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mercredi, 17 février 2021

Le pansement Schubert

musique,thérapie,interviewmusique,thérapie,interviewClaire Oppert fille d’un père médecin et d’une mère danseuse, manie le violoncelle avec une grande dextérité et donne notamment des concerts à travers le monde. Détentrice d’une licence de philosophie et d’un diplôme d’art-thérapeute, reconnue par le monde scientifique, elle se sert de toutes ses compétences pour soulager la douleur et l’anxiété des autistes, des déments, des malades douloureux, des personnes en fin de vie. Elle a écrit un livre riche et imagé «  Le pansement Schubert » où elle évoque son expérience de « soignante » en y intégrant le récit de rencontres avec ses divers patients… Elle travaille notamment à l’hôpital Rives de Seine à Puteaux, et à l’hôpital sainte Perrine à Paris

 

Quels sont vos souvenirs de votre premier contact avec la musique?

La musique était très présente au sein de notre famille et mon père était tout à fait conscient de son pouvoir thérapeutique. C’était naturellement inclus dans sa vision des choses. Avec aussi le théâtre. Mes parents n’étaient pas des professionnels de la musique mais tous deux des amateurs éclairés qui jouaient du piano. J’ai été bercée dans cet univers médical à travers cet instrument et ma première vraie rencontre choc c’est lorsque j’ai entendu le violoncelle pour la première fois.  Je suis allée au concert bien avant l’âge de 8 ans, et c’est là que j’ai eu une sorte de révélation, comme un gros coup de foudre pour cet instrument. Mon père et ma mère de par leur profession et leur façon d’être m’ont de toute évidence inspirée… 

 

Pourquoi le violoncelle en particulier?

C’est l’ instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine et c’est cela qui m’a touchée lorsque je l’ai entendu la première fois. Avec mes 20 ans d’expérience, j’insiste toujours sur cet aspect qui m’a attirée petite et qui m’attire toujours.  D’ailleurs encore très récemment, une patiente m’a dit «  J’ai l’impression que votre violoncelle est un être humain qui me parle ». 

 

A quel moment avez-vous su que vous étiez faite pour vous servir de cet instrument comme moyen de soulager les malades?

Dès mon premier concert.  Un auditeur est d’ailleurs venu me voir et m’a dit «  Si vous aviez été médecin, vous m’auriez soigné…Ça a été le coup de tonnerre, comme une évidence.Vraiment très jeune, je suis allée jouer par çi par là. C’était complètement intuitif, ce qui ne m’:empêche par ailleurs d'être concertiste. La forme actuelle cadrée est venue progressivement. Il y a d’abord eu la rencontre avec Howard Buten et les autistes, puis ensuite les études avec l’acquisition d’outils et la possibilité de pouvoir entrer dans un protocole et conceptualiser. Cela m’a permis de faire des fiches d’observation mais ce travail je le faisais déjà quand j’avais 15 ans et que j’allais jouer pour les enfants atteints de trisomie 21 ou les personnes  démentes. Quelque part, je faisais la même chose qu’aujourd’hui. 

 

Selon vous est-ce que le violoncelle est l’instrument le plus propice à soulager les patients? 

Tous les instruments peuvent apporter quelque chose, mais ce qui est important aussi c’est la façon dont on va apporter la musique, et les compétences générales. C’est évident également que le violoncelle ou la harpe ou la voix humaine  peuvent s’adapter davantage à des contextes dans lesquels j’évolue comparé par exemple à un trombone.  Je m’adapte aussi beaucoup notamment au niveau du volume. Parfois, je joue très fort notamment pour les personnes dotés de problèmes auditifs. Mais je suis aussi capable de jouer très doucement pour ne pas heurter les patients. Et pour que les décibels ne soient pas trop nombreux. Parfois, les patients me disent qu’ils sont fatigués, parfois ce sont  juste des tonalités émotionnelles. «  Oh là là, je vous ai entendu à travers la porte, c’est trop triste ce que vous faites, je préfère que ce soit plus gai. Ça rejoint l’idée de la musique vivante non enregistrée. La question du répertoire est importante et avant d’aller à la rencontre de tous les patients en soins palliatifs, j’ai des informations  de l’équipe soignante sur le malade, notamment sa pathologie mais pas de façon très détaillée. .Aussi sur son origine, ses goûts. Ce sont soit des médecins, soit des infirmières, tout membre de l’équipe pluri-disciplinaire dont je fais partie. Il est bien de mentionner que je ne suis pas une animatrice, je ne viens  pas faire un concert à l’hôpital. C’est une posture particulière à visée thérapeutique. Je joue aussi pour les personnes dans le coma. Cela fait l’objet d’une des études que je suis en train de mener  pour les familles à Puteaux sur le souffle des patients qui est modifié massivement. On l’a observé sur des patients sédatés ou qui sont dans un degré profond de coma avec des troubles de la vigilance. La musique continue de toucher mais dans des proportions très impressionnantes.  Je me suis occupée d’un homme chanteur de fado qui n’était pas dans un  coma profond mais dans une phase pré agonique. Il a été très impliqué toute sa vie dans la musique, a sorti des CD. On avait chanté ensemble et la semaine suivante sa femme et sa fille très affectées m’ont dit qu’il ne s’était pas réveillé. Elles m’ont demandé de le stimuler par tous les moyens possibles  et j’ai commencé à jouer le fado  de ce chanteur. IL a alors ouvert les yeux, a même levé légèrement le pouce, et a émis quelques bruits comme s’il chantait. Un léger sourire est apparu sur son visage  et ces deux femmes pour qui ce fut une joie extraordinaire m’ont chaudement remerciée. Elles ont eu le sentiment qu’il avait été en vie une dernière fois et cela leur a permis de prendre congé.  Et c’est souvent ce qui ressort. Je suis très engagée en tant que violoncelliste mais aussi en tant qu’art thérapeute et chercheuse. Je fais partie de groupes de recherche cliniques avec des professeurs de neuro-science, de médecine. Bien évidemment, je ne guéris pas les cancers ni les douleurs rebelles mais je travaille avec des gens qui ont déjà des doses de morphine bien adaptées permettant à Schubert d’agir. Il existe des diminutions radicales de la douleur. C’est un complément et cela s’adresse à ce qui est en dehors de la pathologie, à la partie saine.  Notamment pour les personnes démentes ou Alzheimer qui ont en eux une présence qui subsiste ,parfois extrêmement ténue. Même si c’est le dernier souffle, la vie est là et parfois, elle redouble d’activité.  De grands penseurs comme Michel M'uzan ont parlé de ce phénomène. Il existe  parfois une exaltation , une sorte d’appétence relationnelle qui renaît justement dans les derniers instants, les derniers jours avec l’ouverture de la musique.  Un contexte très clinique avec la mise en place de choses absolument extraordinaires…

 

Vous parlez dans votre livre du mot vibration qui revient très souvent d’après 450 paroles de patients!

Quatre mots sont vraiment prononcés très souvent. Vibration oui, car le violoncelle est un instrument extrêmement vibratoire. C’est pour cela qu’il pénètre les corps avant d’arriver à la tête. On le ressent plus qu’on ne le comprend dans un premier temps. Il y a aussi le mot coeur qui se devine vraiment chez les patients. Ils le montrent avec un mouvement de la main qui va du bas vers le haut, qui s’arrête au coeur. Le mot joie revient également souvent. Evidemment la musique n’enlève pas le tragique, mais souvent elle fait naître une joie résiduelle réelle quelquefois difficile à saisir. C’est propre aux soins palliatifs, propre au regard global posé sur un patient. Celui-ci est avant tout une personne avant d’être un malade et la musique l ‘atteste et en témoigne. C’est très fort.  Quatrième mot  : vie.  Des gens qui en fin de vie disent «  Je ne savais pas que c’était si vivant, là je sens la vie et ça me donne l’envie de vivre. C’est très fréquent que les personnes rejoignent une partie d’eux-mêmes vraie et lumineuse.

 

Quel que soit le genre de maladie, la musique agit-elle  de la même façon?

Je pense que ce sont d’abord les personnes qui sont plus ou moins réceptives à la musique. Et cela n’a rien à voir avec le fait d’en avoir ou non fait ni de la connaître.  Ce n’est pas non plus  lié à la pathologie car des expériences similaires sont menées auprès d’anorexiques, dans les milieux carcéraux, en psychiatrie. Ce qui va faire la différence c’est l’adaptation.  Certains des grands autistes par exemple avec qui j’ai travaillé étaient particulièrement sensibles à la musique et à la vibration vocale. D’autres étaient sensibles à d’autres formes. Il y en avait un qui était extrêmement olfactif. Il  sentait tout et  se repérait dans le monde par le biais de  son odorat. Il a été plutôt orienté dans un atelier sensoriel. Ce n’est pas la pathologie la partie dominante car j’ai travaillé avec des patients atteints de surdité totale. J’ai eu une rencontre incroyable que je n’ai pas citée dans mon livre en Ehpad avec une patiente âgée, démente et sourde e à 100% depuis 30 ans. Elle ne voulait plus vivre et avait décidé du jour de sa mort. 5 jours avant la date fatidique , elle avait fermé les yeux, les mains et ne s’alimentait plus. Sa famille m’avait dissuadée de jouer et ses proches  ne communiquaient qu’avec une ardoise. Or en fait lorsque j’ai joué pour elle, c’était faramineux. Elle a entrouvert les yeux, et la famille était carrément en état de choc heureux. Elle a aussi déserré les mains , a même parlé et a dit quelque chose de très drôle : «  Vous avez joué,  maintenant vous devriez aller à la cuisine ». Elle est décédée quelque temps après et son départ était totalement différent . La musique avait touché quelque chose en elle lui permettant cette dernière communication et cette incroyable réaction. Je lui avais joué «  La vocalise » de Serge Rachmaninov. Donc même là où il y a surdité, il peut y avoir réaction…

 

Il y a quand même des gens plus ou moins réceptifs!

Oui, et parfois on ne sait pas. C’était la grande question d’Howard Buten. Que ressentent ces autistes? Comment appréhender le ressenti qu’ils ont puisque nous on n’est pas autiste. Il disait toujours "Quelle est la différence entre leur souffrance et la nôtre?"  Il peut y avoir un déferlement de sensations qui ne ressemblent en rien à celles d’une personne qui va s’assoir dans une salle et qui écoute une symphonie. Un jour, un autiste a cassé mon violoncelle. Pourquoi? Qu’est-ce qu’il a perçu qui a engendré ce geste?  Il y a une étude un peu grossière qui disait «  Quand un autiste entend, il ne voit pas. » On avait remarqué en mettant des électrodes que quand on montrait une image à de jeunes autistes profonds et qu’à ce moment là un bruit se produisait ils ne voyaient plus et réciproquement.  Quand ils entendaient la musique et qu’on leur passait une image ils n’entendaient plus.  C’est vrai que neurologiquement, toutes les sensations ne sont pas particulièrement objectives et vécues comme cela peut être le cas lorsque l’on est dit «  normaux ». Je fabriquais justement  toutes sortes de bruits qui faisaient que cela pouvait être compris comme de la musique. Je tapais le violoncelle avec la baguette, je créais des crissements, des hurlements avec mon instrument. Ce que l’on appelle des modes de jeux ressemblant plus à des freins de voiture qu’à des harmonies musicales… L'on peut partir de sons parfois peu agréables pour faire un travail thérapeutique amenant vers quelque chose de plus apaisé.

 

Pourquoi Schubert tout particulièrement?

Cette première rencontre en 2012 très frappante où l’on assisté à cette radicale diminution de la douleur de Madame Kessler lors d’un pansement a inspiré et donné son nom à l’étude clinique «  Le pansement Schubert »  : 112 soins douloureux sur des patients en fin de vie. Au départ en hommage à cette femme  que j’ai accompagnée  jusqu’à sa mort. Elle était en Ehpad et a ensuite été transférée en soins palliatifs et je lui ai joué Schubert jusqu’au bout.  En dehors de cette rencontre, il y a le fait que Schubert possède en lui quelque chose de profondément humain. C’est un compositeur qui a réalisé énormément de leaders, plus de 600 et qui en quelque sorte a toujours mêlé la parole à la musique avec de la mélancolie. Sa recherche s’adresse toujours à un voyageur, englobe de la solitude, de l’errance, un récit de vie. On trouve aussi chez ce compositeur la quête d’un ailleurs supposé meilleur et cette obsession de la mort. Ce n’est pas un hasard si Schubert a cette capacité de diminuer la douleur mais c’est vrai aussi pour Bach, Beethoven, Mozart et toute la musique sans exception. Il y a peu de temps, une personne m’a demandée de lui jouer «  La jeune fille et la mort ». Elle ne voulait écouter que cette pièce là. Je regardais cette femme qui avait 94 ans et je me disais qu’elle incarnait tout à fait la jeune fille et la mort… Elle avait quelque chose dans sa demande qui était très juvénile. 

 

Est-ce que c’est arrivé qu’une personne ne supporte pas telle ou telle musique?

Oh oui. Ou alors beaucoup plus drôle encore une réflexion du genre «  Oh là là ça ne ressemble pas du tout. Il m’arrive par exemple quand on me demande du Jonnhy Halliday de ne pas prendre le bon tempo car je ne connais pas. Le tempo est beaucoup trop lent et parfois j’ai des critiques très drôles. J’ai aussi eu une patiente Madame Block qui ne voulait pas de musique craignant que cela lui procure trop d’émotions.  Elle préferait écouter à la porte pour ne pas être trop touchée.  Parfois  les larmes coulent  même si la plupart du temps c’est cathartique. Une reconnaissance s’établit  «  Merci de m’avoir permis de pleurer." Il faut traverser cette tempête  pour qu’à un moment donné l’apaisement surgisse. J’ai eu une réflexion amusante aussi d’une personne qui me demandait de faire le tri car toutes sortes d’émotions ressortaient. Le gai, le triste et elle désirait  que je fasse ressortir uniquement le gai. 

 

Justement la musique est sûrement celle qui parmi toutes les thérapies artistiques fait le plus appel aux sens!

Oui absolument et surtout sa grande force c’est de faire appel au sens auditif mais pas à l’intellect. Par exemple le fait de contempler un tableau demande déjà de pouvoir le regarder . Or les personnes qui ont les yeux fermés ne comprennent rien même pas les mots. La musique n’a pas besoin de mots car elle fait naître des sensations, des idées à un niveau d’intériorité qu’aucun langage ne peut atteindre. Et puis, encore plus fort que de toucher les sens, le fait de passer d’abord par le toucher. Tous les grands autistes ont touché mon instrument, et en absorbaient la vibration. Cela arrive que certaines personnes demandent à mettre la main sur le bois de l’instrument pour le sentir encore plus vibrer. On est effectivement dans un très grand élargissement sensoriel. 

 

Sait-on pourquoi parfois cela ne marche  pas?

C’est arrivé que ce soit difficile de mesurer une réaction mais en tout cas il n’existe aucune dégradation de l’état. Par exemple, c’est diffilcile de se rendre compte de l’effet sur des patients lors de comas profonds. Mais dans la majorité des cas, il existe une amélioration, une réaction, une détente. On l’observe au niveau de la relaxation musculaire, du pli du front, de la respiration. Ça m’est arrivée de jouer pour un patient vraiment en état de mort clinique un peu comme une dernière chance et il n’a pas réagi. C’est quand même une responsabilité. Est-ce parce qu’il n’avait plus de connexion pour pouvoir capter puisque l’on sait que la contrestimulation musicale stoppe l’influx de la douleur,. Les neurosciences mettent en lumière de plus en plus tout cela de façon évidente. Il est rare qu’il ne se passe rien, à cause de la part de suggestion positive qui augmente les chances de réussite. Ceux qui font le pansement Schubert y croient à fond. Ils chantent, dansent avec le patient. Tout est fait pour que ça marche et les soignants qui ne sont pas sensibles ne le font pas. Le patient lui-même est d’accord, c’est le moteur du soin même si parfois certains malades refusent. Cette dame qui m’a envoyée sur les roses en hurlant « sortez de ma chambre. Parfois il  peut y avoir au départ un mécanisme de défense et puis quand on repose la question, quand on parle un peu, ceux qui ont refusé le plus fortement sont souvent ceux qui réagissent le plus. Une fois, avec une patiente j'ai du arrêter car la musique  l’envahissait trop et elle ne le souhaitait pas. 

 

Vous arrive t-il de vous dire que vous avez pu nuire à une personne? 

Oui justement pour cette patiente  qui avait réagi avec ce torrent de larmes. Ceci de façon tellement massive que je me suis demandée si je n’étais pas en train de la faire souffrir. Je ne suis pas toujours convaincue, pas du tout. Mais cette patiente avait fini par être apaisée. Après, j’ai posé mon violoncelle, j’ai essayé de la faire revenir sans instrument et en parlant. Il faut s’adapter. Je peux parfois juste parler et chanter. Une patiente m’a dit une fois «  je ,ne veux pas de musique, je veux bien parler. On a parlé une dizaine de minute et elle m’a dit «  J’ai l’impression que l’on fait de la musique toutes les deux ». La musique ce n’est pas juste un air de Beethoven, il y a tout un travail derrière.  C’est une conversation qui peut devenir quelque chose d’harmonieux, et de musical. En tout cas c’était le ressenti de cette patiente. Quand il y a échec,  je ne suis pas fâchée car je ne voudrais pas que l’on me dise «  Ca marche trop bien ».  Quand quelqu’un m’envoie balader, je suis contente car cela montre que parfois ça ne fonctionne pas. Parfois ce n’est pas évident et c’est vrai qu’il y a des moments où je doute un peu.  Notamment pour les personnes dans le coma. Je ne sais pas si ça leur fait plaisir et je me demande si elles auraient dit oui en étant conscientes. C’est important d’être dans le respect de la personne. 

 

Vous avez fait une licence de philo et donc étudié quelque peu l’histoire de la musique à travers le temps!

C’est effectivement une question qui m’intéresse beaucoup. J’ai même fait une maîtrise de philo mais comme je suis partie à Moscou, je ne l’ai pas soutenue. Donc je ne pouvais pas dire que j’avais le diplôme, mais j’ai fait 2 ans de maîtrise plus une maîtrise sur l’esthétique, philosophie de l’art. C’est incroyable d’ailleurs car les références à la musique remontent à la Bible. Chez les anciens Hébreux c’est la harpe et la lyre de David qui permettait d’apaiser les crises nerveuses de Saül le premier roi d’Israël. Les Grecs en ont beaucoup parlé aussi notamment Aristote. On dit d’ailleurs dans la mythologie qu’Asclépias donc Esculape considéré comme le dieu des médecins ordonnait souvent  à ses malades de lire des poésies et de chanter des chants. 

 

Est-ce que le fait d’avoir étudié cette histoire de la musique  peut aussi jouer dans votre manière de soulager ou pas?

