Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 22 juillet 2022

Christophe Cazuc

profil avec les deux romans.jpgChristophe Cazuc la cinquantaine, titulaire d’un doctorat de sociologie, a multiplié les missions : consultant RH, préparateur mental, conférencier en optimisation du potentiel… Classé à 2/6 pendant de longues années, il a également coaché de nombreux joueurs de tennis professionnels avec environ 200 tournois dans son escarcelle.  Il a publié en auto-édition une trilogie sur les secrets de la performance tirée de son expérience personnelle. Le premier tome évoque l’histoire d’Alexandre 18 ans qui rêve de devenir un champion. Il croisera sur sa route Pierre un coach quelque peu atypique qui va l’aider à trouver en lui de grandes capacités mentales.  Le tome II est une fiction sur le tournoi de Roland Garros 2021 et lors du troisième tome on voit Alexandre sur le circuit pendant 10 ans avec notamment le tournoi de Winbledon.

 

 

Tu as écrit une trilogie sur les coulisses du circuit professionnel tennistique. Comment est né ce projet ? Ecris-tu depuis tout jeune ?

Avant 2018, je n’avais jamais eu en tête de publier un livre, mais j’écris depuis mon enfance. De la poésie, mes états d’âme notamment par rapport au tennis qui en fait naître beaucoup. Puis, j’ai fait un mémoire de maîtrise de DEA et un doctorat de sociologie qui comporte plus de 400 pages. J’ai également rédigé des articles scientifiques afin d’obtenir la qualification de « maître de conférence ». Mais c’était dans un cadre formel et académique impliquant des obligations qui me laissaient peu de liberté.  Un sociologue est toujours obligé de justifier le moindre de ses propos et c’est la raison pour laquelle dans le tome 1, on trouve beaucoup de notes en bas de page, les lecteurs ne sachant pas forcément ce qu’est l’ATP, l’ITF. C’est une déformation d’enseignant chercheur. En fait, l’idée de ce livre est venue à la suite d’une conversation avec Manu Planque l’entraîneur de Lucas Pouille entres autres. Ne trouvant pas de joueur à coacher, je me suis dit que j’allais en coacher un par le biais de la littérature. Plein d’idées et de thématiques envahissaient mon esprit. Et mon but était de partager ma méthode de travail avec les lecteurs étant donné que quand on s’adonne à du coaching mental, cela engendre de l’exclusivité. Je voulais que les gens puissent s’en inspirer, se l’approprier, prendre ou jeter selon leurs souhaits.  J’avais aussi pour défi d’encourager les jeunes à lire, ce qui est de moins en moins fréquent actuellement.  Ils lisent sur leur téléphone, ce qui n’incarne pas l’image que j’ai de la lecture. Or, je sais que les plus jeunes qui lisent mon livre ont 12 ans, ce qui est déjà une belle récompense.

 

 

Quelle était ton point de départ concernant cette trilogie ?

Il était entendu que si pour le premier, j’avais eu des retours désastreux, il n’y aurait pas eu de second volume car je ne suis pas masochiste et n’ai pas envie de faire perdre du temps aux lecteurs. J’ai volontairement voulu que ce soit un livre de poche à 10 euros. Non seulement je n’estime pas valoir 25 euros (ce livre est un peu une ode à l’imperfection… ) et ne voulais pas qu’il y ait une discrimination par rapport à l’argent. En outre, un livre de poche loge facilement dans un sac de tennis. Comme les réactions ont été très positives, j’ai commencé à écrire le second tome. Mais il m’a fallu un certain temps pour écrire la suite, pour trouver mon rythme, et une fois celui-ci trouvé, je me suis embarqué sur une autre idée pour le tome 2 et 3. Les personnages restent les mêmes mais le contexte et la durée sont différents. Pour le premier, on voyage sur trois continents différents, où j’ai moi-même été alors que dans le tome 2 c’est de la pure fiction et cela se passe au moment du tournoi de Roland Garros 2021.

