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mardi, 17 novembre 2020

Fabienne Delacroix

peintre,art naïf,interviewFabienne Delacroix est la fille du peintre naïf Michel Delacroix et a repris le flambeau en trouvant sa voie avec selon les dires un brin de féminité en plus.  C'est une peintre émérite de la Belle époque, illustratrice, représentant des scènes de la vie parisienne ou campagnarde, les bords de mer, les châteaux de la Loire.  Elle a peint des séries comme les 24 vues de La Tour Eiffel, et a représenté les quatre saisons de Notre Dame de Paris.  Dotée d’un grand coeur,  contribuer à la collecte de fonds au profit de grandes causes a beaucoup de sens pour elle». Elle a par exemple soutenu l’action  contre le sida en partenariat avec l’AMFAR (American Foundation for Aide research) et la recherche contre le cancer en partenariat avec les joueurs de hockey de la NHL (National Hockey League… ). Ce qui a lui a donné l’occasion de rencontrer la famille Kennedy et Arnold Schwarzenegger. Possédant plusieurs cordes à son arc, elle a également un passé dans le domaine du théâtre et de l’adaptation de grandes oeuvres littéraires.  Elle a été présidente de plusieurs compagnies de théâtre, a collaboré à de nombreux spectacles à Paris et en province et à Madagascar où elle a habité de 2005 à 2014, elle a également été très présente théâtralement avec la création de la Compagnie Arts and Events et l’organisation de nombreux spectacles pour enfants et adultes…

 

C’est votre père peintre reconnu qui vous a initié à la peinture? 

Plus ou moins mais avec beaucoup de liberté. Je n’ai fait aucune école et suis complètement autodidacte.  Je me raccroche souvent à l’école des naïfs,  avec toutefois de petites nuances car l’on m’a qualifiée de « naïf raffiné « . En effet, la peinture naïve ignore la lumière, la perspective  et tout un tas de règles qui constituent l’art de peindre..  J’aime bien le terme «  figuratif poétique » …J’aime énormément cette idée de rêve, c’est d’ailleurs une époque un peu rêvée même si je n’ai évidemment pas de souvenirs. Je dis souvent que je rêve pour les autres… 

 

Pourriez-vous parler de votre manière de peindre?

C’est difficile d’expliquer, c’est un grand mystère d’inspiration.  Bien sûr je suis influencée par mes lectures, sur ce que je peux faire et puis l’inspiration vient  naturellement Je travaille avec des pinceaux très fins pour aller dans le détail.  J’ai peint à l’huile, mais pour des raisons d’odeurs très fortes;  j’ai basculé vers l’acrylique.  Cela sent très mauvais, et un jour j’ai été chez mon dentiste qui m’a dit «  Vous avez bu du white spirit ou quoi?  Je me suis rendue compte que j’inhalais cela à haute dose. Avec l’acrylique, l’on arrive maintenant à avoir un peu de matière ce qui n’était pas le cas il y a 30 ans. On ne trouvait pas toutes les nuances. Il n’y a aucune odeur et le séchage est instantané. Il m’arrive d’écouter des livres audio quand je peins notamment ayant rapport au sujet que je traite de manière picturale.  Par exemple, j’ai réalisé un triptyque, trois toiles qui communiquent entre elles autour du grand magasin «  Le Printemps » et j’ai réécouté «  Le bonheur des dames » de Zola . J’ai fait une affiche pour Annie Vergne directrice du théâtre du Guichet Montparnasse en liaison avec  son adaptation d’ » Une vie » de Maupassant, et j’ai réécouté l’histoire.  J’écoute aussi de la philosophie. et suis une philosophe de la joie… Spinoza et Montaigne par exemple sont des amis même si je n’ai pas forcément toutes les capacités intellectuelles et la patience de lire «  L’ »Ethique » . Quant à Montaigne  c’est un personnage si humain. Il existe des versions magnifiques comme l’enregistrement des essais de Montaigne par Michel Picolli.  Je suis dans la philosophie toute la journée et m’intéresse aussi à la littérature et à l’histoire. 

 

Est-ce vital pour vous de peindre?

Oui et quand je ne peins pas, cela me manque. J’en ai besoin; c’est ma vie et je suis heureuse car je fais vraiment ce que j’aime. Je suis comblée par mon travail et mes trois enfants.  Désirer ce que l’on a c’est cela le bonheur. Je suis complètement ailleurs, et il m’arrive de ne pas sortir pendant plusieurs jours. C’est mon petit chien en fait qui me force à sortir…  C’est tellement calme, j’ai la lumière, les plantes. Cela fait 25 ans que j’ai cet atelier et jamais je ne m’en séparerai.  Je me sens chez moi. Dans mes tableaux, ce que je cherche à faire ressortir, c’est la joie. Ma manière de peindre est tellement instantanée; rien ne transparaît à part  la joie. C’est d’ailleurs le retour que l’on me fait. Mes clients me disent qu’ils ont un rapport amical avec mes tableaux, que des fenêtres s’ouvrent qui les rendent joyeux et leur procurent du bien-être. Pour moi, ma mission est accomplie et contrairement à beaucoup de peintres, je n’ai aucune ambition particulière et ne cherche aucunement à faire passer des émotions ou des messages. Ma seule crainte c’est de ne plus pouvoir peindre. Quand j’étais plus jeune, j’ai eu des périodes où je n’arrivais jamais à rien. J’avais la toile blanche.  Il faut de la patience et de l’assiduité et je travaille tout le temps.  

 

Au niveau des couleurs vous avez forcément des préférences!

Oui, et je dois un peu me forcer à mettre du bleu. C’est un peu étrange d’ailleurs car c’est une couleur magnifique. Tout le monde aime le bleu, c’est le ciel, c’est l’infini. Quand on lit «  Le dictionnaire amoureux » de Michel Pastoureau, le bleu représente la couleur de l’infini.  Mes bleus sont plutôt pâles, je ne vais pas dans du cobalt, mais j’aime le ciel, la mer. Sinon je travaille toutes les couleurs, même si je ne suis pas dans les couleurs pop comme le violet. Mais c’est parfois amusant  de mettre un petit grain de folie. Une petite touche de couleur qui va faire toute la toile finalement dans un univers très uniforme. 

 

La musique vous inspire t-elle?

Mon rapport à la musique est totalement déconstruit et c’est l’art qui me donne le plus d’émotions soit dans les pleurs, soit dans l’allégresse.  En ce moment, vu mon état psychique personnel , la musique me fait trop d’effet et je n’arrive plus pour l’instant à en écouter. Je suis une modeste pianiste et j’ai quand même rapporté mon piano de Madagascar sur un bateau. Mais là aussi, je suis incapable de jouer en ce moment. 

 

Comment cela se passe t-il côté exposition?

J’expose environ 1fois par an et à chaque exposition,  c’est comme si je passais mon bac.. Je mets tout sur la table, et c’est ma seule source de revenus. Imaginez donc si mes tableaux ne se vendent pas…  Après cette exposition annuelle qui dure un mois,  je participe à une exposition collective.  Lors de mes expositions j’ai carte blanche mais les galeries aiment bien que je présente quelques vues de Boston ou de New York.  Maintenant que j’ai pris l’habitue de le faire; je le fais volontiers. A Boston et New York, j’ai une chance extraordinaire car là ou j’expose, ce sont des galeries magnifiques placées sur West Broadway, un emplacement de rêve. 

 

L’art naïf ne plait pas en France?

Je ne sais pas. Je pense que les Américains achètent avec leur coeur, alors qu’en France souvent on achète beaucoup avec ses oreilles. Il faut être simple et retrouver une âme d’enfant pour aimer l’art naïf.  Ce n’est pas une démarche forcément naturelle en France. J ’ai fait signe aux musées d’art naïf français notamment celui de Nice le musée Jacovsky. Mais ça ne s’est pas concrétisé pour l’instant. Nul n’est prophète en son pays; ce n’est pas très grave. 

Et en Europe? Je pense qu’il existe des possibilités en Allemagne et en Suisse. Aussi beaucoup en Europe de l’Est, c’est pour cela que je suis au musée en Bulgarie le Musée d’art naïf et intuitif à Belogradchik avec quatre toiles. Je fais partie de la collection permanente du Musée. 

 

Et au Canada?

Il y a un beau musée d’art naïf à Magog au Québec  (Mian Musée international d’Art Naïf), et j’en fais aussi partie avec deux toiles. Le directeur du Musée est très gentil avec moi et il est  d’ailleurs cité dans l'un de mes catalogues d'exposition.. «  Paris, jours heureux » C’est lui qui m’a qualifiée de » naïf évoluée » car il se demandait si en présence de mon oeuvre on était encore  dans l’ art naïf. Je suis un peu à la frontière de la peinture figurative traditionnelle et de l’art naïf. Il existe aussi une belle école d’art naïf canadienne par exemple. 

 

Vos influences?

Séraphine, le douanier Rousseau auquel on ne peut être indifférent, Henri Rivière qui était assez proche des estampes japonaises que j’aime aussi beaucoup, . Puis Bruegel, et les impressionnistes évidemment puisque c’est ma période, même si ma patte n’est pas du tout impressionnistes. On peut voir dans la manière dont je traite l’eau un peu de pointillisme. Personne n’échappe aux influences, on n’est que le produit de son passé, de son histoire  et des événements  auxquels on a été exposés. 

 

Vous avez sorti en 2018, un livre  édité chez Hervé Chopin  «  Paris, jours heureux ». Cet éditeur est-il de la famille du musicien. Et vous qui portez le nom de Delacroix êtes-vous de la famille d’Eugène Delacroix?

Non, Hervé Chopin n’a rien à voir avec le musicien. En ce qui concerne notre famille, , nous ne savons pas vraiment si nous sommes de la même famille qu’Eugène Delacroix. mais c’est possible. Comme il n’a pas eu d’enfants, c’est difficile de savoir.  Ce livre sur Paris est à la fois en français et en anglais. Cela me rend bien service et  me permet de vendre aux Etats-Unis.  J’ai aussi illustré  chez le même éditeur «  Les malheurs de Sophie » . C’est Sophie de Ségur arrière, arrière, arrière petite fille de la comtesse qui a signé la préface du livre. Ce qui donne donc Ségur, Chopin, Delacroix!… Quand j’étais enfant, je n’avais pas été particulièrement sensible à l’histoire des malheurs de Sophie mais plus récemment la rencontre avec la comtesse de Ségur a été comme une révélation. En tant que femme je me suis sentie finalement assez proche d’elle notamment lorsque je me suis rendue au musée de la comtesse. Elle a commencé à écrire à peu près à l’ âge que j’ai maintenant . Je vais vous confier quelque chose qui me tient à coeur. Concernant cette collection sur les malheurs de Sophie j’avais une trentaine de peintures et je ne savais pas quoi en faire. Les responsables du musée les ont gardés et je devais les exposer mais la Covid est arrivé et le musée a fermé. Ne voulant pas les vendre pièce par pièce, j’ai eu l’idée de faire une vente au profit de Madagascar où j’ai passé de longues années. L’argent récolté serait destiné à construire une petite école qui s’appellerait «  L’école de la comtesse de Ségur ».  Il me faudrait trouver un partenaire; j’ai deux ans pour ce projet; c’est le timing que je me suis fixée. J’ai des pistes de galeries, de ventes aux enchères.  C’est un projet qui me tient à coeur; c’est tellement pauvre là-bas.  Mais malgré le dénuement total, la joie est de mise . C’est  tellement différent de chez nous et de notre société de consommation.  C’est une belle leçon de vie et j’espère que ce projet verra le jour. Je compte retourner à Madagascar dans deux ans. Là-bas, il y a des gens que j’aime beaucoup, des gens très simples et pour mes 50 ans, je veux y retourner.   C’est le cadeau que je veux me faire...

