devient votre rapport au théâtre depuis que vous êtes revenue à Paris?

J’étais très abattue moralement suite à un drame personnel lorsque je suis revenue à Paris. Il fallait en plus que je me réhabitue à la vie en France après presque 10 ans à l'étranger et que je relève bien des défis. Mes contacts avaient poursuivi leur chemin, tout est en somme à recommencer. J’en ai alors surtout profité pour aller au théâtre selon mes envies, cela m'avait tellement fait défaut. Des rencontres ont eu lieu à nouveau comme cette belle amitié qui est née avec Annie Vergne directrice du Guichet Montparnasse. Les projets sont comme les désirs, ils existent toujours, notamment autour de Balzac et de Maupassant. Le contexte sanitaire va forcément les ralentir. Mais j’espère vivement remettre un pied dans le milieu du théâtre et peut-être faire encore plus se correspondre  les deux univers en  instaurant les toiles sur scène, à moins que ce ne soit la scène dans les toiles. 

Agnès Figueras-Lenattier

dimanche, 08 novembre 2020

Thierry Sajat

interview,poète,éditionThierry Sajat qui travaille au Ministère de l’Intérieur préside l'Académie de la poésie française depuis qu’il s’est installé à Paris .…Ayant écrit son premier poème à l'âge de 15 ans, il a publié de nombreux recueils et a obtenu plusieurs prix. Egalement éditeur et responsable de deux revues de poésie, c’est un homme passionné et généreux qui n’hésite pas à s’investir à fond dans ce qu’il fait…

 

En tant qu'amoureux des livres quel est le premier qui vous a marqué et quel âge aviez-vous?
Ce sont les deux premiers livres que l'on m'a offerts car avant je ne lisais pas. C'était Hervé Bazin avec " Vipère au poing" et " Lève-toi et marche". J'ai beaucoup aimé les deux , et par la suite je me suis mis à lire sans m'arrêter… J'avais 9,10 ans.


Vous avez écrit votre premier recueil à 19 ans, et votre premier contact avec un éditeur a été un échec!
Oui, je me suis fait escroquer , mais c'est un mal pour un bien car à partir de ce moment là, j'ai décidé d'être mon propre éditeur. Mais les débuts furent épineux et réalisés de manière artisanale. Je collais moi-même les ouvrages, les cousais. J'ai commencé par le faire pour moi, puis j'ai aidé un ami à faire son premier livre. Ensuite, d'autres personnes sont arrivées chez moi, et le côté artisanal a peu à peu disparu, le professionnalisme prenant le dessus. J'ai longtemps cherché un imprimeur compétent car les livres se décollaient, et je n'étais pas très content. C'est en province que j'ai trouvé.


Tous vos propres recueils sont donc publiés au sein de votre propre maison d'édition!
Oui, environ 24 ou 25 recueils dont des anthologies. J'en publie régulièrement et j'en ai d'ailleurs une en préparation sur Montmartre. C'est un bouquin qui devrait sortir dans deux ans et je recherche des poèmes d'aujourd'hui ainsi que des illustrateurs même si bien sûr nos aînés auront leur place. Quant à ma poésie, elle est classique, rimée…


Et les poèmes extérieurs que vous publiez sont-ils tous rimés?
Je m’occupe de deux revues. L'une « L’Albatros" revue de « l’Académie de la poésie française»  ne contient que des poésies rimées. Avec une poésie néo-classique admettant que certaines règles ne soient pas respectées comme les hiatus et autres. Alors que dans « Le Journal à Sajat » , ma propre revue, tous les styles sont présents. Je suis notamment très sensible à l'assonance lorsque je lis un poème. Je publie aussi parfois des romans, des nouvelles et des livres de photos. Je le fais généralement lorsque je connais l'auteur et ce qu'il fait. Sinon, il faut apprendre à le connaître, bien lire et accepter ou pas…