 

Une thèse sur la construction d'une carrière

 

Et je m’étais fixé comme objectif qu’il sorte avant que l’événement n’ait lieu. J’ai fait le choix d’un large public assistant à l’événement, alors que le tournoi s’est déroulé en jauge limité.  Pour le troisième on repart sur 10 mois, deux jours après le tome 2 et l’on va jusqu’au mois d’avril 2022.  J’ai fait une thèse intitulée « La construction d’une carrière » et dans une carrière, il existe trois moments : l’apprentissage, l’exercice et la reconversion. Le premier est l’apprentissage. Alexandre est fin junior, début sénior, a 18 ans. Dans le deuxième trois ans plus tard, il a une wild card pour le tableau final de Roland Garros. On est sur des formats de matches potentiels en 5 sets avec l’événement de l’année pour tout joueur français. Comment va-t-il répondre aux exigences ?  Le tome 3 évoque un parcours beaucoup moins linéaire car on m’avait reproché un monde trop parfait, sans problème d’argent ou autre.  Si je voulais vraiment aller au terme, je ferais un tome 4 sur l’US Open mais qui n’interviendrait qu’en 2030. Il faut laisser Alexandre atteindre ses 30 ans pour que ce soit la fin de sa carrière et voir comment il va se reconvertir. Pour un sportif, en 15 ans son parcours peut être réglé sur ces trois moments là. Souvent, il devient entraîneur. 

 

 

On voit bien que tu as été coach car tu décris très bien les arcanes du tennis que tu analyses avec un scalpel !

Le mot que tu as employé est tout à fait adapté. Je veux que le lecteur puisse être dans les coulisses de ce monde qu’il connaît souvent juste par un résultat, un score à la télé, ou un match. Il est important de connaître les joies, les peines, les efforts, toutes les trames situées en amont pour se rendre compte de cette richesse qu’il peut y avoir dans le tennis de compétition à haut niveau . De temps en temps, on juge un joueur sur un match mauvais qu’il a disputé,, sans se rendre compte du travail accompli, et très souvent des sacrifices impliquant une dimension mentale très importante.  Finalement, tout est subjectif dans le tennis.  Bien jouer qu’est-ce ça veut dire ?  Beaucoup de jeunes, d’adolescents ont une vision beaucoup trop propre du tennis. Que des coups gagnants, du beau style. Or on a bien vu que ce n’était pas la réalité, avec en particulier l’arrivée de Brad Gilbert qui a coaché Agassi. Il lui a dit à un moment donné : « Tu n’es pas obligé de faire que des coups gagnants à chaque fois » et ce fut la première fois qu’Agassi gagnait Roland Garros. Il a été capable de jumeler une qualité de frappe exceptionnelle avec des coups de remise pour essayer de jouer plus intelligemment.

 

Tu as fait appel à quatre personnes comme conseillères notamment Brigitte Simon ex n°1 française. Que t’a-t-elle dit ?

Elle trouvait que dans le tome 1, j’étais trop lisse, trop réservé, trop pudique dans la psychologie des personnages et presque trop politiquement correct. . Je me suis débridé au fur et à mesure du tome 2 et 3 et elle m’a affirmé que j’avais bien progressé. Je n’ai pas cherché à plaire particulièrement dans le tome 1 car Pierre le coach atypique c’est moi à 90%. Quant à Alexandre, c’est une sorte de mixte de tous les jeunes que j’ai pu entraîner depuis plus de 20 ans au niveau du jeu, de la philosophie et surtout de la mentalité actuelle au sein des réseaux sociaux. J’ai aussi travaillé mon style avec un journaliste, la syntaxe et l’orthographe.

 

Les trois couvertures ont été réalisées par Chryslène Caillaud avec trois titres reprenant le mot balle (Balle d’éveil, Balle ocre, Balle de break) !