 

y a t-il un écrivain que vous aimeriez illustrer?

Mon rêve est d’illustrer Marcel Pagnol qui est un amour de toujours et même si ça ne s’est pas encore réalisé, mon éditeur est tout à fait partant. J’ai même été en contact avec Nicolas Pagnol son petit fils, mais la famille a sa propre maison d’édition avec différentes versions.  J’espère vivement que ça se fera. . Au bout de 70 ans, cela tombe dans le domaine public et je ne quitterai pas ce monde sans avoir illustré Pagnol. Je suis née en 1972, il est mort en 73 ou 74 et j’attendrai 70 ans!…C’est un univers fait pour moi… Une différence entre la peinture et l’illustration? Pour moi c’est similaire même si parfois je me demande si je ne vais pas davantage du côté de l’illustration ou si je reste du côté de la peinture.  Je n’ai pas poussé intégralement la réflexion, mais parfois je suis entre les deux. Ça me va bien.

 

Il y a aussi les illustrations avec le chocolat de poche, les puzzles!

 Je fais ces projets surtout pour les rencontres même si l’on a tous besoin de sécurité et avec la Covid je diversifie. La peinture c’est très solitaire er rencontrer des gens est important pour moi. C’est enrichissant, et ça crée une émulation. Quand je travaille sur des projets collectifs, je travaille vraiment bien; ça me stimule. 

 

Le chocolat de poche est une histoire d’amitié!

Oui c’est un peu mon défaut , et je travaille  toujours ainsi.  J ’ai eu un coup de coeur pour le produit. Je trouvais ce chocolat  délicieux, et aimait la poésie qui en  émanait. J’aime beaucoup aller chercher des extraits pour illustrer des peintures; ça m’a emballée. Le créateur explique que tout le monde lui piquait ses tablettes, du coup il a eu l’idée de les cacher dans sa bibliothèque et s’est alors lancé dans la conception de tablettes dont l’emballage imite la couverture de livres. Ce sont des tablettes de chocolat qui se dévorent comme un livre, avec un pur beurre de cacao, sans OGM ni graisses hydrogénées. Il existe aussi une transmission de savoir en matière de gastronomie, d’art et de littérature. Le fondateur est  un grand passionné d’art, de littérature, de peinture qui a fait une reconversion. Il vient du milieu de la banque; il a pris les chemins de traverse et l’on s’entend très bien . On collabore régulièrement sur de nouvelles tablettes et puis on se stimule intellectuellement. Et c’est formidable.

 

Les puzzles

C’est une autre société située dans le 14ème arrondissement. «  Les puzzles Michèle Wilson ».   On a commencé avec deux sujets, c’est tout récent :  le château d’Azay-Le- Rideau et le Moulin Rouge. J e m’interroge parfois sur la valeur de mon travail : Est-ce que l’image est bien respectée, pas trop  banalisée? A partir du moment où le produit est un travail d’art en lui-même, c’est juste une chance de faire cela…

 

Vous avez aussi une carrière interessante dans le théâtre. Comment avez-vous débuté dans ce domaine?

Le théâtre a toujours été ma grande passion et monter des pièces que j'inventais, lorsque j'étais enfant constituait mon jeu préféré. Je tendais un rideau à un fil, quelques éléments de décor que je peignais et tout pouvait commencer. N'ayant  pas du tout le don du jeu. je laissais mes camarades jouer et préférais diriger… Puis à l'âge adulte le destin a provoqué de belles rencontres au sein de ce milieu. Je me suis formée sur le terrain comme c'est souvent le cas en étant assistante.

 

Votre séjour à Madagascar a favorisé cet amour du théâtre!

Oui, c’est là que  j'ai commencé "à voler de mes propres ailes" passant de l'écriture à la mise en scène. Rapidement les choses ont pris de l'ampleur grâce à un partenariat avec l'Institut Français. Je me suis tournée vers l’adaptation, car écrire pour le théâtre est un long travail qui suppose  une maturité que je n'avais pas et n’ai toujours pas.  Mais c'est une très belle aventure que de rentrer dans une œuvre de cette manière. Un mariage entre esprits avec l'auteur peut presque se mettre en place. Celui-ci  devient un grand ami, le compagnon de projet, on peut même dire de vie, au moins le temps de l'écriture. Et lorsque l’on est en expatriation, dans une culture toute autre, cela fait énormément de bien. Ce qui me tient le plus à cœur dans l'adaptation c'est la fidélité au texte.

 

Voyez-vous une ressemblance entre le théâtre et la peinture?  

Le théâtre est une peinture vivante. Un tableau qui se met en mouvement. Ce sont les mêmes ressorts créatifs qui sont à l'œuvre, la magie s'opère de la même manière. Dans un cas on passe du blanc de la toile à la couleur, dans l'autre du noir à lumière, mais c'est la même émotion de la création.

 

Que devient votre rapport au théâtre depuis que vous êtes revenue à Paris?

J’étais très abattue moralement suite à un drame personnel lorsque je suis revenue à Paris. Il fallait en plus que je me réhabitue à la vie en France après presque 10 ans à l'étranger et que je relève bien des défis. Mes contacts avaient poursuivi leur chemin, tout est en somme à recommencer. J’en ai alors surtout profité pour aller au théâtre selon mes envies, cela m'avait tellement fait défaut. Des rencontres ont eu lieu à nouveau comme cette belle amitié qui est née avec Annie Vergne directrice du Guichet Montparnasse. Les projets sont comme les désirs, ils existent toujours, notamment autour de Balzac et de Maupassant. Le contexte sanitaire va forcément les ralentir. Mais j’espère vivement remettre un pied dans le milieu du théâtre et peut-être faire encore plus se correspondre  les deux univers en  instaurant les toiles sur scène, à moins que ce ne soit la scène dans les toiles. 

Agnès Figueras-Lenattier

dimanche, 08 novembre 2020

Thierry Sajat

interview,poète,éditionThierry Sajat qui travaille au Ministère de l’Intérieur préside l'Académie de la poésie française depuis qu’il s’est installé à Paris .…Ayant écrit son premier poème à l'âge de 15 ans, il a publié de nombreux recueils et a obtenu plusieurs prix. Egalement éditeur et responsable de deux revues de poésie, c’est un homme passionné et généreux qui n’hésite pas à s’investir à fond dans ce qu’il fait…

 

En tant qu'amoureux des livres quel est le premier qui vous a marqué et quel âge aviez-vous?
Ce sont les deux premiers livres que l'on m'a offerts car avant je ne lisais pas. C'était Hervé Bazin avec " Vipère au poing" et " Lève-toi et marche". J'ai beaucoup aimé les deux , et par la suite je me suis mis à lire sans m'arrêter… J'avais 9,10 ans.


Vous avez écrit votre premier recueil à 19 ans, et votre premier contact avec un éditeur a été un échec!
Oui, je me suis fait escroquer , mais c'est un mal pour un bien car à partir de ce moment là, j'ai décidé d'être mon propre éditeur. Mais les débuts furent épineux et réalisés de manière artisanale. Je collais moi-même les ouvrages, les cousais. J'ai commencé par le faire pour moi, puis j'ai aidé un ami à faire son premier livre. Ensuite, d'autres personnes sont arrivées chez moi, et le côté artisanal a peu à peu disparu, le professionnalisme prenant le dessus. J'ai longtemps cherché un imprimeur compétent car les livres se décollaient, et je n'étais pas très content. C'est en province que j'ai trouvé.


Tous vos propres recueils sont donc publiés au sein de votre propre maison d'édition!
Oui, environ 24 ou 25 recueils dont des anthologies. J'en publie régulièrement et j'en ai d'ailleurs une en préparation sur Montmartre. C'est un bouquin qui devrait sortir dans deux ans et je recherche des poèmes d'aujourd'hui ainsi que des illustrateurs même si bien sûr nos aînés auront leur place. Quant à ma poésie, elle est classique, rimée…


Et les poèmes extérieurs que vous publiez sont-ils tous rimés?
Je m’occupe de deux revues. L'une « L’Albatros" revue de « l’Académie de la poésie française»  ne contient que des poésies rimées. Avec une poésie néo-classique admettant que certaines règles ne soient pas respectées comme les hiatus et autres. Alors que dans « Le Journal à Sajat » , ma propre revue, tous les styles sont présents. Je suis notamment très sensible à l'assonance lorsque je lis un poème. Je publie aussi parfois des romans, des nouvelles et des livres de photos. Je le fais généralement lorsque je connais l'auteur et ce qu'il fait. Sinon, il faut apprendre à le connaître, bien lire et accepter ou pas…


Pourriez-vous en dire davantage sur ces deux revues
On fête cette année les 70 ans de l'Albatros édité à 140, 150 exemplaires. En dehors des poésies, sont présents des articles sur la poésie en particulier, des critiques de livres. Louis Delorme qui nous a quittés récemment écrivait de magnifiques articles sur la poésie. Parfois également l’on retranscrit une conférence. Ainsi en a t-on par exemple publié une sur François Villon. J'ai également un site où généralement je publie le poème du mois et je cherche d'ailleurs quelqu'un pour s'occuper de ce site. Le journal à Sajat existe depuis 1983,84 et j’en suis au 117ème numéro. A l'époque, je travaillais dans un centre de tri postal et j'avais un collègue poète qui avait créé au sein de ce centre une revue intitulée « L’hippocampe" un très joli nom. Je commençais à correspondre avec des poètes de toute la France et j'avais moi aussi envie de fonder une revue. L'idée de départ c'était de publier sur un papier de journal mais je n'ai jamais réussi à le faire. Je cherchais un nom original et en attendant de le trouver on parlait du Journal à Sajat. C'est finalement resté. On peut dire que le titre comporte une faute mais je ne le considère pas comme tel. C'est juste une liberté.. Le tirage est de 300 exemplaires. avec 180 pages. J'en suis souvent un peu de ma poche mais étant le seul maître à bord, je me moque un peu de perdre de l'argent. Très peu de poèmes de moi se trouvent dans ces deux revues. Je laisse ma place et le fais surtout pour donner une chance à d’ autres.


Qu'est-ce que L'Académie de la poésie française?
C'est l'ancienne Académie des poètes classiques de France qui avait changé de nom avant que je ne la reprenne. Je l’ai reprise comme telle, j’ai juste ouvert au néo-classicisme sans oublier les classiques purs que nous avons toujours avec de très bons poètes classiques. Au début de mon arrivée, plus personne ne venait aux réunions et j'ai voulu essayer de faire venir d'autres personnes. Ce sont d’abord les montmartrois qui sont venus à l'Académie et grâce à eux, d'autres personnes nous ont rejoints. Nous organisons  une conférence d'une heure au café Le François Coppée sur un poète ou parfois sur un auteur tous les deuxièmes mercredis du mois puis nous terminons par une scène ouverte où chacun peut dire un poème. Si jamais nous n'avons pas de conférenciers, la scène ouverte dure deux heures…Il nous arrive aussi de faire une fois par an quand nous le pouvons un petit voyage. L'an passé nous étions allés chez Ronsard et cette année nous avons visité le château de Condé. Nous devions nous arrêter chez La Fontaine mais nous n'avons pas pu. Nous avons d'autres projets comme d’aller à Villequier l'année prochaine chez Victor Hugo. L'adhésion est de 40 euros par an et donne droit à recevoir les quatre numéros de l'Albatros et la possibilité de publier ses poèmes.


