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mardi, 13 juillet 2021

Gerard BÉNECH

" la chute"," chirac" spectacles en cours" La chute", " Chirac" spectacles en cours" La chute", " Chirac" spectacles en coursOrganiste, co-auteur, metteur en scène, Gérard Benech a adapté et mis en scène deux spectacles en cours en ce moment au théâtre de la Contrescarpe. L’un est basé sur le livre de Camus «  La chute » et l’autre évoque la personnalité de Chirac. Dans cet entretien, il explique sa manière de travailler…

 

 Vous dites préférez chercher la théâtralité dans un texte plutôt que de mettre en scène un écrit déjà crée pour le théâtre. Qu’est-ce qui vous a paru digne de théâtralité  dans «  La chute » de Camus ?

L’on trouve forcément quelque chose de l’ordre du théâtre dans ce personnage de Jean Baptiste Clamence qui s’adresse à cet autre que l’on ne voit pas mais qui dialogue avec lui. Même s’il a vraiment la main sur ce dialogue, le texte fait vraiment exister cet autre. Ce point de départ dramaturgique me semblait très intéressant théâtralement pour le spectateur. De plus, cela ne ressemble en rien  à ce que Camus a pu écrire pour le théâtre qui bien que formidable est très inscrit formellement dans son temps. M’approprier un texte comme « La chute » me donne davantage de liberté car je peux réellement  construire une dramaturgie autour…

 

Comment s’est déroulée l’adaptation ?
Elle s’est faite avec Stanislas de la Touche, comédien de la pièce avec qui je travaille depuis 12 ans. On conçoit les spectacles ensemble, c’est un vrai partenariat. Auparavant, l’ on a construit des spectacles autour de Ferdinand Céline , Albert Camus, Maurice Genevoix.  Pour « La chute », l’on s’est basé sur une adaptation que Stanislas de la Touche avait interprété d’après une autre mise en scène en conservant le principe  des 6 journées qui composent le texte. Parfois celui-ci est  très discursif et lui rendre un rythme a  fait partie de notre travail. On a fait en sorte de privilégier ce qui est davantage porteur d’action plutôt que de la pure réflexion théorique. La vision de Camus qui fait naître l’ironie du personnage est très marquante, très actuelle et très intéressante à faire résonner actuellement. Comme un regard désabusé sur le monde mais écrit avec élégance et sans amertume. A la fin, Jean-Baptiste Clamence plonge dans une forme de folie et devient un homme  revenu de tout qui rit et qui nous le fait partager sur un mode ironique.

 

 

Le texte de Camus est-il totalement respecté ?

On a voulu garder le texte dans l’ordre à part ce récit du pont que l’on retrouve à plusieurs endroits du texte et qui selon moi constitue le noyau dur du spectacle. Je l’ai mis au début, et je le remets plus tard pour montrer que c’est vraiment le point d’appui. Mon idée était à travers ce récit fondateur de la problématique du personnage, de construire un individu au profil d’exilé, un peu décadent qui règle une affaire personnelle autour de cette histoire dont il est victime et qui déclenche tout.  Se profile une espèce d’auto-analyse, d’introspection par le biais d’accessoires comme un magnétophone et une machine à écrire. L’auteur écrit l’histoire et en même temps la raconte. Il règne une sorte de parallèle, un va et vient entre ce qui pourrait représenter ce bar situé à Amsterdam représenté par univers sonore d’un côté et un univers visuel de l’autre qui représente l’intimité de sa petite chambre. Des bruits de porte se font entendre et j’ai essayé d’imaginer un lieu dans lequel il revient doté de cette volonté de creuser cette histoire qui lui est arrivée.

 

On sent une progression  jusqu’à la présence  d’une certaine folie !

Oui mais cette folie est assez mystérieuse, peu classique et ne ressemble pas à un état de folie que l’ on peut observer habituellement  dans certaines pièces. Ce sont plus des accès de folie  qui constituent ce que Camus  appelle «  La chute ». Lorsque la chute survient le matin et qu’il erre avec l’impression de régner sur le monde, quelque chose qui dépasse la normalité se met en place. Il est habité par une espèce d’épiphanie, mais on comprend que passé ce moment là, il va revenir à ce qu’il est véritablement . On a essayé de représenter cet état par vagues avec un certain lâcher-prise, une certaine folie et un retour à la normale. En fait, selon moi tout est contrôlé…

 

Dans ce spectacle, il existe  un gros travail sur le corps !

Oui c’est important pour ce comédien qui aime beaucoup aborder tous les rôles du point de vue du corps, du physique. Il a été formé au théâtre physique et pour lui c’est primordial de ressentir le texte à travers l’énergie du corps. Je trouve d’ailleurs cela assez juste s’agissant du personnage tel qu’il se décrit souvent c’est-à-dire comme un danseur. Et puis c’est Camus, "le danseur". Quelqu’un qui est dans le sport, la danse, la séduction. Dans ce sens là, c’est un peu l’anti-Sartre. Il assume son corps, en jouit. Le personnage est donc le reflet de la personnalité de Camus et se décrit lui-même comme un ex séducteur, un homme qui possède les preuves de ce qu’il avance. C’est ce sur quoi nous avons voulu insister…

 

Vous avez  recours à beaucoup d’accessoires ?

Comme je l’ai dit le magnétophone et la machine à écrire sont là pour raconter ce travail d’introspection racontée visuellement et aussi gestuellement. Mettre sous différentes formes cette expérience avant qu’elle ne devienne un texte nous a paru important. C’est un souvenir, une parole qui devient une parole enregistrée, un texte tapé que l’on réécoute, que l’on enregistre. Le miroir a un rôle un peu différent.. Il raconte aussi cette 2ème dimension, celle de la folie du personnage, ce dédoublement. Le personnage se regarde au début pendant un bon moment. Un moment de surprise se profile lorsque l’image apparaît progressivement dans le miroir. C’est vraiment l’idée de son inconscient qui se matérialise derrière lui, ce personnage moqueur, errant. Une sorte de conscience sans morale juste là pour rire encore plus fort que ce dont il rit lui-même. Quant au mannequin, il signifie l’image de cette femme habillée en noir qui porte son propre deuil.  Elle est  là pendant le spectacle comme une espèce de statue qui se rappelle au bon souvenir de cet homme qui n’a rien fait pour la sauver…  A la fin, il va vers elle à nouveau avec ce dernier rappel de la scène du pont.

 

La musique est très présente !

Avant l’ouverture du « Hollandais volant » de Wagner, on trouve l’histoire de la Hollande, du navire. Une belle illustration thématique à laquelle il  me plaisait bien de penser . Existe aussi cette puissance épique contenue dans cette ouverture évoquant le retour de cette vision du point noir sur la mer, cette culpabilité qui le poursuit. Je trouvais que cette musique méritait de porter tout le lyrisme contenu dans ce texte. On entend aussi des musiques que j’ai créées moi-même, des effets sonores très contemporains. Et puis des emprunts musicaux avec « Le tombeau des regrets » de Sainte Colombe et  la viole de gambe. Puis pour finir «  Les pas sur le neige » de Debussy. Je mets du son dans tous mes spectacles. Pas forcément de la musique en tant que telle mais des bruits. Dans le dernier spectacle que j’avais fait sur Céline, j’ai utilisé « Les vexations «  de Satie comme un leit motiv qui revient. Avec une bande son très chargée mais réaliste sur l’univers de la maison de Céline. Les danseuses en haut, les chiens qui aboient...

 

Lorsque vous avez adapté le film de Ken Loach " Moi, Daniel Blaké" avez-vous mis aussi beaucoup de musique ?
Il y a effectivement une très belle pièce de violon celtique irlandais très mélancolique à un moment donné qui revient. A un certain moment,  émanait vraiment une sorte de bulle de mélancolie et je trouvais cette musique très adaptée.Mais c’est moins musical comme ambiance. J’ai voulu rester assez fidèle à l’esprit du film. 

 

Pour «  Chriac » il y a aussi des bruits au début qui en quelque sorte amorcent le spectacle !

Il y a une bande son mais assez brève que j’ai réalisée dans le but de porter l’univers onirique.. Je pars de cette femme qui écoute au casque une musique de relaxation  avec des vagues, des cloches tibétaines et aussi de petits cailloux qui résonnent dans le vent et qui s’entrechoquent de manière aléatoire. Cela donne un univers sonore très lié à la méditation ; à ce genre de choses… J’aurais voulu en mettre plus mais je sentais que les comédiens ne le souhaitaient pas vraiment. J’ai donc essayé de tenir compte de leur désidérata.

 

Pourquoi Chirac ? A-t-il un côté théâtral selon vous ?

Nous ne sommes pas les seuls à avoir été attirés par le personnage et les politiques ont toujours fasciné. Toute la série des rois de Shakespeare sont des personnages politiques. Mais là c’est une façon d’aborder autrement l'homme non pas par la puissance du personnage dans son histoire mais par une sorte de subterfuge où on le retrouve après sa mort. L’idée est partie de Dominique Gosset mon co-auteur directeur du théâtre de la Contrescarpe et producteur du spectacle. Il est venu me voir et m’a dit sans avoir d’idée vraiment précise « Je veux faire un spectacle sur Chirac, je sens qu’il y a quelque chose d’intéressant à faire. » On a réfléchi, on a lu beaucoup de biographies, on a écouté de nombreuses interviews, notamment les cérémonies de vœux, les discours, les reportages sur lui.  On a également parcouru les renseignements fournis par les deux personnes qui l’ont approché de la manière la plus intime Jean-Louis Debré et Jean-Luc Barré. Notre souhait était d’approcher Chirac par le bout un peu plus secret du personnage en essayant de percer ce qui se cache derrière le masque. Il a quelque chose de théâtral dans sa façon de s’exprimer, de se mouvoir. L’écriture du texte a été très longue 2 ans. On a fait 14 versions et on a vraiment peaufiné puisque le COVID nous en a laissé le temps. On a remis en cause beaucoup de choses à un certain moment.  On s’est dit que l’on n’était pas sur la bonne voie, on a refait autrement pour finalement parvenir à une version qui nous a plu.

 

Y a-t-il selon vous  quelque chose chez Chirac qu’il n’y a pas chez les autres ?

Oui comme quelque chose de plus savoureux !... Il existe  ce rapport à l’inconscient collectif qu’il a déclenché peut-être malgré lui, et qu’il a entretenu habilement. Même si certaines personnes ont éprouvé de la haine à son égard, beaucoup d’autres ont éprouvé une véritable affection pour lui. Il rappelle un peu le personnage du roi dans l’ancien régime. Des personnes pour qui le peuple avait parfois une haine violente mais souvent aussi une sorte d’attachement car il les représentait. Quand j’ai commencé à travailler avec Dominique Gosset, je lui ai dit que Chirac me faisait penser à Henri IV. Le bravache, l’homme politique avant le roi qui chargeait à la tête de ses troupes. C’est l’homme au long nez, la bonne chair, les bons vins, les femmes, le franc parler et la capacité de s’y prendre avec le peuple.

 

Avez-vous trouvé l’acteur facilement ?