Pourriez-vous en dire davantage sur ces deux revues
On fête cette année les 70 ans de l'Albatros édité à 140, 150 exemplaires. En dehors des poésies, sont présents des articles sur la poésie en particulier, des critiques de livres. Louis Delorme qui nous a quittés récemment écrivait de magnifiques articles sur la poésie. Parfois également l’on retranscrit une conférence. Ainsi en a t-on par exemple publié une sur François Villon. J'ai également un site où généralement je publie le poème du mois et je cherche d'ailleurs quelqu'un pour s'occuper de ce site. Le journal à Sajat existe depuis 1983,84 et j’en suis au 117ème numéro. A l'époque, je travaillais dans un centre de tri postal et j'avais un collègue poète qui avait créé au sein de ce centre une revue intitulée « L’hippocampe" un très joli nom. Je commençais à correspondre avec des poètes de toute la France et j'avais moi aussi envie de fonder une revue. L'idée de départ c'était de publier sur un papier de journal mais je n'ai jamais réussi à le faire. Je cherchais un nom original et en attendant de le trouver on parlait du Journal à Sajat. C'est finalement resté. On peut dire que le titre comporte une faute mais je ne le considère pas comme tel. C'est juste une liberté.. Le tirage est de 300 exemplaires. avec 180 pages. J'en suis souvent un peu de ma poche mais étant le seul maître à bord, je me moque un peu de perdre de l'argent. Très peu de poèmes de moi se trouvent dans ces deux revues. Je laisse ma place et le fais surtout pour donner une chance à d’ autres.


Qu'est-ce que L'Académie de la poésie française?
C'est l'ancienne Académie des poètes classiques de France qui avait changé de nom avant que je ne la reprenne. Je l’ai reprise comme telle, j’ai juste ouvert au néo-classicisme sans oublier les classiques purs que nous avons toujours avec de très bons poètes classiques. Au début de mon arrivée, plus personne ne venait aux réunions et j'ai voulu essayer de faire venir d'autres personnes. Ce sont d’abord les montmartrois qui sont venus à l'Académie et grâce à eux, d'autres personnes nous ont rejoints. Nous organisons  une conférence d'une heure au café Le François Coppée sur un poète ou parfois sur un auteur tous les deuxièmes mercredis du mois puis nous terminons par une scène ouverte où chacun peut dire un poème. Si jamais nous n'avons pas de conférenciers, la scène ouverte dure deux heures…Il nous arrive aussi de faire une fois par an quand nous le pouvons un petit voyage. L'an passé nous étions allés chez Ronsard et cette année nous avons visité le château de Condé. Nous devions nous arrêter chez La Fontaine mais nous n'avons pas pu. Nous avons d'autres projets comme d’aller à Villequier l'année prochaine chez Victor Hugo. L'adhésion est de 40 euros par an et donne droit à recevoir les quatre numéros de l'Albatros et la possibilité de publier ses poèmes.


Vous faites aussi des rencontres à Montmartre!
Oui, mais cela ne fait pas partie du programme de l'Académie mais des amis de la poésie. Je suis en plus ambassadeur de la république de Montmartre qui s'occupe des vendanges et fait le bien dans la joie. De ce fait, je suis très présent là-bas, environ 2 à 3 fois par semaine. Nous organisons une rencontre de poètes chaque premier jeudi du mois à " La Crémaillère" de 10h à 12h et déjeunons ensemble après. On accueille aussi des chanteurs. Aucune conférence n’a lieu. On est juste tous ensemble, avec une scène ouverte dans un esprit montmartrois. Beaucoup qui viennent pour la première fois ne nous quittent plus ensuite… On veut simplement que ce soit de la poésie française et si c'est écrit dans une autre langue, on demande automatiquement la traduction. A Montmartre nous sommes une quarantaine et au François Coppée aussi.


Vous avez publié des gens comme Ferrat, Nougaro, Duteil
Oui j'ai eu la chance de publier Ferrat dans un numéro spécial sur l'enfance mais pas dans l'Albatros. Jean Ferrat avait écrit " Nul ne guérit de son enfance" et m'a permis de reprendre cette chanson. On a même signé un contrat à O francs car je n'avais pas les moyens de payer les droits d'auteur. Yves Duteil c'était au début quand je commençais. Quant à Nougaro c'était hélas l'année de sa disparition.