Vous faites aussi des rencontres à Montmartre!
Oui, mais cela ne fait pas partie du programme de l'Académie mais des amis de la poésie. Je suis en plus ambassadeur de la république de Montmartre qui s'occupe des vendanges et fait le bien dans la joie. De ce fait, je suis très présent là-bas, environ 2 à 3 fois par semaine. Nous organisons une rencontre de poètes chaque premier jeudi du mois à " La Crémaillère" de 10h à 12h et déjeunons ensemble après. On accueille aussi des chanteurs. Aucune conférence n’a lieu. On est juste tous ensemble, avec une scène ouverte dans un esprit montmartrois. Beaucoup qui viennent pour la première fois ne nous quittent plus ensuite… On veut simplement que ce soit de la poésie française et si c'est écrit dans une autre langue, on demande automatiquement la traduction. A Montmartre nous sommes une quarantaine et au François Coppée aussi.


Vous avez publié des gens comme Ferrat, Nougaro, Duteil
Oui j'ai eu la chance de publier Ferrat dans un numéro spécial sur l'enfance mais pas dans l'Albatros. Jean Ferrat avait écrit " Nul ne guérit de son enfance" et m'a permis de reprendre cette chanson. On a même signé un contrat à O francs car je n'avais pas les moyens de payer les droits d'auteur. Yves Duteil c'était au début quand je commençais. Quant à Nougaro c'était hélas l'année de sa disparition.


D'ailleurs Jean Ferrat a bercé votre enfance!
Ah complètement! Dès que je l’ai entendu chanter, notamment Aragon, ce fut un émerveillement. On ne peut pas être indifférent. Je me souviens aussi de Georges Moustaki, le premier que j'ai entendu. J'avais des professeurs qui nous avaient apporté "« Le métèque". Ah là là j'étais ébahi, déjà j'aimais les mots…


Refusez-vous parfois de publier certains poèmes? Si oui, pourquoi?
Oui, quand la qualité n'est pas vraiment là. Certains poèmes ne veulent rien dire se contentant d’aligner des mots les uns sur les autres. A l'Académie, un Comité de lecture (deux personnes plus moi) sélectionne les poèmes. C'est rare que l'on ne soit pas d'accord sur le choix d'un poème et cela constitue toujours un coup de cœur. Quand un poème n'est pas bon, je suis certain de le retrouver dans ceux qui sont mis de côté. Mais parfois je suis un peu plus tolérant surtout dans ma propre revue. Il arrive que l'on fasse retravailler l'auteur pour le numéro suivant et cela fonctionne très bien. J'ai besoin de regarder la prosodie, mais également l'émotion qui se dégage. Vous avez des poèmes très classiques qui sont très bien écrits mais sans dégager de véritable émotion … Il faut que je sois touché…


Quel est le ou la plus jeune et le ou la plus âgé que vous ayez publié?
La plus jeune il me semble est une jeune fille qui avait 14,15 ans; elle écrivait très bien. J'ai aussi publié des enfants dans ma revue. Quand un enfant m'envoie un poème, je ne dis jamais non. Le plus ancien, il est toujours là, il a 97 ans. Gérard Laglenne un poète très connu à l'Académie. On a des personnes très anciennes comme par exemple la vice-présidente Marie-Thérèse Arnoux 99 ans. On ne la voit pas souvent mais elle vient régulièrement à notre Assemblée générale. L'an dernier, elle nous avait concocté un poème pour ses 100 ans qu'elle n'a pas encore… Il y a je crois à peu près le même nombre d'hommes et de femmes mais je ne fais pas très attention à ce genre de choses. Cela dit, c'est vrai qu'avant la présence féminine était réduite par rapport à celle des hommes…


Voyez-vous une différence entre la poésie féminine et la poésie masculine?
Je n'en vois pas vraiment. Peut-être les thèmes, mais je ne me rends pas réellement compte. Parfois, une femme écrit peut-être avec davantage de finesse. Mais cela dépend surtout de l'émotion de chacun.


Vous êtes aussi membre de jurys de concours!
Plus maintenant, mais j'ai présidé pendant 5 ans un jury important à Maisons Laffite le prix Calliope, nom d'une muse. Je trouve d'ailleurs que trop de prix existent qui ne valent rien et partout où je peux j'écris que la poésie n'a pas de prix. Nous avons un prix au sein de l'Académie que nous décernerons pour la deuxième fois l’année prochaine.


Vous avez eu vous-même des prix notamment le prix Renaissance!
Oui et je le considère comme un vrai prix car c'est un prix que l'on ne demande pas et l'on ne présente rien pour l'avoir. Je vais vous dire pourquoi je suis réticent aux prix quelquefois. J'ai obtenu mon tout premier prix à 19 ans. Or l’on m'a demandé une certaine somme d'argent que j'ai envoyée et j'ai reçu une belle croix de bronze. Etait-ce réellement pour la qualité de ma poésie ou plutôt pour l’argent? Combien j'ai connu d'associations où l'on donnait le prix à la copine, au copain. Je sais que cela existe toujours.


En vous basant sur votre expérience, quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes poètes souhaitant se faire publier?
Faire attention. Lorsque je suis arrivé à Paris à 19 ans, j'ai donc envoyé mon manuscrit à une maison d'édition que je ne nommerai pas et cité sur RTL tous les jours. On me demandait beaucoup d'argent pour me publier mais je n'avais pas les moyens. 6 mois plus tard, on m’a relancé et demandé la moitié de la somme. Je me suis déplacé pour avoir un entretien et l'on m'a affirmé que j'étais un très très bon poète. On me mentait, on évoquait mes grandes capacités, mais ce n'est pas ces qualités là que je rechercherais aujourd'hui dans mes poèmes. Il ne faut pas se faire avoir et il est important de venir à des réunions comme celles que nous organisons le mercredi et le jeudi. Les jeunes poètes peuvent alors nous montrer ce qu'ils font et dans les scènes ouvertes, on se rend bien compte si c'est de la poésie ou pas…

 

Où faut-il aller pour prendre des cours de poésie?
Nous avons quelqu’un au sein de l’association qui s’en occupe en Bourgogne. Personnellement je n'en serais pas capable, il faut pouvoir le faire. Mais avec elle, cela fonctionne très bien et nous allons d'ailleurs la couronner l'année prochaine. C'est comme pour les ateliers d'écriture, il faut vraiment un enseignement de qualité. J'ai parfois participé pour observer ce qu'il se passait et le résultat est parfois très moyen. Si la personne ne sait pas elle-même écrire un joli poème et qu'elle apprend aux autres, c'est un peu étrange. Mais cela existe et n’importe qui peut faire un atelier d'écriture ou apprendre à faire une poésie…


Les français apprécient-ils la poésie à sa juste valeur?
Oui, elle a bien sa place. Ce sont les médias qui ne la mettent pas en valeur. Dernièrement j'étais à Asnières , j'ai rencontré une amie qui habite en Province et nous sommes allés boire un verre dans un café. Un charmant couple était assis à côté de nous et cette amie qui fait partie de l'Académie leur a demandé s'ils aimaient la poésie. Elle avait un poème d'amour à leur dire. Ces jeunes étaient émerveillés. Les enfants aussi adorent la poésie. Un pays où la poésie est bien considérée c'est le Canada. En France, du fait que la presse n’en parle pas, c’est difficile de vendre , et l’on est beaucoup d'auteurs à donner nos livres.


Quels sont vos souhaits?


J'aimerais bien que l'on me propose une conférence sur la poète Marie Noël, et également sur Renée Vivien. Elle était homosexuelle mais quelle plume! De magnifiques poèmes d'amour… J'ai un projet mais je n'en parle pas de manière très précise car j'avais arrêté à cause du confinement. J'aimerais bien reprendre. Ce serait de créer dans un café parisien tout un dimanche une séance de dédicaces d'auteurs ayant publié chez moi uniquement, avec des animations musicales notamment. Si une dizaine d'auteurs venaient ce serait déjà très bien. Ils pourraient faire venir des amis et créer une véritable émulation… Je souhaite continuer car c'est un domaine qui m'est cher. J'aime ce que je fais et l'édition est devenue un plaisir, une passion. On rentre vraiment dans la vie de l'auteur, dans ce qu'il fait. En lisant un poème de cette manière, on discerne des choses que l'on ne verrait pas en étant simple lecteur. C'est merveilleux…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

samedi, 07 novembre 2020

L’audition DVD

Un film de Ina Weisse

Films du Losange

L’électricité est dans l’air. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier l’atmosphère de ce beau film où les émotions fortes pullulent. Sans compter de très beaux airs de musique classique que le violon constamment présent met en relief. Anna Bronsky (Nina Hoss) professeur de violon au Conservatoire croit fortement en Alexander élève dont elle va s’occuper contre l’avis de ses collègues et le préparer à l’examen de fin d’année. . Plus le temps va passer, et plus elle va devenir exigente envers lui, ce qui va provoquer la jalousie de son fils lui aussi violoniste qu’elle finit par délaisser. Tous les comédiens sont excellents et la manière de filmer est agréable, bien construite, avec de temps à autre de brèves scènes un peu hors du sujet principal venant pimenter le scénario. Le stress de plus en plus présent chez Alexander avant le jour J est bien marqué grâce d’une part à la bonne interprétation de l'élève et d’autre part grâce également à l’angoisse d'Anna également bien interprétée par Nina Hoss détentrice du prix d’interprétation féminine pour ce rôle. C’est un film haletant, pas toujours facile à avaler psychologiquement et c’est ainsi jusqu’à la fin. L’on pourrait même dire encore plus lors de la conclusion du film.  C’est une fin qui peut laisser certains sur leur fin, mais qui pour d’autres insiste justement avec astuce sur le sujet évoqué et nous le rend encore plus marquant et plus convaincant… On ne peut rester indifférent à un tel film…

Agnès Figueras-Lenattier

13:58 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : violon, audition, stress

dimanche, 01 novembre 2020

Antispecisme

L'animal moral

Editions l'Harmattan

Autodidacte et passionné de philosophie, Romain Steffenoni éducateur de la petite enfance évoque dans son livre " Antispécisme" le droit des animaux comparé à celui des hommes et s'interroge longuement sur la pensée animaliste.  Tous les êtres sensibles sont-ils égaux? Peut-on mettre en place une égalité morale entre l'homme et l'animal?  Pour étayer son analyse, il se base sur de nombreux philosophes (Platon, Socrate, Nietzsche, Calliclès... ) décortiquant au moyen d'un esprit plutôt critique plusieurs livres traitant du sujet. 

Pour lui par exemple, l'origine supranturelle de la morale antispeciste est évidente. Ce livre permettra t-il d'avancer sur le sujet et de mieux connaître ce qui motive les véganes?  En tout cas un débat est proposé et libre à chacun d'approuver ou pas la conclusion. 

A.F.L

 

A noter une nouvelle collection " Les cahiers de la Réussite CDLR"  créée sur demande de plusieurs associations nationales de Jeunesse et d’éducation populaire. Avec de nombreux correspondants et conseillers à Paris et en province.

Son objectif est de promouvoir  la culture générale et le développement personnel dans une optique de 

coopération intergénérationnelle et de promotion sociale dans l'esprit de la méritocratie républicaine.