On a cherché un peu car ce n’est pas évident de trouver un comédien qui incarne bien Chirac. Marc  Choupart a commencé assez jeune sa carrière à la Comédie française avec J.Pierre Vincent. Il vient du théâtre subventionné que je connais bien. J’ai souvent travaillé avec des acteurs de ce monde là avant de travailler avec ceux venant du privé. Il existe une grande exigence par rapport au travail et pour moi ce qui est primordial c’est d’avoir un comédien disponible pour aller au fond  du travail de direction du jeu. Pour ce spectacle, on y a vraiment passé des heures, avec un vrai plaisir celui de comprendre qui était Chirac du point de vue du maniement de la langue. Comment il parle, quel rythme il emploie, comment il chante la langue. Le texte existe aussi avec les trous. C’est-à-dire dans les silences, les commentaires, dans l’écoute des uns et des autres. On a vraiment fait un travail de partition, et l’on a toujours voulu entendre Chirac le dire. On entendait sa voix, ses silences, son ironie, ses commentaires à peine perceptibles . Tout était déjà dans le texte. Une fois que l’on tient la langue on tient le personnage. Au moyen d’accessoires on a vraiment transformé le personnage. Il porte une perruque faite d’après des photos de Chirac par un des perruquiers de la comédie française, et les lunettes ont été prêtées par la maison Bonnet où se ravitaillait Chirac. Le personnel a été délicieux et ravi de participer à cette aventure. Je pense qu’il y a des moments où l’on a l’impression d’être en face de Chirac et j’aime beaucoup ce trouble. Si je le fais c’est d’abord pour m’impressionner personnellement, pour me donner cette émotion du trouble. J’ai une saine naïveté de spectateur d’enfant se laissant happer par l’illusion du théâtre. Cela me plaît beaucoup et j’aime profondément jouer avec cette technique.

                     Une manière différente de procéder avec les deux comédiens :

Quant à l’actrice Fabienne Galloux, elle est arrivée beaucoup plus tard car elle a remplacé l’actrice initiale. Elle vient du privé et du boulevard et la manière de la diriger était totalement différente. Il a fallu l’inciter à ralentir, à chercher les émotions, une fragilité car généralement les comédiens de boulevard fonctionnent sur une énergie. Mais c’est une comédienne vraiment brillante qui donne bien satisfaction quand elle a compris ce qu’on lui demande. Dans la pièce, c’est un personnage un peu polymorphe car à certains moments elle se transforme en psychanalyste, puis en journaliste par certaines questions où elle titille l’homme politique.  On a imaginé quelqu’un qui sans doute a été séduite par cet homme et peut-être comme une femme à un moment donné en quête d’une figure paternelle. Qui dans son rêve imagine que Chirac pourrait être son père.

 

 

Il existe aussi un travail intéressant sur l'éclairage!

C’est un travail qui tient compte de ces petits lieux qui accueillent un certain nombre de spectacles à la suite et qui n’ont pas un nombre de lignes de lumières très importants.  Il faut donc se montrer d’autant plus débrouillard pour éclairer. Pour «  La chute » j’ai vraiment voulu trouver des lumières. Mais pas des lumières de face ou de pleins feux et je veux montrer le plateau le moins possible. J’essaye d’éclairer les comédiens, les objets, de désigner certaines zones mais un plein feu sur le plateau je n’ai jamais fait, je ne peux pas. Pour moi c’est un processus qui dépoétise tout car on montre le théâtre. Or si on le voit  tel qu’il est dans sa réalité, on ne peut pas rêver.  Il faut le voir dans son illusion et la lumière aide beaucoup. Pour le décor, on a 2 fauteuils et une chaise prêtés par le Sénat. L’idée c’était vraiment d’être dans un jardin public. Le reste de ce qui est projeté ce sont des panneaux réfléchissants avec une vision un peu trouble, un peu déformée des images et des comédiens.  Avec selon l’endroit où l’on est placé un regard un peu différent... On entre dans le rêve, c’est la dramaturgie de cette pièce là. Les films projetés ont été réalisés à partir de photos dont on a essayé d’optimiser l’aspect onirique… Elles sont de Romain Veillon un des meilleurs photographes selon moi du mouvement Urbex.  

 

Vous considérez-vous comme un metteur en scène plutôt directif ou au contraire qui laisse plutôt libre le comédien ?

Je pense que je suis très accompagnant et je pars toujours du comédien. Je ne fais pas jouer du saxophone à une clarinette. Je pars du comédien, de ce qu’il est physiquement, vocalement et puis aussi du matériau que l’on travaille, du texte, du personnage et j’accompagne le comédien au plus près. J’ai une idée très précise de la manière dont la langue doit sonner ; c’est mon oreille musicale. Et j’essaye de m’en servir sans contrainte ; Mon plaisir c’est la création en équipe sans les relations de pouvoir. Parfois, je prends des décisions, parfois j’argumente, mais c’est vraiment un travail en relation avec la personnalité du comédien que j’aime réaliser…

 

Agnès Figueras-Lenattier

 

jeudi, 08 juillet 2021

Françis Huster

La différence entre le jeu au théâtre et le jeu au cinéma :

 

Vous avez fait une formation avec René Simon et Antoine Vitez. Que vous ont-ils appris ?

René Simon qu’on appelait «Le patron», m’a enseigné l’audace et l’insolence, en fonction des valeurs humaines du texte lorsque j’avais un rôle à interpréter. Il m’a appris aussi en dehors de ce côté rebelle à avoir confiance. A n’écouter que ce que mon instinct me commandait de faire. Antoine Vitez m’a appris à refuser les acquis, à remettre en question toutes les références théâtrales. Celles-ci ont d’ailleurs contribué pour pas mal de mes camarades à cette époque-là à les paralyser. Et à faire rater leur carrière. À force de se sentir fils de Jouvet, de Vilar, de Barrault ou de Dux, on en arrivait à oublier qu’il fallait réinventer ce métier à chaque génération. Antoine Vitez a été une sorte de Che Gevara du théâtre avec ce que cela peut comporter de danger mais en même temps d’audace. Il se trouve que le triangle entre Simon, Vitez et Florent a représenté le coup de chance de ma vie car Florent pour sa part m’a enseigné à travailler avec les autres. C’est d’ailleurs l’intérêt majeur que je vois à suivre des cours d’art dramatique : savoir apprendre à travailler avec les autres.

 

Et le cinéma est-ce que cela s’apprend ?

Le problème du cinéma c’est exactement le même que celui du football. Dans les années 50 chaque joueur sur le terrain avait sa place. Les arrières jouaient à l’arrière et ne dépassaient jamais la ligne médiane. Les demi-centres étaient au milieu du terrain et n’allaient jamais attaquer. Quant aux attaquants, ils ne revenaient jamais défendre. C’était les grandes années du football brésilien de Pelé et du football français de Coppa et Fontaine. Et puis le football a évolué. Tout d’un coup dans les années Emilio Ferrera, le catenaccio italien a décidé que tout le monde allait au contraire comme dans un jeu d'échec, défendre avec les noirs et attaquer avec les blancs. Ce sont des matches de foot qui se terminaient souvent par le score de 1/0. Des matches très longs qui ont porté haut le football italien, mais qui ont tué un certain sens du football. Ensuite, s’est opérée une totale évolution. Toute l’équipe s’est mise à défendre où à attaquer. On a vu alors pour la première fois des arrières marquer des buts, des demi-centres aller à l’attaque, des avant-centres défendre jusqu’à la ligne des buts. C’est le même principe au cinéma. À un moment donné et je pense notamment aux films de Marcel Carné, de Jean Renoir, de Duvivier, Clouzot, les techniciens imposaient le style du film aux metteurs en scène. Et les metteurs en scène avaient un dialoguiste qui sculptait des dialogues pour les acteurs (Audiard, Companeez ...).Les acteurs se retrouvaient donc dans une théâtralité avec une caméra, et avaient à dire des grands textes classiques. Ils venaient sur le plateau et des metteurs en scène comme Pagnol, Guitry dirigeaient plus la caméra que l’acteur. C’était là que résidait le problème. Et puis est arrivée la nouvelle vague. La caméra est devenue elle-même un acteur. Elle a fait partie de la narration assassinant le style Clouzot, et abolissant le directeur d’acteur dictateur. La caméra est devenue fluide et s’est presque mise à respirer en même temps que les acteurs. S’en est suivie une liberté de jeu avec les deux plus grands metteurs en scène de la nouvelle vague que sont Jean-Luc Godard et Claude Lelouch. Lelouch est derrière sa caméra, il nous dit le texte, on répète après lui et puis il efface sa voix. Ce changement a engendré comme pour le football le fait que tous les acteurs contribuent au film. Il n’y a plus la super star, les seconds rôles et les petits rôles. Le cinéma d’aujourd’hui comporte des films ronds où tous les rôles sont des rôles principaux.

 

Est-ce une bonne chose ?

Quand on est sur un plateau de cinéma, on passe par exemple trois quarts d’heure à préparer la lumière, trois quarts d’heure au maquillage pour préparer chaque acteur. Ensuite, on met les acteurs dans des loges ou des car-loges. Puis arrive l’assistant qui dit «C’est à vous». On nous emmène alors sur le plateau où les lumières et la caméra ont été préparées, et on nous annonce que l’on va tourner. Le metteur en scène commence à travailler avec les acteurs de la même façon que pour l’installation de la lumière et du travelling. Or les gens de l’équipe demandent «Combien de temps va t-on attendre avant que les acteurs soient prêts» ... Le metteur en scène sur un plateau de cinéma n’a donc pas le temps de faire travailler les acteurs. Or pour que l’on arrive à un cinéma révolutionnaire avec un jeu exceptionnel des acteurs, il faut des metteurs en scène qui puissent travailler tranquillement. Les techniciens doivent comprendre que diriger un acteur ne se fait ni la veille ni avant. Mais sur l’instant et au moment où l'on tourne. Si l'on a besoin de vingt minutes pour diriger une actrice qui n’a que deux lignes à dire, on doit prendre ce temps-là. On est battu dans tous les domaines par le cinéma américain, indien et chinois qui a tous les moyens pour permettre un tournage immense avec des effets spéciaux. Si nous voulons nous en sortir, nous, le cinéma européen, nous devons le faire sur la qualité de l’acteur. J’ai toujours considéré comme un véritable scandale qu’aucun acteur français n’ait jamais eu un oscar à Hollywood. Ni Raimu, ni Gabin, ni Belmondo, ni Delon rien. Je passe aussi sur des acteurs sublimes comme Mastroianni. La qualité des acteurs européens va venir de cette révolution qui va consister à ce que, pendant que les techniciens installent le travelling, la lumière, le metteur en scène travaille avec les acteurs. Il faut donc éduquer les acteurs à apprendre à travailler avec du bruit, avec des gens qui passent ...

 

 

Avez-vous des choses à reprocher au théâtre actuel ?

Oui c’est la conception cartésienne par rapport à des auteurs comme Beaumarchais, Musset, Racine, Corneille, Hugo. Il existe un raz de marée destiné à réinventer totalement ce théâtre là. Certaines mises en scène d’opéra sont sublimes, pourquoi n’y aurait-il pas le même phénomène vis-à-vis du théâtre classique. Je pense que la puissance du théâtre viendra du renouveau total du raz de marée de la mise en scène.

 

Et comment concevez-vous cette mise en scène ?

Comme ce que j’avais fait avec Richard II de Gloucester, mon adaptation de Richard III de Shakespeare. J’avais monté la pièce comme si c’était Onassis, Jacky Kennedy, lord Oswald, sans changer un mot de Shakespeare. J’avais même mis de la musique. Dominique Probst avait fait une partition extraordinaire, c’était Shakespeare. Il y avait des hélicoptères comme si c’était le Vietnam, des bandes-son extraordinaires et Deborah Warner était venue voir le spectacle avant de faire son film, lui aussi dérivé de Richard III. Un film dans la même lignée et qui était magnifique ...