Au départ, je voulais appeler ce premier tome « People don’t cry » une chanson du groupe The Cure que j’aime beaucoup. En effet, dans le tennis masculin, le fait que qu’un joueur pleure peut être considéré comme un manque de mental. Important aussi, tout ce qui peut être associé à de la misogynie comme le fait de dire que les filles n’ont pas un aussi bon mental que les garçons. On est tous confronté hommes, femmes à des moments de stress, d’inquiétude.  Mais comme j’étais parti sur un personnage masculin, finalement j’ai choisi le titre « Balle d’éveil ».  Cela me permettait de décliner pour les deux tomes suivants « Balle ocre » par rapport à la terre battue de Roland Garros. Enfin « Balle de break »  car d’une part, l'herbe de Wimbledon a son importance dans le récit et d’autre part c’est un peu une allusion « à la cassure qu’a entraînée  la gestion calamiteuse  du Covid de nos gouvernants au sein de la population française. Une blessure que nous mettrons du temps à cicatriser. Pour le premier, je voulais traduire ce moment où l’on peut se ressourcer, le changement de côté. En quelque sorte le temps s’arrête, et la pression peut redescendre incluant une canalisation de notre énervement, notre colère. C’est un moment très important en terme d’habitude car c’est véritablement la routine qui nous permet de reprendre pied quand on est en train de perdre les pédales pendant un match. . Pour le tome 2, on a beaucoup parlé des invisibles (caissières, infirmières, chauffeurs de bus...) au début de la crise covid en 2020. Ce sont des personnes qui travaillent dans l'ombre et le tome 2 leur rend hommage sur un événement comme RG (ramasseur, juge de ligne, cordeur, supporter...). Pour le tome 3, je voulais que l’on voit une balle, du gazon et des pieds.

 

 

Tu cites beaucoup de maximes en introduction des chapitres!

A travers le bouddhisme auquel je me suis formé, mon idée était de diriger le lecteur vers une sorte de philosophie axée sur des phrases que j’ai utilisées en terme de coaching. On peut réfléchir sur une seule phrase toute sa vie. Adepte du développement personnel ? Oui complètement. Pour moi c’est sacré et j’aurais aimé à 15 ans lire un livre comme celui-là. Le tennis m’a permis de me désenclaver géographiquement, j’ai voyagé dans 40 pays, de prendre confiance en moi malgré ma timidité et en même temps de m’éveiller.  Quand on est passionné et que l’on a la chance de pouvoir pousser longtemps son investigation, on entre en profondeur dans son moi ; c’est le principe socratique «  Connais-toi toi-même. A partir du moment où l’on se trouve confronté à des enjeux de plus en plus ambitieux, automatiquement, on cherche en soi des ressources de plus en plus importantes. C’est la sagesse que Pierre essaye de remettre à plat en permanence…

 

Le  tennis une philosophie ?

Tout à fait, c’était vraiment cela que je voulais montrer.  Je suis très content de ma petite carrière car le tennis  me permet de continuer à avancer et toute ma vie il me servira. J’ai pu pratiquer une activité qui fait passer émotionnellement par des états d’âme très contrastés avec de la joie d’un côté et de terribles peines de l’autre.  Encore plus accentués quand on est quelqu’un de très sensible et tant que les émotions sont là, on garde finalement une innocence. On m’a traité dernièrement d’idéaliste ou de rêveur. C’est le plus beau compliment que l’on puisse me faire.  J’ai bossé 7 jours sur 7 pour les 3 tomes et puisque les gens semblent avoir passé un bon moment en lisant mes livres, je me dis que mes efforts ne sont pas totalement vains. J’ai un style très simple avec des mots simples et n’ai pas de prétention littéraire. En tant que sociologue c’était la même chose, je suis pour un principe de vulgarisation. La littérature nous permet de nous plonger dans différents univers.. En plus du tennis, la littérature m’a permis de me développer intellectuellement au niveau de ma philosophie, de mes références et de la tolérance. Ceci à 8, 10 euros en livre de poche, ou par le biais d’un abonnement en bibliothèque. Je lis beaucoup et suis attiré par des espaces parallèles pour découvrir des personnalités. Je trouve que  le succès a tendance à lisser un peu les styles artistiques ou littéraires.  Un peu comme une standardisation à laquelle je suis opposé.

 

 

Alexandre se repère beaucoup en fonction du TAO !