Egalement d'évoquer les valeurs de progrès en France et dans le monde.

 21 ouvrages sont prévus pour 2021 grâce au Lien :

https://happyfreebutterfly.wixsite.com/leadership/your-blog/categories/les-cahiers-de-la-r%C3%A9ussite

http ://www.Lauvah.com

 edition@lauvah.com

 

01:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 25 octobre 2020

Rendez-vous théâtre avec l'oeil éclairé d'Agnès

Flagrant Déni

1884 : Nous sommes dans un tribunal. Une chaise fait office de barre des témoins et de siège pour le juge Saval d'abord juge de paix puis juge d'assises.

Vont se succéder des personnages tous plus fantasques les uns que les autres avec des portraits vivants et bien ciselés. Le style imagé et humoristique de Maupassant permet aux spectateurs de se représenter aisément toutes ces personnes un peu paumées venant défendre leurs intérêts…

L'un paysan normand, songe à vendre sa femme au mètre cube, tandis qu'un autre, sacristain veut récupérer la somme promise pour avoir engrossé une bourgeoise. Et ce n'est qu'une partie de cette galerie d'individus qui défilent sous nos yeux. La première tranche est la plus amusante et la troisième où l'on voit le juge Saval revenir sur son passé la plus émouvante. Lui qui n'avait jamais aimé est finalement saisi par l'amour sur le tard.

Pour concevoir ce spectacle, Alain Payet qui a joué au cinéma, au théâtre et à la télévision a relu toutes les nouvelles de Maupassant et a sélectionné des extraits de 6 textes assez courts lui paraissant les plus propices à être adaptés au théâtre. " Le déclic explique t-il s'est opéré avec " Le trou" qui raconte l'histoire d'un pêcheur à la ligne accusé d'homicide devant prouver son innocence auprès d'un président de cour d'assises.

L'adaptation est séduisante, mettant bien en valeur le côté acerbe et piquant du style de l'auteur. Quant à l'interprétation elle est également convaincante, avec une voix agréable laissant planer une bonne variété de tons, une bonne diction et une belle présence. Alain Payet passe par tous les états avec dextérité et nous entraîne dans l'univers du juge Saval quelque peu moqueur et désabusé dans sa jeunesse et seul et malheureux à la fin de sa vie. Bravo à Alain Payet qui prouve ici qu'il est un bon comédien…

Agnès Figueras-Lenattier

Plus d'infos

Théâtre de la Huchette rue de la Huchette

Métro : Saint-Michel

lundi, 19 octobre 2020

Annie Vergne

La Parure sortie des loges-1.jpgAnnie Vergne

Annie Vergne comédienne, metteur en scène est directrice du théâtre " Le Guichet Montparnasse" depuis 1986. Au sein de ce lieu qu'elle appelle " sa boîte à bijoux", les spectacles ne durent pas plus d'une heure 15 et restent à l'affiche environ 2,3 mois. Il existe les créations de la propre compagnie du Théâtre avec 4 personnes régulières et les spectacles extérieurs provenant de troupes fidèles qui reviennent chaque année. Ecoutons Annie Vergne femme souriante et passionnée nous parler de cet endroit où règne une belle atmosphère…

 

 

Vous êtes directrice du théâtre "Le Guichet Montparnasse depuis 1986. Quelle évolution s'est effectuée depuis toutes ces années?

Chose certaine en tout cas, lorsque nous avons débuté avec Alain Vérane, nous voulions faire du théâtre. Un théâtre qui touche au cœur englobant un jeu naturel afin que le public ressente l'émotion que l'on va lui donner. C'est la raison pour laquelle lorsque l'on observe la salle, on s'aperçoit que l'espace réservé aux acteurs est aussi grand voir plus que l'espace réservé aux spectateurs. Or au départ, c'était une petite scène en fond de salle qui devait faire 1 mètre de large et qui était rehaussée. Des seuls en scène pouvaient se produire mais théâtralisés et il n'était pas question d'en faire un café théâtre très à la mode à l'époque. Notre idée était de découvrir de nouveaux auteurs de talent qui avaient parfois du mal à trouver où s'exprimer et puis de monter également des pièces classiques. Enfin tout le répertoire et toute la création du théâtre. Nous n'avons pas dérogé à cette règle même si des spectacles musicaux sont venus s'ajouter par la suite mais toujours théâtralisés. C'est la base.

 

Sur quels critères choisissiez-vous les spectacles?

Soit sur la lecture d'un texte si c'était une création d'auteurs contemporains, soit d'après des auditions si les auteurs étaient déjà consacrés. Nous parlions avec les metteurs en scène et notre intuition nous guidait aussi. Et petit à petit ce lieu est devenu cette pépinière magique qui est là maintenant, et qui a fait un bon bout de chemin. Elle a trouvé son public de quartier mais est aussi ouverte sur l'extérieur. Actuellement, nous avons d'un côté nos propres spectacles créés par la compagnie du Guichet Montparnasse et de l'autre côté des pièces que nous accueillons…

 

Quels sont les éléments d'un spectacle qui peuvent entraîner une non sélection de votre part?

Par exemple, nous n'acceptons pas la vulgarité. Par contre l'humour oui mais intelligent. C'est assez cosmopolite, et l'on peut recevoir des comédies, des drames, des comédies dramatiques. Mais il faut toujours que ce soit un spectacle qui ait du sens et qui soit vraiment du théâtre.

 

La scène n'est pas très grande ce qui suppose une manière différente de faire du théâtre par rapport à un grand lieu!

C'est vrai et cela tombe très bien car je prône des spectacles où le texte et l'acteur suffisent, un peu à la manière de Jean Vilar. Un rideau noir, un texte, un acteur si les deux sont bons, c'est ça la vraie magie du théâtre. Pas besoin d'avoir dix mille décors; on peut suggérer plus qu'imposer. La part de l'imaginaire reste essentielle au théâtre; c'est le plus important pour moi. En revanche, je trouve que les éclairages constituent de vrais éléments de décors. On peut créer des espaces, des lieux, des modifications de décor grâce à des changements d'éclairage. Ici, on est très bien équipé sur ce plan là…

 

C'est justement ce qui ressort dans " La Parure" une nouvelle de Maupassant que vous avez adaptée et que vous interprétez! Pas de belle robe, pas de beau collier mais on l'imagine bien.

En tout cas c'est ce que l'on a voulu faire avec Isabelle Delage qui a fait la mise en scène. J'aime beaucoup cette nouvelle. Je l'ai lue, relue, et elle m'accompagne depuis toujours. Elle est tellement porteuse d'actualité, c'est l'être et le paraître avec le paraître qui l'emporte sur l'être. Elle se lit en 10 minutes et je l'ai agrandie pour en faire une pièce de théâtre avec des changements de lieux. J'y ai introduit un morceau d'une autre nouvelle de Maupassant qui se trouve dans le même recueil " Le bonheur" pour rendre l'héroïne peut-être plus humaine. Et pour qu'elle se rende compte que l'amour que lui a donné son mari est plus fort que l'argent, que le luxe dont elle a toujours rêvé. J'ai glissé cet extrait à la fin du spectacle, au moment où sa vie bascule, lorsqu'elle et son mari tombent dans la misère. Son mari va tomber très malade et elle va se rendre compte de tout ce qu'il a fait pour elle et de la puissance de son amour…

 

La musique est également présente!

J'ai mis la valse de Vienne de Strauss pour le bal et puis Rachmaninov pour les passages où elle va peiner… Je mets de la musique dans tous mes spectacles. Pour moi, cela fait partie intégrante de la mise en scène; ça donne une ambiance, un univers et ça crée aussi des temps, des moments. Un projecteur qui arrive, une musique dessus, un comédien qui montre une émotion, cet ensemble donne au spectateur une émotion encore plus forte…

 

Lorsque vous avez adapté cette nouvelle, avez-vous pensé à ce qu'aurait pu ressentir Maupassant?

Je pense beaucoup à lui, c'est un auteur que j'aime depuis toujours et j'ai lu beaucoup de choses sur lui. Sachez que c'est mon voisin; il est enterré au cimetière du Montparnasse. Je suis allée lui faire un petit coucou au moment où j'ai commencé l'adaptation. Nous avons échangé quelques mots enfin surtout moi, car il ne m'a pas répondu. Mais je lui ai dit quelles étaient mes intentions et comme il ne me disait pas non, j'ai pensé que c'était sûrement oui.   Là je travaille sur son roman " Une vie". Après avoir élargi une nouvelle ( La parure) , je vais réduire un roman… J'ai commencé à travailler la mise en scène, le texte sur plateau et je me dis c'est merveilleux comme il comprend les femmes.

 

Vous jouez aussi le personnage d'Olympe de Gouges!

J'ai écrit la pièce à 4 mains avec Clarissa Palmer qui a soutenu une thèse sur elle et je souhaitais vraiment la faire connaître. Elle est un peu moins méconnue, mais on ne la connaît pas encore vraiment bien. Elle mérite qu'on la découvre et que l'on reconnaisse tout ce qu'elle a fait pour les femmes. C'était une féministe doublée d'une humaniste. Elle s'est entres autres battue pour que les femmes puissent accoucher sans être avec les lépreux et a demandé qu'elles ne soient plus laissées sans rien. Il fallait que le mari ayant abandonnée sa femme assure avec les enfants, et qu'elle ne se retrouve pas dans la disette ce qui était le cas à l'époque. Elle a aussi demandé la fin de l'esclavage, a lutté contre la peine de mort et a vraiment œuvré pour l'humanité. Elle a plaidé en faveur de causes vraiment importantes et dans la mise en scène nous avons fait en sorte de montrer que beaucoup de choses restaient encore à faire.

 

Quelle est l'histoire?

Un jeune homme soutient une thèse sur le droit de la femme surtout pour faire plaisir à sa petite amie assez féministe. Va alors survenir dans son imaginaire une Olympe de Gouges virtuelle qui va lui ouvrir la porte sur le XVIIIè siècle. Olympe va lui apparaître en costume chez elle dans son bureau face à ses combats en train de coller des affiches en rapport avec les causes qu'elle défend. Moi je suis la porte qui permet de voir aujourd'hui et hier. Je suis Olympe qui vient voir ce qui se passe au XXIè siècle et qui parle avec ce jeune homme au moyen d' un langage contemporain tout en ayant un vocabulaire élégant…

 

Vous avez aussi un troisième rôle celui d'une voyante dans un polar intitulé " Une ombre dans la nuit" qui raconte l'histoire de Madame Brehant dont le fils a été tué. Elle veut savoir qui… Jouer trois personnages à la fois dans la même semaine n'est-ce pas trop prenant dans la vie privée?

Non, ça va. Il y a le moment où l'on retrouve les personnages dans la loge, mais le reste du temps on s'en éloigne. Mais c'est vrai que je les aime. Olympe de Gouges, je l'adore. C'est une femme absolument merveilleuse à qui je pense beaucoup. J'avoue que je vis un peu avec elle quand même. Elle m'aide parfois dans ma façon d'agir. Ainsi, j'ai acheté une pivoine que j'ai appelée Olympe. Je l'ai mise dans mon jardin et vais la voir souvent. C'est comme une sorte de modèle, mais je fais bien la distanciation entre ma vie privée et le moment où j'arrive sur scène…

 

Pour vous le théâtre peut-il servir de thérapie? Ainsi si l'on a un coup de cafard avant de jouer cela permet-il d'aller mieux après?