En tout cas cela peut jouer dans ma façon de comprendre ce que je fais et d’essayer d’appréhender. J’ai passé beaucoup d’années à la Sorbonne, ai énormément aimé surtout la philosophie ancienne , la philosophie grecque aussi. Ma compréhension a grandi. Je ne sais pas si le fait d’avoir rédigé cette maîtrise en philosophie  de l’art  permet une relation soignante thérapeutique, mais c’est un enrichissement de ma personne et de mon rapport à ce que je fais. 

 

Vous avez un diplôme d’art thérapeute. Quelles sont les choses essentielles que vous avez apprises lors de cette étude?

J’ai appris à conceptualiser. Howard Buten m’avait fait jurer de ne rien apprendre, mais j’ai finalement levé cette interdiction avec sa bénédiction pour aller étudier. Cela m’a donné des outils pour une approche plus scientifique mais qui n’a pas changé ma façon de travailler. Mais avec ce diplôme j’ai des outils me permettant de pouvoir prouver, mettre en forme, et mesurer,avec une analyse, et des systèmes d’observation. Ça m’a permis de mener des recherches cliniques avec des professeurs et d’être invitée dans des congrès. Ceci pour pouvoir rendre compte de  mon travail de la façon la plus scientifique possible et  de montrer la difficulté de mesurer l’émotion. Cela m’a ouvert les portes des facultés de médecine puisque je suis appelée régulièrement pour donner des cours aussi bien aux étudiants qu’aux médecins dans plein de DU différents.  C’est une démarche qui peut rentrer dans un cadre soignant. C’est fondamental pour moi, non pas dans ma pratique mais dans la reconnaissance. Par exemple, je travaille maintenant avec un groupe lié aux soins palliatifs dans la reconnaissance de ce type d’apport dans  la loi Léonetti . Ça fait partie d’une approche globale en prenant en compte la sensation, l’émotion, la relation, l’expression, la communication.

 

Vous faites de concerts à travers le monde. Par rapport aux soins les différences?

Quand je suis auprès des malades, j’élargis beaucoup ma façon de jouer. J’adapte ma technique, mon volume, mon répertoire, je joue des extraits, des bouts de symphonie et je prends une grande liberté par rapport au répertoire pour que la musique devienne un pont vers la personne et non plus une réalisation artistique en soi. Quand je suis en concert,  je concentre mes forces pour être  dans une interprétation la plus proche possible du compositeur et de l’ensemble des personnes avec qui je joue. Toute cette pratique nourrit mon rapport à la musique, mon rapport en général à toute chose.

 

Que vous a apporté l’écriture de ce livre?

L’écriture représente la musique se trouvant dans les mots et c’est quelque chose qui me parle. J’aime énormément lire notamment de la poésie. Pour moi, c’était vraiment un cadeau de pouvoir mettre en mots toutes ces expériences et cela représentait également un énorme défi d’arriver à trouver l’angle juste.  Je l’ai écrit en 3 ans, je ne faisais plus que ça. Cela m’a apporté le bonheur de voir les lignes de force de ma vie plus clairement. 

 

Parfois lorsque vous êtes triste vous prenez votre violoncelle et ça va mieux!

Ça peut arriver. Mais c’est vrai aussi de la poésie, la musique du silence. J’aime particulièrement Christian Bobin. Il m’inspire beaucoup et quand je suis triste, je vais plus naturellement lire de la poésie en particulier Christian Bobin. Quand je joue du violoncelle, j’ai un regard critique, celui de la déformation professionnelle et je suis trop dans une analyse de ce que je fais, de ce qu’il faudrait améliorer. D’ailleurs quand il y a soi-disant des musiques relaxantes, je ne trouve pas du tout qu’elles le soient. Elles sont  tellement répétitives et j’analyse leur pauvreté. 

 

Ce qui est important aussi c’est l’humeur dans le soin!

Absolument. Mais je trouve aussi que la force de ce travail c’est que si par hasard je suis triste ou soucieuse, ce partage qui va vers un mieux-être de la personne  malade  m’aide aussi à me sentir mieux. Ce n’est pas quelque chose à éviter, c’est une gratification. C’est pour cela que je dis toujours merci et ce n’est vraiment pas par politesse car je suis toujours mieux même si je suis très fatiguée. Au terme d’une grande journée, j’ai reçu plein de lumière, de paroles et cela remet du sens à ma vie. C’est thérapeutique pour moi aussi. Howard Buten disait «  so good to be good »… 

 

Sinon y a t-il des choses que vous aimeriez faire, que vous n’avez pas expérimentées?

Certainement. Mais même s’il  y a beaucoup de paroles qui remontent et qui sont les mêmes dans la bouche de tous ces patients, je trouve que c’est nouveau à chaque fois. Je ne ressens pour l’instant aucune routine, aucune lassitude.  C’est un peu ma nature, je suis un peu comme ça dans la vie.  C’est pour cela que j’aime tellement Bobin, qui se réjouit aussi de choses très simples.  Même si bien évidemment, ce n’est pas toujours simple de jouer pour une personne qui va mourir…

 

 

Vous semblez ne pas avoir de frustrations!

Si quand je ne peux pas jouer ce que l’on me demande. Ça m’arrive régulièrement.  L’autre jour, il y a un patient qui m’a demandé de jouer du Rolling Stone. Un titre précis que je ne connaissais pas et je n’y arrivais pas. Parfois, je cherche aussi sur Internet pour voir si je ne peux pas trouver une partition. Ce qui me frustre c’est de ne pas connaître une musique alors que ça paraît évident. Souvent tout le monde se met à chanter, et moi je ne connais pas. Je n’ai pas une culture de la variété très développée, et je ne peux pas toujours répondre à une demande précise.  Mais en réalité, les gens sont toujours contents.  A ce propos une anecdote amusante me revient en tête . Un jour je n’arrivais pas bien à comprendre une patiente qui me disait à la fin «  Tcheklundi. » Je ne connais pas du tout lui ais-je rétorqué, mais je vais le marquer et la semaine prochaine je vous l’apporte. Elle éclate de rire et me dit «  Non, je vous demandais si vous veniez chaque lundi… " L’on a fait que rire pendant toute la séance tellement c’était drôle… 

 

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 27 janvier 2021

Patrick Laure

grossesse,sport,interviewPatrick Laure est médecin de santé . Il a écrit plusieurs livres sur les bienfaits de l’activité physique et connaît bien le sujet  «  Activité physique et grossesse ». Il a organisé en collaboration avec des sages-femmes un premier colloque "Grand Est Activité Physique et grossesse" qui  a eu lieu en novembre 2018. Si la COVID le permet, un deuxième devrait avoir lieu en mai 2021. Patrick Laure évoque ce  sujet encore assez tabou de manière générale…

 

Vous développez des actions de promotion de l’activité physique pour la femme enceinte dans le Grand est. Quelles sont-elles?

Les femmes enceintes pratiquant une activité physique ne sont pas très nombreuses (environ 1 sur 5) et il est important de developper ce secteur. Il faut ensuite mettre en place un conseil auprès des professionnels de santé ce que j’ai fait en Martinique et dans le Grand Est auprès des sages-femmes. Et puis developper l’offre. Une femme enceinte doit pouvoir  faire une activité physique voire sportive encadrée au sein d’une structure. Mais c’est beaucoup plus compliqué à mettre en place qu’une offre pour le grand public. D’une part, la grossesse ne dure que 9 mois et d’autre part, souvent les femmes n'ont pas trop le temps de s’occuper d’elles-mêmes. Il faut donc s’adapter. Les femmes enceintes travaillent pratiquement jusqu’au bout et donc en journée elles ne peuvent se libérer.  Et lorsqu’elles le  peuvent en soirée,  souvent les créneaux sont déjà pris . Et puis, pendant ces neuf mois, il peut y avoir des freins à l’activité physique comme les nausées, les vomissements qui ne donnent pas envie aux femmes enceintes de bouger. Sans compter les réticences de l’entourage proche inquiet qui peut dissuader la femme enceinte de pratiquer…  Quelques endroits  existent comme à Obernai en Alsace, à la maternité de Nancy avec un club sportif qui propose une activité physique, à  l’hôpital universitaire de Strasbourg…

 

En novembre 2018, vous avez organisé le 1er colloque du Grand Est «  activité physique et grossesse ».  Comment s’est élaboré le projet?

Cela fait plusieurs années que je travaillais avec des sages-femmes notamment dans la Meuse. L’on avait élaboré un petit guide à la fois pour des professionnels de  santé, des acteurs du sport pour l’accueil des femmes enceintes et l’on voyait bien qu’il y avait des choses à faire dans ce domaine.  J’ai regroupé les sages-femmes que je connaissais avec d’autres et l’on a décidé d’organiser un événement ponctuel qui parle un peu du sujet. Et qui casse un certain nombre d’idées reçues. Il faut que la femme enceinte  bouge et le repos n’est absolument plus de mise y compris d’ailleurs dans la majorité des cas  lorsque la grossesse est compliquée.  Les universitaires doivent tenir ce genre de discours. 

 

Existe-il à l’heure actuelle des formations pour les sages-femmes? 

Dans le Grand Est, c’est une réflexion fortement en cours en sachant que l’on parlerait là de formation continue.  Le Collège National des sages-femmes a fait de l’activité physique l’un des thèmes centraux de ses 19ème journées nationales. .  L’université de Lorraine comprend un département de maïeutique avec un cursus de formation des étudiantes sages-femmes. Celui-ci comporte des heures d’enseignement consacrées spécifiquement à l’activité physique en périnatalité dont je suis chargé. 

 

Quelles sont les initiatives sur le sujet?

Actuellement,  pas grand chose. Il y a un an le Ministère des Sports voulait  développer ce domaine pour les sportives de haut niveau. J’avais été contacté à l’époque et j’avais dit "Sportives de haut niveau certes mais elles ne sont pas très nombreuses en France et il faudrait aussi faire un groupe de travail pour les femmes enceintes de tous les jours", ce qui a été fait. Il en est résulté un petit guide dédié aux femmes enceintes qui aurait du être distribué en septembre dernier mais le COVID a tout bloqué. Dès que possible, aura lieu une campagne de promotion de l’activité physique lors de la grossesse et  la diffusion de ce guide…

 

Il existe énormément d’idées reçues sur la grossesse sportive. Comme les fausses couches, la prématurité, la petitesse des bébés…

Ça n’est absolument pas avéré mais il faut parler d’activité physique, c’est à dire avec une intensité modérée.  On n’est pas dans du sport de haut niveau et l’on a d’ailleurs pour l’instant peu de données sur le sujet.  La majeure partie des études datent d’il y a une quinzaine d’années.  Du reste à la grande surprise de tout le monde, ces études ont montré qu’il existait au contraire tout un tas de bénéfices apportés par l’activité physique.  Notamment lorsque l’on  a des difficultés à concevoir avec une fertilité peu développée. En 2019  après avoir étudié des femmes en traitement pour infertilité ou syndrome d’ovaire politique, on a montré que les femmes actives avaient un taux de grossesse supérieure aux autres.   Le taux moyen de prématurité lorsque l’activité physique est modérée est exactement le même que dans la population générale.  Avec une constatation que chez les femmes enceintes obèses , le risque pourrait être diminué.  La taille de naissance n’est pas changée non plus et en outre, D’autre part, on a aussi pu vérifier l’impact de l’activité physique sur le nouveau-né. L’on a ainsi découvert qu’en matière de neuro-développement, les bébés de femmes actives à quelques jours de vie avaient  des capacités supérieures pour s’orienter et réguler leur état émotionnel après un bruit. Avec une plus grande capacité de discrimination sonore de mémoire auditive avec des scores psychomoteurs à 12 ans plus élevés.  L’activité physique, environ 30 mn par jour même s’il faut  l’adapter en fonction des trimestres permet un bon fonctionnement cardio-vasculaire, le maintien de la masse musculaire, améliore la qualité du sommeil avec un effet préventif sur la prise de poids ce qui permet de lutter notamment contre le diabète gestationnel. Les risques d'’hyper tension gravidique, d’incontinence urinaire, de pré éclampsie, de perte d’identité osseuse, de douleurs lombaires, d’anxiété sont moindres. On se rend compte depuis quelques années que lorsque les femmes enceintes sont obèses et atteintes d’un diabète gestationnel,  l’activité physique permet justement de servir d’adjuvant thérapeutique. Il n’y aura pas de guérison,  mais cela va permettre d’améliorer les effets d’un traitement médicamenteux. 

 

Tous les sports peuvent-ils être pratiqués?

Il existe deux courants de pensée. Certains vont vous dire que tel sport est formellement interdit, d’autres diront que chaque discipline peut être adaptée. Personnellement je me situe plutôt dans  la deuxième catégorie.  Par exemple le judo fait en général partie des activités à prescrire.  Or on peut dire à une femme judoka « Tu fais ce que tu veux au premier trimestre et après tu adaptes ton activité sous forme de tais qui est la forme adaptée du judo pour les femmes âgées, malades. »  Cela lui permet de monter sur le tatamis, de mettre son kimono, de rester dans son club et de ne pas se sentir exclue.  En revanche, dans certains cas, il peut y avoir des disciplines auxquelles il est préférable de renoncer. Ainsi une femme qui n’est pas sportive du tout qui viendrait en disant « Je veux faire du cheval pendant ma grossesse », j’aurais tendance à lui dire que ce n’est pas le moment. En revanche, une femme cavalière qui a un bon niveau, qui connaît son cheval, qui est expérimentée c’est différent. C’est vraiment au cas par cas.  Une interdiction formelle et majeure même si certains le réfutent un peu c’est la plongée sous-marine. C’est formellement interdit. Bien sûr, il faut mieux éviter les sports de contact, ou ceux englobant des risques de chute mais encore une fois tout  peut être adapté en fonction des possibilités locales, de l’expérience de la femme. Traditionnellement, on estime qu’au troisième trimestre  on va faire du stretching, des étirements, de la gym douce aquatique etc…

 

Selon vous, il n’y a donc aucun interdit?

Au cas par cas et avec les conditions que j’ai émises, il n’existe  à priori au sein de la population générale aucune contre-indication. Sauf maladie rare comme la maladie des os de verre. Ou si une femme a une rupture prématurée des membranes, ou une épilepsie non contrôlée. Pour une femme qui a des triplés pour l’instant on n’a aucune donnée.

 

La différence entre la sportive de haut niveau et la femme de tous les jours?

C’est un peu plus complexe pour la sportive de haut niveau  dans la mesure où elle peut avoir un objectif de compétition. Elle se retrouve enceinte et se dit « Dans deux mois j’avais prévu telle compétition importante » et elle doit gérer. cette situation. L’optique est totalement différente et la sportive de haut niveau a  l’idée après sa grossesse de  retrouver rapidement le niveau qu’elle avait avant ce qui n’est pas le discours de la femme lambda.

 

Pour une femme sportive, la relation mère enfant est -elle plus développée!

Les femmes actives sont souvent moins anxieuses, ont moins mal au dos, sont un peu moins déprimés. Les études ont montré par exemple qu’il existe une diminution du post partum après la grossesse même si l'on ne connaît pas tout encore. Pour toutes ces raisons effectivement, la relation mère enfant est meilleure.

 

Comment faire pour trouver les mots pour convaincre la femme de faire du sport?

Ce que l’on recommande en tout cas auprès des sages-femmes ou des médecins, c’est de penser à en parler ce qui est rarement le cas.  Mais on ne peut leur jeter la pierre car en consultation pré-natale, il y a beaucoup de choses à dire et le temps est conté. Il faut que le professionnel arrive à anticiper les prétextes pour ne pas bouger.  Pour les patientes déjà actives, on leur propose de continuer avec une activité aménagée.

 

Quel impact ont les relations sexuelles sur la grossesse?

Déjà on pourrait se demander si l’activité sexuelle est une activité physique. Tout dépend de ce que vous faites. Mais l’on sait qu’une activité sexuelle moyenne à courante représente à peu près 5 calories par minute ce qui en terme de dépense énergétique n’est rien du tout.  On sait aussi d’après un certain nombre d’études qu’une activité sexuelle régulière qui satisfait les deux partenaires diminue d’à peu près 2 à 3 fois le risque cardio-vasculaire donc on peut l’encourager. 

 

Au niveau de l’accouchement a t-on des études?

Très peu de choses sur le sujet existent  et l’ on ne sait pas encore si l’activité physique est favorable ou pas.  C’est un moment particulier souvent très privilégié et l’on a un peu de mal à mener des études sur ce court laps de temps. Certaines études disent que l'activité physique diminue les césariennes, d’autres disent que cela n’a pas d’impact. 

 

Normalement si le virus le permet, vous allez organiser un deuxième colloque « Activité physique et grossesse » en mai 2021. En quoi sera-t-il différent du premier? 

L’objectif du premier était de tordre le coup aux idées reçues et là on va entrer dans la pratique à proprement parler. On aura notamment en première partie de matinée quelques intervenants prestigieux pour actualiser les connaissances. Après tout se fera lors  d’ateliers par petits groupes en travaillant sur des sujets précis. Cela s’adresse surtout aux sages-femmes… 

 

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

mercredi, 23 décembre 2020

" Malades de sport"

cancers,bienfaits du sport,témoignagesVincent Guerrier 26 ans a été diagnostiqué en 2016 souffrant d’ un cancer du système lymphatique. Avant même que le diagnostic ne soit posé, il a beaucoup réduit l’activité physique, éprouvé par de lourds effets secondaires. Or à la suite d’une réflexion d’un radiologue qui l’a fait douter de ses capacités physiques futures, il a réagi courageusement en reprenant  la course à pied encouragé par sa compagne Léa Dall ‘ Aglio.  Il est même allé jusqu’à faire un marathon et a pu constater combien le sport lui était bénéfique pour mieux appréhender son cancer. Voulant alors témoigner de cette réalité pas encore suffisamment connue, il a avec sa compagne créé un site, un documentaire sur France III Normandie. et un livre, les trois intitulés «  Malades de sport »…

 

Lorsque l’on vous a diagnostiqué ce cancer du système lymphatique où en étiez-vous sur le plan sportif? 

Vincent :  A l’époque, je faisais beaucoup de vélo, mais j’avais un petit peu arrêté de pratiquer depuis les premiers symptômes de la maladie encore inconnue à ce moment là. Notamment de fortes démangeaisons nocturnes  et un essoufflement qui me limitaient un peu sur le plan corporel. C’était une fatigue assez chronique et c’est la réflexion d’un radiologue qui a engendré ma reprise du sport. Il m’avait dit sur un ton assez léger que les rayons pouvaient tuer des cellules au niveau des poumons et réduire mes capacités pulmonaires m’empêchant par la suite de courir un marathon.  Assez désemparé, j’en ai parlé à ma compagne qui a eu le bon réflexe de ne pas prendre cette nouvelle comme une fatalité et qui m ‘a proposé que l’on s’entraîne ensemble dans le but de courir un marathon. J’ai donc  repris la course à pied avec elle pratiquement à zéro assez vite après le début des traitements. Sur la balance avant d’attaquer les traitements, je pesais 6 à 7 kg de moins que d’habitude ayant perdu une grande partie de mes muscles… 

 

Comment s’est passée cette reprise de la course à pied ?