Je me suis lancé dans le TAO Te King que je trouvais déroutant et en même temps inspirant pour un jeune. Le principe c’est de se rendre compte qu’il existe une relativité dans toute chose et que quelque part c’est intéressant de prendre en considération que la perfection n’existe pas. Qu’est-ce que la perfection ? Les perfectionnistes il y en a beaucoup et les gens qui aspirent à cela peuvent devenir dingues. C’est pour cette raison que génie et folie se côtoient souvent.  L’idée que Pierre veut enseigner à Alexandre c’est ce lâcher-prise. Il est d’usage de considérer que la perfection n’existe que dans la victoire. Or certaines victoires sont imparfaites et certaines défaites parfaites.  Il faut être capable de mûrir et se rendre compte qu’il existe d’autres choses en dehors du tennis et que ce qui est important c’est d’être impliqué à 100% dans l’instant présent. Après l’on peut faire plein de choses différentes dans une journée et si on les fait avec un grand investissement, on a forcément une satisfaction. Autre chose importante dont je parle la respiration qui symbolise la vie. Beaucoup de personnes ne savent pas respirer. Des joueurs comme Rublev, Gilles Simon qui sont des fils de fer contrebalancent leur manque de puissance par une bonne capacité à respirer.  Pour optimiser son potentiel, la respiration est essentielle.

 

Tu fais un lien entre les randonnées et la forme au tennis !

Je les ai faites tout seul en Nouvelle Zélande. C’était la 9ème fois que j’allais à Melbourne et tout le monde m’avait dit « La Nouvelle Zélande, c’est le plus beau pays du monde. J’ai vu des reportages ; c’est vrai.  J’ai découvert la rando en 2010 avec Nomade Aventure sur le haut Atlas marocain. Deux ascensions à 400m.  C’est quelque chose qui me plaît beaucoup car tu réfléchis quand tu marches. Plein d’éléments se mettent en place et J’avais le vertige . On est loin d’avoir peur de faire une double faute, de déplaire à ses parents. Quand tu montes sur des crêtes de montagne, c’est clair que le danger est un peu plus important. J’estime en plus en tant qu’intervenant, je me dois régulièrement de me mettre en position d’aller dans des zones d’inconfort. Ceci pour éviter d’être un théoricien et pour avoir conscience qu’à certains moments le stress et la peur existent. Il faut expérimenter ça soi-même de temps à autre et voir si ce que l’on propose comme piste de respiration, de visualisation, de routine fonctionne encore.  Sinon, tu es un escroc.  

En vieillissant je prends de plus en plus de risques pour éveiller ma vie quotidienne. « Cela me fait penser à la phrase «  Si tu as peur du tigre affronte-le »…  Je n’ai pas voulu en revanche prendra la responsabilité d’être parent et je n’engage que mon existence.  On n’a jamais fini de se découvrir avec des situations où l’on ne sait pas ce qui va se passer. Et puis les événements douloureux de la vie m’ont démontré que quoi que tu fasses dans la vie, elle se chargera toujours de mettre sur ton chemin des surprises pas toujours joyeuses et il faut avoir une trame.

 

 

A un moment donné, Alexandre casse sa raquette et est privé de compétition pendant quelques mois. Quel message as-tu voulu faire passer ?

Dans ma vie j’ai du casser 50 raquettes. J’avais un énorme conflit avec mon père alcoolique et je ne pouvais pas lui casser la figure.  J’ai souffert de l’image que j’ai pu donner, et les gens ne savaient pas pourquoi je me comportais ainsi… Je voulais dire dans ce livre « Evitons de juger les gens surtout dans les moments où ils ne sont pas au top et ne nous positionnons pas en donneurs de leçons. On ne naît pas agressif, on ne pète pas un cable par choix, c’est notre esprit qui est poussé à bout à certains moments, et j’en pâtis encore aujourd’hui à cause de gens qui m’ont catalogué. Quelque part, écrire est une façon de mettre les choses au clair. On peut être intelligent et en même temps avoir un comportement totalement stupide.  Je suis tellement perfectionniste, je déteste la médiocrité et c’est la raquette qui prenait. Il y avait à la fois la colère latente, et la colère du match et les deux cumulés sont difficiles à contrôler. Mes parents m’ont offert ma première raquette, elle a été cassée et après j’ai tout payé moi-même.

 

 

Peut-on réussir à l’heure actuelle dans le tennis sans coach ?