 

Pour vous quelles sont les différences entre la mise en scène de théâtre et la mise en scène de cinéma ?

Une énorme différence. Comme entre la marine et l’armée de l’air. La mise en scène au cinéma consiste à placer la caméra, donc l’œil du spectateur, là où il peut suivre le fil rouge de l’histoire qui dure une heure trente. Et non pas à placer la caméra pour suivre ce que fait chaque personnage donc chaque acteur du film. Deux personnes sont en train de parler dans un café. Ce qui compte ce n’est pas ce que l’un et l’autre pensent, mais ce qu’ensemble ils nous racontent. Par exemple on voit Gary Cooper dans «Le train sifflera trois fois» aller chercher de l’aide. Il marche en avant et demande à son copain de venir combattre avec lui les bandits qui arrivent. La caméra est dans la grande rue par terre en travelling arrière et comme Fred Zinnemann passe la caméra en dessous, il nous mythifie Gary Cooper. Ceci nous aide à comprendre que Cooper aura beau marcher, jamais il n’aura ce qu’il veut. Si la caméra avait été au contraire dans son dos, on aurait été conscient qu’il aurait obtenu ce qu’il voulait. C’est cela la mise en scène au cinéma. Quand on a un scénario, il faut du début à la fin marquer le fil rouge. Deux personnes sont dans un café et n’ont rien à se dire. L’une sort et a envie de se suicider. Au lieu de faire un gros plan sur elle, on utilise un plan très large où elle est très petite. De cette façon le spectateur peut se dire «Tiens elle est complètement paumée dans cette ville». Et puis l’acting au cinéma, c’est de tout faire en tant qu’acteur pour ne pas jouer avec soi-même. Il ne faut jouer qu’avec celui qui est en face de soi ...

 

Au théâtre c’est le contraire !

Oui. Au théâtre, il faut dire aux gens qui sont dans la scène ce qu’on pense et ce qu’on sent. Quand un personnage se trouve sur une scène et qu’on ne sait pas ce qu’il pense, c’est foutu. C’est pour cette raison que le théâtre classique était si intelligent. Il comportait des monologues comme «Je pense ceci, je veux cela» ... Jouer au théâtre c’est presque être aveugle et sourd vis-à-vis de ce qui est en face de soi. En effet, quand on est deux sur scène, le spectateur passe de l’un à l’autre selon sa volonté. Dès qu’il a saisi ce que l’un ressent, il va sur l’autre. On doit donc jouer avec les autres au cinéma, et seul au théâtre. C’est d’ailleurs pour cela qu’au théâtre, on supporte un monologue. Le cinéma représente l’échange humain entre les gens. Quant à la mise en scène de théâtre, elle est très compliquée car il faut maîtriser comme avec un cheval les temps de galop, de trot de la pièce. Comme on n’a pas de montage, de retour en arrière, on est obligé de rythmer la représentation. Au théâtre, ce ne sont pas les décors, les costumes, la lumière, la direction d’acteur qui comptent, c’est le rythme. Ainsi si l'on va au théâtre, on se dit «C’est dommage il aurait joué deux fois plus vite le spectacle aurait été génial ou le contraire». Le metteur en scène est comme un chef d’orchestre qui se doit de donner le solfège de la pièce. Cette scène est jouée trop vite, celle-là trop lentement, ces deux scènes sont jouées au même rythme c’est une erreur, les silences sont trop importants, pas assez ... Un metteur en scène pourrait se dire «Je me fiche des décors, des costumes, des lumières chacun ses responsabilités. Moi je suis là au premier rang pour dire plus vite, moins vite, attend, plus fort, moins fort».

 

Comment cela se traduit-il au niveau du jeu des acteurs ?

Par deux possibilités. La première consiste à laisser les acteurs trouver eux-mêmes leur place. Puis tout d’un coup on leur dit «Cela est bien on le garde, là tu es bien tu me touches. Tu es très drôle, très juste». Tout vient de l’acteur et une espèce de puzzle se construit au fur et à mesure. Comme ç’est l’acteur qui décide, c’est extraordinaire car rien n’est faux. Dans la deuxième solution rien ne vient de l’acteur. C’est le metteur en scène qui joue tous les rôles et qui impose sa vision aux acteurs au mouvement près.

 

Et au cinéma ?

Au cinéma tu as confiance en ce que tu fais alors qu’au théâtre tu doutes. Plus tu doutes, plus tu es fort, alors qu’au cinéma tu dois être persuadé que tu es le rôle. Il n’existe pas de personnage au cinéma. C’est toi qui joues, c’est toi qu’on filme et tu peux te permettre de ne pas jouer. Je dirais qu’au théâtre on joue, et qu’au cinéma on ne joue pas. Il faut aller encore plus loin que Jouvet et dire, on ne joue pas au cinéma. Tout acteur qui devant une caméra joue, c’est insupportable ...

 

En fait, on peut très bien prendre quelqu’un dans la rue et lui demander de jouer son propre rôle !

Je pense qu’on doit prendre un acteur, et lui demander de jouer son propre rôle. Ce qui m’intéresse si on fait par exemple un remake de «La femme du boulanger» c’est de mettre Bacri à la place de Raimu pour qu’il fasse du Bacri dans du Bacri. Pour moi la grande force de Raimu, Brando, Belmondo, Delon c’est que dans toute une partie de leur carrière ils ont fait du Raimu, du Brando, du Belmondo, du Delon. Je ne crois absolument pas au personnage, c’est faux ...

 

Pour vous est-ce qu’un acteur de cinéma est forcément bon au théâtre et vice versa ?

J’ai eu l’expérience avec Alain Delon dans «Variations énigmatiques», il était exceptionnel. On a fait complet du premier au dernier jour et à chaque représentation, Delon revivait. C’était comme si, à chaque fois, c’était la première fois qu’il jouait. Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir un personnage devant moi, j’ai eu l’impression d’un Delon pleurant, s’asseyant, criant, murmurant, souffrant. C’est pour cette raison que ce fut une grande réussite. Pour moi il n’y a pas des acteurs au cinéma et des comédiens au théâtre. Il y a des acteurs qui ont conscience dans leur personnalité qu’ils sont comme un instrument qui ne pourrait pas se changer. Tu es un violon, tu ne vas pas te changer en contrebasse, tu restes tel quel et c’est ton cœur qui parle. Si un acteur ne correspond pas physiquement au texte qui est comme une partition, comme un violon, il n’a rien à faire dans la pièce. Par exemple distribuer Delon dans « Antoine et Cléopâtre » ou dans «Qui a peur de Virginia Woolf» oui. Dans «Roméo et Juliette» certainement pas même quand il avait vingt ans. C’est plus pour Sami Frey ...

 

Pourquoi ?

Il existe des acteurs dans la vie qui ont une fatalité en eux comme Delon, Tom Cruise. Et puis des êtres qui sont comme des insectes avec des épines et qui sont des teigneux. Comme Norton, De Niro, Auteuil, Balmer, Chesnais. Ce sont des êtres insociables. Ils rentrent dans une pièce, on ne les remarque pas, ils se fondent totalement. On est exactement comme des animaux : il y a des tigres, des lions, des reptiles, des insectes. Luchini par exemple c’est un aigle ; il se pose, s’en va, puis revient, puis il est dangereux ... Chacun fait partie d’un monde qui lui ressemble.

 

Qu’est-ce que peut ressentir un acteur de cinéma qui fait du théâtre ?

Un acteur de théâtre qui fait du cinéma se sent toujours un peu amoindri car le texte, la partition qu’il a à interpréter, n’a aucun rapport avec les partitions du théâtre. C’est comme si l'on comparait Mozart, Beethoven Mahler et les autres à Trenet, Aznavour, Brel, Ferré ... Brel, Ferré c’est magnifique, et il existe des films extraordinaires comme «La grande illusion». Mais l’interprète de Mahler se sent un petit peu frustré quand il interprète Brel. Au cinéma la plupart du temps, l’acteur de théâtre n’a pas une palette de jeu suffisamment forte, grande, sublime. Bien sûr, certains rôles sont sublimes au cinéma, mais si c’est un second rôle, l’acteur de théâtre est toujours frustré. Le problème, c’est que l’on ne peut pas dire que la plus grande cantatrice du monde est mieux qu’Edith Piaf. Quant à l’acteur de cinéma qui fait du théâtre il se dit «Mince, d’autres personnes sont sur scène et personne ne m’aide». C’est plus une histoire de camaraderie entre acteurs et une question d’arriver à se débrouiller tout seul. Trois personnes sont sur scène, et tout d’un coup le public se moque royalement de qui est à côté de soi. On sent huit cents personnes qui sont en train de vous regarder et de vous écouter, et tout doit partir de soi …

 

 Que doit-on faire de plus ou de moins côté jeu de l’acteur ?

C’est exactement ce que vous venez de dire. Au théâtre, cela se traduit par une intensité supérieure dans la justesse du sentiment. Et non pas au niveau du phrasé ni du travail sur le texte. Si on se plante dans la justesse du sentiment correspondant à la scène, c’est fichu. Au cinéma, ce n’est pas une question d’intensité. Au contraire c’est une question de justesse du naturel, du jeu. L’intensité du sentiment vient de la photo, suivant si elle est plus ou moins contrastée, plus ou moins dans les ombres. Si la lumière est sur un gros plan ou pas etc. On peut magnifier un acteur au cinéma et se servir de l’image avec le son. On peut baisser la voix, aller davantage dans les graves ...

 

Les artifices sont plus nombreux !

Appelons cela plutôt des surmultiplications de ce que l’on fait. Mais si on met une extraordinaire lumière sur quelqu’un qui n’est pas juste, cela n’ira pas. N’oublions pas qu’au cinéma on n’a jamais entendu la vraie voie de Gabin, de Raimu et des autres. Comme tout passe par un appareil, c’est la voix métallique que l’on a entendue. Si j’entends ma voix au cinéma, j’ai un petit recul en arrière. Elle est multipliée dans ses défauts comme dans ses qualités et c’est un fond qui n’a rien à voir avec moi. J’entends, comme j’entends au téléphone, la voix de quelqu’un. Je reconnais la voix de ma femme, de mes enfants mais ce n’est pas pareil. Au cinéma, comme tout est accentué si on joue juste au départ, c’est dix-mille fois juste. Et si on est mauvais c’est dix-mille fois mauvais ...

 

Le rôle du corps est-il plus important au théâtre ?

Probablement qu’il est plus important au théâtre mais qu’il est beaucoup plus dangereux au cinéma. En effet, si le corps est mort, on ne peut pas être juste. Le cinéma c’est un jeu d’échecs et on ne peut pas tricher à ce jeu. Au cinéma, où l'on est naturel ou on ne l’est pas. Le théâtre c’est du poker, il existe du bluff. On a les cartes en main. Si l'on joue Bérénice, on a des cartes sublimes, et on les abat au fur et à mesure de la pièce. On retient et on ne va pas jouer pendant une heure trente en se disant que l'on a une quinte flush. Mais en se disant que l'on joue Bérénice et que c’est un rôle sublime. On doit faire toute la pièce. C’est vraiment la comparaison exacte. On mise, on trompe le public. Les dix premières minutes, on peut penser que l'on joue de telle manière, et puis finalement jouer autrement. Mais certains acteurs, c’est terrible d’ailleurs, abattent leurs cartes tout de suite et jouent tout le rôle en cinq minutes. Et pendant toute la pièce ils font la même chose ...