Léa:  L’on se savait pas du tout comment Vincent allait réagir avec la fatigue de la chimiothérapie et l’on a recommencé très progressivement.  Nous avons toujours couru ensemble afin que si un effet secondaire important se produisait, je serai là pour réagir  et appeler les secours si besoin.  Or, même si Vincent était dans un état un peu limité, aucun incident n’est survenu. On s’est même aperçu que plus vite il courait après sa chimie, plus les effets secondaires se dissipaient…Nauséés, fatigue écrasante. Et près 20 mn d’effort, il se sentait mieux immédiatement… Quand l’on s’est rendu compte de cela, on a cherché à comprendre pourquoi et l’on a découvert les études existantes sur le sujet depuis les années 1980 et montrant les bienfaits de l’activité physique sur les cancers. En fait, le sport est le seul médicament qui lutte contre la fatigue induite au traitement et à la maladie elle-même. Aucune molécule chimique n’existe pour lutter contre cet épuisement. 

 

Pourriez-vous parler des effets du sport sur votre état ?

Vincent :  Je comparais l’effet des chimiothérapies à une gueule de bois qui durait plusieurs jours. J’étais un peu apathique et le fait de faire assez régulièrement de la course à pied diminuait cette impression. Je mettais un petit peu moins de temps à m’en remettre qu’au début. Souvent deux jours après, j’étais revenu à un état pour ainsi dire normal au niveau de la fatigue. Je ne passais plus une après-midi au lit…  Six mois après la reprise, j’étais en bien meilleure condition physique qu’au début et supportais beaucoup mieux les traitements.  Le sport m’aidait aussi à me sentir mieux psychologiquement.  J’ai fait quelques séances en groupe avec d’autres personnes  ce qui me permettait ainsi de maintenir un lien avec le collectif, avec la société.  J’étais complètement en arrêt maladie, seul à la maison et je planifiais une petite séance plusieurs fois par semaine pour ne pas être totalement coupé du reste du monde… 

 

En tant qu’aidante cela s’est-il bien passé? 

Léa : On s’occupe surtout du malade et l’aidant est souvent délaissé ou mal conseillé.  Dès que l’on a eu le diagnostic et que l’on a commencé à faire des allers-retours à l’hôpital pour faire des examens , tout mon entourage me disait de ne surtout pas pleurer devant Vincent , de ne pas craquer. On m’a mis une pression énorme, et le fait que l’on m’ait conseillée de ne rien montrer de mes sentiments  a été extrêmement difficile à vivre. Je m’interdisais de « craquer », et parfois je sortais en pleine nuit pour téléphoner à mes parents et pleurer au téléphone. Jusqu’au jour où une infirmière a demandé à  Vincent comment il allait  et s’est ensuite tournée vers moi, me demandant la même chose. C’était la première fois que l’on me posait cette question depuis le diagnostic et je n’ai pas pu me retenir; j’ai fondu en larmes. Vincent s’est alors rendu compte que je n’allais pas bien et il m’a dit «  Je veux que tu pleures devant moi . Je veux m’occuper de toi également, tu as aussi le droit de ne pas être bien. Je trouvais ce soutien à double sens essentiel dans notre relation malade aidante. 

 

Vous dites que le corps s’habitue vite à l’inactivité!

Vincent :Oui, et moins on en fait, plus l’on se dit que cela va être difficile de reprendre et douloureux pour le corps. Une fois que l’on est déconditionné, c’est très difficile de reprendre. Au contraire quand on éprouve des bénéfices , quand on se sent mieux dans ses baskets et dans sa tête, il existe une sorte de culpabilité positive de ne pas en faire . Cela devient une drogue très saine où l’on s’impose de sortir pour son propre bien-être. C’est un jeu de spirale où il faut garder un équilibre…

 

Vous avez du aussi lutter contre les a priori des parents concernant l’activité physique!

Vincent : Oui, c’est vrai. Pour les parents de Léa je ne sais pas, mais les miens étaient effectivement un petit peu sur le frein à main en disant «  Attention, n’en fais pas trop, repose-toi.  C’était un peu le poncif de dire «  Tu es malade, il faut que tu te ménages et que tu restes au lit. Ils savaient que j’étais de nature assez active et avaient peur que je fasse des bêtises et qu’éventuellement je fasse un malaise. Une crainte de parents non objective.  Le frein que l’on met aux malades, c’est souvent l’entourage proche qui le provoque . L’on incite trop la personne à faire très attention et cet excès de prudence en devient délétère. . Or l’on sait maintenant  que rester inactif et trop sédentaire provoque des maladies chroniques et ne fait qu’accentuer les effets secondaires des traitements. C’est vraiment la chose à ne pas faire, et il faut le faire rentrer dans les moeurs. Cela  prend du temps, mais les choses bougent à ce niveau là…

 

Les médecins étaient au courant de votre activité physique?

Léa : Oui, ils ont  même dit à Vincent qu’il faudrait faire une étude sur lui car ils étaient assez stupéfaits de voir que courir lui faisait autant de bien. Qu’il a pu faire un marathon malgré son cancer. C’est une petite fierté pour nous car au début c’était un médecin sceptique. Il nous a même avoué que c’était grâce à nous qu’il avait fait embaucher au centre du service d’hématologie du CHU des Caen une enseignante en activité physique venant donner des séance directement dans les chambres du patient en s’adaptant complètement à l’état de la personne…

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Vous expliquez qu’au delà d’un certain nombre d’heures de sport, il n’existe plus de dose réponse!

Vincent : Oui, on compare vraiment le sport à un médicament dans le sens où il y a un dosage à respecter, une posologie. Selon l’OMS Il faut faire au moins 30 mn d’activité physique modérée à intense ou 150 minutes 3 fois par jour.  Les études montrent que les effets bénéfiques ont une limite et qu’au bout de 300 mn, les effets s’amenuisent. Ce n’est pas exponentiel. Même si l’on en fait quatre heures par jour, on n'aura pas quatre fois plus de bénéfices que quelqu’un qui n’en fait qu’une heure. Au contraire, si l’on en fait trop l’ on peut avoir des blessures ou autre effets néfastes. C’est comme tout, il faut trouver un juste équilibre… 

 

Malgré le fait que vous ayez fait du sport, vous avez fait une rechute!

Vincent : Oui. Même si les études démontrent que les patients souffrant de cancers les plus fréquents ( sein, colon, endomètre, prostate) les plus actifs ont 30 à 40% de baisse de récidive, cela reste de la statistique et le sport n’est pas non plus un remède miracle. Même quelqu’un de très sportif qui ne boit pas, ne fume pas et qui se nourrit bien peut quand même faire une rechute.  A ce moment là, j’ai été soigné uniquement par rayons et j’ai eu une auto-greffe (un prélèvement avec une souche qu’il faut réintégrer après une séance en chambre stérile à l’hôpital pour rebooster les défenses immunitaires). Avec ce principe d’auto-greffe, je ne devrais plus avoir de problème. J’ai du rester un long moment alité, mais j’avais demandé que l’on m’apporte un vélo d’appartement. Trois semaines au lit c’est vraiment délétère, et j’avais très envie de rester un minimum actif. Je faisais à peu près 3/4 d’heure, une heure de vélo tous les jours même la première semaine où j’avais de grosses chimiothérapies. C’était assez dur physiquement de s’y mettre mais je ressentais réellement  un effet immédiat sur la fatigue.  Les jours où je n’en ai pas fait à cause d’une trop grosse fatigue, j’étais assez mal. Le fait de bouger me donnait l’impression de rester maître de la situation…

 

Où en êtes-vous actuellement?

Vincent : Je suis en rémission depuis 2 ans et demi maintenant et pour l’instant tout va bien. J'ai retrouvé des capacités tout à fait normales. Sans aucun signe de rechute . Léa et moi avons voulu parler au maximum de ces bénéfices du sport  à l’aide d’ un site, d’un documentaire et d’un livre.  C’est vraiment une thématique qui prend de plus en plus  de place au sein de la société. Maintenant dans chaque centre anti-cancer, il existe un enseignant en activité physique adaptée.  Dans les 10, 15 ans à venir, quelqu’un de malade passera très probablement par un programme sportif. Ce qui implique moins de dépense en terme de médicaments et moins de rechute éventuelle, ce qui permettrait à la Sécurité sociale de faire des économies.  C’est en tout cas ce pourquoi l’on milite… 

 

Vous avez d’abord lancé en septembre 2017 le site «  Malades de sport ». Puis un documentaire. Pourriez-vous en parler?

Léa : Au départ, ce que l’on voulait c’était réaliser un documentaire pour la télévision car c’était pour nous la meilleure manière de toucher le plus grand monde possible.  Dans ce but, nous avons rencontré des  chercheurs, médecins, patients et toutes les informations que nous avons recueillies n’ont pu être diffusées lors de ce documentaire. Ainsi avons-nous eu l’idée de créer un site avec des interviews de spécialistes, des reportages sur des structures développant des initiatives sur l’activité physique adaptée.  On suit aussi l’activité législative en essayant de donner une parole toujours précise et en faisant comprendre qu’il ne faut pas nécessairement être un grand sportif pour faire de l’activité physique adaptée. Que celle-ci repose d’abord sur de toutes petites choses comme par exemple jardiner ou marcher. … Concernant le documentaire, c’est un défi que l’on a lancé à des personnes souffrant de cancers  rencontrées grâce à notre réseau local comme par exemple participer à la course «  Les courants de la liberté » un week-end d’épreuve de course à pied qui a lieu chaque année à Caen en juin.  Ainsi Fred ultra-traiter  émérite,  a repris la course à pied grâce au documentaire après en avoir fait pendant plusieurs années. Pour Magali qui n’avait jamais fait de sport de sa vie l’objectif était de réussir une marche de 6km.  

 

Vincent : Réussir ce pari a permis à Magali d’avoir une meilleure qualité de vie et de mieux vivre son cancer. Dans le documentaire, on le voit, elle a maintenant une vie entre ses rendez-vous de chimiothérapie  pratiquement normale et elle arrive à rester active. Des réactions diverses? On reçoit régulièrement des témoignages de personnes qui parlent de situations similaires. D’autres nous demandent comment ils peuvent pratiquer près de chez eux, et ont besoin d’être un peu orientés. Et puis avec le livre, on a eu un assez bon retour des médias qui n’avaient pas trop l’habitude de l’activité physique adaptée. Le métier d’enseignant d’activité physique est nouveau, et c’est pratiquement une découverte au sein de la société.  Cet accueil des médias a permis de mettre en lumière cette thématique là… Un médecin au CHU de Caen que l’on voit dans le film montre beaucoup notre reportage à ses patients et étudiants.  Et les patients disent se retrouver complètement  au niveau sensations et bénéfices sur les effets secondaires.  Ce film est devenu un support pédagogique  dans l’enseignement pour l’instant à petite échelle mais nous espérons une diffusion plus importante dans l’avenir…   

 

Le livre est un sorte d’enquête montrant les diverses études scientifiques sur le sujet et montre que de nombreuses initiatives naissent de plus en plus mais qu’il reste encore beaucoup de choses à faire!

Léa : Oui, on évoque les nombreux freins comme la loi du sport sur ordonnance qui n’est pas financée et le fait que de nombreux médecins ne savent pas bien comment orienter leurs patients. C’est un plaidoyer et ce que l’on veut c’est que le plus grand nombre soit au courant des bienfaits du sport dans le traitement des cancers, et qu’à terme l’activité physique soit systématiquement proposée dès le diagnostic de cancer. On pourrait même dire au moment des recherches d’avant précédant le diagnostic. C’est ce que l’on appelle la préhabilitation : préparer le patient à d’éventuels futurs traitements comme on prépare un athlète de haut niveau à une compétition. Le préparer mentalement, au niveau de son alimentation et au niveau physique afin qu’il soit prêt à recevoir de lourds traitements.  Après si les malades  ne font pas d’activité physique c’est leur choix et cela n’appartient qu’à eux. 

 

Vincent : Un des freins principaux ce sont vraiment les médecins traitants au niveau législatif qui sont les seuls à pouvoir prescrire le sport sur ordonnance... C’est possible maintenant depuis 2016 pour les maladies chroniques et cela concerne 20 millions de français.  Ce qui ressort aussi dans le livre c’est qu’il n’y a aucun bloc d’enseignement pour les futurs médecins. C’est abordé au fil de l’eau en fonction des spécialités d’une manière très succincte . Mais à priori, cela devrait bouger. C’est un peu un paradoxe d’avoir tant d’études qui démontrent les bienfaits du sport et de voir que les médecins même s’il y en a de moins en moins ne sont pas toujours au fait de cette thématique là. La preuve c’est que nous n’étions pas au courant avant de l’avoir testé par nous-même.  On se rend compte que c’est vraiment la société civile, les associations, les enseignants et les professionnels du monde du sport et de la santé qui portent vraiment cette thématique sur le terrain et assez peu les institutionnels ( médecins, comités olympiques… )…  Ce sont surtout les initiatives individuelles qui permettent que le sport sur ordonnance existe. 

 

Vous citez la Suède comme un pays exemplaire!

Vincent : Oui, les pays scandinaves sont assez développés dans la prévention primaire des maladies et dans l’activité physique grand public. Ils savent bien s’y prendre pour que la population quelle que soit son âge bouge, particulièrement chez les scolaires. L'on trouve notamment beaucoup de pistes cyclables. Concernant la recherche, les Canadiens sont bien avance sur nous. En revanche, point où la France est devenue une référence selon les chercheurs que l’on a interrogés c’est la mise en pratique pour les malades à l’hôpital. On est devenu très fort  en France ces dernières années pour installer des programmes dans les centres anti-cancer. Mais ce sont fréquemment  des programmes difficiles à pérenniser car ils sont la plupart du temps financés par des associations disposant de petits budgets. Mais de plus en plus de gens s’en occupent actuellement…

 

Agnès Figueras-Lenattier 

 

 

mardi, 17 novembre 2020

Fabienne Delacroix

peintre,art naïf,interviewFabienne Delacroix est la fille du peintre naïf Michel Delacroix et a repris le flambeau en trouvant sa voie avec selon les dires un brin de féminité en plus.  C'est une peintre émérite de la Belle époque, illustratrice, représentant des scènes de la vie parisienne ou campagnarde, les bords de mer, les châteaux de la Loire.  Elle a peint des séries comme les 24 vues de La Tour Eiffel, et a représenté les quatre saisons de Notre Dame de Paris.  Dotée d’un grand coeur,  contribuer à la collecte de fonds au profit de grandes causes a beaucoup de sens pour elle». Elle a par exemple soutenu l’action  contre le sida en partenariat avec l’AMFAR (American Foundation for Aide research) et la recherche contre le cancer en partenariat avec les joueurs de hockey de la NHL (National Hockey League… ). Ce qui a lui a donné l’occasion de rencontrer la famille Kennedy et Arnold Schwarzenegger. Possédant plusieurs cordes à son arc, elle a également un passé dans le domaine du théâtre et de l’adaptation de grandes oeuvres littéraires.  Elle a été présidente de plusieurs compagnies de théâtre, a collaboré à de nombreux spectacles à Paris et en province et à Madagascar où elle a habité de 2005 à 2014, elle a également été très présente théâtralement avec la création de la Compagnie Arts and Events et l’organisation de nombreux spectacles pour enfants et adultes…

 

C’est votre père peintre reconnu qui vous a initié à la peinture? 

Plus ou moins mais avec beaucoup de liberté. Je n’ai fait aucune école et suis complètement autodidacte.  Je me raccroche souvent à l’école des naïfs,  avec toutefois de petites nuances car l’on m’a qualifiée de « naïf raffiné « . En effet, la peinture naïve ignore la lumière, la perspective  et tout un tas de règles qui constituent l’art de peindre..  J’aime bien le terme «  figuratif poétique » …J’aime énormément cette idée de rêve, c’est d’ailleurs une époque un peu rêvée même si je n’ai évidemment pas de souvenirs. Je dis souvent que je rêve pour les autres… 

 

Pourriez-vous parler de votre manière de peindre?

C’est difficile d’expliquer, c’est un grand mystère d’inspiration.  Bien sûr je suis influencée par mes lectures, sur ce que je peux faire et puis l’inspiration vient  naturellement Je travaille avec des pinceaux très fins pour aller dans le détail.  J’ai peint à l’huile, mais pour des raisons d’odeurs très fortes;  j’ai basculé vers l’acrylique.  Cela sent très mauvais, et un jour j’ai été chez mon dentiste qui m’a dit «  Vous avez bu du white spirit ou quoi?  Je me suis rendue compte que j’inhalais cela à haute dose. Avec l’acrylique, l’on arrive maintenant à avoir un peu de matière ce qui n’était pas le cas il y a 30 ans. On ne trouvait pas toutes les nuances. Il n’y a aucune odeur et le séchage est instantané. Il m’arrive d’écouter des livres audio quand je peins notamment ayant rapport au sujet que je traite de manière picturale.  Par exemple, j’ai réalisé un triptyque, trois toiles qui communiquent entre elles autour du grand magasin «  Le Printemps » et j’ai réécouté «  Le bonheur des dames » de Zola . J’ai fait une affiche pour Annie Vergne directrice du théâtre du Guichet Montparnasse en liaison avec  son adaptation d’ » Une vie » de Maupassant, et j’ai réécouté l’histoire.  J’écoute aussi de la philosophie. et suis une philosophe de la joie… Spinoza et Montaigne par exemple sont des amis même si je n’ai pas forcément toutes les capacités intellectuelles et la patience de lire «  L’ »Ethique » . Quant à Montaigne  c’est un personnage si humain. Il existe des versions magnifiques comme l’enregistrement des essais de Montaigne par Michel Picolli.  Je suis dans la philosophie toute la journée et m’intéresse aussi à la littérature et à l’histoire. 

 

Est-ce vital pour vous de peindre?