Cela peut effectivement aider à sortir d'un état morose. Lorsque l'on joue on ne pense pas à autre chose, et le fait de jouer d'autres personnages permet de sortir de la réalité. C'est très étrange le théâtre car quand on est sur scène ou oublie tout. Ainsi si l'on avait mal au dos ou aux reins avant, la douleur passe en jouant. Elle reprend quand c'est terminé, mais pendant ce temps magique, on ne ressent rien du tout.

 

Qu'est-ce qui vous importe le plus en tant que metteur en scène?

C'est de donner au spectateur ce qu'il ne voit pas, stimuler son imagination. Le plus beau compliment que l'on puisse me faire à propos d'une mise en scène ou d'une interprétation c'est de me dire " J'ai vu où vous étiez, sur un pont, là j'ai vu une ombre dans la nuit." Lorsque je joue dans une pièce que je mets en scène, je prends toujours un assistant ou une assistante. J'ai besoin d'un regard extérieur. Pour moi le regard du public que nous renvoie le metteur en scène a son importance.

 

Et quand on vous dirige en tant que comédienne ?

Ce n'est pas facile tout le temps; je reconnais et il doit régner une certaine complicité. Il faut que le metteur en scène trouve la manière de faire comprendre l'intérêt de ce qu'il propose. S'il me dit " Si tu fais ça, tu ressentiras telle et telle chose ce qui te permettra d'avoir ce geste là. Dans ces cas là, je m'engage tout de suite. Parfois, il m'arrive de proposer quelque chose. Et si mon idée séduit, on l'affine par la suite. Tout va se passer en très grande complicité; il n'y a que comme ça que ça fonctionne.

 

Si vous deviez revivre, choisiriez-vous la même vie?
Oh oui, je fais un métier passion, et jamais je n'ai été victime de la saturation. Jamais je ne me suis dit " Oh là là , je n'ai pas envie d'aller jouer…" Et puis j'ai été gâtée et j'ai eu la chance de défendre de jolis rôles que ce soit lors de pièces contemporaines ou classiques. En outre, je me sens très bien dans mon théâtre, et je suis libre. Je suis vraiment heureuse… Mais malheureusement avec le couvre-feu, un coup dur nous est tombé sur la tête et l'on est tous démoralisés. On est obligés d'annuler les spectacles qui se jouent à 20h30 et pour ceux de 19h c'est vraiment juste. Tout dépend où l'on habite et j'espère que l'on aura droit à des dérogations. On va regrouper les spectacles le samedi après-midi et en mettre davantage le dimanche.   Mais cela fait énormément de spectacles qui vont suivre et pour les personnes de l'accueil qui vont gérer, cela ne va pas être simple. Mais c'est la seule solution car si l'on annule on ne peut plus payer le loyer et on sera menacé de faillite. Je pense que beaucoup de théâtres sont dans le même cas. Je veux bien comprendre qu'il faille faire attention, mais c'est ce que l'on fait. On nettoie les banquettes entre chaque spectacle, et le protocole sanitaire est respecté à 100%. On est pénalisé car ce n'est pas dans les théâtres que se déclarent les clusters. D'ailleurs je crois que c'est Jean Castex qui a déclaré " allez au théâtre, vous n'y risquez rien". Je l'ai entendu de mes propres oreilles et il change d'avis comme de chemise. C'est un peu abusif…

 

Et avec le confinement du mois de mars avez-vous été bien indemnisés?

Je vais parler de tout ce que l'on n'a pas eu avec beaucoup de promesses et peu de choses enclenchées. On a eu une aide du Conseil régional qui a beaucoup aidé pour le personnel et de petites aides de 1500 euros de mars à juin. Il devait y avoir une prolongation pour la culture, or c'est bloqué. Nous n'avons rien eu en juillet et en août et pourtant j'ai réclamé. En effet, notre chiffre d'affaires concernant juillet et août 2020 est inférieur de plus de la moitié de celui de 2019 et nous y avons donc droit. Je suis vraiment furieuse car je n'ai aucune réponse suite aux nombreuses réclamations que j'ai faites par mail. C'est comme si nous n'existions pas. Il y a de grosses lacunes et nous sommes parfois un peu lâchés…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

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lundi, 12 octobre 2020

Michel Serres

" Mes profs de gym m'ont appris à penser"

Editions du Cherche Midi

Michel Serres, philosophe, membre de l'Académie française et professeur à l'Université de Stanford est décédé en 2019 à l'âge de 89 ans. Un bel âge sans doute du pour une part à son grand intérêt pour l'activité physique et pour le corps dont il vante dans ce livre les vertus, notamment son pouvoir d'inventivité et son influence positive sur l'évolution de l'individu. " J'ai toujours eu le sentiment explique t-il que le corps en matière d'intuition, d'invention et d'adaptation était le plus souvent "en avant". C'est pour cette raison que je suis convaincu que les professeurs de gymnastique ont beaucoup plus d'importance dans la société et dans l'enseignement qu'on ne le croit d'ordinaire. " Il émet le souhait qu'ils soient davantage présents dans les écoles primaires ou au début du secondaire.

Evoquant l'intelligence du corps, il parle de sa capacité de mime et d'invention. Et cite en particulier la main qui " peut", qui anticipe et qu'il définit comme un puits infini.

La symbiose du corps et de l'esprit lui paraît fondamental et regrette que l'on ne place souvent le corps que du côté matériel. " L'état de forme" qui règne au sein d'un sport individuel ou collectif a également sa place ici : " Le corps qui peut tout est réalisé de façon quasi parfaite." Et Michel Serres a raison; cet état de grâce peut être comparé avec l'inspiration intellectuelle où tout d'un coup la magie de la création s'empare de vous sans effort et de manière gratuite. Même fatigué, ces réactions peuvent survenir… " Il y a ajoute le philosophe des inventeurs qui sont comme des coureurs de 100 m et d'autres qui sont comme des marathoniens. Certains inventent longtemps et de façon régulière et d'autres sont au contraire très brusques. " Mais comme il l'affirme bien, il existe un plaisir dans le fait de sauter, de courir, d'être souple, d'être adapté et ces mouvements du corps peuvent engendrer un certain érotisme.

Autre avantage du sport selon lui : un substitut à la guerre même si la violence varie selon les sports. Et il cite les sports collectifs comme un apprentissage de la gestion de la violence. Selon lui il n'est pas vraiment étonnant qu'il y ait des hooligans, le sport étant conçu pour faire disparaître la violence… L'appât du gain, notamment l'achat des joueurs à des prix faramineux, sans compter la drogue, le dopage dénature à ses yeux l'esprit du sport. Le voici citant l'exemple d'une de ses amies médecin du sport, qui disait qu'en entrant dans une équipe de cyclistes, en guise d'athlètes, on ne rencontrait que des toxicomanes…"

La grande question dont il voudrait que aussi bien lui que la société se désintoxique c'est "Qui va gagner?" car elle est source de grandes dérives : " Voulant toujours répondre à cette question, nous laisserons des gens faire toutes sortes d'interventions sur le corps sportif…"Et ce membre de l'Académie française de prôner un sport sans confrontation, sans souci de performance, de gain ou de perte, de victoire ou de défaite. Sa vision du sport rejoint plutôt celle de " l'activité physique" pure et gratuite et annihile toute forme de compétition. C'est un point de vue idéaliste et très respectable mais qui malheureusement sans doute laisse de côté la cupidité de l'humain qui a toujours existé et existera toujours. Mais son analyse des merveilles physiques et spirituelles qu'engendrent le corps et ses mouvements est pétrifiée de vérité et tout le monde devrait en prendre de la graine… Rares sont les philosophes qui en parlent si bien…

 

 

A l'occasion de cet éloge du corps, évoquons le tennis puisque Roland Garros 2020 vient de se terminer. Michel Serres parle des professeurs de gym mais on peut aussi parler des enseignants d'autres disciplines sportives notamment le tennis. Perrine Dupuy ex n°5 française dans les années 80 est devenue après sa carrière de joueuse professionnelle une enseignante très qualifiée. Monitrice, professeur, entraîneur de ligue, entraîneur fédéral, conseillère sportive départemental, conseillère technique régionale, cette personnalité du tennis , a obtenu tous les postes menant à des missions fédérales. Un témoignage qu'il est intéressant de connaître avec en plus sa vision des résultats des jeunes joueurs et joueuses français .

sport,corps,opinions

Avec le temps comment avez-vous évolué en tant qu'enseignante?

Quand j'ai commencé à enseigner, je sortais du haut niveau, et il a fallu que je m'adapte énormément à la formation de joueurs. J'ai eu la chance rapidement de m'occuper surtout des meilleurs même si j'ai formé des gamins qui ont disputé le championnat de France comme Sébastien Hesse (champion de France cadet) ou Mathilde Joansson qui ont été au niveau national. Ce furent des moments forts, très forts. La relation entraîneur entraîné est très intense et l'on vit des choses importantes niveau formation, préparation, entraînement. Après, surviennent les moments consacrés à la compétition et parvenir en finale du championnat de France est un sentiment intense aussi bien pour le joueur que pour le coach. J'ai aussi vécu de beaux souvenirs en équipe avec les filles. Cela a toujours été très positif pour moi avec des instants riches en émotions, en partage. On sentait que les gamins étaient heureux et cette sensation c'est le plus grand bonheur qu'un entraîneur puisse ressentir. Après, lorsque l'on a affaire à des enfants moins bons, l'on est obligé de revoir sa copie. Mais que ce soit pour le haut niveau ou pour les petites catégories, il existe un dénominateur commun c'est la motivation. Et l'application, l'implication que tu peux mettre à faire les choses. Pour moi que tu sois bon ou pas, que ce soit du loisir ou de la compétition, si tu es motivé, que tu écoutes bien le pro, que tu mets en place ses consignes et que tu essaies de faire du mieux que tu peux, tu as la possibilité de vraiment progresser et trouver une évolution dans ton tennis. Il existe des fondamentaux qui me semblent vraiment essentiels pour trouver du plaisir.

 

En quoi le fait d'avoir joué à haut niveau vous aide t-il pour votre carrière d'enseignante?

Si tu es ouverte aux autres et que tu es dans une démarche de partage, d'analyse de ta propre expérience et que tu souhaites la transmettre, celle-ci te sert constamment. Que ce soit à n'importe quel niveau et à n'importe quel moment. Avoir pratiqué le tennis à haut niveau m'a vraiment boostée dans les moments difficiles. Lorsque j'avais des groupes difficiles à gérer, le fait d'avoir été bien encadrée dans le passé m'a permis de me remémorer la situation de l'entraîneur à cette époque là. Je pensais à ceux qui m'ont entraînée et ces bons souvenirs m'ont donnée réconfort et courage. J'ai vu que cela ne tombait pas tout cru. Qu'il fallait beaucoup travailler et avoir des qualités ô combien importantes tant à la fois sur un point de vue tennis pur, qu'au niveau mental, physique. D'où un travail un peu personnel notamment sur un plan physique auquel je me suis adonnée en fin de carrière.

 

Quelle est selon vous la différence entre s'occuper des filles et des garçons?

Chez les filles, tout dépend de la personnalité de chacune, du niveau d'extraversion ou au contraire d'introversion, du degré de sportivité. C'est plus difficile que chez les hommes et il existe un côté cyclique dont il faut tenir compte avec davantage de psychologie. Mon souhait est d'insuffler du tennis plaisir car c'est avant tout un jeu et cela doit rester ainsi. Je suis là pour apporter le recul que je peux avoir à la fois comme ancienne joueuse et comme enseignante expérimentée. Le cumul des deux fait que je peux apporter des billes à des joueuses en demande.