 

Le poker est-ce plus excitant que les échecs pour vous ?

Au théâtre, c’est quelque chose de beaucoup plus chat et au cinéma, quelque chose de beaucoup plus chien. Au théâtre, les acteurs ronronnent, griffent, ils sont souples et caressent le public. Le théâtre, c’est de la séduction, le cinéma pas du tout. Le cinéma se fait naturellement, je mords, si cela ne vous plaît pas salut.

 

L’humeur avant de jouer est-elle plus importante au théâtre ou au cinéma ?

Au cinéma c’est de l’éjaculation précoce. Cela demande une telle intensité entre moteur et coupez que je conseille aux acteurs d’être complètement en dehors du rôle, avant moteur et coupez. Il est absolument impossible entre six heures du matin, moment où l'on se lève pour se rendre au tournage, et le moment où l’on tourne, d’être concentré pendant dix heures, pendant deux mois et d’être le rôle. Ou alors on est fou. Ce qui m’est un peu arrivé avec Jean Moulin. Il faut dire que j’étais tout seul sans famille en Tchéquie. J’allais à l’hôtel, je ne sortais jamais le soir et je me suis pris pour Jean Moulin pendant deux mois. Mais c’est beaucoup trop dangereux. Donc je crois qu’au cinéma, il faut être totalement relax comme le sont les sauteurs en hauteur. Ils sont décontractés puis tout d’un coup, on les voit se concentrer. Ils sautent et puis c’est fini. C’est pour cette raison que je parlais de l’armée de l’air, alors que le théâtre, c’est la marine. C’est un voyage où tu t’embarques avec toute une troupe et tu joues la pièce. On ne peut pas faire revenir en arrière le bateau puisque chaque jour de répétition, on continue. Alors qu’au cinéma on peut jeter. On jette, on recommence, on jette, on recommence. Le cinéma c’est un art coup de poing KO alors qu’au théâtre au contraire on cherche à rencontrer en soi-même le texte. C’est un travail de longue haleine, de mûrissement. Chaque jour on gagne un peu plus, on sculpte. Au cinéma quand on est mauvais on tousse, quand on est bon on crie. Les prises de cinéma représentent des cris successifs ...

 

Et au niveau fatigue physique ?

Je dirais que la fatigue physique se produit au théâtre, et la fatigue morale au cinéma. Au cinéma, on a la culpabilité de se dire tout le temps «Ce n’est pas bien ce que j’ai fait». Il existe toujours le fait de se dire «Je peux en refaire une». Au théâtre on n’entend jamais cela. On est convaincu que le metteur en scène veut quelque chose. Et une fois que l’on sait ce qu’il veut et que l’on arrive à le faire c’est fini. On ne se pose plus de questions. En fait, le cinéma, c’est l’art de se poser des questions, et le théâtre c’est l’art de donner des réponses. C’est ainsi que l’on voit la pièce, que l’on doit la jouer. Un point c’est tout.

 

Et le fait de jouer seul ?

Je crois que c’est une erreur de jouer seul, j’en ai toujours été persuadé. Le plus beau souvenir de ma vie c’est «La peste». Je l’ai joué six-cent-quatre-vingt-treize fois partout y compris à l’étranger. C’est un souvenir sublime et j’en suis fier. D’ailleurs au Musée Grévin, je suis dans le costume de «La peste». Mais jouer seul, c’est comparable à un peintre qui ferait un portrait de lui-même. Or la seule justification pour jouer seul comme un pianiste qui fait seul son récital, c’est pour des raisons d’une importance personnelle capitale. À savoir défendre un texte qui vous paraît d’une importance capitale du point de vue artistique ou politique. À ce moment là ce n’est plus une erreur, c’est un devoir.

 

Vous disiez qu’au théâtre il faut jouer seul mais lors d’un duo cela peut paraître étrange !

Non, quand un chanteur d’opéra chante en duo, il chante seul même si on entend l’autre. Il doit défendre sa partition et ne fait pas d’osmose. C’est brut de coffrage.

 

Au cinéma c’est donc le contraire !

Oui c’est un non jeu qui se traduit par une écoute. On doit simplement recevoir. C’est comme, si, en boxe, quand tu attaques, c’est le théâtre, et si tu défends, tu te protèges, c’est le cinéma. Les plus grands acteurs de cinéma ce sont ceux qui regardent, écoutent et renvoient la balle. Au cinéma, il faut des Borg, au théâtre des Mac Enroe ...

 

Que ressentez-vous lorsque vous jouez au théâtre et au cinéma en même temps ?

Je pense que ce n’est pas très malin car c’est comme si on n’avait plus d’élan quand la représentation du soir commence. Commencer à avoir un peu la trouille vers quatre heures constitue une nourriture de la vie quotidienne qui fait progresser sur scène. Or si pendant la journée on tourne au cinéma, la nourriture quotidienne est inexistante. Et puis quand on va se faire maquiller à cinq heures du matin pour un film, on n’a pas la concentration subtile nécessaire, et on ne prend pas les risques qu’il faut.

 

Vous avez le sentiment d’être moins performant !

Absolument. L’un après l’autre, mais pas les deux en même temps. C’est comme si on faisait un régime, et qu’en même temps on bouffait. C’est totalement contradictoire.

 

Vous avez écrit pour le cinéma et pour le théâtre. Quelles sont les différences ?

Au théâtre c’est l’auteur qui parle de A à Z à travers ses personnages. Il existe un ton, un style et tous les personnages parlent à la façon de l’auteur. Au cinéma c’est le contraire. Ce sont les personnages qui parlent, pas l’auteur. Et c’est difficile d’écrire un scénario de cinéma sans connaître les acteurs qui vont interpréter les rôles. La réussite des grands auteurs, c’est de penser déjà aux acteurs qui vont interpréter leur texte.

 

C’est ce que vous aviez fait pour « On a volé Charlie Spencer !

Non, mais c’est ce que j’ai fait pour le suivant. C’est ce que j’ai appris avec mon premier film ...

Agnès Figueras-Lenattier 

 

 

jeudi, 01 juillet 2021

Concert piano

Le 10 juillet à 18h30 au théâtre de l'île Saint-Louis  39 quai d'Anjou, Masae Gimbashi fille d'un authentique poète japonais  interprétera au piano Erik Satie, Gerschwin, Debussy, Ravel... Et ajoutera 2,3 morceaux de l'album Sleepless Night... Cette artiste diplômée de l'Ecole normale de musique de Paris, se produit en Europe , au Japon et aux Etats-Unis. Elle a notamment enregistré 5 albums solo chez Plaza Major Company, le dernier fin février 2020 " Je te veux"...

https://www.divertir.eu/blog/culturel/masae-gimbayashi-l-...

mercredi, 23 juin 2021

Rendez-vous théâtre

"L'école du vélo volé" propose ce week-end trois représentations de la pièce " Les héros sont fatigués" écrit par François Ha Van. Cela se passe au théâtre Le Pic 1 avenue Junot Paris 18ème le 25 et 26 juin à 20H30 et le 27 à 16H. 

https://www.weezevent.com/les-heros-sont-fatigues-formation-professionnelle-du-velo-vole#

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dimanche, 06 juin 2021

Patrick Flodrops

flodrops,jeu d'échecs,confessionsArbitre et juge-arbitre de tennis reconnu, Patrick Flodrops est le premier à être descendu de sa chaise pour juger une trace. Bon joueur de tennis, mais aussi d’échec, possédant 5,6 échiquiers chez lui, il s’exprime sur le sujet dans cet entretien.

 

Vous êtes un bon joueur d’échec. A quelle occasion avez-vous débuté dans ce jeu ?

J’ai commencé grâce à mon père comme presque tous les jeunes. Il m’a encouragé à essayer en m’affirmant que ce jeu était assez facile.  C’est vrai qu’au départ, déplacer les pièces n’est pas très compliqué. Mais par la suite, l’on s’aperçoit des difficultés, car il faut connaître beaucoup de choses. L’apprentissage est très long. Au tennis quelqu’un de doué arrive en trois mois à faire des échanges alors qu’aux échecs pas du tout. Si l’on bouge mal les pièces, on se fait massacrer. Vers 15,16 ans j’ai participé à des compétitions à droite à gauche, puis  j’ai complètement arrêté pour me tourner vers des jeux qui me faisaient davantage de bien comme le bridge ou le tennis. . A 50 ans, j’ai repris pour voir ce que ça pouvait donner. Je ne suis ni très fort, ni très mauvais. On peut m’assimiler à un classement 0 au tennis.

 

Quelle a été votre évolution ?

Je n’étais pas trop maladroit donc j’ai assez vite progressé. Je gagnais des tournois dans ma catégorie et je prenais beaucoup de plaisir à le faire.  J’ai été au Cap D’agde, à Rouen et je progressais, progressais. Jusqu’au moment où j’ai atteint mon plafond de verre c’est-à-dire le maximum de ce que je pouvais faire. On veut encore progresser, mais on ne peut plus. Je me suis rendu compte qu’il me fallait déployer un énorme effort pour encore améliorer mon niveau.  Le tennis s’est alors substitué aux échecs.

 

Que pouvez-vous dire sur votre niveau ?

Je connais le jeu, je peux en parler et dépasse le simple échiquier. Je suis au courant de l’histoire du jeu, des grands champions, suis bien impliqué dans cet univers, mais pour franchir un cap supplémentaire, il aurait fallu un investissement vraiment considérable. Au bout d’un moment, on se décourage. Les 100 meilleurs joueurs du monde sont assez seuls et ont peu d’amis et la plupart ont moins de 35 ans. Des coaches techniques   étudient les parties, les habitudes de l’adversaire. Mais les joueurs d’échecs ne vivent vraiment que pour ça.

 

Mais c’est valable pour le haut niveau de manière générale !

Oui, mais l’ambiance est plus ou moins joyeuse. Au tennis c’était plutôt plaisant et je me suis vraiment régalé pendant 23 ans. La vie d’arbitre ou de juge-arbitre est assez agréable tandis que les échecs se déroulent au sein d’un milieu très fermé. C’est un point sur lequel j’insiste mais les joueurs sont tellement passionnés qu’ils acceptent la situation…

 

Pourquoi parlez-vous de sports qui font du bien ? Les échecs ne sont pas dans ce cas là ?

Effectivement, ce n’est pas un sport très convivial et l’on se dit à peine bonjour. On tend la main sans regarder son adversaire, et pendant toute la partie on ne s’adresse pas un mot, on a le regard braqué sur l’échiquier. Une fois la partie finie c’est la même chose. Ce n’est pas fait pour les rapports sociaux, et de plus très peu de femmes jouent aux échecs. En France, on compte 150 grands maîtres internationaux (GMI) dont juste deux femmes qui mesurent 1M90 pour 80 kilos et qui ont une moustache.  Ceci tient au fait que le but du  jeu n’est pas de se distraire, ni de se détendre. Cela n’a d’ailleurs rien à voir avec la compétition car que ce soit au tennis ou au bridge on peut s’amuser ; aux échecs pas du tout. C’est  un jeu ingrat et assez rébarbatif. Ma mère à 85 ans jouait au bridge 2,3 fois par semaine et cela se passait super bien. Ce qui n’aurait jamais pu être  possible aux échecs. Mais  depuis 10 ans, nous avons un champion du monde d’échecs extrêmement charismatique. Un norvégien qui s’appelle Magnus Carlsen. 30 ans, beau, marié, sympa et qui parle volontiers à la presse et que je trouve génial.