Oui et quand je ne peins pas, cela me manque. J’en ai besoin; c’est ma vie et je suis heureuse car je fais vraiment ce que j’aime. Je suis comblée par mon travail et mes trois enfants.  Désirer ce que l’on a c’est cela le bonheur. Je suis complètement ailleurs, et il m’arrive de ne pas sortir pendant plusieurs jours. C’est mon petit chien en fait qui me force à sortir…  C’est tellement calme, j’ai la lumière, les plantes. Cela fait 25 ans que j’ai cet atelier et jamais je ne m’en séparerai.  Je me sens chez moi. Dans mes tableaux, ce que je cherche à faire ressortir, c’est la joie. Ma manière de peindre est tellement instantanée; rien ne transparaît à part  la joie. C’est d’ailleurs le retour que l’on me fait. Mes clients me disent qu’ils ont un rapport amical avec mes tableaux, que des fenêtres s’ouvrent qui les rendent joyeux et leur procurent du bien-être. Pour moi, ma mission est accomplie et contrairement à beaucoup de peintres, je n’ai aucune ambition particulière et ne cherche aucunement à faire passer des émotions ou des messages. Ma seule crainte c’est de ne plus pouvoir peindre. Quand j’étais plus jeune, j’ai eu des périodes où je n’arrivais jamais à rien. J’avais la toile blanche.  Il faut de la patience et de l’assiduité et je travaille tout le temps.  

 

Au niveau des couleurs vous avez forcément des préférences!

Oui, et je dois un peu me forcer à mettre du bleu. C’est un peu étrange d’ailleurs car c’est une couleur magnifique. Tout le monde aime le bleu, c’est le ciel, c’est l’infini. Quand on lit «  Le dictionnaire amoureux » de Michel Pastoureau, le bleu représente la couleur de l’infini.  Mes bleus sont plutôt pâles, je ne vais pas dans du cobalt, mais j’aime le ciel, la mer. Sinon je travaille toutes les couleurs, même si je ne suis pas dans les couleurs pop comme le violet. Mais c’est parfois amusant  de mettre un petit grain de folie. Une petite touche de couleur qui va faire toute la toile finalement dans un univers très uniforme. 

 

La musique vous inspire t-elle?

Mon rapport à la musique est totalement déconstruit et c’est l’art qui me donne le plus d’émotions soit dans les pleurs, soit dans l’allégresse.  En ce moment, vu mon état psychique personnel , la musique me fait trop d’effet et je n’arrive plus pour l’instant à en écouter. Je suis une modeste pianiste et j’ai quand même rapporté mon piano de Madagascar sur un bateau. Mais là aussi, je suis incapable de jouer en ce moment. 

 

Comment cela se passe t-il côté exposition?

J’expose environ 1fois par an et à chaque exposition,  c’est comme si je passais mon bac.. Je mets tout sur la table, et c’est ma seule source de revenus. Imaginez donc si mes tableaux ne se vendent pas…  Après cette exposition annuelle qui dure un mois,  je participe à une exposition collective.  Lors de mes expositions j’ai carte blanche mais les galeries aiment bien que je présente quelques vues de Boston ou de New York.  Maintenant que j’ai pris l’habitue de le faire; je le fais volontiers. A Boston et New York, j’ai une chance extraordinaire car là ou j’expose, ce sont des galeries magnifiques placées sur West Broadway, un emplacement de rêve. 

 

L’art naïf ne plait pas en France?

Je ne sais pas. Je pense que les Américains achètent avec leur coeur, alors qu’en France souvent on achète beaucoup avec ses oreilles. Il faut être simple et retrouver une âme d’enfant pour aimer l’art naïf.  Ce n’est pas une démarche forcément naturelle en France. J ’ai fait signe aux musées d’art naïf français notamment celui de Nice le musée Jacovsky. Mais ça ne s’est pas concrétisé pour l’instant. Nul n’est prophète en son pays; ce n’est pas très grave. 

Et en Europe? Je pense qu’il existe des possibilités en Allemagne et en Suisse. Aussi beaucoup en Europe de l’Est, c’est pour cela que je suis au musée en Bulgarie le Musée d’art naïf et intuitif à Belogradchik avec quatre toiles. Je fais partie de la collection permanente du Musée. 

 

Et au Canada?

Il y a un beau musée d’art naïf à Magog au Québec  (Mian Musée international d’Art Naïf), et j’en fais aussi partie avec deux toiles. Le directeur du Musée est très gentil avec moi et il est  d’ailleurs cité dans l'un de mes catalogues d'exposition.. «  Paris, jours heureux » C’est lui qui m’a qualifiée de » naïf évoluée » car il se demandait si en présence de mon oeuvre on était encore  dans l’ art naïf. Je suis un peu à la frontière de la peinture figurative traditionnelle et de l’art naïf. Il existe aussi une belle école d’art naïf canadienne par exemple. 

 

Vos influences?

Séraphine, le douanier Rousseau auquel on ne peut être indifférent, Henri Rivière qui était assez proche des estampes japonaises que j’aime aussi beaucoup, . Puis Bruegel, et les impressionnistes évidemment puisque c’est ma période, même si ma patte n’est pas du tout impressionnistes. On peut voir dans la manière dont je traite l’eau un peu de pointillisme. Personne n’échappe aux influences, on n’est que le produit de son passé, de son histoire  et des événements  auxquels on a été exposés. 

 

Vous avez sorti en 2018, un livre  édité chez Hervé Chopin  «  Paris, jours heureux ». Cet éditeur est-il de la famille du musicien. Et vous qui portez le nom de Delacroix êtes-vous de la famille d’Eugène Delacroix?

Non, Hervé Chopin n’a rien à voir avec le musicien. En ce qui concerne notre famille, , nous ne savons pas vraiment si nous sommes de la même famille qu’Eugène Delacroix. mais c’est possible. Comme il n’a pas eu d’enfants, c’est difficile de savoir.  Ce livre sur Paris est à la fois en français et en anglais. Cela me rend bien service et  me permet de vendre aux Etats-Unis.  J’ai aussi illustré  chez le même éditeur «  Les malheurs de Sophie » . C’est Sophie de Ségur arrière, arrière, arrière petite fille de la comtesse qui a signé la préface du livre. Ce qui donne donc Ségur, Chopin, Delacroix!… Quand j’étais enfant, je n’avais pas été particulièrement sensible à l’histoire des malheurs de Sophie mais plus récemment la rencontre avec la comtesse de Ségur a été comme une révélation. En tant que femme je me suis sentie finalement assez proche d’elle notamment lorsque je me suis rendue au musée de la comtesse. Elle a commencé à écrire à peu près à l’ âge que j’ai maintenant . Je vais vous confier quelque chose qui me tient à coeur. Concernant cette collection sur les malheurs de Sophie j’avais une trentaine de peintures et je ne savais pas quoi en faire. Les responsables du musée les ont gardés et je devais les exposer mais la Covid est arrivé et le musée a fermé. Ne voulant pas les vendre pièce par pièce, j’ai eu l’idée de faire une vente au profit de Madagascar où j’ai passé de longues années. L’argent récolté serait destiné à construire une petite école qui s’appellerait «  L’école de la comtesse de Ségur ».  Il me faudrait trouver un partenaire; j’ai deux ans pour ce projet; c’est le timing que je me suis fixée. J’ai des pistes de galeries, de ventes aux enchères.  C’est un projet qui me tient à coeur; c’est tellement pauvre là-bas.  Mais malgré le dénuement total, la joie est de mise . C’est  tellement différent de chez nous et de notre société de consommation.  C’est une belle leçon de vie et j’espère que ce projet verra le jour. Je compte retourner à Madagascar dans deux ans. Là-bas, il y a des gens que j’aime beaucoup, des gens très simples et pour mes 50 ans, je veux y retourner.   C’est le cadeau que je veux me faire...

 

y a t-il un écrivain que vous aimeriez illustrer?

Mon rêve est d’illustrer Marcel Pagnol qui est un amour de toujours et même si ça ne s’est pas encore réalisé, mon éditeur est tout à fait partant. J’ai même été en contact avec Nicolas Pagnol son petit fils, mais la famille a sa propre maison d’édition avec différentes versions.  J’espère vivement que ça se fera. . Au bout de 70 ans, cela tombe dans le domaine public et je ne quitterai pas ce monde sans avoir illustré Pagnol. Je suis née en 1972, il est mort en 73 ou 74 et j’attendrai 70 ans!…C’est un univers fait pour moi… Une différence entre la peinture et l’illustration? Pour moi c’est similaire même si parfois je me demande si je ne vais pas davantage du côté de l’illustration ou si je reste du côté de la peinture.  Je n’ai pas poussé intégralement la réflexion, mais parfois je suis entre les deux. Ça me va bien.

 

Il y a aussi les illustrations avec le chocolat de poche, les puzzles!

 Je fais ces projets surtout pour les rencontres même si l’on a tous besoin de sécurité et avec la Covid je diversifie. La peinture c’est très solitaire er rencontrer des gens est important pour moi. C’est enrichissant, et ça crée une émulation. Quand je travaille sur des projets collectifs, je travaille vraiment bien; ça me stimule. 

 

Le chocolat de poche est une histoire d’amitié!

Oui c’est un peu mon défaut , et je travaille  toujours ainsi.  J ’ai eu un coup de coeur pour le produit. Je trouvais ce chocolat  délicieux, et aimait la poésie qui en  émanait. J’aime beaucoup aller chercher des extraits pour illustrer des peintures; ça m’a emballée. Le créateur explique que tout le monde lui piquait ses tablettes, du coup il a eu l’idée de les cacher dans sa bibliothèque et s’est alors lancé dans la conception de tablettes dont l’emballage imite la couverture de livres. Ce sont des tablettes de chocolat qui se dévorent comme un livre, avec un pur beurre de cacao, sans OGM ni graisses hydrogénées. Il existe aussi une transmission de savoir en matière de gastronomie, d’art et de littérature. Le fondateur est  un grand passionné d’art, de littérature, de peinture qui a fait une reconversion. Il vient du milieu de la banque; il a pris les chemins de traverse et l’on s’entend très bien . On collabore régulièrement sur de nouvelles tablettes et puis on se stimule intellectuellement. Et c’est formidable.

 

Les puzzles

C’est une autre société située dans le 14ème arrondissement. «  Les puzzles Michèle Wilson ».   On a commencé avec deux sujets, c’est tout récent :  le château d’Azay-Le- Rideau et le Moulin Rouge. J e m’interroge parfois sur la valeur de mon travail : Est-ce que l’image est bien respectée, pas trop  banalisée? A partir du moment où le produit est un travail d’art en lui-même, c’est juste une chance de faire cela…

 

Vous avez aussi une carrière interessante dans le théâtre. Comment avez-vous débuté dans ce domaine?

Le théâtre a toujours été ma grande passion et monter des pièces que j'inventais, lorsque j'étais enfant constituait mon jeu préféré. Je tendais un rideau à un fil, quelques éléments de décor que je peignais et tout pouvait commencer. N'ayant  pas du tout le don du jeu. je laissais mes camarades jouer et préférais diriger… Puis à l'âge adulte le destin a provoqué de belles rencontres au sein de ce milieu. Je me suis formée sur le terrain comme c'est souvent le cas en étant assistante.

 

Votre séjour à Madagascar a favorisé cet amour du théâtre!

Oui, c’est là que  j'ai commencé "à voler de mes propres ailes" passant de l'écriture à la mise en scène. Rapidement les choses ont pris de l'ampleur grâce à un partenariat avec l'Institut Français. Je me suis tournée vers l’adaptation, car écrire pour le théâtre est un long travail qui suppose  une maturité que je n'avais pas et n’ai toujours pas.  Mais c'est une très belle aventure que de rentrer dans une œuvre de cette manière. Un mariage entre esprits avec l'auteur peut presque se mettre en place. Celui-ci  devient un grand ami, le compagnon de projet, on peut même dire de vie, au moins le temps de l'écriture. Et lorsque l’on est en expatriation, dans une culture toute autre, cela fait énormément de bien. Ce qui me tient le plus à cœur dans l'adaptation c'est la fidélité au texte.

 

Voyez-vous une ressemblance entre le théâtre et la peinture?  

Le théâtre est une peinture vivante. Un tableau qui se met en mouvement. Ce sont les mêmes ressorts créatifs qui sont à l'œuvre, la magie s'opère de la même manière. Dans un cas on passe du blanc de la toile à la couleur, dans l'autre du noir à lumière, mais c'est la même émotion de la création.

 

Que devient votre rapport au théâtre depuis que vous êtes revenue à Paris?

J’étais très abattue moralement suite à un drame personnel lorsque je suis revenue à Paris. Il fallait en plus que je me réhabitue à la vie en France après presque 10 ans à l'étranger et que je relève bien des défis. Mes contacts avaient poursuivi leur chemin, tout est en somme à recommencer. J’en ai alors surtout profité pour aller au théâtre selon mes envies, cela m'avait tellement fait défaut. Des rencontres ont eu lieu à nouveau comme cette belle amitié qui est née avec Annie Vergne directrice du Guichet Montparnasse. Les projets sont comme les désirs, ils existent toujours, notamment autour de Balzac et de Maupassant. Le contexte sanitaire va forcément les ralentir. Mais j’espère vivement remettre un pied dans le milieu du théâtre et peut-être faire encore plus se correspondre  les deux univers en  instaurant les toiles sur scène, à moins que ce ne soit la scène dans les toiles. 

Agnès Figueras-Lenattier

dimanche, 08 novembre 2020

Thierry Sajat

interview,poète,éditionThierry Sajat qui travaille au Ministère de l’Intérieur préside l'Académie de la poésie française depuis qu’il s’est installé à Paris .…Ayant écrit son premier poème à l'âge de 15 ans, il a publié de nombreux recueils et a obtenu plusieurs prix. Egalement éditeur et responsable de deux revues de poésie, c’est un homme passionné et généreux qui n’hésite pas à s’investir à fond dans ce qu’il fait…

 

En tant qu'amoureux des livres quel est le premier qui vous a marqué et quel âge aviez-vous?
Ce sont les deux premiers livres que l'on m'a offerts car avant je ne lisais pas. C'était Hervé Bazin avec " Vipère au poing" et " Lève-toi et marche". J'ai beaucoup aimé les deux , et par la suite je me suis mis à lire sans m'arrêter… J'avais 9,10 ans.


Vous avez écrit votre premier recueil à 19 ans, et votre premier contact avec un éditeur a été un échec!
Oui, je me suis fait escroquer , mais c'est un mal pour un bien car à partir de ce moment là, j'ai décidé d'être mon propre éditeur. Mais les débuts furent épineux et réalisés de manière artisanale. Je collais moi-même les ouvrages, les cousais. J'ai commencé par le faire pour moi, puis j'ai aidé un ami à faire son premier livre. Ensuite, d'autres personnes sont arrivées chez moi, et le côté artisanal a peu à peu disparu, le professionnalisme prenant le dessus. J'ai longtemps cherché un imprimeur compétent car les livres se décollaient, et je n'étais pas très content. C'est en province que j'ai trouvé.


Tous vos propres recueils sont donc publiés au sein de votre propre maison d'édition!
Oui, environ 24 ou 25 recueils dont des anthologies. J'en publie régulièrement et j'en ai d'ailleurs une en préparation sur Montmartre. C'est un bouquin qui devrait sortir dans deux ans et je recherche des poèmes d'aujourd'hui ainsi que des illustrateurs même si bien sûr nos aînés auront leur place. Quant à ma poésie, elle est classique, rimée…


Et les poèmes extérieurs que vous publiez sont-ils tous rimés?
Je m’occupe de deux revues. L'une « L’Albatros" revue de « l’Académie de la poésie française»  ne contient que des poésies rimées. Avec une poésie néo-classique admettant que certaines règles ne soient pas respectées comme les hiatus et autres. Alors que dans « Le Journal à Sajat » , ma propre revue, tous les styles sont présents. Je suis notamment très sensible à l'assonance lorsque je lis un poème. Je publie aussi parfois des romans, des nouvelles et des livres de photos. Je le fais généralement lorsque je connais l'auteur et ce qu'il fait. Sinon, il faut apprendre à le connaître, bien lire et accepter ou pas…


Pourriez-vous en dire davantage sur ces deux revues
On fête cette année les 70 ans de l'Albatros édité à 140, 150 exemplaires. En dehors des poésies, sont présents des articles sur la poésie en particulier, des critiques de livres. Louis Delorme qui nous a quittés récemment écrivait de magnifiques articles sur la poésie. Parfois également l’on retranscrit une conférence. Ainsi en a t-on par exemple publié une sur François Villon. J'ai également un site où généralement je publie le poème du mois et je cherche d'ailleurs quelqu'un pour s'occuper de ce site. Le journal à Sajat existe depuis 1983,84 et j’en suis au 117ème numéro. A l'époque, je travaillais dans un centre de tri postal et j'avais un collègue poète qui avait créé au sein de ce centre une revue intitulée « L’hippocampe" un très joli nom. Je commençais à correspondre avec des poètes de toute la France et j'avais moi aussi envie de fonder une revue. L'idée de départ c'était de publier sur un papier de journal mais je n'ai jamais réussi à le faire. Je cherchais un nom original et en attendant de le trouver on parlait du Journal à Sajat. C'est finalement resté. On peut dire que le titre comporte une faute mais je ne le considère pas comme tel. C'est juste une liberté.. Le tirage est de 300 exemplaires. avec 180 pages. J'en suis souvent un peu de ma poche mais étant le seul maître à bord, je me moque un peu de perdre de l'argent. Très peu de poèmes de moi se trouvent dans ces deux revues. Je laisse ma place et le fais surtout pour donner une chance à d’ autres.


Qu'est-ce que L'Académie de la poésie française?
C'est l'ancienne Académie des poètes classiques de France qui avait changé de nom avant que je ne la reprenne. Je l’ai reprise comme telle, j’ai juste ouvert au néo-classicisme sans oublier les classiques purs que nous avons toujours avec de très bons poètes classiques. Au début de mon arrivée, plus personne ne venait aux réunions et j'ai voulu essayer de faire venir d'autres personnes. Ce sont d’abord les montmartrois qui sont venus à l'Académie et grâce à eux, d'autres personnes nous ont rejoints. Nous organisons  une conférence d'une heure au café Le François Coppée sur un poète ou parfois sur un auteur tous les deuxièmes mercredis du mois puis nous terminons par une scène ouverte où chacun peut dire un poème. Si jamais nous n'avons pas de conférenciers, la scène ouverte dure deux heures…Il nous arrive aussi de faire une fois par an quand nous le pouvons un petit voyage. L'an passé nous étions allés chez Ronsard et cette année nous avons visité le château de Condé. Nous devions nous arrêter chez La Fontaine mais nous n'avons pas pu. Nous avons d'autres projets comme d’aller à Villequier l'année prochaine chez Victor Hugo. L'adhésion est de 40 euros par an et donne droit à recevoir les quatre numéros de l'Albatros et la possibilité de publier ses poèmes.