D'ailleurs Jean Ferrat a bercé votre enfance!
Ah complètement! Dès que je l’ai entendu chanter, notamment Aragon, ce fut un émerveillement. On ne peut pas être indifférent. Je me souviens aussi de Georges Moustaki, le premier que j'ai entendu. J'avais des professeurs qui nous avaient apporté "« Le métèque". Ah là là j'étais ébahi, déjà j'aimais les mots…


Refusez-vous parfois de publier certains poèmes? Si oui, pourquoi?
Oui, quand la qualité n'est pas vraiment là. Certains poèmes ne veulent rien dire se contentant d’aligner des mots les uns sur les autres. A l'Académie, un Comité de lecture (deux personnes plus moi) sélectionne les poèmes. C'est rare que l'on ne soit pas d'accord sur le choix d'un poème et cela constitue toujours un coup de cœur. Quand un poème n'est pas bon, je suis certain de le retrouver dans ceux qui sont mis de côté. Mais parfois je suis un peu plus tolérant surtout dans ma propre revue. Il arrive que l'on fasse retravailler l'auteur pour le numéro suivant et cela fonctionne très bien. J'ai besoin de regarder la prosodie, mais également l'émotion qui se dégage. Vous avez des poèmes très classiques qui sont très bien écrits mais sans dégager de véritable émotion … Il faut que je sois touché…


Quel est le ou la plus jeune et le ou la plus âgé que vous ayez publié?
La plus jeune il me semble est une jeune fille qui avait 14,15 ans; elle écrivait très bien. J'ai aussi publié des enfants dans ma revue. Quand un enfant m'envoie un poème, je ne dis jamais non. Le plus ancien, il est toujours là, il a 97 ans. Gérard Laglenne un poète très connu à l'Académie. On a des personnes très anciennes comme par exemple la vice-présidente Marie-Thérèse Arnoux 99 ans. On ne la voit pas souvent mais elle vient régulièrement à notre Assemblée générale. L'an dernier, elle nous avait concocté un poème pour ses 100 ans qu'elle n'a pas encore… Il y a je crois à peu près le même nombre d'hommes et de femmes mais je ne fais pas très attention à ce genre de choses. Cela dit, c'est vrai qu'avant la présence féminine était réduite par rapport à celle des hommes…


Voyez-vous une différence entre la poésie féminine et la poésie masculine?
Je n'en vois pas vraiment. Peut-être les thèmes, mais je ne me rends pas réellement compte. Parfois, une femme écrit peut-être avec davantage de finesse. Mais cela dépend surtout de l'émotion de chacun.


Vous êtes aussi membre de jurys de concours!
Plus maintenant, mais j'ai présidé pendant 5 ans un jury important à Maisons Laffite le prix Calliope, nom d'une muse. Je trouve d'ailleurs que trop de prix existent qui ne valent rien et partout où je peux j'écris que la poésie n'a pas de prix. Nous avons un prix au sein de l'Académie que nous décernerons pour la deuxième fois l’année prochaine.


Vous avez eu vous-même des prix notamment le prix Renaissance!
Oui et je le considère comme un vrai prix car c'est un prix que l'on ne demande pas et l'on ne présente rien pour l'avoir. Je vais vous dire pourquoi je suis réticent aux prix quelquefois. J'ai obtenu mon tout premier prix à 19 ans. Or l’on m'a demandé une certaine somme d'argent que j'ai envoyée et j'ai reçu une belle croix de bronze. Etait-ce réellement pour la qualité de ma poésie ou plutôt pour l’argent? Combien j'ai connu d'associations où l'on donnait le prix à la copine, au copain. Je sais que cela existe toujours.