 

Il déteint donc un peu par rapport aux autres !

Oui, même à la table. Lors d’une partie, l’on a droit à 5 minutes et on les gère comme l’on veut. Au bout de ce laps de temps assez court, si la partie n’est  ni gagnée  ni perdue, c’est terminé quoi qu’il arrive. Personnellement, j’aime les parties qui durent 10 minutes, mais certains font des parties de 2H30. Pour les championnats du monde, Magnus Carlsen prend son temps, ce qui stupéfie tout le monde. Il regarde en l’air, à droite, à gauche et commence à jouer. Il consomme déjà 30 secondes et c’est sympathique.  Il sourit aux gens qu’il reconnaît dans l’assistance ; il est exceptionnel. Contrairement au bridge qui s’est arrêté avec la pandémie, les  championnats d’échecs se multiplient sur Internet.

 

Vous dites qu’il n’y a pas de femmes. Pourtant il y a un championnat du monde féminin !

Oui, avec même une jeune femme très brillante Judith Polgar qui est bulgare. Elle est très forte et en plus elle est charmante. Mais sur les licenciés français à peu près 3% sont des femmes. Dans un club, c’est le désert côté féminin. La femme est plutôt au bar en train de servir un coca.

 

Votre femme joue t-elle ?  Et vos enfants ?

Ma femme et ma fille jamais. Elles ne voulaient pas entendre parler de ce jeu. .En revanche, avec mon fils , je joue  souvent. A 74 ans, j’ai des petits-enfants dont 3 garçons qui sont passionnés. Ce n’est pas moi qui les ai poussés mais eux qui ont vite éprouvé l’envie de jouer.  Mais mes deux petites filles se désintéressent complètement de cette activité.

 

C’est une activité qui exige des qualités pouvant servir dans la vie !

Absolument. Mais ce n’est pas l’intelligence qui prime même s’il ne faut pas être un âne absolu. Le meilleur joueur du monde n’est pas forcément quelqu’un d’extrêmement intelligent et s’il l’est c’est un hasard. En revanche, cela demande une concentration extrême et une vision esthétique de la position des pièces sur l’échiquier. Le très bon joueur se dit « Est-ce que mes pièces sont dans une bonne position ou est-ce que c’est nébuleux ? Il faut que ce soit clair et bien présenté. Cela fait partie des douze premiers coups qui consistent à a assembler les pièces de manière esthétique

 

En quoi l’esthétique joue t-elle contre l’adversaire ?
Le fait de bien disposer ses pièces sur l’échiquier donne une meilleure vision pour la suite. Chaque pièce a une efficacité et le joueur moyen n’en est pas vraiment conscient alors que le bon joueur est gêné si l’harmonie n’est pas respectée.

 

Après se met en place une stratégie !

Oui, mais avant tout c’est une question de concentration, et il ne faut pas se faire bouffer inutilement un cheval. Il faut bien observer et anticiper les éventuelles menaces de l’adversaire et faire très attention. Le distrait ne joue pas bien. Le  joueur de tennis champion de France juniors Denis Grozdanovitch par exemple, possédait un bon niveau et toutes les qualités pour réussir, mais il était parfois un peu ailleurs, un peu artiste et par moments il se prenait une banane sans comprendre pourquoi.  Il existe trois phases : les douze premiers coups, le milieu de partie où grâce à une bonne esthétique, on met en place une tactique afin de menacer le roi à terme et la fin de partie qui réclame un très gros travail. Il reste alors peu de pièces et il faut savoir aller au bout sans perdre la face. C’est assez difficile…

 

Avez-vous joué contre Denis Grozdanovitch ?

Oui souvent. Il était prof de tennis au TC16 club de tennis dont j’ai été président, et parmi les activités proposées, il y avait des échecs. Pour comparer avec le tennis, il avait à peu près le niveau d’un -4/6. Je perdais dans 60% des cas.

 

Et au tennis ?

Je l’ai souvent affronté vers l’âge de 40,50 ans, ce n’était plus le grand Grozdanovitch. Ses petites finesses marchaient moins bien, et il était plus facile à aborder. Il s’en fichait un peu. Mais il était très fort. Il lobait quand il fallait et faisait tout d’un coup une amortie sans que l’on comprenne  d’où elle venait. Il était doué.

 

Les différences et les similitudes entre le combat aux échecs et le combat tennistique ?

La grande différence c’est qu’au tennis, il faut courir, se dépenser, aller chercher la balle alors qu’au échecs c’est totalement cérébral. Je ressentais qu’au tennis contre Grozdanovitch, je pouvais gagner plus que perdre car je courais partout. . Contre lui, les parties longues je perdais toujours . Il avait le temps de réfléchir. Mais les parties courtes, j’arrivais à le battre.

 

Comment se passe un tournoi d’échec en compétition ?
Prenons par exemple le très grand tournoi du Cap d’Agde. D’abord on s’inscrit, on décline son classement comme au tennis, on donne son numéro de licence et puis on se présente à l’heure demandée dans une grande contenant une centaine d’échiquiers. On s’assied par exemple à l’échiquier n°96 et l’on se retrouve en face d’un individu que l’on ne connaît pas et l’on attaque la partie quand l’arbitre dit top. On déclenche l’horloge. A part les parties courtes ; il faut souvent cogiter pendant 5 heures.  De ce fait, l’adversaire disparaît souvent pour fumer ou boire un coca. Ceci 10,12 fois et le joueur de loin,  regarde s’il a appuyé sur l’horloge, revient nonchalamment, réfléchit un quart d’heure, joue… On peut sortir comme l’on veut car on ne peut pas bénéficier d’aides extérieures. Même si un ami vient, on ne peut lui décrire la situation. Il faudrait une photo de l’échiquier. Pendant que l’autre réfléchit, tu fais ce que tu veux. L’horloge ne fonctionne pas dans ces cas là.

 

Mais il est possible de tricher !

Oui, et les gens n’imaginent pas comment cela se passe. Tous les ans, on démasque 2,3 tricheurs à haut niveau. A petit niveau, il y en a beaucoup plus. Qu’est-ce que tricher aux échecs ? C’est avoir dans l’oreille un petit écouteur et puis quelqu’un qui vous donne des conseils en feuilletant un livre. Mais c’est quand même difficile. L’astuce c’est d’avoir recours à un spectateur qui se balade en regardant les parties et en retirant des informations utiles.. Et ils adoptent un code comme les gens qui parlent le  langage des signes. On détecte les tricheurs car ils font des coups trop merveilleux. En plus depuis 5 ans, la machine bat l’homme .Le seul qui peut gagner c’est Carlsen. . Par exemple au jeu de go aucun homme depuis 10 ans ne peut battre l’ordinateur, au bridge au contraire aucun ordinateur ne peut battre l’homme. Carlsen pour battre l’ordinateur ne fait que des coups anormaux pour déstabiliser l’ordinateur ce qui fait que l’intelligence artificielle de l’ordinateur ne fonctionne plus. Il gagne une fois sur deux.

 

Des compétitions aussi bien pour les pros que pour les amateurs ?

On peut imaginer en rêvant qu’un amateur soit champion du monde. Comme si un 15/4 gagnait Roland Garros. Ce n’est pas comme au golf où avec ta licence tu joues comme tu veux et tant mieux pour toi si ça marche. Un amateur aux échecs ne peut pas gagner plus de 1500 dollars. Carlsen ne s’inscrit que s’il peut gagner 500.000 euros. Je pense que le plus qu’il ait gagné c’est 1 million d’euros un tournoi très important en Hollande. Chez les femmes ? 10 fois moins !... C’est lui qui a fait progresser la machine car avant les candidats  (à peu près  200 millions de joueurs dans le monde, la France étant mal classée dans la hiérarchie) , étaient sous payés.. Un très bon français est 5ème mondial et le reste est moyen. Il s’est classé second au tournoi des candidats mais aurait pu être premier. C’est un gros tournoi entre les 8 meilleurs joueurs du monde à l’exception du tenant du titre.

 

Comment se déroulent les compétitions mixtes ?

Toute femme peut jouer un tournoi open et dans les grands tournois s’inscrit qui veut. Parfois dans le lot, se trouve une femme et en général elle est très forte. Judith Polgar a abandonné les tournois exclusivement féminins, car elle ne trouvait pas d’adversaires à sa mesure. Elle a été  50ème mondiale, ce qui est formidable. Cette femme avait une jumelle et toutes deux avaient un père enseignant. Quand elles sont nées, le champagne a coulé à flots et le père était dans un coin en train de pleurer. Tout le monde lui a demandé pourquoi et il a expliqué  «  Que vais-je faire de mes deux filles » ?   Personne ne pouvait répondre.  Un des convives a proposé de mettre dans une urne trois possibilités : mathématiciennes, musiciennes ou joueuses d’échec, cette dernière suggestion étant plutôt destinée à en rire.  Et le tirage au sort a été les échecs. Le père était lui-même un bon joueur et il a  transformé sa maison de 2 étages, englobant 5,6 chambres en un échiquier géant. Tous les meubles étaient en forme de cheval, de fou au autres pièces . La petite Judith a commencé à pousser les pièces sur la moquette à 2 ans. Et elle devenue à 16 ans grand maître international. C’est une des plus jeunes de l’histoire et elle a été 8 fois championne du monde dames, puis est passé chez les hommes. Elle n’a pas démérité du tout et a été bien respectée. Le père était surtout un excellent enseignant. Il voulait démontrer qu’il pouvait faire d’un enfant ce qu’il voulait à condition qu’on lui confie complètement. La mère était d’accord donc tout allait bien.  La jumelle a été championne du monde quand sa sœur a démissionné pour aller chez les hommes.

 

Il faut être très concentré aux échecs. Que pouvez-vous dire comparé à la concentration sur un court de tennis ?

Aux échecs, le silence est absolu pendant 3,4 heures.  C’est vraiment une église où il n’y a pas de prêtre qui raconte sa vie. C’est très particulier. Des arbitres  veillent même à cela Au tennis, il y a les applaudissent qui décontractent un peu l’ambiance et c’est agréable pour le joueur. Ce n’est pas la même ambiance.

 

Avez-vous déjà été arbitre aux échecs ?

Non, je ne connais pas très bien les procédures. Pour être arbitre à bon niveau, c’est comme au tennis si jamais la balle heurte un oiseau, il faut savoir quoi faire. Aussi si jamais la balle passe à travers le filet. En tant qu’arbitre de tennis, je connaissais tout. Médicaments, boissons, publicités… C’est pareil aux échecs, l’arbitre connait tout.

 

`Le dopage existe sûrement !

Oui, des amphétamines ; ça tourne un peu mais pas trop.. La cocaïne aide dans ce genre de situation, mais au bout d’un moment l’effet change. Au début on est très concentré en défiant le monde entier et au bout d’une demi-heure on dort et l’on n’est pas bien. 

 

Au niveau des classements ?

C’est mesuré par la système Elo créé par Monsieur Elo. Il a trouvé un système très bien fait . Le N°1 mondial vient d’atteindre 2800 elo. Personnellement, ; j’en ai 1400, 1500.  Un débutant commence à 50 elo. Il y a une échelle et comme au tennis le  Numéro 1,2.