Vous faites aussi des rencontres à Montmartre!
Oui, mais cela ne fait pas partie du programme de l'Académie mais des amis de la poésie. Je suis en plus ambassadeur de la république de Montmartre qui s'occupe des vendanges et fait le bien dans la joie. De ce fait, je suis très présent là-bas, environ 2 à 3 fois par semaine. Nous organisons une rencontre de poètes chaque premier jeudi du mois à " La Crémaillère" de 10h à 12h et déjeunons ensemble après. On accueille aussi des chanteurs. Aucune conférence n’a lieu. On est juste tous ensemble, avec une scène ouverte dans un esprit montmartrois. Beaucoup qui viennent pour la première fois ne nous quittent plus ensuite… On veut simplement que ce soit de la poésie française et si c'est écrit dans une autre langue, on demande automatiquement la traduction. A Montmartre nous sommes une quarantaine et au François Coppée aussi.


Vous avez publié des gens comme Ferrat, Nougaro, Duteil
Oui j'ai eu la chance de publier Ferrat dans un numéro spécial sur l'enfance mais pas dans l'Albatros. Jean Ferrat avait écrit " Nul ne guérit de son enfance" et m'a permis de reprendre cette chanson. On a même signé un contrat à O francs car je n'avais pas les moyens de payer les droits d'auteur. Yves Duteil c'était au début quand je commençais. Quant à Nougaro c'était hélas l'année de sa disparition.


D'ailleurs Jean Ferrat a bercé votre enfance!
Ah complètement! Dès que je l’ai entendu chanter, notamment Aragon, ce fut un émerveillement. On ne peut pas être indifférent. Je me souviens aussi de Georges Moustaki, le premier que j'ai entendu. J'avais des professeurs qui nous avaient apporté "« Le métèque". Ah là là j'étais ébahi, déjà j'aimais les mots…


Refusez-vous parfois de publier certains poèmes? Si oui, pourquoi?
Oui, quand la qualité n'est pas vraiment là. Certains poèmes ne veulent rien dire se contentant d’aligner des mots les uns sur les autres. A l'Académie, un Comité de lecture (deux personnes plus moi) sélectionne les poèmes. C'est rare que l'on ne soit pas d'accord sur le choix d'un poème et cela constitue toujours un coup de cœur. Quand un poème n'est pas bon, je suis certain de le retrouver dans ceux qui sont mis de côté. Mais parfois je suis un peu plus tolérant surtout dans ma propre revue. Il arrive que l'on fasse retravailler l'auteur pour le numéro suivant et cela fonctionne très bien. J'ai besoin de regarder la prosodie, mais également l'émotion qui se dégage. Vous avez des poèmes très classiques qui sont très bien écrits mais sans dégager de véritable émotion … Il faut que je sois touché…


Quel est le ou la plus jeune et le ou la plus âgé que vous ayez publié?
La plus jeune il me semble est une jeune fille qui avait 14,15 ans; elle écrivait très bien. J'ai aussi publié des enfants dans ma revue. Quand un enfant m'envoie un poème, je ne dis jamais non. Le plus ancien, il est toujours là, il a 97 ans. Gérard Laglenne un poète très connu à l'Académie. On a des personnes très anciennes comme par exemple la vice-présidente Marie-Thérèse Arnoux 99 ans. On ne la voit pas souvent mais elle vient régulièrement à notre Assemblée générale. L'an dernier, elle nous avait concocté un poème pour ses 100 ans qu'elle n'a pas encore… Il y a je crois à peu près le même nombre d'hommes et de femmes mais je ne fais pas très attention à ce genre de choses. Cela dit, c'est vrai qu'avant la présence féminine était réduite par rapport à celle des hommes…


Voyez-vous une différence entre la poésie féminine et la poésie masculine?
Je n'en vois pas vraiment. Peut-être les thèmes, mais je ne me rends pas réellement compte. Parfois, une femme écrit peut-être avec davantage de finesse. Mais cela dépend surtout de l'émotion de chacun.


Vous êtes aussi membre de jurys de concours!
Plus maintenant, mais j'ai présidé pendant 5 ans un jury important à Maisons Laffite le prix Calliope, nom d'une muse. Je trouve d'ailleurs que trop de prix existent qui ne valent rien et partout où je peux j'écris que la poésie n'a pas de prix. Nous avons un prix au sein de l'Académie que nous décernerons pour la deuxième fois l’année prochaine.


Vous avez eu vous-même des prix notamment le prix Renaissance!
Oui et je le considère comme un vrai prix car c'est un prix que l'on ne demande pas et l'on ne présente rien pour l'avoir. Je vais vous dire pourquoi je suis réticent aux prix quelquefois. J'ai obtenu mon tout premier prix à 19 ans. Or l’on m'a demandé une certaine somme d'argent que j'ai envoyée et j'ai reçu une belle croix de bronze. Etait-ce réellement pour la qualité de ma poésie ou plutôt pour l’argent? Combien j'ai connu d'associations où l'on donnait le prix à la copine, au copain. Je sais que cela existe toujours.


En vous basant sur votre expérience, quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes poètes souhaitant se faire publier?
Faire attention. Lorsque je suis arrivé à Paris à 19 ans, j'ai donc envoyé mon manuscrit à une maison d'édition que je ne nommerai pas et cité sur RTL tous les jours. On me demandait beaucoup d'argent pour me publier mais je n'avais pas les moyens. 6 mois plus tard, on m’a relancé et demandé la moitié de la somme. Je me suis déplacé pour avoir un entretien et l'on m'a affirmé que j'étais un très très bon poète. On me mentait, on évoquait mes grandes capacités, mais ce n'est pas ces qualités là que je rechercherais aujourd'hui dans mes poèmes. Il ne faut pas se faire avoir et il est important de venir à des réunions comme celles que nous organisons le mercredi et le jeudi. Les jeunes poètes peuvent alors nous montrer ce qu'ils font et dans les scènes ouvertes, on se rend bien compte si c'est de la poésie ou pas…

 

Où faut-il aller pour prendre des cours de poésie?
Nous avons quelqu’un au sein de l’association qui s’en occupe en Bourgogne. Personnellement je n'en serais pas capable, il faut pouvoir le faire. Mais avec elle, cela fonctionne très bien et nous allons d'ailleurs la couronner l'année prochaine. C'est comme pour les ateliers d'écriture, il faut vraiment un enseignement de qualité. J'ai parfois participé pour observer ce qu'il se passait et le résultat est parfois très moyen. Si la personne ne sait pas elle-même écrire un joli poème et qu'elle apprend aux autres, c'est un peu étrange. Mais cela existe et n’importe qui peut faire un atelier d'écriture ou apprendre à faire une poésie…


Les français apprécient-ils la poésie à sa juste valeur?
Oui, elle a bien sa place. Ce sont les médias qui ne la mettent pas en valeur. Dernièrement j'étais à Asnières , j'ai rencontré une amie qui habite en Province et nous sommes allés boire un verre dans un café. Un charmant couple était assis à côté de nous et cette amie qui fait partie de l'Académie leur a demandé s'ils aimaient la poésie. Elle avait un poème d'amour à leur dire. Ces jeunes étaient émerveillés. Les enfants aussi adorent la poésie. Un pays où la poésie est bien considérée c'est le Canada. En France, du fait que la presse n’en parle pas, c’est difficile de vendre , et l’on est beaucoup d'auteurs à donner nos livres.


Quels sont vos souhaits?


J'aimerais bien que l'on me propose une conférence sur la poète Marie Noël, et également sur Renée Vivien. Elle était homosexuelle mais quelle plume! De magnifiques poèmes d'amour… J'ai un projet mais je n'en parle pas de manière très précise car j'avais arrêté à cause du confinement. J'aimerais bien reprendre. Ce serait de créer dans un café parisien tout un dimanche une séance de dédicaces d'auteurs ayant publié chez moi uniquement, avec des animations musicales notamment. Si une dizaine d'auteurs venaient ce serait déjà très bien. Ils pourraient faire venir des amis et créer une véritable émulation… Je souhaite continuer car c'est un domaine qui m'est cher. J'aime ce que je fais et l'édition est devenue un plaisir, une passion. On rentre vraiment dans la vie de l'auteur, dans ce qu'il fait. En lisant un poème de cette manière, on discerne des choses que l'on ne verrait pas en étant simple lecteur. C'est merveilleux…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

lundi, 19 octobre 2020

Annie Vergne

La Parure sortie des loges-1.jpgAnnie Vergne

Annie Vergne comédienne, metteur en scène est directrice du théâtre " Le Guichet Montparnasse" depuis 1986. Au sein de ce lieu qu'elle appelle " sa boîte à bijoux", les spectacles ne durent pas plus d'une heure 15 et restent à l'affiche environ 2,3 mois. Il existe les créations de la propre compagnie du Théâtre avec 4 personnes régulières et les spectacles extérieurs provenant de troupes fidèles qui reviennent chaque année. Ecoutons Annie Vergne femme souriante et passionnée nous parler de cet endroit où règne une belle atmosphère…

 

 

Vous êtes directrice du théâtre "Le Guichet Montparnasse depuis 1986. Quelle évolution s'est effectuée depuis toutes ces années?

Chose certaine en tout cas, lorsque nous avons débuté avec Alain Vérane, nous voulions faire du théâtre. Un théâtre qui touche au cœur englobant un jeu naturel afin que le public ressente l'émotion que l'on va lui donner. C'est la raison pour laquelle lorsque l'on observe la salle, on s'aperçoit que l'espace réservé aux acteurs est aussi grand voir plus que l'espace réservé aux spectateurs. Or au départ, c'était une petite scène en fond de salle qui devait faire 1 mètre de large et qui était rehaussée. Des seuls en scène pouvaient se produire mais théâtralisés et il n'était pas question d'en faire un café théâtre très à la mode à l'époque. Notre idée était de découvrir de nouveaux auteurs de talent qui avaient parfois du mal à trouver où s'exprimer et puis de monter également des pièces classiques. Enfin tout le répertoire et toute la création du théâtre. Nous n'avons pas dérogé à cette règle même si des spectacles musicaux sont venus s'ajouter par la suite mais toujours théâtralisés. C'est la base.

 

Sur quels critères choisissiez-vous les spectacles?

Soit sur la lecture d'un texte si c'était une création d'auteurs contemporains, soit d'après des auditions si les auteurs étaient déjà consacrés. Nous parlions avec les metteurs en scène et notre intuition nous guidait aussi. Et petit à petit ce lieu est devenu cette pépinière magique qui est là maintenant, et qui a fait un bon bout de chemin. Elle a trouvé son public de quartier mais est aussi ouverte sur l'extérieur. Actuellement, nous avons d'un côté nos propres spectacles créés par la compagnie du Guichet Montparnasse et de l'autre côté des pièces que nous accueillons…

 

Quels sont les éléments d'un spectacle qui peuvent entraîner une non sélection de votre part?

Par exemple, nous n'acceptons pas la vulgarité. Par contre l'humour oui mais intelligent. C'est assez cosmopolite, et l'on peut recevoir des comédies, des drames, des comédies dramatiques. Mais il faut toujours que ce soit un spectacle qui ait du sens et qui soit vraiment du théâtre.

 

La scène n'est pas très grande ce qui suppose une manière différente de faire du théâtre par rapport à un grand lieu!

C'est vrai et cela tombe très bien car je prône des spectacles où le texte et l'acteur suffisent, un peu à la manière de Jean Vilar. Un rideau noir, un texte, un acteur si les deux sont bons, c'est ça la vraie magie du théâtre. Pas besoin d'avoir dix mille décors; on peut suggérer plus qu'imposer. La part de l'imaginaire reste essentielle au théâtre; c'est le plus important pour moi. En revanche, je trouve que les éclairages constituent de vrais éléments de décors. On peut créer des espaces, des lieux, des modifications de décor grâce à des changements d'éclairage. Ici, on est très bien équipé sur ce plan là…

 

C'est justement ce qui ressort dans " La Parure" une nouvelle de Maupassant que vous avez adaptée et que vous interprétez! Pas de belle robe, pas de beau collier mais on l'imagine bien.

En tout cas c'est ce que l'on a voulu faire avec Isabelle Delage qui a fait la mise en scène. J'aime beaucoup cette nouvelle. Je l'ai lue, relue, et elle m'accompagne depuis toujours. Elle est tellement porteuse d'actualité, c'est l'être et le paraître avec le paraître qui l'emporte sur l'être. Elle se lit en 10 minutes et je l'ai agrandie pour en faire une pièce de théâtre avec des changements de lieux. J'y ai introduit un morceau d'une autre nouvelle de Maupassant qui se trouve dans le même recueil " Le bonheur" pour rendre l'héroïne peut-être plus humaine. Et pour qu'elle se rende compte que l'amour que lui a donné son mari est plus fort que l'argent, que le luxe dont elle a toujours rêvé. J'ai glissé cet extrait à la fin du spectacle, au moment où sa vie bascule, lorsqu'elle et son mari tombent dans la misère. Son mari va tomber très malade et elle va se rendre compte de tout ce qu'il a fait pour elle et de la puissance de son amour…

 

La musique est également présente!

J'ai mis la valse de Vienne de Strauss pour le bal et puis Rachmaninov pour les passages où elle va peiner… Je mets de la musique dans tous mes spectacles. Pour moi, cela fait partie intégrante de la mise en scène; ça donne une ambiance, un univers et ça crée aussi des temps, des moments. Un projecteur qui arrive, une musique dessus, un comédien qui montre une émotion, cet ensemble donne au spectateur une émotion encore plus forte…

 

Lorsque vous avez adapté cette nouvelle, avez-vous pensé à ce qu'aurait pu ressentir Maupassant?

Je pense beaucoup à lui, c'est un auteur que j'aime depuis toujours et j'ai lu beaucoup de choses sur lui. Sachez que c'est mon voisin; il est enterré au cimetière du Montparnasse. Je suis allée lui faire un petit coucou au moment où j'ai commencé l'adaptation. Nous avons échangé quelques mots enfin surtout moi, car il ne m'a pas répondu. Mais je lui ai dit quelles étaient mes intentions et comme il ne me disait pas non, j'ai pensé que c'était sûrement oui.   Là je travaille sur son roman " Une vie". Après avoir élargi une nouvelle ( La parure) , je vais réduire un roman… J'ai commencé à travailler la mise en scène, le texte sur plateau et je me dis c'est merveilleux comme il comprend les femmes.

 

Vous jouez aussi le personnage d'Olympe de Gouges!

J'ai écrit la pièce à 4 mains avec Clarissa Palmer qui a soutenu une thèse sur elle et je souhaitais vraiment la faire connaître. Elle est un peu moins méconnue, mais on ne la connaît pas encore vraiment bien. Elle mérite qu'on la découvre et que l'on reconnaisse tout ce qu'elle a fait pour les femmes. C'était une féministe doublée d'une humaniste. Elle s'est entres autres battue pour que les femmes puissent accoucher sans être avec les lépreux et a demandé qu'elles ne soient plus laissées sans rien. Il fallait que le mari ayant abandonnée sa femme assure avec les enfants, et qu'elle ne se retrouve pas dans la disette ce qui était le cas à l'époque. Elle a aussi demandé la fin de l'esclavage, a lutté contre la peine de mort et a vraiment œuvré pour l'humanité. Elle a plaidé en faveur de causes vraiment importantes et dans la mise en scène nous avons fait en sorte de montrer que beaucoup de choses restaient encore à faire.

 

Quelle est l'histoire?

Un jeune homme soutient une thèse sur le droit de la femme surtout pour faire plaisir à sa petite amie assez féministe. Va alors survenir dans son imaginaire une Olympe de Gouges virtuelle qui va lui ouvrir la porte sur le XVIIIè siècle. Olympe va lui apparaître en costume chez elle dans son bureau face à ses combats en train de coller des affiches en rapport avec les causes qu'elle défend. Moi je suis la porte qui permet de voir aujourd'hui et hier. Je suis Olympe qui vient voir ce qui se passe au XXIè siècle et qui parle avec ce jeune homme au moyen d' un langage contemporain tout en ayant un vocabulaire élégant…

 

Vous avez aussi un troisième rôle celui d'une voyante dans un polar intitulé " Une ombre dans la nuit" qui raconte l'histoire de Madame Brehant dont le fils a été tué. Elle veut savoir qui… Jouer trois personnages à la fois dans la même semaine n'est-ce pas trop prenant dans la vie privée?

Non, ça va. Il y a le moment où l'on retrouve les personnages dans la loge, mais le reste du temps on s'en éloigne. Mais c'est vrai que je les aime. Olympe de Gouges, je l'adore. C'est une femme absolument merveilleuse à qui je pense beaucoup. J'avoue que je vis un peu avec elle quand même. Elle m'aide parfois dans ma façon d'agir. Ainsi, j'ai acheté une pivoine que j'ai appelée Olympe. Je l'ai mise dans mon jardin et vais la voir souvent. C'est comme une sorte de modèle, mais je fais bien la distanciation entre ma vie privée et le moment où j'arrive sur scène…

 

Pour vous le théâtre peut-il servir de thérapie? Ainsi si l'on a un coup de cafard avant de jouer cela permet-il d'aller mieux après?

Cela peut effectivement aider à sortir d'un état morose. Lorsque l'on joue on ne pense pas à autre chose, et le fait de jouer d'autres personnages permet de sortir de la réalité. C'est très étrange le théâtre car quand on est sur scène ou oublie tout. Ainsi si l'on avait mal au dos ou aux reins avant, la douleur passe en jouant. Elle reprend quand c'est terminé, mais pendant ce temps magique, on ne ressent rien du tout.

 

Qu'est-ce qui vous importe le plus en tant que metteur en scène?

C'est de donner au spectateur ce qu'il ne voit pas, stimuler son imagination. Le plus beau compliment que l'on puisse me faire à propos d'une mise en scène ou d'une interprétation c'est de me dire " J'ai vu où vous étiez, sur un pont, là j'ai vu une ombre dans la nuit." Lorsque je joue dans une pièce que je mets en scène, je prends toujours un assistant ou une assistante. J'ai besoin d'un regard extérieur. Pour moi le regard du public que nous renvoie le metteur en scène a son importance.

 

Et quand on vous dirige en tant que comédienne ?

Ce n'est pas facile tout le temps; je reconnais et il doit régner une certaine complicité. Il faut que le metteur en scène trouve la manière de faire comprendre l'intérêt de ce qu'il propose. S'il me dit " Si tu fais ça, tu ressentiras telle et telle chose ce qui te permettra d'avoir ce geste là. Dans ces cas là, je m'engage tout de suite. Parfois, il m'arrive de proposer quelque chose. Et si mon idée séduit, on l'affine par la suite. Tout va se passer en très grande complicité; il n'y a que comme ça que ça fonctionne.