En vous basant sur votre expérience, quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes poètes souhaitant se faire publier?
Faire attention. Lorsque je suis arrivé à Paris à 19 ans, j'ai donc envoyé mon manuscrit à une maison d'édition que je ne nommerai pas et cité sur RTL tous les jours. On me demandait beaucoup d'argent pour me publier mais je n'avais pas les moyens. 6 mois plus tard, on m’a relancé et demandé la moitié de la somme. Je me suis déplacé pour avoir un entretien et l'on m'a affirmé que j'étais un très très bon poète. On me mentait, on évoquait mes grandes capacités, mais ce n'est pas ces qualités là que je rechercherais aujourd'hui dans mes poèmes. Il ne faut pas se faire avoir et il est important de venir à des réunions comme celles que nous organisons le mercredi et le jeudi. Les jeunes poètes peuvent alors nous montrer ce qu'ils font et dans les scènes ouvertes, on se rend bien compte si c'est de la poésie ou pas…

 

Où faut-il aller pour prendre des cours de poésie?
Nous avons quelqu’un au sein de l’association qui s’en occupe en Bourgogne. Personnellement je n'en serais pas capable, il faut pouvoir le faire. Mais avec elle, cela fonctionne très bien et nous allons d'ailleurs la couronner l'année prochaine. C'est comme pour les ateliers d'écriture, il faut vraiment un enseignement de qualité. J'ai parfois participé pour observer ce qu'il se passait et le résultat est parfois très moyen. Si la personne ne sait pas elle-même écrire un joli poème et qu'elle apprend aux autres, c'est un peu étrange. Mais cela existe et n’importe qui peut faire un atelier d'écriture ou apprendre à faire une poésie…


Les français apprécient-ils la poésie à sa juste valeur?
Oui, elle a bien sa place. Ce sont les médias qui ne la mettent pas en valeur. Dernièrement j'étais à Asnières , j'ai rencontré une amie qui habite en Province et nous sommes allés boire un verre dans un café. Un charmant couple était assis à côté de nous et cette amie qui fait partie de l'Académie leur a demandé s'ils aimaient la poésie. Elle avait un poème d'amour à leur dire. Ces jeunes étaient émerveillés. Les enfants aussi adorent la poésie. Un pays où la poésie est bien considérée c'est le Canada. En France, du fait que la presse n’en parle pas, c’est difficile de vendre , et l’on est beaucoup d'auteurs à donner nos livres.


Quels sont vos souhaits?


J'aimerais bien que l'on me propose une conférence sur la poète Marie Noël, et également sur Renée Vivien. Elle était homosexuelle mais quelle plume! De magnifiques poèmes d'amour… J'ai un projet mais je n'en parle pas de manière très précise car j'avais arrêté à cause du confinement. J'aimerais bien reprendre. Ce serait de créer dans un café parisien tout un dimanche une séance de dédicaces d'auteurs ayant publié chez moi uniquement, avec des animations musicales notamment. Si une dizaine d'auteurs venaient ce serait déjà très bien. Ils pourraient faire venir des amis et créer une véritable émulation… Je souhaite continuer car c'est un domaine qui m'est cher. J'aime ce que je fais et l'édition est devenue un plaisir, une passion. On rentre vraiment dans la vie de l'auteur, dans ce qu'il fait. En lisant un poème de cette manière, on discerne des choses que l'on ne verrait pas en étant simple lecteur. C'est merveilleux…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

samedi, 07 novembre 2020

L’audition DVD

Un film de Ina Weisse

Films du Losange

L’électricité est dans l’air. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier l’atmosphère de ce beau film où les émotions fortes pullulent. Sans compter de très beaux airs de musique classique que le violon constamment présent met en relief. Anna Bronsky (Nina Hoss) professeur de violon au Conservatoire croit fortement en Alexander élève dont elle va s’occuper contre l’avis de ses collègues et le préparer à l’examen de fin d’année. . Plus le temps va passer, et plus elle va devenir exigente envers lui, ce qui va provoquer la jalousie de son fils lui aussi violoniste qu’elle finit par délaisser. Tous les comédiens sont excellents et la manière de filmer est agréable, bien construite, avec de temps à autre de brèves scènes un peu hors du sujet principal venant pimenter le scénario. Le stress de plus en plus présent chez Alexander avant le jour J est bien marqué grâce d’une part à la bonne interprétation de l'élève et d’autre part grâce également à l’angoisse d'Anna également bien interprétée par Nina Hoss détentrice du prix d’interprétation féminine pour ce rôle. C’est un film haletant, pas toujours facile à avaler psychologiquement et c’est ainsi jusqu’à la fin. L’on pourrait même dire encore plus lors de la conclusion du film.  C’est une fin qui peut laisser certains sur leur fin, mais qui pour d’autres insiste justement avec astuce sur le sujet évoqué et nous le rend encore plus marquant et plus convaincant… On ne peut rester indifférent à un tel film…