 

Faites-vous partie d’un club ?
Non. Car contrairement à beaucoup de gens, je n’aime pas du tout les matches par équipe. En revanche,  j’en ai créé un mais on n’est pas encore décidé à l’homologuer ; ça va dépendre de la motivation de chacun. Nous sommes une quinzaine. J’aime le golf car l’on est responsable  de soi-même et j’aime les échecs pour la même raison. Au bridge, on a un partenaire, c’est déjà un peu un sport d’équipe et en plus très convivial. Je choisis mes partenaires et c’est un vrai bonheur…

Savez-vous si parmi les grands joueurs et joueuses de tennis, il y a de bons joueurs d’échec ?

Je crois que Djokovic se débrouille assez bien. Disons 15/2. D’ailleurs, il n’y a pas un serbe ou un croate qui ne joue pas bien aux échecs. C’est un pays très fort comme les Russes. Quand on va à Moscou, on voit très souvent dans la rue deux hommes les mains dans les poches qui se baladent dans les rues en jouant aux échecs dans leur tête l’un contre l’autre. Ils disent E2, E4, la position des pièces sur l’échiquier jusqu’à ce qu’ils gagnent. Ils jouent à l’aveugle, ce que l’on pourrait faire au bridge. Première série pique au bridge, je pouvais très bien rejouer toutes les parties que j’avais jouées la semaine d’avant. J’avais toutes les cartes dans ma tête. Ma mère à 82 ans se souvenait sans effort de toutes les cartes qu’elle avait eu dans l’après-midi. Pourtant, ce n’était pas une spécialiste de ce genre de choses. La fonction créée l’organe comme on dit. Quelqu’un qui se met au bridge et qui pense avoir une mémoire un peu déficiente de toute manière, au bout d’un an, se souviendra de toutes les cartes de l’après-midi.  On les mémorise sous forme d’image et sans être fort, ça s’inscrit tout seul. C’est valable pour tous les joueurs à partir de 15/4 pour 2,3 jours. Avec ma femme 1ère série cœur quand on rentrait d’un tournoi de bridge dans la voiture, on se racontait les tours de donne à la carte près. 30 donnes quand ce n’était pas 60. Aux échecs, certains joueurs se souviennent de toutes les pièces qu’ils ont joué. De vrais machines…

 

Il paraîtrait que les jeunes qui jouent aux échecs obtiennent de meilleurs résultats scolaires !

C’est vrai. Le fait qu’ils soient obligés pour bien jouer d’être très concentrés les rend meilleurs en maths. Le bridge fait aussi beaucoup de bien aux jeunes, je le constate avec mes petits enfants .

 

Avez-vous lu les livres de Xavier Tartakover ?

Oui. C’est un très ancien joueur qui a été champion du monde et qui a trouvé des techniques très efficaces. Il a écrit un excellent bouquin lu par énormément de joueurs. Il raconte les erreurs à ne pas commettre comme le coup du berger.. Par exemple ne pas mettre son pion à tel endroit, des choses de ce style. C’est facile à lire, très pédagogique. C’est la bible des joueurs d’échec.

 

Côté spectacle avez-vous vu des parties qui vous ont marqué ?

Une partie mémorable c’est la finale du championnat du monde à Reykavic en 1972 qui a duré trois mois. C’est la première fois qu’un étranger en l’occurrence américain se retrouvait contre l’Union Soviétique. Un match dantesque et toute la Russie était derrière son joueur  Joshua Waitzkin . Le joueur américain Bobby Fischer était un génie et l’ambiance terrifiante. Le président des Etats-Unis a dû s’en mêler pour que Fischer continue. La qualité était phénoménale et finalement c’est l’Américain qui a gagné. L’union soviétique était en berne ; pire que la mort de Staline.

 

Et des films que vous auriez vus ?

En général, les films sur les échecs sont très mauvais car pour augmenter le suspens, l’ambiance est faussée. Dans le « Gambit de la reine » sur Netflix  la jeune fille regarde son adversaire au fond des yeux et réciproquement. C’est une erreur et ça ne traduit pas du tout la réalité. Ceci dit, la série est très bonne et l’actrice très performante. Le "7ème sceau de Bergmann" ? Là encore, la scène n’est pas très bien filmée et ça ne se passa jamais ainsi…

 

Et « le joueur d’échec de Stefan Zweig ?

C’est un livre incontournable, un grand livre. Il met en place de vraies émotions et les soucis qui  habitent les joueurs. D’ailleurs, Stefan Zweig jouait très bien lui-même…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

mercredi, 12 mai 2021

Emission radio médecine douce

ACCOMPAGNER LA SANTÉ ÉMOTIONNELLE DES JEUNES
 
 
6 mai 2021 à 12h31, Durée : une heure
 
Naturellement : Soigner les maux sans médicaments
Accompagner la santé émotionnelle des jeunes

Au programme, on va vous parler des jeunes, ado et jeunes adultes étudiants, des leurs émotions qui peuvent altérer leur bien-être au quotidien et surtout comment traiter naturellement les troubles émotionnels liés notamment à la période qu’ils traversent…et restez bien avec nous jusqu’à la fin de l’émission, une surprise vous attend !

Une émission en collaboration avec Doctissimo - Médecines Douces & Rescue - Les fleurs de Bach : https://rescue-fleursdebach.com

Invitées :
• Sylvaine Helm-Rauzy, naturopathe, nutritionniste
• Jane Ennis, sophrologue
• Nathalie Auzeméry, Conseillère et formatrice en Fleurs de Bach
Animé par : Charlotte ECKERLAgathe THINENathalie AUZEMERY
 
 
 

 

Cancer et sport

L’inactivité et la sédentarité engendrent des maladies chroniques et accentuent les effets secondaires des traitements. Au contraire, faire du sport aide à  prévenir de nombreuses maladies notamment le  cancer et permet un taux moins important de récidive. Le sport est le seul médicament qui lutte contre la grosse fatigue provoquée par cette maladie et si l’on est sportif, il ne faut surtout pas arrêter. Si on ne l’est pas c’est une bonne occasion de s’y mettre pour mieux vivre son cancer. Le milieu médical en est de plus en plus conscient et actuellement un enseignant en activité physique adaptée est présent dans chaque centre anti-cancer. Il est recommandé de pratiquer une activité physique une demi-heure par jour ou 150 minutes trois fois par semaine. Mais ce n’est pas exponentiel dans le sens ou même si l’on fait deux heures par jour cela n’aura pas plus d’effets bénéfiques. Vincent Guerrier sportif de moins de 30 ans qui a signé avec sa compagne Léa Dall’ Aglio une tribune dans le Journal du Dimanche pour promouvoir le sport a été atteint d’un cancer du système lymphatique. Suite à une réflexion d’un radiologue qui lui a donné des doutes sur ses futures capacités physiques, et  encouragé par sa compagne, il a repris le sport après les chimiothérapies qui lui donnaient des nausées et une fatigue écrasante. Et il a pu constaté à quel point cela lui faisait du bien de courir ne serait-ce que 20 minutes. Deux jours après, son état était redevenu quasi normal. Il a également fait quelques séances en groupe ce qui lui a permis de conserver une vie sociale et de ne pas se sentir isolé. Il a même été jusqu’à participer  à un marathon stupéfiant les médecins médusés de voir combien  le sport lui permettait de  mieux supporter son cancer.. Il  a témoigné de son expérience dans un livre intitulé «  « Malades de sport ».

Autre exemple : celui de Caroline Cuvier gynécologue oncologue, la première à avoir mis en place en 2012 au sein de l’hôpital Saint-Louis un court de tennis réservé aux femmes atteintes d’un cancer du sein. Elle raconte combien ces femmes sont ravies de bouger et de se retrouver pour faire de petits matches entre elles.  Elles sont moins angoissées et plus optimistes. Se servir d’une raquette participe à la rééducation du bras opéré, et même s’il y a des adhérences au début, la douleur de la cicatrice finit par s’estomper. De l’escrime pour la mobilité des deux bras , de la marche nordique pour prendre l’air, du yoga sont également au programme. . Toutes ces activités entraînent une diminution du stress, des bouffées de chaleur, du taux d’insuline, d’oestrogène, des pics de glycémie et améliorent le sommeil. Cette oncologue s’est même arrangée pour que des enseignants fassent pratiquer à ces femmes de l’aviron au bassin de la Villette, plus des cours dans Paris de badminton, de gym adapté et en plus du karaté pour les plus de 60 ans… Toutes ces belles initiatives sont à encourager et  les patients, patientes ne doivent pas  hésiter à en profiter. Ce n’est que du bonus!… 

Agnès Figueras-Lenattier

13:33 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cancer, sport, bienfaits

lundi, 10 mai 2021

François Lemaire

lemaire,exposition,l'orangelemaire,exposition,l'orangeFrançois Lemaire  présente actuellement une exposition inédite sur la couleur orange jusqu'au 16 mai à la Fabrique Contemporaine situé 30 rue Vergniaud. Il est présent là-bas tous les jours de 14h à 18h. 

Avant de devenir artiste peintre, François Lemaire a travaillé dans le cinéma (fiction pour M6)  et a également écrit des documentaires axés surtout autour des adolescents notamment pour Arte. Mais il s’est rendu compte qu’il n’était pas vraiment heureux dans cette profession et la peinture à l’huile a pris le relais.  Il a peint de nombreux paysages, plus de cents appelés « paysages improbables » et a aussi réalisé des tableaux sur les animaux mais en tant que créatures. Il n’a jamais fait de peinture animalière. Récemment, il a décidé de travailler sur une couleur en particulier, et pour l’instant il a choisi le bleu et l’orange.  Il aime partir des trois pigments de base , le jaune, le rouge, le bleu et concevoir les couleurs qu’il souhaite. «  C’est de la tambouille explique t-il un peu comme de la cuisine. Chacun possède ses petites recettes, ses petites astuces… » Il est fort possible qu’il continue dans cette voie dans les années à venir.

 

 

Vous exposez actuellement vos tableaux consacrés à l’orange . Avant vous aviez fait le bleu. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette aventure ?
Le bleu est une couleur qui me fascine depuis déjà un certain temps. On en a beaucoup parlé comme étant une couleur froide mais selon moi elle peut dégager beaucoup de chaleur. Comme le bleu et l’orange sont deux couleurs complémentaires, je fais un travail reposant sur le spectre de la lumière. En même temps, le bleu disparaît dans l’orange, quand tombe le soir. Le coucher de soleil est orange alors qu’auparavant le bleu dominait. Je m’intéresse de plus en plus à la couleur, à sa puissance et aux effets sur soi-même. Ce n’est pas pour rien que les gens s’habillent de telle ou telle manière ou qu’ils peignent différemment leur lieu d’habitation.  Certains laissent tout en blanc, d’autres font des chambres bleue, rose, orange. On n’y fait pas attention, mais la couleur nous accompagne en permanence depuis notre naissance. Les bébés sont attirés par les couleurs, c’est quelque chose de très primaire.

 

Vous l’avez constaté sur vous ou vos enfants !

J’ai pu le remarquer avec mes enfants qui petits aimaient les couleurs vives. C’est très attrayant pour eux. J’avais un ballon rouge dont j’étais presque amoureux pas seulement parce que c’était un ballon mais aussi à cause de sa couleur. Je me suis acheté un vélo de course rouge car c’était mon rêve. J’aime le rouge.

 

Pourquoi le rouge ?