 

Si vous deviez revivre, choisiriez-vous la même vie?
Oh oui, je fais un métier passion, et jamais je n'ai été victime de la saturation. Jamais je ne me suis dit " Oh là là , je n'ai pas envie d'aller jouer…" Et puis j'ai été gâtée et j'ai eu la chance de défendre de jolis rôles que ce soit lors de pièces contemporaines ou classiques. En outre, je me sens très bien dans mon théâtre, et je suis libre. Je suis vraiment heureuse… Mais malheureusement avec le couvre-feu, un coup dur nous est tombé sur la tête et l'on est tous démoralisés. On est obligés d'annuler les spectacles qui se jouent à 20h30 et pour ceux de 19h c'est vraiment juste. Tout dépend où l'on habite et j'espère que l'on aura droit à des dérogations. On va regrouper les spectacles le samedi après-midi et en mettre davantage le dimanche.   Mais cela fait énormément de spectacles qui vont suivre et pour les personnes de l'accueil qui vont gérer, cela ne va pas être simple. Mais c'est la seule solution car si l'on annule on ne peut plus payer le loyer et on sera menacé de faillite. Je pense que beaucoup de théâtres sont dans le même cas. Je veux bien comprendre qu'il faille faire attention, mais c'est ce que l'on fait. On nettoie les banquettes entre chaque spectacle, et le protocole sanitaire est respecté à 100%. On est pénalisé car ce n'est pas dans les théâtres que se déclarent les clusters. D'ailleurs je crois que c'est Jean Castex qui a déclaré " allez au théâtre, vous n'y risquez rien". Je l'ai entendu de mes propres oreilles et il change d'avis comme de chemise. C'est un peu abusif…

 

Et avec le confinement du mois de mars avez-vous été bien indemnisés?

Je vais parler de tout ce que l'on n'a pas eu avec beaucoup de promesses et peu de choses enclenchées. On a eu une aide du Conseil régional qui a beaucoup aidé pour le personnel et de petites aides de 1500 euros de mars à juin. Il devait y avoir une prolongation pour la culture, or c'est bloqué. Nous n'avons rien eu en juillet et en août et pourtant j'ai réclamé. En effet, notre chiffre d'affaires concernant juillet et août 2020 est inférieur de plus de la moitié de celui de 2019 et nous y avons donc droit. Je suis vraiment furieuse car je n'ai aucune réponse suite aux nombreuses réclamations que j'ai faites par mail. C'est comme si nous n'existions pas. Il y a de grosses lacunes et nous sommes parfois un peu lâchés…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

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samedi, 26 septembre 2020

Jean-Pierre Rageau

médecine,méditation,reflexionsMédecin généraliste à connotation psy depuis 30 ans, Jean-Pierre Rageau est également journaliste médical avec des collaborations au " Généraliste" , au " Quotidien du Médecin" et également dans la presse santé grand public (médisite). Il a notamment beaucoup écrit sur la relation patient-médecin et a obtenu à cette occasion deux prix dont le prix du journal " Le généraliste" et la bourse de recherche sur la compétence humaine du médecin par L'Unafornec (Union nationale des formations médicales).

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Vous vous définissez comme un médecin généraliste mais à orientation psy. C'est à dire?

La psychanalyse a imprégné ma pratique médicale, et je suis un généraliste à l'écoute. Mais je ne me présentais pas comme psy, je disais simplement que j'avais fait une formation psychanalytique. Je proposais un espace où mes patients pouvaient s'exprimer mais ne me considérais pas comme un spécialiste. Je me voyais comme un médecin qui utilise toutes les potentialités de la médecine générale qui n'est pas uniquement technique et scientifique. C'est celle des médecins de famille ou de campagne d'autrefois lorsque la science n'était pas toute puissante. Entre temps, quelque chose s'est perdu mais qui peut se retrouver à travers la compétence humaine du médecin avec la fameuse formation psychologique psychothérapique.

 

Vous avez longuement travaillé sur la relation patient médecin et avez même obtenu des prix sur vos recherches!

Oui, j'ai beaucoup écrit sur le sujet car cela permettait de faire le contrepoids à une compétence inhumaine que je percevais à l'hôpital. C'est une chose qui m'a toujours profondément choqué et c'est la raison pour laquelle je n'ai pas voulu travailler à l'hôpital. . En libéral, j'ai pu faire de la médecine telle que la sentais avec les aspects scientifiques et techniques mais avec en plus une dimension relationnelle et humaine. J'ai fait un travail sur la psychothérapie spécifique du praticien. J'avais écrit pour la faculté qui essayait de retracer les différents aspects de ce qui peut se passer entre un médecin et un patient. Comment il peut mettre en œuvre ces différentes techniques pour rassurer, accompagner, aider à s'exprimer. C'était quelque chose d'un peu nouveau à l'époque. On ne parlait pas beaucoup de psychologie, c'était même assez mal vu. Ensuite, j'ai développé un concept par un groupe de formation qui s'appelle la compétence humaine du médecin. C'est un domaine qui est un peu plus large que la psychothérapie qui est plutôt psychologisante. La compétence humaine intègre la psychothérapie du praticien et l'on peut parler de présence humaine du médecin. Un processus humanisant qui implique qu'un médecin pour devenir pleinement médecin dans son potentiel thérapeutique doit s'humaniser. C'est important de connaître les antécédents des patients, les réactions à certains médicaments. Chacun réagit à sa manière et à son médicament. Important également de connaître le contexte familial, professionnel dans lequel évoluent les patients. Cela a quand même un impact sur leur maladie et ça aide à mieux soigner. Le médecin le plus efficace c'est celui qui est capable de mobiliser les forces curatives et l'effet placebo augmente avec la prescription du médecin. Lorsque les visites sont régulières, c'est essentiel de créer des phénomènes de transfert et de contre-transfert. Ca permet d'augmenter la confiance, les croyances, et de ce fait il y aura beaucoup moins d'effets secondaires, moins de méfiance et de défiance vis à vis des médicaments. Ce sera un bon médicament prescrit par un bon médecin. Tout dépend aussi de la structure psychologique du patient et de ses convictions. Ceux qui croient en la science, l'allopathie va marcher sur eux. J'ai connu des gens qui ne croyaient pas en la chimie, et qui bien que l'indication soit bien posée n'ont pas guéri. L'autosuggestion a une part et cela fait partie du rôle du médecin de motiver le patient et de l'aider à prendre de la distance par rapport à ses pensées négatives.

 

Selon vous beaucoup de vos collègues délaissent ce côté relationnel!

Il existe un manque d'humanisme en général vis à vis du patient. Pourquoi être disqualifiant à son égard, pourquoi se moquer ou humilier. Pour moi c'est antinomique avec le fait de soigner. Il existe en plus la rétention du savoir utilisée par de nombreux médecins habités par une sorte de jouissance du pouvoir. Certains abusent en évitant de transmettre un pouvoir de compétences. J'ai toujours aimé faire de l'éducation thérapeutique et partager mon expérience  avec mes patients pour qu'ils puissent bénéficier d'une connaissance leur permettant de se soigner eux mêmes. Que les malades ne soient pas infantilisés. Actuellement, la tendance s'inverse un peu avec notamment une ouverture vers une médecine davantage axée sur le spirituel qui favorise le côté humain.

 

Vous êtes un médecin généraliste porté sur les médecines douces!

Quand mes patients me disent qu'ils vont voir un homéopathe, un acupuncteur, un ostéopathe, je leur dis que la seule chose qui compte c'est que cela leur fasse du bien et je les encourage à poursuivre. Je n'ai pas d'à priori, car je sais que le mieux-être passe par des voies autres que les voies scientifiques. Parfois par le magico-religieux, les rituels, des choses qui font que les forces curatives se mettent en place et se mobilisent. Les gens que je soigne savent que je suis assez favorable aux plantes, et ça leur plaît bien. J'en prescris même en médicament. Par exemple le cardiocalm à base d'aubépine. Mes patients en redemandent pour l'anxiété mineure et les troubles du sommeil. Deux comprimés d'un coup le soir entre 19h et 22h, ce qui va permettre une petite phase de décompression avant de s'endormir et un meilleur endormissement. Je leur conseille également pendant cette période là d'écouter des musiques relaxantes, de lire tranquillement ou d'être dans un environnement paisible pour ralentir leur rythme de vie. Je cite souvent l'exemple du passage de l'autoroute à la route départementale le soir après le dîner. Il y a une bretelle d'autoroute à prendre et il faut diminuer progressivement la vitesse de 130 km/h à 90. Dans le cadre des psychothérapies informelles, j'utilise plus des images que des propos.

 

Vous avez découvert récemment la méditation. A quelle occasion ?

J'en avais déjà entendu parler il y a 25 ans lorsque j'étais en Californie. Pendant un an, j'ai suivi une formation à Psychologie Conseil. J'avais appris pas mal de techniques psychothérapeutiques du courant de pensée existentielle. Comme l'analyse transactionnelle, l'approche eulérienne centrée sur la personne, l'approche systémique, la gestalt thérapie. A cette occasion, j'avais appris ce qu'est le rêve éveillé, ce qui constituait déjà une forme de méditation. On se mettait dans un état modifié de conscience et le professeur nous disait un certain nombre de choses plutôt non directives ou semi-directives qui nous permettaient d'écrire notre propre histoire, notre propre scénario. Cela m'avait beaucoup plu, et après je me suis installé. Récemment j'ai lu le livre de Christophe André « Méditer jour après jour » et j'ai retrouvé ces éléments que je connaissais. J'ai pensé que comme en France ce n'est pas encore très utilisé que ce serait intéressant d'aller dans ce sens pour mes patients. Pour les aider côté anxiété et même dépression. Une formation permet d'éviter les rechutes dépressives. D'après ce que j'ai compris, il existe des phénomènes neurophysiologiques qui expliquent l'impact de la méditation sur les émotions et le comportement. En particulier avec une reprogrammation cognitive. Notre société nous programme pour être productif, efficace, ce qui nous pousse tout le temps à agir. Cela ne laisse donc pas le temps de se recentrer sur soi et de reprendre contact avec son moi intérieur. La méditation permet de déprogrammer le faire afin de faire en sorte de se retrouver plus souvent dans l'être et dans le ressenti sans pour autant renoncer à l'action.

 

Vous avez été au Cambodge pour approfondir vos connaissances!…

Oui, avec pour objectif après une formation à la méditation d'un an, plus 5 séminaires de 3 jours, de pratiquer la méditation dans des endroits propices à la médiation comme les pagodes et les temples bouddhistes. Chaque jour, nous méditions environ une demie heure. Des moines aidés d'une traductrice nous ont parlé et c'était très enrichissant. En outre, l'on pouvait observer une culture différente avec beaucoup de gentillesse, d'humanité au sein de la population. C'est quelque chose qui m'a frappé, ils n'avaient pas peur de nous, au contraire ils nous portaient de l'intérêt même s'il existait quand même un œil commercial chez ces cambodgiens pas très riches mais curieux de l'autre, de sa différence. Ils ont beaucoup souffert sous le régime tyrannique de Pol Pot avec des millions de gens tués, torturés. Mais la nouvelle génération a peut-être gardé l'esprit de ce peuple plutôt épris de paix et de lien fraternel.

 

Le fait que ce soit dédié à la pratique de la méditation cela change t-il quelque chose?

J'ai le sentiment que cela m'a aidé à méditer plus profondément. Un peu comme quand je suis dans une église, une cathédrale ou une collégiale. L'architecture d'un côté et le fait que beaucoup de gens se soient recueillis, font naître une atmosphère empreinte de plus de spiritualité. L'impression que cela m'a donnée par rapport aux méditations profanes c'est qu'en plus de la profondeur, j'avais à la fin de la méditation, une joie à l'intérieur sans objet. J'étais simplement content d'être là. La méditation profane est peut-être plus intellectuelle, plus technique. Il n'existe pas tout le cadre qui accompagne cette méditation et l'on est beaucoup moins touché que si l'on se trouve dans des sphères réservées à cette pratique. C'est surtout du ressenti, des sensations et de l'émotion. D'ailleurs, lorsque je médite chez moi, je me mets à côté d'un petit autel avec un petit bouddha, une lampe et je peux méditer de manière plus profonde qu'ailleurs en me concentrant plus fortement.

 

Comment cela se ressent-il dans votre vie privée ou professionnelle?

Sur le plan professionnel, je suis bien plus dans le moment présent et dans l'attention qu'auparavant. Ca change quelque chose d'à la fois minime et en même temps de considérable dans la personnalité professionnelle. J'ai le sentiment que je suis davantage conscient de ce que je peux faire , et je comprends mieux ce qui se joue entre le patient et moi Ma présence est plus importante grâce à une pleine conscience face aux patients qui le sentent tout de suite. Je leur transmets une sorte de sourire intérieur et le fait d'aider me procure du contentement. Se met en place un transfert d'énergie du médecin au patient. Cette présence est fondamentale et peu de médecins l'ont compris. Regarder son patient, se pencher vers lui, un peu comme la vierge avec son enfant sont des actes que j'ai essayé de développer au travers de la méditation qui englobe une dimension thérapeutique en elle-même. Les médicaments ne font pas tout, mais j'ignore dans quelles proportions le transfert d'énergie d'un côté et la mise en œuvre d'un savoir scientifique interagit pour soigner une maladie. Les deux participent à la guérison en sollicitant les forces curatives du patient lui-même.. .Côté privé, cela m'a apporté un apaisement avec plus de distanciation par rapport à la réalité. J'ai davantage de détachement par rapport à ce que je fais sans pour autant que ce soit de l'indifférence.

 

Comment  faites-vous  pour en faire profiter vos patients ?

Ce que je propose c'est de la méditation laïque, c'est à dire non pas quelque chose qui se réfère forcément à Dieu mais plutôt basée sur le spirituel. Oui, je m'en sers avec les patients que je connais bien et pour la plupart ça a marché. Notamment parce qu'il règne une relation de confiance. J'ai un patient que je suis depuis près de 25 ans qui a du mal à verbaliser son mal être. C'est quelqu'un qui souffre d'un trouble psychique compulsif mental et qui est toujours dans l'indécision. Il est atteint d'une grande souffrance de type anxio dépression et possède un mental plutôt conflictuel. Il prend des psychotropes pour calmer ses angoisses. Je lui ai fait une séance de méditation et il m'a dit que cela lui a fait beaucoup de bien, qu'il avait moins de pensées négatives. Comme c'est assez simple, il peut le faire. Je pense que je vais continuer avec lui car comme c'est compliqué au niveau de la verbalisation, ce devrait être plus facile ainsi. Je l'ai expérimenté aussi avec une patiente très imaginative. Elle a tout de suite imaginé plein de choses et on a pu parler de ses productions. Pour d'autres c'était simplement un effet de relaxation qu'ils connaissaient déjà. Ce n'est pas miraculeux non plus, mais cela peut aider pour une approche complémentaire de la phytothérapie, voir des psychotropes quand il règne une forte anxiété.

 

Il y a un an et demi on vous a diagnostiqué un cancer de l'intestin et vous avez vécu suite à une opération une expérience de mort imminente.

Oui, à l'occasion d'une opération j'ai eu un problème de choc sceptique (des microbes passent dans le sang, ce qui engendre un choc cardio vasculaire et la tension chute…) et à ce moment là, les anesthésistes m'ont mis en coma artificiel et j'ai alors vécu cette expérience de mort approchée. Comme si cette formation à la méditation et mon séjour au Cambodge m'avaient préparé à cette NDE. Pendant ce moment là, sans doute étais-je au confins de mon inconscient, de mon âme. Mon âme était très paisible avec beaucoup de visages qui flottaient, des visages de bienveillance. Une musique se faisait aussi entendre qui ressemblait un peu à celle que je compose et je me suis dit "C'est quelque chose qui appartient à ma vie." Je me suis senti très bien dans cet endroit, un peu comme chez moi.. J'ai vu une lumière blanche ressemblant à un aquarium avec des méduses qui flottaient. Des sortes de visages bienveillants dont émanait un sourire intérieur; quelque chose de très doux. Sans doute que quand je me suis réveillé, j'ai gardé cette expérience là en moi et ce souvenir a encore renforcé tout ce que j'ai pu vivre et ce à quoi je me suis formé auparavant. Maintenant, peu de choses peuvent me détruire ou m'inquiéter. Je suis dans une sorte de sérénité et même avec un cancer je suis presque plus heureux que je ne l'étais avant, car j'ai vraiment l'impression d'avoir avancé dans l'accomplissement de mon être. Et quand on sent que l'on est sur le bon chemin, cela donne une joie profonde. Etait-ce écrit que j'aurais un cancer? En tout cas, j'ai la sensation que je devais passer par là pour continuer ce chemin que j'avais commencé à emprunter. Peut-être étais-je programmé pour une sorte d'accomplissement qui est en cours mais comment je ne sais pas n'étant pas croyant.

 

Vous êtes pianiste et vous composez. Cette expérience vous a t-elle inspiré?

Je n'ai pas composé après, mais j'ai revu les musiques que j'avais déjà faites et les ai un peu améliorées. Du coup, elles avaient plus de sens et je ne pouvais m'arrêter de les parfaire tant que je n'avais pas le sentiment qu'elles étaient complètes. Dans ces cas là, le temps ne compte pas, et je peux alors composer toute une journée. Quand les notes me viennent, j'ai le sentiment qu'elles me viennent du ciel. Comme si une voix me guidait pour suivre cette mélodie, ces harmonies jusqu'à ce que ce soit vraiment achevé. Une inspiration vient de quelque part, et il faut que j'en rende compte et que je la traduise à travers une musique en cours de développement. Il m'arrive de m'en servir pour mes patients dans le cadre d'une méditation dans un état modifié de conscience, je leur explique ce que j'ai fait. Un jour je suis allée chez une patiente qui a un piano et je lui ai joué une de mes compositions. On en a ensuite discuté et elle m'a avoué qu'elle avait le sentiment de s'être trouvée dans des vagues ou une vallée. Or, c'est une musique qui m'est venue sur les coteaux du Bordelais où il y avait beaucoup de collines. Cette patiente avait ressenti à travers cette musique ce que j'ai pu ressentir et composer à partir de là. Intéressant d'analyser comment l'on peut communiquer à travers la musique…

 

Pour votre cancer avez-vous recours à des médecines alternatives?