Sur un court de tennis on est tout seul.  Maintenant, ils vont tester le coaching mais certains coaches dont je fais partie ne sont pas intéressés par interférer pendant les matches. C’est cette capacité qu’a l’individu à trouver par lui-même les solutions qui prévaut, et qui lui donne confiance en lui-même. Sinon, il est toujours dans une sorte de soumission ou de dépendance dans sa réflexion à l’autre.  J’ai coaché jusqu’au tableau final de Grand Chlem, et je sais qu’à présent, je peux amener un joueur jusque là. Je peux anticiper énormément d’erreurs car je les ai vécues avec d’autres joueurs.  Je revendique ce principe d’émancipation qui est à l’opposé de ce qui se passe actuellement. J’aime le principe « do it yourself » et avec deux fils de fer et une boîte à chaussures on peut faire quelque chose.  Ca demande une créativité beaucoup plus importante qui  contribue à stimuler côté cérébral.

 

 

 

Le livre qui t’a le plus apporté sur le plan développement personnel ?

« Plaidoyer pour le bonheur » de Mathieu Ricard une introduction au bouddhisme que je trouve intéressante et sinon  « Le guerrier pacifique » de Dan Millman. Une sorte de guerrier pacifique à la sauce tennis, c’est ce que je fais pour garder cette cohérence entre ce que tu vis et ce que tu dis…  Il est essentiel de comprendre que l’on a aucune prise sur 80% des sources de stress provoquées, et qu’il est sage de se concentrer sur les 20% restants …  C’est là où l’on doit mettre notre énergie en œuvre…

 

 

Tes projets ?

La sociologie a constitué un choc culturel énorme, c’est ce que je suis en train de démontrer dans mon nouveau livre qui contient une partie autobiographique très importante. J’ai fait de l’anthropologie rurale, politique et cela m’a totalement éloigné de mon univers quotidien et m’a éveillé à la vie.  Ce fut une ouverture incroyable et en même temps, je continuais à faire des tournois le week-end dès que je pouvais. Je suis resté 30 ans en seconde série et cela constituait un équilibre.

Pour ce prochain livre, je voudrais vivre 4 semaines consécutives coupées de tout réseau. Serais-je déconnecté ou connecté à la nature ? J’ai commencé à écrire sur tout le rapport géographique pour raconter comment l’on peut se retrouver dans cette aventure. J’ai fait partie d’un groupe d’anthropologie corporelle que je surnomme philosophie corporelle car c’est la connexion avec la nature et l’observation du retour à l’état sauvage. Que va-t-il se passer ? J’ai fait plusieurs sortes de  coaching, dont celui en entreprise, le coaching mental sportif où je suis intervenu sur plus de 10 sports et le coaching individuel.   Avec le sportif c’est la préparation mentale qui prime, avec un particulier c’est du développement personnel, avec une entreprise c’est la gestion des ressources humaines. Ce qui me plaît c’est qu’à chaque fois une page blanche se met en place avec l’idée de faire émerger les ressources chez l’autre. Je prends des notes et la personne à un moment donné se retrouve en difficulté pour que j’apprenne à découvrir qui elle est. Je ne vais pas lui donner une solution, je vais faire en sorte qu’elle arrive à la trouver toute seule.  Que les questions soient suffisamment pertinentes pour que la personne verbalise à haute voix haute, qu’elle s’entende. Ensuite, à soi d’appuyer sur certains mots, mais jamais d’imposer quoi que ce soit. Trouver les portes de sortie et en même temps prendre ce temps- là interactif, pour ceux qui en ont besoin.

Pour contacter  Christophe Cazuc :  balledeveil@yahoo.com

Agnès Figueras-Lenattier

05:30 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 29 juin 2022

Cheyenne Carron

IMG_7421.jpgAtelier Cheyenne 3 .jpg

Cheyenne Carron est une cinéaste de talent totalement indépendante qui a réalisé 14 films dont le premier «  Ecorchés » sorti en 1905.  Il parle d’un couple qui lors de vacances en amoureux dans une maison de campagne isolée établit un rapport de force qui va se transformer en drame. Auteur de plusieurs livres, elle est également peintre et a sorti récemment un bel album «  Survie, le monde d’après » qui englobe quelques-unes de ses œuvres picturales. Elle a d’ailleurs bien l’intention dans les années qui viennent d’abandonner quelque peu le cinéma pour se consacrer à cette autre corde à son arc…

 

En regardant vos films, on sent qu’il règne en votre intérieur une certaine empathie et une certaine solidarité envers ceux qui souffrent. Pensez-vous que cela est dû à votre enfance pas toujours très rose ?