Ca me fait du bien ; ça me rassure. C’est très vivant et ça éclate les yeux. L’orangé aussi ; toutes ces couleurs là. Mais pas plus le rouge que le bleu. J’aime la couleur en général, et l’effet qu’elle peut produire. Je constate avec mon travail sur les couleurs que les gens réagissent différemment si le tableau est orange, ou bleu. Ceux qui aiment le bleu ne sont pas forcément friands de l’orange et vice-versa. Les émotions ne sont pas les mêmes non plus. Une couleur c’est comme une note de musique que tu pousses le plus loin possible dans sa transmission d’émotion, d’affect, de joie, de tristesse ou de colère.  Peu de peintres ont travaillé sur une seule couleur. Il y a le fameux bleu Klein, le bleu de Matisse et la période bleue de Picasso. Et le noir de Soulage qu'il a appelé outre noir.

 

Miro aussi a pas mal travaillé sur le bleu !.

Oui. Des bleus avec des espèces de signes assez grands. Il a même donné aux gens une boisson à base de bleu de méthylène et le lendemain ils ont fait pipi bleu. En revanche, même si bien évidemment je ne connais pas toute l’histoire de la peinture, peu de peintres ont travaillé la couleur orange. Le peintre américain Rotko a fait quelques tableaux avec l’orange. Mais il ne me semble pas que des peintres ont fait une exposition consacrée à l’orange ; c’est inédit.

 

Chagall aussi est réputé pour son bleu !

Oui. Ce n’est pas de l’abstraction ; c’est plutôt un peintre figuratif. Le bleu est une couleur qui a été extrêmement utilisée. C’est une couleur courante, presque de base dans la mesure où l’on vit dans le bleu sauf la nuit. Presque tout le monde a du bleu dans sa tête. Ne serait-ce que d’observer combien les gens sont contents quand le ciel est bleu. Ca évoque forcément quelque chose d’agréable, d’émotionnel ; c’est sensitif.

 

Robert Ryman a fait des toiles blanches !

Oui, dans les années 70, en utilisant un blanc qui sort du tube. D’ailleurs à l’époque, cela avait créé une certaine polémique. Il y avait des gens qui pensaient que c’était vraiment se « foutre du monde », car il n’y avait rien. En outre, il a eu beaucoup de succès et a été acheté très cher. Des collectionneurs se sont arrachés ses tableaux. Personnellement, ça ne m’intéresse pas tellement d’avoir un tableau blanc chez moi, mais après tout chacun fait ce qu’il veut. Tout est possible dans l’art.

 

 

Chez vous quelles sont les couleurs dominantes ?

Je laisse blanc car je mets beaucoup de tableaux en particulier les miens que je fais tourner pour voir comment ils «  vivent ». Les tableaux sont faits pour aller dans les appartements. Non pas comme un objet de décoration, je n’aime pas trop cette expression mais je l’accepte, mais plus comme un objet d’affect. Souvent, les gens me disent j’ai un coup de cœur pour un de vos tableaux, je ne peux résister.

 

On ne résiste pas à un tableau comme on ne résiste pas à une femme !

Peut-être… C’est bien trouvé !...

 

Pour le bleu et l’orange avez-vous travaillé de la même manière ?

J’ai travaillé avec des aplats de couleur très lisses et aussi beaucoup de matière ou en confrontant une plage lisse et une plage de matière. Certains tableaux sont exclusivement faits avec beaucoup de matière, très en pâte qui tournent plutôt vers l’abstraction figurative et d’autres en correspondance sur du lisse.  L’intermédiaire existe aussi avec la moitié en matière et l’autre en lisse. Et j’ai fait la même chose avec les bleus. Tantôt au pinceau, tantôt au couteau à peindre qui ressemble à une petite truelle. Au départ l’on appelait cela un couteau à palettes, c’était destiné à mélanger les couleurs.

 

Pour la matière peut-on se servir aussi bien d’un pinceau que d’un couteau à peindre ?

La différence vient de la manière de le tenir mais on peut mettre beaucoup de pâte aussi sur le pinceau. Y aller de façon rapide, brutale, en jetée comme ça. Se servir du couteau représente un geste particulier et il faut apprendre à le manier. C’est un apprentissage, et l’on ne peut pas faire des tableaux sans avoir appris le maniement même de l’instrument. Le pinceau tout le monde sait comment cela marche. On en a tous fait  et d’une certaine façon c’est comme un crayon qui se termine différemment. Le geste n’est pas le même pour le couteau.

 

Vous dîtes que les gens ne réagissent pas de la même manière selon les couleurs. Et vous selon que vous travaillez sur du bleu ou sur l’orange ?

C’est un petit peu différent mais pas tant que cela en fait. Mon émotion est surtout concentrée sur le fait de peindre. Cela me procure une joie très forte, un stimuli émotionnel très puissant. Tout ce travail découle des souvenirs mon enfance. J’ai vécu dans une ferme au Nord de la France et mon terrain de jeu c’était les terres de mon père que je partageais avec mon frère. On sortait et l’on avait sous la main un champ immense. On s’en donnait à cœur joie tantôt dans la forêt, tantôt près d’une rivière ou d’un ruisseau. Chaque saison faisait naître une couleur, et je profitais des coquelicots, des marguerites, des champs de blé, des lilas de ma grand-mère. Des roses dans le jardin… J’ai aussi vécu sous la voûte du ciel. Et puis aussi les couleurs de la terre comme le marron. C’est aussi un thème que j’aimerais aborder ; ça s’appellera tout simplement « la terre ».

 

Quand vous peignez vous y allez au hasard ou vous savez déjà ce que va devenir le tableau ?

Cela dépend. Soit, je prévois déjà le tableau, ce qui est le plus facile. C’est génarelemnt ainsi que je travaille. Mais il m’est arrivé également pour cette série de ne pas vraiment savoir ce que j’allais faire. De commencer un fonds orange, de retravailler après et d’avancer au fur et à mesure un peu à l’aveuglette.

 

Pourquoi le bleu, pourquoi l’orange ?

Dans ma série d’avant « paysages improbables », j’avais remarqué que j’avais pris un grand soin à travailler sur le bleu et j’ai découvert la force de cette couleur. Et puis j’ai eu la chance d’aller en Grèce avec mes enfants, et là-bas j’ai vraiment été sous le charme du bleu très présent dans ce pays. Il y en a partout et des bleus très différents d’une pureté absolument incroyable. Des bleus un peu sombres, des bleus turquoise, des bleus indigos. Le bleu que j’ai utilisé ne sort pas directement du tube, et je me suis servi de plusieurs bleus. Et dans certains bleux, j’ai mis un tout petit de jaune ou de rouge. Très peu pour pas que cela se voit, mais en même temps cela se ressent. Quant à l’orange, ma décision vient d’une conversation avec mon galeriste. Il m’a demandé ce que j’allais faire après le bleu et spontanément j’ai parlé de l’orange de mes yeux. C’est l’orange que l’on voit lorsque l’on s’allonge au soleil en fermant les yeux. J’aimais cela et percevoir un orangé qui passe à travers la paupière. L’émotion de la découverte. Les oranges de mes tableaux se ressemblent tous mais n’ont pas du tout la même gamme.  Selon que j’ai mélangé avec plus ou moins de jaune ou plus ou moins de rouge. Le jaune est une couleur primaire mais à partir du moment où tu le mélanges avec une autre couleur, une couleur secondaire apparaît.

 

Combien de tableaux consacrés au bleu et à l’orange avez-vous fait ?

J’ai fait une cinquantaine sur le bleu et 20 sur l’orange. Faire toute une série sur la même couleur n’est pas si évident que cela car il ne faut pas répéter et arriver à faire émerger quelque chose d’émouvant, de sensationnel. . C’était une sorte de défi ; j’aime les challenges. Quasiment chaque tableau a un orange particulier. Je pars de différents jaunes, le jaune cadmium, le jaune citron, puis un jaune très clair et puis 3 ou 4 rouges, clairs, moyens, foncés.. Et tous ceux qui sont venus à la galerie ont trouvé mon travail très intéressant et très joli.

 

Vous avez peint un tableau avec des pétales, des confettis, des papillons !

Tout est sorti du tube sauf l’orange. Il y en a aussi un plutôt jaune orangé avec des tâches de couleur jaune orangé.

 

Dans quelle catégorie de peintres vous rangez-vous ?

Un peu entre l’abstrait et le figuratif. Quand on regarde mes tableaux, il y figure quand même quelque chose ; ce n’est pas complètement abstrait, mais ça touche malgré tout l’abstraction…

 

Y a-t-il des réflexions de gens à propos de vos tableaux qui vous ont plus spécialement marqué ?

Comme je suis un peintre minimaliste, la réflexion la plus désagréable même si ce n’est pas très méchant, c’est lorsque l’on me demande si mes tableaux sont finis et si je ne vais pas ajouter quelque chose. Par exemple sur ce tableau orange, j’ai mis juste un petit oiseau. Justement, je voulais qu’il soit tout seul. Mais ça dérange certaines personnes qui ont une vision assez classique de la peinture et tout à fait représentative de la vie réelle.

 

Comptez-vous dans les années futures continuer à vous consacrer à une seule couleur

C’est possible. Il y a deux couleurs qui m’intéressent tout particulièrement le vert que j’ai déjà pas mal travaillé et la couleur prune de l’aubergine. C’est un peu plus compliqué comme mélange, car il ne faut pas que ce soit triste. J’essaierai de faire comme Van Gogh qui avait réussi à trouver un joli ton…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

dimanche, 09 mai 2021

Musicothérapie

«  Là où est la musique, il n’y a pas de place pour le mal » déclarait Miguel de Cervantès écrivain décédé en 1616 et auteur du célèbre «  Don Quichotte ».  En tout cas même si le mal ne se résorbe pas totalement, il n’existe pas de panacée universelle, écouter ou jouer de la musique  entraîne un réel effet positif sur notre être. Et ce n’est pas Claire Oppert violoncelliste qui soigne avec son instrument  l’anxiété et la douleur des déments, des autistes, des malades douloureux, des personnes en fin de vie qui dira le contraire. Exerçant notamment à l’hôpital Sainte Perrine à Paris et à l’hôpital Rives de Seine à Puteaux,, reconnue par le monde scientifique, elle a obtenu des résultats très convaincants sur de nombreux patients. Sa première rencontre avec une certaine Madame Kessler qui en écoutant Schubert a vu sa douleur s’atténuer considérablement lors d’un pansement a donné lieu à une étude clinique «  Le pansement Schubert ». 112 soins douloureux sur des patients en fin de vie.  «  Toutes les sortes de musique peuvent avoir une influence explique Claire Oppert et ce qui importe c’est de s’adapter au patient. Je peux jouer fort  pour le patients ayant des problèmes d’audition ou doucement  pour ne pas heurter les patients. Rares sont les malades qui ne réagissent pas. Dans la majorité des cas, il existe une amélioration, une détente, une relaxation musculaire, une meilleure respiration. Le souffle des patients est massivement modifié en particulier sur des patients sédatés ou dans un degré de profond coma.  Parfois, les larmes coulent, parfois les émotions sont si fortes que cette artiste est obligée d’arrêter.. Il peut aussi  survenir des réactions un peu violentes comme lorsqu’un autiste a cassé son violon. Ce genre d’attitude ou le manque de réaction d’un malade est difficilement explicable. Mais Claire Oppert insiste sur le fait qu’elle s’adresse à ce qui est en dehors de la pathologie, à la partie saine de l’individu. La part de  suggestion positive joue un rôle important avec une équipe qui y croit à fond et l’’accord du patient,  moteur du soin. 