On m'a proposé de faire de la sophrologie et cela m'aide mais dans quelles proportions je l'ignore. J'ai visualisé mon cancer, et celui-ci m'est apparu un petit peu comme des lumières. Quelque chose de plutôt rassurant. Cela m'a permis de mieux accepter la maladie même si je n'y étais pas vraiment hostile. J'ai eu une autre vision bien plus positive du cancer qui m'est apparu un peu comme un ciel étoilé avec des cellules qui retrouvent leur liberté. J'ai aussi deux patientes qui m'ont proposé de faire du reiki et ça m'a également fait du bien.   Au début j'y croyais sans y croire mais ce sont des approches complémentaires qui ont à voir avec cette dimension spirituelle au sein de laquelle je commence à m'épanouir. La personne faisait des mantras et ce qui m'a frappé ce sont ses mains au dessus de mon ventre. Elle a trouvé qu'il était un peu froid. Je ne lui avais rien dit et elle a senti quelque chose. C'est un transfert d'énergie, de perception pour les gens hyper sensibles. J'ai aussi expérimenté l'acupuncture au moment où j'avais des troubles digestifs et des nausées du à la chimiothérapie. Et ce fut très efficace; d'un seul coup les nausées et les vomissements se sont dissipés . Tout cela me fait dire que la science et la chimie peuvent aider pour lutter contre un cancer mais que peut-être l'esprit a aussi un pouvoir. La seule question que je me pose c'est le pourcentage d'efficacité de l'un et l'autre. Ni l'esprit, ni les médicaments sont tout puissants mais le mélange peut aider à contenir la maladie. Par rapport au cancer, j'ai plutôt des pensées positives, et je ne me suis jamais dit "Quelle sale maladie! Même si j'aurais quand même préféré en faire l'économie, je ne suis pas terrorisé comme beaucoup. Le cancer est considéré comme le spectre de la mort, mais je ne le considère pas ainsi. Il faut faire confiance à la médecine et il existe des chimiothérapies qui peuvent sauver. L'image du cancer a beaucoup changé et il ne faut pas hésiter à se servir des approches alternatives. C'est quelque chose de très complémentaire qui peut aider en donnant plus de puissance à l'esprit et à la pensée. Important de vivre le cancer non pas en se projetant dans un futur cataclysmique ou chaotique, mais de le vivre dans le moment présent. Essayer de trouver des solutions avec du lâcher-prise et de l'acceptation. Si l'on accepte sans lutter contre quelque chose de toute façon inéluctable, c'est la philosophie de la méditation. Celle-ci m'a aidé à faire aller ma pensée vers des dimensions bien plus spirituelles.

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

vendredi, 11 septembre 2020

Alexandre Feltz

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Alexandre Feltz est médecin généraliste et adjoint à la mairie de Strasbourg.. Considéré comme le pionnier du Sport santé sur ordonnance, il a sorti récemment un livre "intitulé " Le sport santé sur ordonnance. Manifeste pour le mouvement" préfacé par Michel Cymes. Il explique pourquoi le sport est le moins cher et le plus efficace de tous les médicaments…

 

 Qu'est-ce que le sport santé sur ordonnance?

Avec le maire de la ville de Strasbourg Roland Ries, nous avons lancé en 2012 pour la première fois en France sur un territoire d'une ville, le sport santé sur ordonnance. Les médecins traitants ont pu prescrire à leurs patients malades une ordonnance, leur permettant de faire de l'activité physique adaptée à leurs symptômes. Au départ, cela concernait plutôt les maladies métaboliques. Puis les prescriptions se sont ouvertes à d'autres secteurs comme le cancer, et les soins orientés vers les personnes âgées fragilisés. Les médecins généralistes évaluent avec le patient la nécessité d'une prescription débouchant sur une activité physique, essayant de le motiver vers la reprise de mouvement. Puis une équipe municipale d'éducateurs sport santé prend le relais. Ceux-ci dressent un bilan des aptitudes du patient à l'effort, mettent en place un protocole en lien avec le médecin. Cette triangulation à trois fait le succès du dispositif.. Deux séances par semaine sur un an sont offertes et ensuite il existe une tarification solidaire..

 

. Tous les sports sont-ils concernés? !

C'est surtout la question d'intensité qui importe. Le sport santé représente une activité physique régulière d'intensité faible ou modérée. Intensité faible lorsque l'activité physique ne change quasiment pas le rythme cardiaque, ni les respirations. Par exemple la marche, la marche nordique, la marche avec des bâtons, des sports doux comme le taï chi, le Qi Qong, le yoga. Intensité modérée, lorsque l'on est à la limite de l'essoufflement. Une petite accélération cardiaque se fait sentir, et l'on transpire davantage. Comme rouler à 15km heure à vélo, ou nager tranquillement. Important aussi dans le protocole, le sport santé prévention avec la pratique de l'activité physique là aussi légère ou modérée. Pour les enfants de 3 à 18 ans,, a été mise en place, la prise en charge précoce des enfants en surpoids ou obèses. Des conseils de nutrition, de psychologues, d'infirmières de santé publique sont également incorporés au programme.

 

 Comment sont choisis les sports?

Le désir du patient joue un rôle important. Ce qu'il a déjà fait, ou pas, ce qu'il aime, n'aime pas. Ensuite, sont évaluées les capacités de chacun avec des tests, les éventuelles douleurs, puis la maladie en elle-même,. En temps de non Covid, plus de 100 activités sont proposées chaque semaine. Lorsque l'on est diabétique c'est bien d'avoir une activité cardio vasculaire qui a pour but de faire entrer le sucre dans le sang. Quand on est âgé, il est recommandé de faire du renforcement musculaire. L'activité physique réduit de moitié les risques de chute chez les patients fragiles ou qui ont déjà chuté. Si l'on ne les encourage pas à faire du sport, les gens ne bougent plus. Ils ont peur de retomber et cela aggrave encore plus le risque. Pour la prévention de l'ostéoporose, tout ce qui est marche est utile. Les gens qui ont des problèmes de hanche, de l'arthrose souvent arrêtent également le sport car ils ont mal, ce qui est compréhensible. Du coup, ils reprennent du poids, ont du diabète, de l'hyper tension et ont toujours mal aux hanches. Dans ce cas là, c'est la marche nordique qui permet de soulager les articulations, plus la marche dans l'eau tout en respectant les endroits douloureux des patients.

 

 Cela permet-il de diminuer ou même parfois d'arrêter les traitements?

Oui. Pour le diabète c'est assez rapide. Certaines personnes ont le matin une glycémie élevée. Ils font un peu d'activité physique et une heure après, leur glycémie a baissé. C'est très efficace. Un diabétique qui marche quotidiennement 30 minutes par jour peut baisser son traitement dans les semaines qui suivent la reprise de l'activité physique. Mais il faut continuer de bouger tout le temps. Pour les hyper tendus c'est la même chose même si c'est un peu plus long. Ceux qui ont une activité physique régulière peuvent diminuer, voir arrêter les médicaments pour l'hyper tension. Côté psychiatrie, on ne devrait plus prescrire un neuroleptique, ou un anti dépresseur sans activité physique. Quant au Covid,19, le sport joue également un rôle important. Ceux qui ont été en réanimation et qui avaient davantage l'habitude de faire du sport s'en sont sortis alors que d'autres sont décédés. Pour la reprise de la respiration, des capacités cardiaques, de l'énergie, le sport est très efficace. De même pour l'anxiété du à la contamination..

 

 De manière générale, les médecins ont-ils pris l'habitude de prescrire du sport santé!

Oui, partout où c'est organisé et financé. A Strasbourg plus de 300 médecins le font, à Biarritz plus de 200... Lorsque le médecin qui est bien ancré dans la réalité, sait que s'il prescrit au patient une ordonnance sport santé qu'il pourra être pris en charge et bien suivi, il prend l'initiative.

 

Un enseignement sur l'exercice physique pour les généralistes existe t-il?

A Strasbourg, oui. .C 'est le docteur Jehan Lecoq président national des médecins du sport qui a lancé le sujet. Je m'en occupe aussi puisque je donne encore des cours à la Faculté sur ce thème... C'est vraiment une nouvelle médecine qu'il faut généraliser un peu partout.

 

 Quel est votre souhait le plus important concernant le sport santé sur ordonnance?

L'enjeu majeur consiste en un financement même forfaitaire par l'assurance maladie.. On vient de signer une tribune dans le Journal du Dimanche mais qui n'a pas eu un fort retentissement avec des anciens ministres, des élus, plus de 40 députés dont certains du gouvernement actuel pour qu'il existe un financement national et local que ce soit à Strasbourg ou dans d'autres villes.. Olivier Véran a l'air un peu plus ouvert que ses prédécesseurs et l'on espère que cette année va être la bonne.. Et puis se servir des prochains Jeux Olympiques et des moyens colossaux réservés au sport d'élite pour développer l'activité physique pour tous. Tony Estanguet s'y est engagé. Mais cela me semble assez mal parti vu les sponsors : Coca, Mac Do, Toyota… Il faut vraiment être très volontariste pour obtenir un bilan santé positif…

Agnès Figueras-Lenattier

 

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lundi, 31 août 2020

Sport et litterature

 

 

En 1919, quelques jeunes écrivains, peintres, musiciens épris d'art, se réunissaient le dimanche matin au stade «  Duvigneau de Lanneau » dans la banlieue de Paris. Ils pratiquaient l’athlétisme sous la houlette de Marcel Berger créateur de Plume-Palette-Club. Ce club deviendra quelques années plus tard «  l’Association des écrivains sportifs ». Parmi les membres on peut noter des personnalités telles que Jean Giraudoux, Maurice Genevoix, Paul Morand, Tristan Bernard. Ce dernier premier président de cette association pratiquait aussi le cyclisme. Egalement ancien directeur du vélodrome de Buffalo, il restera le seul coureur à n’avoir jamais gagné une course. Lui succédèrent Marcel Berger recordman de France scolaire au lancement du disque, puis Paul Vialar également président de la «  Société des Gens de lettres ». Bernard Destremeau six fois n’° 1 français de tennis présidera aussi l’association….

Le sport a toujours été lié à la littérature et des philosophes comme Platon, Aristote en parlaient déjà. Beaucoup d’écrivains en ont parlé avec éloge, en ont fait et ont reconnu qu’il pouvait être une bonne source d’inspiration. Ecoutons par exemple Simone de Beauvoir raconter ses impressions après avoir découvert la randonnée à pied et à bicyclette : «  Je n’avais jamais pratiqué de sport, et je prenais d’autant plus de plaisir à utiliser mon corps jusqu’à la limite de mes forces, et le plus ingénieusement possible ». Elle écrivit même un jour à Jean-Paul Sartre qu’elle aurait bien donné le prix Renaudot pour savoir le «  Christriana aval ».. Camus reconnaît que ce qu’il sait de plus sûr sur la morale et les obligations des hommes, c’est au sport qu’il le doit. Quant à Bergson il déclare : «  Ce que j’estime surtout dans les sports, c’est la confiance en soi qu’ils procurent à l’homme qui les cultive »..

 

Pour ma part, le sport est également indispensable à ma vie d’écrivain. Comme le pensent certains «  collègues », écrire est une véritable épreuve sportive. Physiquement on se donne à fond, et on peut se sentir vraiment vidé après avoir écrit longtemps. Il m’est arrivé d’être atteinte de petites courbatures et quand j’écris il me faut courir, faire du vélo d’appartement pour me vider la tête. Sinon, je deviendrais vite «  neurasthénique » car on est transporté dans un monde qui si on ne se méfie pas peut conduire à la déraison. Et il faut se dépenser pour garder les pieds avec la réalité. Et puis en courant, en pédalant, les idées peuvent jaillir. On voyage avec ses personnages de façon consciente ou inconsciente, et après on transcrit ces impressions sur papier avec davantage de facilité. Même en période de maturation c’est indispensable aussi. Les idées sont plus claires, plus structurées et le déclic conduisant à la réalisation » se fait plus naturellement.

Flirter avec la puissance des mots est un orgasme spirituel merveilleux, et qui peut amener aussi à l’orgasme corporel. Diverses sensations plus intenses les unes que les autres et accentuées par la dépense physique vous animent. Le doute, puis la certitude, l’angoisse de ne pas y arriver, la libération d’y être parvenue, et une espèce de nirvana, une fois le but atteint. On est comme apaisé, et l'on a le sentiment d’avoir égrené toute sa substance Mais cette sensation ne dure pas très longtemps car on a très vite envie de recommencer pour retrouver sa drogue, son LSD... C’est une activité finalement égoïste qu’il est impossible en pleine action de faire partager. Comme disait Montherlant dans «  Les Olympiques » «  Le masseur aux mains magiciennes faisait tomber du corps du pugiliste la graisse inutile, c’est l’écrivain massant sa page jusqu’au style plein et décharné ».

J’aurais beaucoup aimé faire du sport avec mes écrivains préférés notamment avec Stefan Zweig, Edgar Poe et Baudelaire. Quelle joie ça aurait été pour moi de faire des gammes de revers avec Edgar Poe, de disputer un tie-break avec Baudelaire, , de faire un match en compagnie de Stefan Zweig en refaisant le monde. Je lui aurais appris comment faire un coup droit, il m’aurait appris comment transporter le lecteur avec autant de profondeur et d’analyse aussi fine des personnages. J’en rêve et cela décuple mon imagination. Je me mets dans la peau de Zweig, il devient mon double et j’écris. Même si je suis loin de l’approcher complètement, son esprit me pénètre quand même un peu . ’Et c’est orgastique !..

 

 

                                       

 

 

                                             Cinq écrivains parlent de sport

 

 

 

                                                           JEANNINE BOISSARD

Auteur notamment de " L'esprit de famille", œuvre en plusieurs tomes et véritable succès populaire

Quels sont les sports que vous pratiquez ?

Le ski et le tennis sont les deux sports que je pratique depuis l’âge de 12, 13 ans. Ce sont deux sports où l’on rit. Au tennis on s’amuse beaucoup, notamment avec ses partenaires de double, et au ski parce qu’on tombe par terre. Pour quelqu’un comme moi qui suis assise devant ma feuille de papier cinq à six heures par jour, c’est indispensable d’aller s’aérer la tête, de courir et de faire bouger ses bras, ses mains et son corps. Je me vide complètement l’esprit et ne pense à rien d’autre. C’est un fait que lorsqu’on se dépense physiquement, on est d’autant plus créatif et agile avec son stylo et son papier.. En outre, écrire est une activité très angoissante et si on ne se dépense pas physiquement, la tête risque d’éclater..

 

Pratiquez-vous ces deux activités souvent ?

Je fais du tennis une fois par semaine et tous les jours en vacances. Après avoir pensé aux grands problèmes de la vie, c’est merveilleux de se concentrer uniquement sur une balle et de se détendre en riant. Dans mon métier, le rire constitue un élément important de ma vie, j’en ai besoin et ça me fait un bien fou. Je n’arrête pas de me moquer de moi-même, des autres..Quand je vais à la montagne faire du ski, c’est vraiment le seul endroit où j’ai beaucoup de mal à écrire. En effet, après quatre ou cinq heures de ski, une très grosse fatigue m’envahit, ce qui m’empêche d’être vraiment lucide et disponible pour l’écriture. Donc, si je veux écrire, je le fais très tôt le matin avant d’aller skier.

 

Avez-vous déjà fait de la compétition

A une époque j’en ai fait beaucoup, mais c’était un plaisir un peu trop accaparant. J’ai été classée à 15/4. Un élément qui m’a quelque peu éloignée des courts, c’est l’âge de mes adversaires. Celles-ci à 16,17 ans vous regardent comme une vieille mémé. Souvent très mauvaises joueuses, elles n’hésitent pas à tricher, encouragés par leurs parents. On dirait qu’elles jouent toute leur vie et sont à peine polies. Autant, j’aime affronter des femmes courtoises, autant rencontrer une fille qui trépigne, lance sa raquette par terre ne me dit rien qui vaille..

 

Considérez-vous l’écriture un peu comme un sport ?

Disons que c’est un sport de l’esprit et lorsqu’on se donne complètement à son livre, on maigrit. La difficulté consiste à trouver le mot et la phrase justes, et il existe la crainte de mal remplir sa page blanche. Pour moi, l’enfer ce serait de se dire après avoir terminé son livre, que vais-je faire maintenant.. .

 

 

 

 

                                                  CHRISTIANE COLLANGES

Rédactrice en chef de " L'Express" et du " Jardin des Modes", elle a surtout écrit sur la vie des femmes et leur libération et la famille.

 

Quels sports pratiquez-vous ?

Le tennis, la randonnée, le ski de fond et le ski alpin. J’ai commencé à jouer au tennis en Normandie, région où j’avais l’habitude de passer mes vacances. Mais je n’ai jamais pris de cours. Ce sont mes cousins qui m’ont initiée, et très vite ce sport m’a séduite..

 

Faites-vous du sport en période d’écriture ?

La plupart du temps lorsque j’écris c’est en Normandie et comme les courts de tennis sont tout près de chez moi, j’en fais souvent. Je m’adonne aussi à de grandes marches car le décor m’y encourage. En fait lorsque j’écris, je fais plus de sport qu’en période creuse. La forme physique est fondamentale dans ma vie car je suis un écrivain optimiste qui s’efforce d’être gaie. Et si la machine ne tournait pas rond, mon humeur aurait tendance à friser la morosité. Par exemple si mon dos me fait mal, écrire m’est presque impossible. Ainsi si tout d’un coup j’étais immobilisée, je ne suis pas sûre que je pourrais continuer à écrire..

 

Que vous apporte le tennis ?

Je le pratique essentiellement du mois de mars au mois de novembre. C’est un jeu très amusant et qui m’apporte un véritable défoulement. J’ai de nombreux amis qui m’incitent à jouer au golf, mais abandonner le tennis ne me dit rien. En outre, je n’aime pas la mentalité des gens qui pratiquent le golf car la plupart du temps ils sont coincés, sérieux et complexés. Il existe sûrement des gens de ce style là au tennis, mais je n’ai jamais eu l’occasion de les affronter..

 

Le sport a-t-il un impact sur votre humeur ?

Oui. Lorsqu’il m’arrive de ne pas avoir le moral, j’enfile mes nike et tout va mieux après. Pour me remonter le moral, le fait de remuer est plus efficace que de rester des heures allongée dans un fauteuil. Certaines personnes au contraire, préfèrent rester couchées toute la journée en compagnie d’une lumière tamisée. Je ne critique d’ailleurs pas ce comportement, mais il me semble simplement utile d’agir en fonction des besoins de son organisme..

 

Selon vous le sport influe t-il sur votre manière d’écrire ?

Oui dans la mesure où je suis connue pour écrire des livres où règne la bonne humeur. A ce propos, il existe effectivement une hygiène de vie qui ressemble à celle du sportif. En effet, partir pendant trois ou quatre mois munie de sa documentation et de son ordinateur pour rédiger un livre demande une vie aussi stricte que celle d’un sportif. Il ne faut pas boire et bien dormir..

 

 

 

 

 

                                                     MICHEL DEON

Décédé le 28 décembre 2016, il est membre de l'Académie française et auteur notamment du livre " Taxi mauve " adapté au cinéma en 1977

 

Quels sont les sports que vous avez pratiqués ?

La boxe, l’aviron, le tennis, l’escalade, la marche en montagne, la bicyclette. J’ai aussi pratiqué la natation à assez haut niveau. Je me suis approché des championnats universitaires. Ce qui m’ennuyait profondément c’était l’entraînement et les contraintes qu’il implique..

 

Au tennis quels genres de partenaires aviez-vous ?

Je m’arrangeais pour avoir des partenaires plutôt jolies.. 

 

Le sport est –il utile pour votre vie d’écrivain ?