J’ai eu une enfance difficile c’est vrai, mais en même temps pleine d’immenses bonheurs. Pour pouvoir donner, aimer, il faut quand même recevoir beaucoup d’amour et heureusement j’en ai eu. Oui, je suis de l’assistance publique, mes géniteurs étaient très cruels, ne s’étaient pas occupés des papiers me permettant d’être adoptée et m’avaient laissée un peu comme un paquet dans une gare dès l’âge de 3 mois… Mais j’ai été placée par la DASS dans une famille d’accueil où la maman a adopté 3 enfants ma sœur, un enfant du Guatemala handicapé et moi plus deux enfants biologiques. Cette femme est exceptionnelle, une ancienne institutrice catholique dotée d’un cœur immense.  

 

Une mère très aimante

 

Elle m’a sauvée de tout, et elle m’a témoigné l’amour que doit avoir une mère avec son enfant. Ma vie a été faite de catastrophes, j’ai pu voir la laideur de certaines êtres humains, mais j’ai vu aussi la beauté d’autres personnes. Un équilibre s’est mis en place englobant une enfance riche, dense, avec ses contrastes, sa force, et une belle soif de vivre. Pour faire ce que j’ai fait, 14 longs métrages à porter à bout de bras, il faut aimer énormément la vie. Donc, forcément ce passé m’aide et m’influence pour évoquer la complexité de la nature humaine au sein de mes films. Mais la plupart du temps, j’essaye de faire triompher le beau et il est rare que je mette en avant la laideur de l’âme. Dans ma vie, ce n’est pas la laideur qui a triomphé mais la beauté.

 

Votre premier long-métrage est sorti en 2005. Vous dites fuir les acteurs professionnels mais vous avez engagé Mélanie Thierry. C’était une exception !

A ce moment là, elle n’était pas du tout professionnelle et n’était pas du tout connue. Elle a même galéré de nombreuses années avant d’avoir sa place au cinéma. Elle a joué dans de mauvais films y compris le mien. En effet, je ne suis pas du tout fière de cette réalisation. C’est le seul film qui a eu un producteur d’ailleurs extrêmement interventionniste et ce fut le déclic qui m’a convaincue de réaliser mes films en indépendante. Je me suis éloignée de ce côté prod, distribution pour produire un cinéma plus puriste, plus exigeant. J’avais vraiment soif de liberté.

 

En 20 ans de réalisation, vous avez été exclue de tous les organismes officiels notamment du CNC. Pourquoi selon vous ?

C’est très difficile de répondre et c’est plutôt eux qui pourraient donner la raison.  Ce qui est sûr c’est que pour moi, il y a eu un avant et un après. A mes débuts, je croyais beaucoup en cette institution et je leur fournissais des dossiers avec beaucoup de conscience professionnelle. J’avais même demandé des rendez-vous pour rencontrer les responsables de cette institution et leur exposer ma façon de travailler. Pour mon film « La fille publique » qui parlait de mon parcours à l’assistance publique, un beau film qui faisait référence à John Ford, on a même refusé de me faire les sous titrages en anglais sous prétexte que c’était un film sélectionné dans les festivals. J’ai du faire des emprunts, et à partir de ce moment est née dans ma tête une bascule vis-à-vis du CNC que je me suis mise à détester. J’en ai vu les limites mais malgré tout, j’ai continué et je continue toujours à leur demander de l’aide pour chacun de mes films. Par exemple, en septembre je vais tourner « Je m’abandonne à toi « , un film en hommage aux aumôniers militaires. Je déposerai un dossier en espérant avoir une avance mais je pense qu’elle me sera refusée. Pourquoi ? C’est une institution qui fonctionne avec les gens qu’elle connaît qui soutient le cinéma indépendant que l’on peut qualifier d’auteur et en même temps qui veut gagner de l’argent. C’est très complexe et un rejet mutuel s’est maintenant installé entre eux et moi.