 

Que pourriez-vous dire sur l'enseignement de l'école de tennis?

C'est une question d'adaptabilité aux enfants qui se présentent et il faut être le plus pédagogue possible avec un public le jour J. Les enfants sont là avant tout pour passer du bon temps, et une bonne synergie doit régner entre les uns et les autres. Ce sont des moments de partage car les enfants sont en collectif et qui dit collectif dit sociabilité entre les uns et les autres. L'important est d'avoir beaucoup de plaisir à se retrouver chaque semaine, à progresser et à apprendre à jouer au tennis. Apprendre un coup droit, un revers ce n'est pas très compliqué en soi. La difficulté c'est de le mettre en pratique, de jouer. Il faut que les gamins reviennent au club, et cela demande parfois un grand investissement personnel.

 

Vous avez travaillé avec des malentendants. Cela a du être une belle aventure humaine!

Oui, lorsque j'étais entraîneur fédéral la fédération m'a proposée d'encadrer pendant deux ans les championnats du monde et d'Europe des malentendants. Ce fut une magnifique expérience car je n'étais pas du tout dans le langage des signes. J'ai été confrontée à un monde que je ne connaissais pas forcément et c'est là où tu te dis que le handicap n'existe pas. Ces gens là sont comme nous et ne supportent pas qu'on les considère par rapport à leur handicap. Même si tu es obligé de t'adapter quelque peu, tu fonctionnes comme tu as l'habitude de fonctionner. Et si tu le fais avec tes tripes, ta personnalité, ta motivation et que tu te donnes entièrement, le retour est fabuleux. Dans mon équipe il y avait un joueur classé à -4/6 et l'on a fait d'excellents résultats aussi bien côté masculin que côté féminin. Ce fut une belle découverte d'un handicap et un moment inoubliable. J'avais même fait un article pour la Fédération en disant que c'était très formateur que des enseignants aillent au devant de ce public là. Depuis, ils font des formations justement pour se former aux handicaps tennis… Tout ce qui peut enrichir, bonifie d'année en année et l'on apprend tout le temps. J'ai aussi été me former dans des centres comme ceux de Pierre Barthès ou GeorgesDeniau où j'ai travaillé l'été. J'ai appris à m'ouvrir, à observer, j'ai grandi et suis devenue meilleure.

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Les joueurs sont beaucoup plus nombreux que les joueuses ce qui pose problème!

Oui, un peu comme au niveau national. Aujourd'hui, il est important que les filles se sentent bien encadrées car si ce n'est pas trop le cas, elles partent rapidement vers une autre activité. Ce sont des questions qu'il faudrait aborder avec les dirigeants et pas uniquement avec les enseignants afin de déployer davantage de moyens. Le milieu tennistique est machiste, il ne faut pas l'oublier. Quand j'étais cadre technique, ou que j'avais des missions fédérales, cela se passait très bien mais l'effectif féminin était réduit. Je me souviens quand Patrice Dominguez m'avait nommée comme Conseillère technique régionale, on était seulement 4 femmes CTR contre 28,30 hommes. Quand je suis descendue dans le Languedoc Roussillon, les premières années j'étais la seule femme. Lorsque l'on est dans une équipe en grande majorité masculine, faire bouger les choses n'est pas facile. Mais cela a un peu évolué et la Fédération a fait beaucoup concernant l'attribution de postes pour les femmes à tous les niveaux. C'est quand même un métier plutôt masculin, et si j'ai bien réussi dans mes différentes missions, je pense que c'est du à mon bon caractère; à ma forte personnalité et l'on me respectait. Mais cela demande de l'énergie et des efforts, et les filles qui sont mi figue-mi raisin, qui ne dégagent pas forcément quelque chose, c'est difficile pour elles... Quand j'étais conseillère technique régionale et que je m'occupais de la formation, je conseillais vivement aux filles désireuses de faire ce métier de jouer et de maintenir leur niveau tennistique le plus longtemps possible. " Tenez-vous en forme physiquement leur disais-je. Pour l'instant vous avez 25, 26 ans mais vous verrez quand vous approcherez de la quarantaine et encore plus à 50 ans. Vous allez faire des enfants, avoir des obligations familiales et le niveau de jeu dégringole vite. Etre en seconde série n'est pas la même chose que d'être à 15/4. Cela demande des efforts et pour une fille encore plus que pour un garçon…

 

Qu'avez-vous pensé des résultats des jeunes français et françaises à Roland Garros?

Je suis ô combien ravie de ces résultats. Cette nouvelle génération apporte de la fraîcheur au tennis avec des comportements et un état d'esprit vraiment très agréables. Je les trouve très matures pour leur âge et ils arrivent à tenir leur match du début à la fin avec une maîtrise incroyable. A aucun moment, en particulier Hugo Gaston, ils n'ont fait preuve de défaillance. Et puis, on les sent heureux, ils sont dans leur bulle et lorsqu'ils gagnent, ils restent très humbles et modestes. Cela change de certaines attitudes déplacées que l'on peut parfois croiser sur le terrain. Ils sont classés très loin de l'élite mondiale et sont pourtant capables de se hisser au niveau des meilleurs. Ils sont sur de bons rails et ont tout l'avenir devant eux. C'est vraiment encourageant, enthousiasmant et en tant qu'ancienne joueuse et en même temps enseignante, cela me revigore.

 

 N'oublions pas non plus la paire Mladenovic Babos qui a remporté le double!

C'est magnifique surtout après avoir été empêché jouer à Flushing Meadow à cause de la Covid. En plus, Mladenovic a eu une grosse déception après la perte de son match contre une allemande lorsqu'il y a eu une grosse faute d'arbitrage en sa défaveur. C'est bien de repartir sur le double et j'ai trouvé très élégant ce qu'elle a dit après la victoire sur sa partenaire qui ne fait quand même pas partie des meilleures joueuses en simple . Elle l'a chaudement remerciée de l'avoir aidée tout au long de cette finale car elle se sentait crevée et de l'avoir portée de la première à la dernière balle. L'on sent une réelle amitié et entraide entre elles et cela fait partie de la tactique du double de s'épauler. Il faut vraiment s'apprécier pour justement pouvoir accepter que l'autre flanche un peu. Le double est une belle école du tennis, et il faut en parler. Il serait important qu'il soit mis davantage en valeur dans les clubs car en dehors du fait qu'il faut être bon à la volée, il permet de déployer des coups vraiment importants notamment le retour de service. Il implique aussi la notion d'équipe, laquelle devrait également être davantage mise en valeur avec le côté partage et échange.

 

Quels sont vos meilleurs souvenirs de ce Roland Garros 2020?

Le plus marquant reste la prestation de Hugo Gaston et ses matches un peu fous. Je garde une image d'un jeune garçon qui ne se pose pas de questions, qui essaye d'aller jusqu'au bout en donnant le meilleur de lui-même et en nous donnant du rêve. Quel plaisir! J'ai pu parler de lui avec des gens de mon club et ils ont été aussi emballés que moi. Après j'ai bien aimé Fiona Ferro qui me fait penser un peu à Isabelle Demongeot ancienne n°1 française en plus jeune. Et ensuite la performance incroyable de Nadal. Quel exemple pour nos jeunes en termes d'abnégation, de volonté, de courage, de travail!

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

 

 

 

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samedi, 26 septembre 2020

Jean-Pierre Rageau

médecine,méditation,reflexionsMédecin généraliste à connotation psy depuis 30 ans, Jean-Pierre Rageau est également journaliste médical avec des collaborations au " Généraliste" , au " Quotidien du Médecin" et également dans la presse santé grand public (médisite). Il a notamment beaucoup écrit sur la relation patient-médecin et a obtenu à cette occasion deux prix dont le prix du journal " Le généraliste" et la bourse de recherche sur la compétence humaine du médecin par L'Unafornec (Union nationale des formations médicales).

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Vous vous définissez comme un médecin généraliste mais à orientation psy. C'est à dire?

La psychanalyse a imprégné ma pratique médicale, et je suis un généraliste à l'écoute. Mais je ne me présentais pas comme psy, je disais simplement que j'avais fait une formation psychanalytique. Je proposais un espace où mes patients pouvaient s'exprimer mais ne me considérais pas comme un spécialiste. Je me voyais comme un médecin qui utilise toutes les potentialités de la médecine générale qui n'est pas uniquement technique et scientifique. C'est celle des médecins de famille ou de campagne d'autrefois lorsque la science n'était pas toute puissante. Entre temps, quelque chose s'est perdu mais qui peut se retrouver à travers la compétence humaine du médecin avec la fameuse formation psychologique psychothérapique.

 

Vous avez longuement travaillé sur la relation patient médecin et avez même obtenu des prix sur vos recherches!

Oui, j'ai beaucoup écrit sur le sujet car cela permettait de faire le contrepoids à une compétence inhumaine que je percevais à l'hôpital. C'est une chose qui m'a toujours profondément choqué et c'est la raison pour laquelle je n'ai pas voulu travailler à l'hôpital. . En libéral, j'ai pu faire de la médecine telle que la sentais avec les aspects scientifiques et techniques mais avec en plus une dimension relationnelle et humaine. J'ai fait un travail sur la psychothérapie spécifique du praticien. J'avais écrit pour la faculté qui essayait de retracer les différents aspects de ce qui peut se passer entre un médecin et un patient. Comment il peut mettre en œuvre ces différentes techniques pour rassurer, accompagner, aider à s'exprimer. C'était quelque chose d'un peu nouveau à l'époque. On ne parlait pas beaucoup de psychologie, c'était même assez mal vu. Ensuite, j'ai développé un concept par un groupe de formation qui s'appelle la compétence humaine du médecin. C'est un domaine qui est un peu plus large que la psychothérapie qui est plutôt psychologisante. La compétence humaine intègre la psychothérapie du praticien et l'on peut parler de présence humaine du médecin. Un processus humanisant qui implique qu'un médecin pour devenir pleinement médecin dans son potentiel thérapeutique doit s'humaniser. C'est important de connaître les antécédents des patients, les réactions à certains médicaments. Chacun réagit à sa manière et à son médicament. Important également de connaître le contexte familial, professionnel dans lequel évoluent les patients. Cela a quand même un impact sur leur maladie et ça aide à mieux soigner. Le médecin le plus efficace c'est celui qui est capable de mobiliser les forces curatives et l'effet placebo augmente avec la prescription du médecin. Lorsque les visites sont régulières, c'est essentiel de créer des phénomènes de transfert et de contre-transfert. Ca permet d'augmenter la confiance, les croyances, et de ce fait il y aura beaucoup moins d'effets secondaires, moins de méfiance et de défiance vis à vis des médicaments. Ce sera un bon médicament prescrit par un bon médecin. Tout dépend aussi de la structure psychologique du patient et de ses convictions. Ceux qui croient en la science, l'allopathie va marcher sur eux. J'ai connu des gens qui ne croyaient pas en la chimie, et qui bien que l'indication soit bien posée n'ont pas guéri. L'autosuggestion a une part et cela fait partie du rôle du médecin de motiver le patient et de l'aider à prendre de la distance par rapport à ses pensées négatives.

 

Selon vous beaucoup de vos collègues délaissent ce côté relationnel!