Oui notamment la marche qui pour moi est essentielle. Elle représente la gymnastique du cerveau et c’est en pratiquant cette activité que le travail s’élabore. La solitude dans laquelle on s’imprègne permet à l’esprit de se délier. Le corps se laisse porter et physiquement on ne sent plus rien..

 

L’écrivain Marcel Berger a dit «  Pour ceux qui ne s’en sont aucunement préoccupés le style a modifié leur style à leur insu en le rendant incisif, rapide, dépouillé, musclé ». Etes-vous d’accord avec lui ?

Pas du tout. Pour moi il a dit des bêtises..

 

Que vous a appris le sport de manière générale ?

Surtout à bien me concentrer et à avoir l’esprit complètement disponible. Quand on nage par exemple on ne peut pas se permettre d’avoir la tête ailleurs…

 

Vous possédez aussi des chevaux ?

Oui mais je ne suis pas très doué pour autant en équitation. Ma femme et mes enfants en revanche montent très bien et je leur laisse cette supériorité. Et puis ayant eu un accident, je suis obligé de faire très attention car je risque la petite chaise roulante. Ma passion c’est de regarder vivre les chevaux..

 

Quelles sensations cela vous procure t-il ?

Ces animaux sont merveilleux de grâce et de charme. Un poulain qui naît représente comme la naissance d’un petit miracle..

 

Evoquez-vous le sport dans vos livres ?

Dans «  Le jeune homme vert » le héros parcourt les routes à bicyclette et une espèce d’atmosphère de compétition s’instaure. Certains de mes ouvrage évoquent la boxe que je continue d’ailleurs à beaucoup suivre en tant que spectateur. Enfin sont parfois relatées dans mes livres des scènes de bateau.. 

 

 

 

 

                                                    IRENE FRAIN

Possédant une prédilection affirmée pour l'Orient, elle participe régulièrement à des actions favorables à la cause tibétaine. Parmi ses livres " Dévi", " Julien Gracq et la Bretagne"…

 

Vous faites du vélo et notamment du VTT. En faites-vous souvent et quelles sont les sensations que ça vous procure ?
Dès que mon mari et moi sommes à la campagne, nous parcourons les chemins à vélo en essayant de goûter aux joies ludiques du sport. Découvrir la campagne française représente un petit côté aventure qui me plaît bien. Et puis il ne faut pas oublier la grosse dépense physique que cette activité procure. M’adonner ainsi à un sport physique intense m’aide beaucoup pour ma vie d’écrivain. Mon cerveau s’oxygène et je fais le vide dans ma tête..

 

Pratiquez-vous d’autres sports ?

En hiver je fais du ski et puis j’aime aussi nager. Je ne me porte bien que si je fais du sport et si je pouvais j’en ferais plus. J’ai toujours eu la sensation que si je faisais du bien à mon corps cette initiative se reportait sur mon psychisme. C’est pour cette raison que le sport m’interesse.

 

Pensez-vous à vos livres en exerçant une activité sportive ?

Lorsque je fais du vélo oui mais beaucoup moins en VTT où il faut être très vigilante. La bicyclette traditionnelle fait jaillir des idées . D’une part mon esprit peut vaguer et d’autre part aucune idée de performance n’est ancrée dans ma tête. Cette pensée est d’ailleurs selon moi plus masculine que féminine car l’homme cherche la compétition. Pour ma part, je suis interessée par le bien-être, le plaisir lié à mon corps et le contact avec la nature. L’esprit est plus clair et on dort mieux..

 

Pour vous écrire est-il un sport ?

Oui écrire un roman consiste à accomplir un grand marathon. Il existe la rigueur, le souffle, la longévité et il faut tenir. Lorsque j’ai écrit mon livre «  Dévi » il a fallu que j’aille dans les ravines, et je me devais d’être en excellente condition physique. Être en forme physique me paraît très important pour écrire même si certains écrivains disent «  plus sale, plus alcoolique, plus drogué que moi tu meurs ».. Cela dit, je n’irais quand même pas me priver d’un coup de rouge avant de faire du VTT. J’aime profiter de la vie…

 

 

 

 

Philippe Labro

 

Journaliste, écrivain, réalisateur, il a raconté dans " Tomber sept fois, se relever huit" comment il s'est sorti de sa dépression. Au cinéma, il a réalisé par exemple " Sans mobile apparent et " Rive droite, rive gauche"…

 

Vous avez pratiqué le rugby, le tennis. Que pourriez-vous dire de vos expériences sportives ?

Lorsque j’ai éffectué étudiant des séjours en Virgine ou en Amérique, le sport faisait partie intégrante de ma vie. Ca m’a beaucoup aidé car quand je suis allé là-bas je savais à peine ce qu’était mon corps. J’ai pris conscience de l’importance de ce dernier et de l’utilité d’être en harmonie avec ses muscles, son souffle, sa respiration..

 

 

Quel est le rôle du sport selon vous ?

Il vous fait prendre conscience que vous êtes entier, que vous ne représentez pas simplement un paquet de sentiments, de pensées, d’impulsions, de réflexions, de désirs. Que vous êtes aussi un organe vivant auquel vous pouvez faire appel et qui correspond à ce que votre tête et votre corps expriment. Le sport n’est pas indispensable pour le savoir, mais il le confirme.

 

 

Selon vous la différence entre les sports individuels et les sports collectifs ?

Le sport individuel donne des leçons sur le comportement de l’individu seul face à ses défis, ses efforts, ses erreurs, la victoire ou la défaite. Il permet de conclure par rapport à ce que l’on doit essayer de faire face aux confrontations que vous apporte l’existence. Le sport collectif donne aussi des leçons inouïes pouvant s’appliquer à l’entreprise, et servir à l’exercice de tous les métiers. J’ai longtemps pratiqué la mise en scène de cinéma, je dirigeais des équipes. Au sein de RTL, je manageais des gens qui avaient leur comportement, leur mental, leurs atouts, leurs faiblesses. Tout ce travail le sport l’illustre bien. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans le vocabulaire contemporain qui s’applique aussi bien à la politique, aux affaires, à l’industrie ou aux médias que l’on fasse tout le temps référence au langage du sport : course en tête, leadership, come back..

 

 

 

Parlez-vous de sport dans vos romans ?

Quelquefois dans les livres sur mon enfance. Dans «  Le petit garçon » par exemple on trouve des notions de rugby. De même que la musique, le sport fait partie de la vie et il peut s’inscrire dans certaines scènes mais en aucun cas il ne constitue le sujet central..Mais je ne suis pas à l’bri de m’inspirer un jour du sport..Si par exemple vous deviez écrire un roman sur le tennis quel sujet choisiriez-vous ?

Ce qui m’interesserait c’est le phénomène survenu dans les années 70. Lorsque les joueurs ont été pris en main par des hommes d’affaire, des coaches, des entraîneurs, et qu’ils se sont peu à peu détachés du monde de la vie et de la réalité. A la manière de forçats modernes, ils allaient de galère en galère, d’avion en avion ; de tournoi en tournoi afin de gagner leur vie. Et aussi pour permettre à leur entourage et aux entreprises de gagner aussi de l’argent. Aussi entre l’âge de 16 et 30 ans ont-ils été tellement coupés du monde qu’ils ne le connaissent pas. Et quand leur carrière s’arrête seulement 1/3 de leur vie a été consumée. IL est donc captivant de savoir ce qu’ils vont faire ensuite et le genre de vie qu’ils vont mener. L’exemple de Borg est extraordinaire. Comment ce joueur est-il passé d’une ascension irrésistible à l’anonymat le plus total en tombant dans tous les pièges que la vie lui a tendus ?..

 

 

En tant que romancier comment regardez-vous un match de tennis ?

Je prends en permanence des notes écrites ou mentales. L’observation du monde du tennis représente pour moi une importante source d’interet dans le sens où chaque être humain est différent. Lorsque j’assiste à un match de tennis de très haut niveau ce qui m’attire surtout c’est la singularité de l’individu. Et puis le côté humanitaire à savoir l’humain différent ou proche de l’animal, l’être vulnérable ou au contraire l’être fort et qui se surpasse. La façon dont un individu joue cette mini-comédie, ce mini-drame lors d’un match me passionne

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 19 août 2020

Muriel Besnard

m.besnard,peintre,portraitm.besnard,peintre,portraitMuriel Besnard artiste peintre détentrice de nombreux prix dont le premier prix européen de l'imaginaire et la médaille d'or de l'Académie française des Arts-Sciences-Lettres, est une adepte de l'éclectisme et une ennemie de la routine."Selon moi, un artiste qui n'est pas en recherche risque de voir son art s'éteindre. On est comme un scientifique; on cherche tout le temps.

Une partie de sa famille étant asiatique, les œuvres se rapportant à ce monde là l'ont hantée dès son enfance. En outre, étudiante elle a fréquenté de nombreux artistes japonais. L'école supérieure de dessin de Paris Montparnasse lui a fourni une formation à la fois classique très solide, et en même temps basée sur toutes les recherches se rapportant à la grande époque où Montparnasse était un lieu où les artistes passaient leur temps… Puis fidèle à son image de femme curieuse et voulant constamment se perfectionner, elle a plongé dans l'univers de la sculpture, de la céramique et du design ce qui l'a fait voyager à Rome, Florence, Londres. " Ce sont un peu les hasards des rencontres qui m'ont amenée à découvrir ces univers. Ce sont des métiers dont j'ignorais l'existence notamment le désign, les arts de la table et la décoration. J'étais fascinée par l'esprit du compagnonnage, par les maîtres verriers, les maîtres orfèvres. A chaque fois, je me suis adaptée à ces techniques, et tout me semblait magique… J'en suis arrivée à faire mes propres sculptures…

La pratique de la danse l'a accompagnée pendant 20 ans, ce qui lui a permis de découvrir l'art du mouvement. " Quand j'étais sculptrice, on me disait que mon travail semblait toujours comporter une part de mouvement. On me l'a dit après dans ma peinture. Par la suite, j'ai poursuivi cette recherche sur le mouvement qui pour moi symbolise l'art premier. Et depuis 10 ans, je m'adonne au taï chi, au Qi Qong avec plusieurs profs de Qi Qong. " Cela m'a appris la connaissance de soi, le lien entre le geste et le souffle. Si un geste est fait dans l'esprit du Qi Qong, on va l'accompagner jusqu'au bout en faisant naître la sensation. En art c'est pareil avec l'approfondissement du geste. On débute par un travail dans la lenteur puis on aboutit à l'émergence, la fulgurance. On utilise l'énergie et non la force. Pour moi le corps en tant qu'objet n'existe pas, il existe en tant que mouvement. J'ai besoin non pas de bouger mais de me mouvoir. " Bouger c'est extérieur alors que le fait de se mouvoir part de l'intérieur. Il est important de chercher le mouvement au centre de son être. "

Après toutes ces expériences, la voilà installée en Bretagne depuis 2003, et se consacrant de plus en plus à la peinture. Partant toujours d'une tradition, et développant une peinture innovante et très personnelle, c'est à l'art celtique ancré dans un esprit hindouiste qu'elle se consacre alors avec la participation à des expositions comme axe principal. Puis stoppe l'art d'inspiration celtique, la sculpture en se consacrant désormais à la peinture asiatique avec 3 axes : Le premier a pour thème la femme avec des portraits retranscrivant la manière d'être femme. Les cheveux longs avec un langage graphique font partie du programme. Deuxième axe : Le paysage découlant de l'esprit de la peinture asiatique mais très coloré et occidentalisé avec du papier xuan, dans une technique de xieyi représentant l'art du spontané. Un mélange entre maîtrise et spontanéité. Par exemple, il peut lui arriver de travailler sur un lion et finalement de faire un chat.… Elle laisse le pinceau faire son chemin, et laisse une grande part d'improvisation. Quant au troisième axe, basé sur les animaux, il englobe une autre technique le gongbi une peinture sur soie impliquant un toucher soyeux. Le Gongbi représente le contraire du xeiyi en reprenant 7 fois la peinture. Pourquoi l'un ou l'autre? "C'est vraiment au feeling explique l'artiste et cela dépend des périodes et aussi beaucoup des saisons. Au printemps et en été l'on est plus facilement dans le mouvement, et la spontanéité donc on utilise davantage la xeiji. En hiver où l'on est vraiment dans les racines, l'intériorité, on a davantage recours au gongbi avec son côté patient, et où l'on revient sur les choses. Il paraît d'après mes amis spécialistes de l'art chinois ou japonais que la différence entre les deux techniques se voit de moins en moins dans ma peinture car il règne aussi une spontanéité dans le gongki. Et j'ai aussi une maîtrise dans le xeiyi. Je me suis appropriée ces techniques petit à petit et j'en ai fait quelque chose de réellement personnel.

Muriel Besnard qui possède une conception très personnelle de la peinture se laisse guider par le geste sans lui faire obstacle, sans penser au but. Et entre en état méditatif pour peindre : " C'est l'art qui m'a fait découvrir la méditation mais je savais déjà ce que cela représentait grâce à ma fréquentation du milieu japonais La méditation ce n'est pas une chose que l'on fait, on crée les conditions pour que l'état méditatif arrive. Or l'état méditatif peut aussi survenir par surprise. Vous êtes en haut d'une montagne, vous contemplez le paysage et tout d'un coup quelque chose se passe en vous d'assez indicible, que l'on peut appeler la méditation. Et quand on peint, cet état là arrive aussi de lui-même… A chaque fois? Oh oui, et au début, plus je peignais, plus j'approfondissais et plus cet état devenait profond. Et plus j'apprenais à le connaître, à le découvrir, et plus cela devenait une partie de moi-même même dans la vie de tous les jours. La pratique de l'art, surtout l'art asiatique développe un impact énorme sur le développement personnel. "

Ce qu'elle peint, elle ne le considère pas comme un objet mais comme un sujet et entre en communion avec lui pour saisir son intimité profonde. Elle essaye d'enlever le côté subjectif pour saisir la réalité profonde des choses. Pratique l'art gestuel méditatif dans la relation entre corps et esprit avec le corps dans son mouvement artistique, dans sa gestuelle. C'est une artiste de la sensation, et une espèce de cohérence soutient son œuvre. "Je ne suis jamais autant reliée au monde que quand je suis dans mon atelier, mais d'un autre côté j'ai besoin de solitude et de silence. Je ne suis pas réglée du tout, mon travail s'accomplit de manière extrêmement spontanée. Par contre, il faut que je le ressente. Comme ma façon de peindre est surtout basée sur le geste, il m'arrive même de commencer une œuvre les yeux fermés et de la réinterpréter. J'aime bien que ce soit la lumière du jour même si je peux peindre dans la pénombre.

Pour moi un modèle est un support de l'imagination. C'est une espèce de fluidité. On ne copie pas un modèle, on essaye de saisir son essence, d'entrer en communion avec. On peut entrer en communion avec l'essence d'un sujet, et on peut également entrer en communion avec sa propre essence. Par exemple lorsque je fais une série de portraits de femme, je ne vais pas chercher à faire un portrait de femme mais à me mettre en relation, en communion avec l'essence d'une certaine façon d'être femme. Comment l'on est une femme rebelle, une femme adolescente rebelle, une femme romantique et en même temps pleine de dynamisme. En essayant à chaque fois de le faire ressortir, après l'avoir déja ressenti moi-même, en allant le chercher en mon for intérieur. Certaines femmes que je peins me ressemblent terriblement, d'autres pas du tout. Les personnes de ma famille, de mon entourage proche peuvent me reconnaître à travers certains tableaux. Pas dans les traits physiques mais à travers le caractère, la posture, le regard etc… C'est cela qui m'intéresse.

Quelles sensations la peinture sur un toucher soyeux, sur de la soie provoquent t-elle? : " Cette découverte a été assez fascinante et inattendue. L'on est en contact avec un matériau très organique. En peignant un loup comme le pinceau à force de faire poil par poil caresse cette soie, on a vraiment une sensation physique très puissante. La main gauche touche la soie, on est en connexion avec l'animal, et c'est quelque chose de vraiment intense. Il lui arrive d'utiliser cette technique pour peindre un paysage mais jamais pour un portrait. Et quand on lui demande pourquoi elle affirme : " Il y a quand même le côté respect de l'autre, mais oui c'est une bonne question. Cela peut arriver avec les cheveux, mais la peau je ne me permettrai pas. Peut-être vais-je essayer… J'aime les suggestions, les questions du possible."

Pour Muriel Besnard qui enseigne également mais dans un esprit " Maître disciple" et non professeur élèves, c'est une époque quelque peu charnière avec un nouveau concept " le sophro-art ", site rédigé pendant le confinement en s'inspirant de Caycedo le fondateur de la sophrologie lui-même allé à la rencontre des techniques asiatiques. Un art qui relie la gestuelle et le souffle dans un état de conscience équilibré et harmonieux, en mettant en scène des arts asiatiques comme le Sumi-é japonais, le Xieyi et le Gongki chinois, en synergie avec nos approches occidentales de l'art. Avec un état méditatif développant d'un côté la fusion du savoir-faire et de l'autre la spontanéité, ce qui engendre un bien-être du corps, de l'esprit et du cœur et une diminution du stress. Sont activées les capacités de concentration, d'observation et de disponibilité de l'esprit avec éventuellement quelques exercices en rapport. Cet atelier est destiné à tous ceux, jeunes ou moins jeunes qui veulent s'initier à l'art du pinceau asiatique et tendre vers plus de beauté en oubliant la notion de bon ou de mauvais et en laissant de côté tout désir volontaire de succès ou d'ambition.

"Avant même de faire de la sophrologie, on commence par quelque chose de l'ordre de la danse ou du Qi Qong, avec découverte de son corps, de la posture, son ancrage au sol, la manière de respirer. De nos jours, les gens ne savent plus respirer, ils sont hors d'haleine. Ensuite on fait éventuellement une petite séance qui peut s'apparenter à de la sophrologie mais qui est tout à fait adaptée à ce qui va se passer. Après, cela peut éventuellement comporter un nouveau moment sur la respiration, sur la conscience du corps, ou aussi des visualisations. Puis on va passer côté atelier avec cette fois la découverte de la relation du corps de l'artiste avec son matériel. La relation art pinceau, la prise de conscience tactile des différents rebords des pinceaux, l'entrée en relation avec l'eau, la façon de poser le lien entre la respiration et le toucher du pinceau. En fait une vraie conscience de la présence de son corps autant que de son esprit, du lien entre le corps, l'esprit et le matériau. Une façon de faire prendre conscience aux participants du lien dans lequel ils se trouvent, de manière à avoir une attention diffuse et non focalisée".

Chaque séance sera quelque peu différente et pourra évoluer avec le temps. On l'a bien compris, c'est ainsi que travaille Muriel Besnard. Dans la recherche permanente, l'originalité et la profondeur…

sophro.art

murielbesnard.fr

Agnès Figueras-Lenattier