La musique fait d’abord appel au toucher, et beaucoup de malades souhaitent avoir un contact avec le bois de l’instrument. «  Claire Oppert m’a raconté que tous les grands autistes ont touché son violoncelle «  et que même si les réactions des malades se rejoignent, elle  n’a jamais éprouvé la moindre lassitude. «  Au contraire. Si elle est un peu fatiguée, ou un peu triste, elle en ressort toujours rechargée et plus en forme »… Claire Oppert a raconté son expérience dans un livre très riche «  Le pansement Schubert »…

Claire Maugard musicotherapeute, professeur de chant que j’ai eu l’occasion de rencontrer il y a longtemps m’avait parlé de son travail à l’hôpital psychiatrique de Toulouse avec  alcooliques, anorexiques, schizophrènes. Elle avait du mal avec les jeunes femmes anorexiques extrêmement insolentes, caractérielles et dans l’opposition.  Si les patients étaient agités, elle essayait de les apaiser au moyen d’un instrument. Si au contraire, l’humeur était davantage portée vers l’écoute, elle travaillait dans ce sens.  Quand les patients étaient  très enfoncés dans leur maladie, elle jugeait interessant de faire un travail sur les percussions ou un travail sur  l’écoute musicale. Des effets similaires au yoga ou à la sophrologie ou à la relaxation. pouvaient alors survenir. Un travail proche du corps, accompagné d’une rythmique et d’une résonance provoquant des sensations rassurantes au niveau du toucher. Le fait de taper sur quelque chose d’inconnu  incitait les patients à aller au fond d’eux-mêmes…

Certains qui ont un passé de musicien reprenaient leurs instruments, d’autres souhaitaient assister à des concerts. Une fois un patient avait du mal à s’endormir. Il a écouté les musiques  proposées par cette musicothérapeute et  élément très positif, il n’a pas été obligé de prendre son médicament. Voir des patients complètement avachis repartir  en chantant, en dansant avec une pêche extraordinaire lui donnait du baume au coeur. En psychiatrie,  le but est surtout de leur faire passer une heure agréable car après, ils repartent souvent dans leurs idées noires… » 

Ces deux témoignages me donnent envie de terminer par la phrase  de Ludwig Van Beethoven :     « La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots »..

 

VEGETALISME

De plus en plus de sportifs adoptent un régime végétarien et même végétalien. Les Soeurs Williams par exemple sont végétaliennes. Et je les comprends car c’est un régime qui me va très bien aussi sauf que pour ma part j’oscille entre végétarisme et végétalisme. En effet, je mange des oeufs mais tout le reste de ce qui a trait à l’espèce animale j’occulte. Et cela ne me gêne en rien pour faire mes trois quart d’heure une heure de jogging quotidien auquel j’ajoute parfois quand je suis trop stressée du vélo d’appartement.  Peut-être serais-je un jour totalement végétalienne si ce que j’ai imaginé lors d’une insomnie se réalisait. J’ai imaginé que pour les végétaliens, on prendrait des oeufs venant directement de la ferme , qu’on les broirait en petits morceaux et qu’on les enverrait par la poste. Une petite pensée qui m’a fait bien rire et qui devraient en faire rire quelques-uns…

D’autre part, j’ai eu l’occasion d’interviewer Elodie Vieille Blanchard présidente de l’association végétarienne de Franceet devenue végane  depuis 2013. Elle est également l’ auteur d’un livre très engagé «  Révolution végane »   dont l’interview intégrale est sur paris14.info, site où je mets tous mes articles. Cette femme parle d’un monde reposant uniquement sur le véganisme qui va encore plus que le végétalisme

Devenue végan à 35 ans après un long processus de réflexion, elle assume totalement son choix même si elle est difficilement comprise par son entourage. Les trois arguments les plus fréquents condamnant ce mode de vie, la présidente les réfute avec habileté . Les carences? Dans l’alimentation végétalienne on trouve tous les nutriments sauf la vitamine B12 mais que l’on peut ingurgiter sous forme de gélules. Comme elle le dit très justement dans la nourriture classique il y a aussi des manques en vitamine D et autres. 2ème argument  la souffrance des plantes? On sait que les plantes n’ont pas de système nerveux central qui permet de réagir si l’on est blessé. Troisième argument :

Se soucier d’abord des humains? Beaucoup d’arguments peuvent contrer cette affirmation mais par exemple,  lorsqu’on est végane on est moins dans la discrimination, moins raciste… Et puis comme le dit  Lamartine : « On n’a pas un coeur pour les animaux, et un coeur pour les humains, on a un coeur ou pas du tout. »

Il semblerait même que lorsqu’on est végane, l’humeur soit plus joyeuse. Des philosophes comme Pythagore considéraient que les nourritures carnées n’étaient pas bonnes pour philosopher car elles obscurcissaient l’esprit. Dans l’hindouisme, on pense aussi que le végétarisme est une bonne alimentation pour faire de la méditation. 

Bon aussi pour l’asthme  et la lutte contre le diabète de type 2. Bien évidemment adopter un tel régime ne se fait pas du jour au lendemain mais si chacun faisait un petit effet, ce serait déjà un grand pas pour la protection de l’environnement et la réduction d’environ 15% de gaz à effets de serre provoqué par l’élevage. C’est ce que dit Elodie Vieille Blanchard. 

J’ai un ami avocat et fin gourmet qui adore la viande. Un jour, je lui ai fait goûter des steaks au soja et il n’a pas trouvé cela mauvais. Et pourtant il pensait que ce serait vraiment pas bon. Alors prêts à essayer? Cela ne coûte rien et peut réserver de bonnes surprises. Mathieu Ricard ne dira pas le contraire. Alors à vos fourneaux messieurs et mesdames…

 

 

Propos de Christian Rémésy nutritionniste et ancien directeur de recherche en nutrition humaine à L’INRA  dans «  Alternative Santé (n°86). Il a beaucoup participé au slogan «  manger 5 fruits et légumes par jour ». 

«  Ma question principale n’est pas les fruits et légumes, mais bien la diversité de produits végétaux qui doivent rentrer dans notre alimentation (fruits, légumes, féculents, graines et fruits, oléagineux). Il ne faut pas abuser des calories d’origine animale.  Je préfère le terme d’écovégétarien à celui de flexitarien qui me paraît moins explicite. Ecovégétarien exprime qu’il faut se nourrir majoritairement avec des végétaux d’origine naturelle pour des raisons d’écologie et de santé. Et de façon la plus variée possible. 

La quasi-totalité des composés des fruits exerce des effets bénéfiques. Les fibres facilitent l’élimination du cholestérol, le potassium aide à prévenir l’hypertension. Ils régulent les apports d’énergie favorisant la protection cardiovasculaire. Mais des produits d’origine végétale comme les noix, les céréales complètes et les légumes secs sont aussi des amis du coeur et des artères. N’oublions pas que l’équilibre microbien de notre écosystème intestinal reflète la biodiversité végétale de notre alimentation. Et enfin, pour lutter contre le réchauffement climatique et les élevages industriels, nous n’avons pas d’autre choix que de réduire sensiblement la consommation de produits animaux. »

Agnès Figueras-lenattier

 

jeudi, 06 mai 2021

Boris Cyrulnik «  Des âmes et des saisons »

cyrulnik,milieu,influencecyrulnik,milieu,influence Le milieu, source de notre transformation

 

 

Boris Cyrulnik neuropsychiatre auteur de livres à succès  est à l’origine du concept de résilience. Dans ce nouveau livre, il démontre au moyen de faits très concrets l’importance du milieu sur l’évolution de notre cerveau.  Chaque cerveau est personnalisé explique t-ill , ce qui implique des comportements très différents selon les situations. Deux personnes évoluant exactement dans le même milieu auront des visions très différentes de la vie. On le voit bien avec les jumeaux qui sont la preuve même de cette influence du milieu sur l’être humain. Un livre qui nous fait prendre conscience que nous sommes les premiers responsables de ce que nous sommes… 

 

Lorsque Boris Cyrulnik est né avant l la seconde guerre mondiale, n’existaient ni la sécurité sociale, ni la caisse de retraite. 12% d’enfants de pauvres faisaient médecine alors qu’aujourd’hui » c’est seulement 1%.  Le monde évolue constamment et le cerveau de l’être humain en même temps. Il y a 40 ans que l’on a pris conscience qu’un cerveau est sculpté par son milieu. «  Notre premier milieu ‘explique Boris Cyrulniik c’est le ventre de notre mère comme disent les Asiatiques. »

Le premier habitat c’est l’utérus, le 2ème le bras des mères avec un père plus important que l’on croyait et le troisième le monde de la verbalisé, des récits, des images. Le foetus est réactif aux informations affectives composées par la saveur du liquide amniotique et des basses fréquences de la voix maternelle. Si les enfants ne sont pas stimulés sur le plan affectif, le contrôle de leurs émotions ne peut se faire et ils ne peuvent que «  craquer »  à la moindre remarque. En fonction de la façon dont son milieu précoce est établi, un cerveau peut savourer le bonheur de petites choses ou au contraire avoir du dégoût pour l’existence. Chaque cerveau a été sculpté différemment selon les pressions des milieux précoces. Ce qui explique que lorsqu’un accident se produit abîmant une zone cérébrale,, les réactions diffèrent. La névrose ou la schizophrénie peuvent être dus à une infection virale en début de grossesse où à un stress maternel excessif durable.

                                                          L’importance de la parole

 

Tout est régi par le milieu. Ainsi par exemple en France, chez les filles les premières règles apparaissent vers l’âge de 13 ans chez les filles blanches et vers 9 ans chez les noires. Un milieu plus paisible pour les blanches en serait la raison. . L’argent des parents peut aussi modifier la date d’apparition des règles.  Par exemple la hauteur de l’habitat a un impact sur la violence dans les sociétés.  La taille des êtres humains peut énormément varier aussi. Cela dépend de la stimulation par l’environnement physique de la partie du cerveau qui induit les sécrétions neuro-hormonales. C’est ainsi que Monsieur et Madame Cro-_magnon étaient très grands ( il y a 40.000 ans) 1m95 pour Monsieur et 1M90 pour Madame alors qu’au Néolithique  (il y a 10.000 ans) les ancêtres ne mesuraient qu’1m 60. Boris Cyrulnik parle de jumeaux qui évoluant dans un contexte social similaire ont une vision du monde très différente. « ’ La même situation était nommé «  liberté par l’un et «  abandon » par l’autre »… 

Chose importante la parole qui agit sur notre mémoire et peut modifier la représentation de notre passé. Seule la mémoire traumatique reste figée.  En parlant de mémoire, des phénomènes surprenants peuvent se produire. Ainsi après une amputation, le malade peut continuer à souffrir du membre qu’il n’a plus. Un pied amputé dont le trajet neurologique est encore circuit dans le cerveau peut provoquer des douleurs à cause d’une réelle empreinte dans les circuits cérébraux de la douleur. Les veuves entendent souvent la respiration de leur mari la nuit ou ses pas le soir. Elles en éprouvent une certaine honte alors qu’en fait il s’agit d’une mémoire physiologique saine, circuitée dans le cerveau par des années de coexistence. 

Que serons-nous demain? En tout cas, nous serons différents d’aujourd’hui, c’est bien ce que montre ce neuropsychiatre dans cette ouvrage très détaillé et qui ne manque pas de nous surprendre à certains moments…

Agnès Figueras-Lenattier

14:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cyrulnik, milieu, influence