Il existe un manque d'humanisme en général vis à vis du patient. Pourquoi être disqualifiant à son égard, pourquoi se moquer ou humilier. Pour moi c'est antinomique avec le fait de soigner. Il existe en plus la rétention du savoir utilisée par de nombreux médecins habités par une sorte de jouissance du pouvoir. Certains abusent en évitant de transmettre un pouvoir de compétences. J'ai toujours aimé faire de l'éducation thérapeutique et partager mon expérience  avec mes patients pour qu'ils puissent bénéficier d'une connaissance leur permettant de se soigner eux mêmes. Que les malades ne soient pas infantilisés. Actuellement, la tendance s'inverse un peu avec notamment une ouverture vers une médecine davantage axée sur le spirituel qui favorise le côté humain.

 

Vous êtes un médecin généraliste porté sur les médecines douces!

Quand mes patients me disent qu'ils vont voir un homéopathe, un acupuncteur, un ostéopathe, je leur dis que la seule chose qui compte c'est que cela leur fasse du bien et je les encourage à poursuivre. Je n'ai pas d'à priori, car je sais que le mieux-être passe par des voies autres que les voies scientifiques. Parfois par le magico-religieux, les rituels, des choses qui font que les forces curatives se mettent en place et se mobilisent. Les gens que je soigne savent que je suis assez favorable aux plantes, et ça leur plaît bien. J'en prescris même en médicament. Par exemple le cardiocalm à base d'aubépine. Mes patients en redemandent pour l'anxiété mineure et les troubles du sommeil. Deux comprimés d'un coup le soir entre 19h et 22h, ce qui va permettre une petite phase de décompression avant de s'endormir et un meilleur endormissement. Je leur conseille également pendant cette période là d'écouter des musiques relaxantes, de lire tranquillement ou d'être dans un environnement paisible pour ralentir leur rythme de vie. Je cite souvent l'exemple du passage de l'autoroute à la route départementale le soir après le dîner. Il y a une bretelle d'autoroute à prendre et il faut diminuer progressivement la vitesse de 130 km/h à 90. Dans le cadre des psychothérapies informelles, j'utilise plus des images que des propos.

 

Vous avez découvert récemment la méditation. A quelle occasion ?

J'en avais déjà entendu parler il y a 25 ans lorsque j'étais en Californie. Pendant un an, j'ai suivi une formation à Psychologie Conseil. J'avais appris pas mal de techniques psychothérapeutiques du courant de pensée existentielle. Comme l'analyse transactionnelle, l'approche eulérienne centrée sur la personne, l'approche systémique, la gestalt thérapie. A cette occasion, j'avais appris ce qu'est le rêve éveillé, ce qui constituait déjà une forme de méditation. On se mettait dans un état modifié de conscience et le professeur nous disait un certain nombre de choses plutôt non directives ou semi-directives qui nous permettaient d'écrire notre propre histoire, notre propre scénario. Cela m'avait beaucoup plu, et après je me suis installé. Récemment j'ai lu le livre de Christophe André « Méditer jour après jour » et j'ai retrouvé ces éléments que je connaissais. J'ai pensé que comme en France ce n'est pas encore très utilisé que ce serait intéressant d'aller dans ce sens pour mes patients. Pour les aider côté anxiété et même dépression. Une formation permet d'éviter les rechutes dépressives. D'après ce que j'ai compris, il existe des phénomènes neurophysiologiques qui expliquent l'impact de la méditation sur les émotions et le comportement. En particulier avec une reprogrammation cognitive. Notre société nous programme pour être productif, efficace, ce qui nous pousse tout le temps à agir. Cela ne laisse donc pas le temps de se recentrer sur soi et de reprendre contact avec son moi intérieur. La méditation permet de déprogrammer le faire afin de faire en sorte de se retrouver plus souvent dans l'être et dans le ressenti sans pour autant renoncer à l'action.

 

Vous avez été au Cambodge pour approfondir vos connaissances!…

Oui, avec pour objectif après une formation à la méditation d'un an, plus 5 séminaires de 3 jours, de pratiquer la méditation dans des endroits propices à la médiation comme les pagodes et les temples bouddhistes. Chaque jour, nous méditions environ une demie heure. Des moines aidés d'une traductrice nous ont parlé et c'était très enrichissant. En outre, l'on pouvait observer une culture différente avec beaucoup de gentillesse, d'humanité au sein de la population. C'est quelque chose qui m'a frappé, ils n'avaient pas peur de nous, au contraire ils nous portaient de l'intérêt même s'il existait quand même un œil commercial chez ces cambodgiens pas très riches mais curieux de l'autre, de sa différence. Ils ont beaucoup souffert sous le régime tyrannique de Pol Pot avec des millions de gens tués, torturés. Mais la nouvelle génération a peut-être gardé l'esprit de ce peuple plutôt épris de paix et de lien fraternel.

 

Le fait que ce soit dédié à la pratique de la méditation cela change t-il quelque chose?

J'ai le sentiment que cela m'a aidé à méditer plus profondément. Un peu comme quand je suis dans une église, une cathédrale ou une collégiale. L'architecture d'un côté et le fait que beaucoup de gens se soient recueillis, font naître une atmosphère empreinte de plus de spiritualité. L'impression que cela m'a donnée par rapport aux méditations profanes c'est qu'en plus de la profondeur, j'avais à la fin de la méditation, une joie à l'intérieur sans objet. J'étais simplement content d'être là. La méditation profane est peut-être plus intellectuelle, plus technique. Il n'existe pas tout le cadre qui accompagne cette méditation et l'on est beaucoup moins touché que si l'on se trouve dans des sphères réservées à cette pratique. C'est surtout du ressenti, des sensations et de l'émotion. D'ailleurs, lorsque je médite chez moi, je me mets à côté d'un petit autel avec un petit bouddha, une lampe et je peux méditer de manière plus profonde qu'ailleurs en me concentrant plus fortement.

 

Comment cela se ressent-il dans votre vie privée ou professionnelle?

Sur le plan professionnel, je suis bien plus dans le moment présent et dans l'attention qu'auparavant. Ca change quelque chose d'à la fois minime et en même temps de considérable dans la personnalité professionnelle. J'ai le sentiment que je suis davantage conscient de ce que je peux faire , et je comprends mieux ce qui se joue entre le patient et moi Ma présence est plus importante grâce à une pleine conscience face aux patients qui le sentent tout de suite. Je leur transmets une sorte de sourire intérieur et le fait d'aider me procure du contentement. Se met en place un transfert d'énergie du médecin au patient. Cette présence est fondamentale et peu de médecins l'ont compris. Regarder son patient, se pencher vers lui, un peu comme la vierge avec son enfant sont des actes que j'ai essayé de développer au travers de la méditation qui englobe une dimension thérapeutique en elle-même. Les médicaments ne font pas tout, mais j'ignore dans quelles proportions le transfert d'énergie d'un côté et la mise en œuvre d'un savoir scientifique interagit pour soigner une maladie. Les deux participent à la guérison en sollicitant les forces curatives du patient lui-même.. .Côté privé, cela m'a apporté un apaisement avec plus de distanciation par rapport à la réalité. J'ai davantage de détachement par rapport à ce que je fais sans pour autant que ce soit de l'indifférence.

 

Comment  faites-vous  pour en faire profiter vos patients ?

Ce que je propose c'est de la méditation laïque, c'est à dire non pas quelque chose qui se réfère forcément à Dieu mais plutôt basée sur le spirituel. Oui, je m'en sers avec les patients que je connais bien et pour la plupart ça a marché. Notamment parce qu'il règne une relation de confiance. J'ai un patient que je suis depuis près de 25 ans qui a du mal à verbaliser son mal être. C'est quelqu'un qui souffre d'un trouble psychique compulsif mental et qui est toujours dans l'indécision. Il est atteint d'une grande souffrance de type anxio dépression et possède un mental plutôt conflictuel. Il prend des psychotropes pour calmer ses angoisses. Je lui ai fait une séance de méditation et il m'a dit que cela lui a fait beaucoup de bien, qu'il avait moins de pensées négatives. Comme c'est assez simple, il peut le faire. Je pense que je vais continuer avec lui car comme c'est compliqué au niveau de la verbalisation, ce devrait être plus facile ainsi. Je l'ai expérimenté aussi avec une patiente très imaginative. Elle a tout de suite imaginé plein de choses et on a pu parler de ses productions. Pour d'autres c'était simplement un effet de relaxation qu'ils connaissaient déjà. Ce n'est pas miraculeux non plus, mais cela peut aider pour une approche complémentaire de la phytothérapie, voir des psychotropes quand il règne une forte anxiété.

 

Il y a un an et demi on vous a diagnostiqué un cancer de l'intestin et vous avez vécu suite à une opération une expérience de mort imminente.

Oui, à l'occasion d'une opération j'ai eu un problème de choc sceptique (des microbes passent dans le sang, ce qui engendre un choc cardio vasculaire et la tension chute…) et à ce moment là, les anesthésistes m'ont mis en coma artificiel et j'ai alors vécu cette expérience de mort approchée. Comme si cette formation à la méditation et mon séjour au Cambodge m'avaient préparé à cette NDE. Pendant ce moment là, sans doute étais-je au confins de mon inconscient, de mon âme. Mon âme était très paisible avec beaucoup de visages qui flottaient, des visages de bienveillance. Une musique se faisait aussi entendre qui ressemblait un peu à celle que je compose et je me suis dit "C'est quelque chose qui appartient à ma vie." Je me suis senti très bien dans cet endroit, un peu comme chez moi.. J'ai vu une lumière blanche ressemblant à un aquarium avec des méduses qui flottaient. Des sortes de visages bienveillants dont émanait un sourire intérieur; quelque chose de très doux. Sans doute que quand je me suis réveillé, j'ai gardé cette expérience là en moi et ce souvenir a encore renforcé tout ce que j'ai pu vivre et ce à quoi je me suis formé auparavant. Maintenant, peu de choses peuvent me détruire ou m'inquiéter. Je suis dans une sorte de sérénité et même avec un cancer je suis presque plus heureux que je ne l'étais avant, car j'ai vraiment l'impression d'avoir avancé dans l'accomplissement de mon être. Et quand on sent que l'on est sur le bon chemin, cela donne une joie profonde. Etait-ce écrit que j'aurais un cancer? En tout cas, j'ai la sensation que je devais passer par là pour continuer ce chemin que j'avais commencé à emprunter. Peut-être étais-je programmé pour une sorte d'accomplissement qui est en cours mais comment je ne sais pas n'étant pas croyant.

 

Vous êtes pianiste et vous composez. Cette expérience vous a t-elle inspiré?

Je n'ai pas composé après, mais j'ai revu les musiques que j'avais déjà faites et les ai un peu améliorées. Du coup, elles avaient plus de sens et je ne pouvais m'arrêter de les parfaire tant que je n'avais pas le sentiment qu'elles étaient complètes. Dans ces cas là, le temps ne compte pas, et je peux alors composer toute une journée. Quand les notes me viennent, j'ai le sentiment qu'elles me viennent du ciel. Comme si une voix me guidait pour suivre cette mélodie, ces harmonies jusqu'à ce que ce soit vraiment achevé. Une inspiration vient de quelque part, et il faut que j'en rende compte et que je la traduise à travers une musique en cours de développement. Il m'arrive de m'en servir pour mes patients dans le cadre d'une méditation dans un état modifié de conscience, je leur explique ce que j'ai fait. Un jour je suis allée chez une patiente qui a un piano et je lui ai joué une de mes compositions. On en a ensuite discuté et elle m'a avoué qu'elle avait le sentiment de s'être trouvée dans des vagues ou une vallée. Or, c'est une musique qui m'est venue sur les coteaux du Bordelais où il y avait beaucoup de collines. Cette patiente avait ressenti à travers cette musique ce que j'ai pu ressentir et composer à partir de là. Intéressant d'analyser comment l'on peut communiquer à travers la musique…

 

Pour votre cancer avez-vous recours à des médecines alternatives?