Agnès Figueras-Lenattier

13:58 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : violon, audition, stress

dimanche, 01 novembre 2020

Antispecisme

L'animal moral

Editions l'Harmattan

Autodidacte et passionné de philosophie, Romain Steffenoni éducateur de la petite enfance évoque dans son livre " Antispécisme" le droit des animaux comparé à celui des hommes et s'interroge longuement sur la pensée animaliste.  Tous les êtres sensibles sont-ils égaux? Peut-on mettre en place une égalité morale entre l'homme et l'animal?  Pour étayer son analyse, il se base sur de nombreux philosophes (Platon, Socrate, Nietzsche, Calliclès... ) décortiquant au moyen d'un esprit plutôt critique plusieurs livres traitant du sujet. 

Pour lui par exemple, l'origine supranturelle de la morale antispeciste est évidente. Ce livre permettra t-il d'avancer sur le sujet et de mieux connaître ce qui motive les véganes?  En tout cas un débat est proposé et libre à chacun d'approuver ou pas la conclusion. 

A.F.L

 

A noter une nouvelle collection " Les cahiers de la Réussite CDLR"  créée sur demande de plusieurs associations nationales de Jeunesse et d’éducation populaire. Avec de nombreux correspondants et conseillers à Paris et en province.

Son objectif est de promouvoir  la culture générale et le développement personnel dans une optique de 

coopération intergénérationnelle et de promotion sociale dans l'esprit de la méritocratie républicaine.

Egalement d'évoquer les valeurs de progrès en France et dans le monde.

 21 ouvrages sont prévus pour 2021 grâce au Lien :

https://happyfreebutterfly.wixsite.com/leadership/your-blog/categories/les-cahiers-de-la-r%C3%A9ussite

http ://www.Lauvah.com

 edition@lauvah.com

 

01:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 25 octobre 2020

Rendez-vous théâtre avec l'oeil éclairé d'Agnès

Flagrant Déni

1884 : Nous sommes dans un tribunal. Une chaise fait office de barre des témoins et de siège pour le juge Saval d'abord juge de paix puis juge d'assises.

Vont se succéder des personnages tous plus fantasques les uns que les autres avec des portraits vivants et bien ciselés. Le style imagé et humoristique de Maupassant permet aux spectateurs de se représenter aisément toutes ces personnes un peu paumées venant défendre leurs intérêts…

L'un paysan normand, songe à vendre sa femme au mètre cube, tandis qu'un autre, sacristain veut récupérer la somme promise pour avoir engrossé une bourgeoise. Et ce n'est qu'une partie de cette galerie d'individus qui défilent sous nos yeux. La première tranche est la plus amusante et la troisième où l'on voit le juge Saval revenir sur son passé la plus émouvante. Lui qui n'avait jamais aimé est finalement saisi par l'amour sur le tard.

Pour concevoir ce spectacle, Alain Payet qui a joué au cinéma, au théâtre et à la télévision a relu toutes les nouvelles de Maupassant et a sélectionné des extraits de 6 textes assez courts lui paraissant les plus propices à être adaptés au théâtre. " Le déclic explique t-il s'est opéré avec " Le trou" qui raconte l'histoire d'un pêcheur à la ligne accusé d'homicide devant prouver son innocence auprès d'un président de cour d'assises.

L'adaptation est séduisante, mettant bien en valeur le côté acerbe et piquant du style de l'auteur. Quant à l'interprétation elle est également convaincante, avec une voix agréable laissant planer une bonne variété de tons, une bonne diction et une belle présence. Alain Payet passe par tous les états avec dextérité et nous entraîne dans l'univers du juge Saval quelque peu moqueur et désabusé dans sa jeunesse et seul et malheureux à la fin de sa vie. Bravo à Alain Payet qui prouve ici qu'il est un bon comédien…

Agnès Figueras-Lenattier

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Théâtre de la Huchette rue de la Huchette

Métro : Saint-Michel