On m'a proposé de faire de la sophrologie et cela m'aide mais dans quelles proportions je l'ignore. J'ai visualisé mon cancer, et celui-ci m'est apparu un petit peu comme des lumières. Quelque chose de plutôt rassurant. Cela m'a permis de mieux accepter la maladie même si je n'y étais pas vraiment hostile. J'ai eu une autre vision bien plus positive du cancer qui m'est apparu un peu comme un ciel étoilé avec des cellules qui retrouvent leur liberté. J'ai aussi deux patientes qui m'ont proposé de faire du reiki et ça m'a également fait du bien.   Au début j'y croyais sans y croire mais ce sont des approches complémentaires qui ont à voir avec cette dimension spirituelle au sein de laquelle je commence à m'épanouir. La personne faisait des mantras et ce qui m'a frappé ce sont ses mains au dessus de mon ventre. Elle a trouvé qu'il était un peu froid. Je ne lui avais rien dit et elle a senti quelque chose. C'est un transfert d'énergie, de perception pour les gens hyper sensibles. J'ai aussi expérimenté l'acupuncture au moment où j'avais des troubles digestifs et des nausées du à la chimiothérapie. Et ce fut très efficace; d'un seul coup les nausées et les vomissements se sont dissipés . Tout cela me fait dire que la science et la chimie peuvent aider pour lutter contre un cancer mais que peut-être l'esprit a aussi un pouvoir. La seule question que je me pose c'est le pourcentage d'efficacité de l'un et l'autre. Ni l'esprit, ni les médicaments sont tout puissants mais le mélange peut aider à contenir la maladie. Par rapport au cancer, j'ai plutôt des pensées positives, et je ne me suis jamais dit "Quelle sale maladie! Même si j'aurais quand même préféré en faire l'économie, je ne suis pas terrorisé comme beaucoup. Le cancer est considéré comme le spectre de la mort, mais je ne le considère pas ainsi. Il faut faire confiance à la médecine et il existe des chimiothérapies qui peuvent sauver. L'image du cancer a beaucoup changé et il ne faut pas hésiter à se servir des approches alternatives. C'est quelque chose de très complémentaire qui peut aider en donnant plus de puissance à l'esprit et à la pensée. Important de vivre le cancer non pas en se projetant dans un futur cataclysmique ou chaotique, mais de le vivre dans le moment présent. Essayer de trouver des solutions avec du lâcher-prise et de l'acceptation. Si l'on accepte sans lutter contre quelque chose de toute façon inéluctable, c'est la philosophie de la méditation. Celle-ci m'a aidé à faire aller ma pensée vers des dimensions bien plus spirituelles.

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

dimanche, 20 septembre 2020

Rendez-vous théâtre

Le 25 septembre aura lieu à 20H45 au théâtre de l'Atrium à Chaville le spectacle intitulé " Un amour de Frida Kahlo", première pièce pour la scène de l'écrivain Gérard de Cortanze lauréat de nombreux prix littéraires.

Il raconte les amours passionnées et éphémères entre cette grande et courageuse artiste qu'est Frida Kahlo et Léon Trotski l'exilé pourchassé par la Guépéou. Cela se passe à Mexico en 1937 au moment où Trotski et Natalia Sedova sont hébergés chez Frida et son mari Diego Rivera.

C'est un portrait d'une femme de 29 ans qui malgré un terrible accident aime profondément la vie, notamment boire et chanter que dresse ici Gérard de Cortanze.

" On rit beaucoup dans cette pièce où l'amour n'est jamais présenté comme un ouragan destructeur explique t-il. Interrogée sur cette période de sa vie, Frida dira un jour à un journaliste qu'elle fut une des plus fécondes de son existence. Sa conclusion " Pourquoi voudrais-je des pieds puisque j'ai des ailes pour voler"?"

Gérard de Cortanze est un des grands spécialistes de cette artiste et il a récemment sorti aux éditions libretto un livre englobant 7 chapitres intitulé " Frida Kahlo, le petit cerf bléssé" . Il y montre notamment comment la peinture l'a sauvée du désarroi, et comment toute petite elle était déja prédestinée à souffrir. Et combien elle a aimé Diego Rivera malgré tout le mal qu'il lui a fait. Un joli petit livre qui donne envie d'aller voir sa pièce de théâtre, celle-ci  promettant d'être un beau spectacle par le biais d'un point de vue riche et détaillé...

Agnès Figueras-Lenattier

12:00 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 11 septembre 2020

Alexandre Feltz

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Alexandre Feltz est médecin généraliste et adjoint à la mairie de Strasbourg.. Considéré comme le pionnier du Sport santé sur ordonnance, il a sorti récemment un livre "intitulé " Le sport santé sur ordonnance. Manifeste pour le mouvement" préfacé par Michel Cymes. Il explique pourquoi le sport est le moins cher et le plus efficace de tous les médicaments…

 

 Qu'est-ce que le sport santé sur ordonnance?

Avec le maire de la ville de Strasbourg Roland Ries, nous avons lancé en 2012 pour la première fois en France sur un territoire d'une ville, le sport santé sur ordonnance. Les médecins traitants ont pu prescrire à leurs patients malades une ordonnance, leur permettant de faire de l'activité physique adaptée à leurs symptômes. Au départ, cela concernait plutôt les maladies métaboliques. Puis les prescriptions se sont ouvertes à d'autres secteurs comme le cancer, et les soins orientés vers les personnes âgées fragilisés. Les médecins généralistes évaluent avec le patient la nécessité d'une prescription débouchant sur une activité physique, essayant de le motiver vers la reprise de mouvement. Puis une équipe municipale d'éducateurs sport santé prend le relais. Ceux-ci dressent un bilan des aptitudes du patient à l'effort, mettent en place un protocole en lien avec le médecin. Cette triangulation à trois fait le succès du dispositif.. Deux séances par semaine sur un an sont offertes et ensuite il existe une tarification solidaire..

 

. Tous les sports sont-ils concernés? !

C'est surtout la question d'intensité qui importe. Le sport santé représente une activité physique régulière d'intensité faible ou modérée. Intensité faible lorsque l'activité physique ne change quasiment pas le rythme cardiaque, ni les respirations. Par exemple la marche, la marche nordique, la marche avec des bâtons, des sports doux comme le taï chi, le Qi Qong, le yoga. Intensité modérée, lorsque l'on est à la limite de l'essoufflement. Une petite accélération cardiaque se fait sentir, et l'on transpire davantage. Comme rouler à 15km heure à vélo, ou nager tranquillement. Important aussi dans le protocole, le sport santé prévention avec la pratique de l'activité physique là aussi légère ou modérée. Pour les enfants de 3 à 18 ans,, a été mise en place, la prise en charge précoce des enfants en surpoids ou obèses. Des conseils de nutrition, de psychologues, d'infirmières de santé publique sont également incorporés au programme.

 

 Comment sont choisis les sports?

Le désir du patient joue un rôle important. Ce qu'il a déjà fait, ou pas, ce qu'il aime, n'aime pas. Ensuite, sont évaluées les capacités de chacun avec des tests, les éventuelles douleurs, puis la maladie en elle-même,. En temps de non Covid, plus de 100 activités sont proposées chaque semaine. Lorsque l'on est diabétique c'est bien d'avoir une activité cardio vasculaire qui a pour but de faire entrer le sucre dans le sang. Quand on est âgé, il est recommandé de faire du renforcement musculaire. L'activité physique réduit de moitié les risques de chute chez les patients fragiles ou qui ont déjà chuté. Si l'on ne les encourage pas à faire du sport, les gens ne bougent plus. Ils ont peur de retomber et cela aggrave encore plus le risque. Pour la prévention de l'ostéoporose, tout ce qui est marche est utile. Les gens qui ont des problèmes de hanche, de l'arthrose souvent arrêtent également le sport car ils ont mal, ce qui est compréhensible. Du coup, ils reprennent du poids, ont du diabète, de l'hyper tension et ont toujours mal aux hanches. Dans ce cas là, c'est la marche nordique qui permet de soulager les articulations, plus la marche dans l'eau tout en respectant les endroits douloureux des patients.

 

 Cela permet-il de diminuer ou même parfois d'arrêter les traitements?

Oui. Pour le diabète c'est assez rapide. Certaines personnes ont le matin une glycémie élevée. Ils font un peu d'activité physique et une heure après, leur glycémie a baissé. C'est très efficace. Un diabétique qui marche quotidiennement 30 minutes par jour peut baisser son traitement dans les semaines qui suivent la reprise de l'activité physique. Mais il faut continuer de bouger tout le temps. Pour les hyper tendus c'est la même chose même si c'est un peu plus long. Ceux qui ont une activité physique régulière peuvent diminuer, voir arrêter les médicaments pour l'hyper tension. Côté psychiatrie, on ne devrait plus prescrire un neuroleptique, ou un anti dépresseur sans activité physique. Quant au Covid,19, le sport joue également un rôle important. Ceux qui ont été en réanimation et qui avaient davantage l'habitude de faire du sport s'en sont sortis alors que d'autres sont décédés. Pour la reprise de la respiration, des capacités cardiaques, de l'énergie, le sport est très efficace. De même pour l'anxiété du à la contamination..

 

 De manière générale, les médecins ont-ils pris l'habitude de prescrire du sport santé!

Oui, partout où c'est organisé et financé. A Strasbourg plus de 300 médecins le font, à Biarritz plus de 200... Lorsque le médecin qui est bien ancré dans la réalité, sait que s'il prescrit au patient une ordonnance sport santé qu'il pourra être pris en charge et bien suivi, il prend l'initiative.

 

Un enseignement sur l'exercice physique pour les généralistes existe t-il?

A Strasbourg, oui. .C 'est le docteur Jehan Lecoq président national des médecins du sport qui a lancé le sujet. Je m'en occupe aussi puisque je donne encore des cours à la Faculté sur ce thème... C'est vraiment une nouvelle médecine qu'il faut généraliser un peu partout.

 

 Quel est votre souhait le plus important concernant le sport santé sur ordonnance?

L'enjeu majeur consiste en un financement même forfaitaire par l'assurance maladie.. On vient de signer une tribune dans le Journal du Dimanche mais qui n'a pas eu un fort retentissement avec des anciens ministres, des élus, plus de 40 députés dont certains du gouvernement actuel pour qu'il existe un financement national et local que ce soit à Strasbourg ou dans d'autres villes.. Olivier Véran a l'air un peu plus ouvert que ses prédécesseurs et l'on espère que cette année va être la bonne.. Et puis se servir des prochains Jeux Olympiques et des moyens colossaux réservés au sport d'élite pour développer l'activité physique pour tous. Tony Estanguet s'y est engagé. Mais cela me semble assez mal parti vu les sponsors : Coca, Mac Do, Toyota… Il faut vraiment être très volontariste pour obtenir un bilan santé positif…

Agnès Figueras-Lenattier

 

13:23 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)