J’ai quand même réussi quelque chose de très spectaculaire qui m’a demandé un effort que vous ne pouvez imaginer et qui me vient tout à la fois de cette enfance à la fois chaotique et d’avoir fait ces films toute seule.  Faire des films qui les uns après les autres bénéficient souvent de critiques très élogieuses n’est pas forcément un avantage pour plaire à des institutions comme le CNC.  C’est bien compliqué même pour moi car j’aurais rêvé d’être reconnue et soutenue. Mais j’avais l’idée d’un certain cinéma et je voulais le produire coûte que coûte…

 

A 16 ans, j’ai découvert le cinéma par mère qui ‘a montré beaucoup de vidéos et aussi par un vidéo club dans ma ville. Et puis j’ai eu pour voisin pendant très longtemps Pierre Schoendoerffer et j’ai bien connu Jacques Rozier. Il me disait toujours lorsque nous déjeunions ensemble « les producteurs ça n’existe pas » et il m’encourageait à faire mon cinéma. Je crois que lui aussi faisait aussi beaucoup son propre cinéma. C’était s’inscrire un peu dans l’héritage du cinéma réalisé avec des bouts de ficelle. A l’époque c’était un cinéma fait en pellicule ce qui coûtait bien plus que maintenant avec les moyens numériques. Ca a permis à des cinéastes comme moi de produire une œuvre.

 

 

Comment avez-vous fait financièrement ?

Ce fut très difficile et mes films étaient faits avec des budgets très faibles qu’il fallait malgré tout que je trouve.  Parfois, j’allais frapper à la porte de gens très fortunés que je ne connaissais pas.  Parfois ça fonctionnait comme pour « L’apôtre » avec Xavier Niel. Ou je trouvais des noms des sociétés et j’envoyais des courriers. Parfois je me disais que pour tel film je pouvais y inclure des placements de produits. Je pense notamment à mon film « Le corps sauvage » sur Diane chasseresse pour lequel je suis allée voir des marques liées à l’univers de la chasse et de la pêche.  Je demandais un petit budget en échange de placer une bouteille de vin dans mon film… Ou des vêtements portés par les acteurs… Je me débrouillais toujours pour trouver le financement à tout prix, mais il y a de nombreux films que je n’ai pas pu faire faute d’argent notamment 5 ou 6 films auxquels je tenais.  J’ai énormément écrit, et   en 25 ans n’ai pratiquement pas pris de vacances. Je rêve après « Je m’abandonne à toi de faire un film sur les soins palliatifs. Ce serait mon dernier film qui s’intitulerait « Notre humanité « Mais je ne vois pas qui pourrait financer ce genre là…

 

 

La ténacité fait partie de votre tempérament !

Je ne dirais pas tenace. J’ai foi en ce que je fais, j’aime passionnément le cinéma et il a représenté ma bouée de sauvetage. A 16 ans ½ La DASS m’a mise dans un petit studio car je faisais beaucoup de bêtises. Je n’allais pas en cours et je regardais plein de films. Je pense qu’à cette époque là, le cinéma m’a sauvée.  C’était vital, et je n’aurais pas pu réaliser tout cela si ce n’était pas vital.  Mais le cinéma va laisser place petit à petit à la peinture. Je peins depuis des années, mais je ne montrais pas forcément mes peintures ; c’était mon jardin secret. Mais je pense qu’actuellement je m’oriente petit à petit vers une vie de peintre.

 

On va y venir, mais parlons encore un peu cinéma ! Vous avez eu de nombreux prix ; c’est un peu comme une revanche !

Non, je ne le considère pas ainsi. Il existe de nombreux films qui reçoivent des prix et qui ne sont pas forcément intéressants.  J’aime mes films bien sûr mais parler de revanche, non. D’ailleurs, pour parler franchement je ne présente plus du tout mes films dans les festivals. Ca ne m’attire plus.  Mes plus belles récompenses maintenant c’est lorsque des amis me mettent des photos dans les médiathèques et que je vois mes films à la lettre Carron. C’est extraordinaire !..

 

 

Vous avez fait beaucoup de films sur les militaires !

Oui beaucoup sur le monde militaire, sur les épouses de militaires, sur les blessures psychologiques des militaires. A 16 ans, je rêvais d’entrer dans la légion pour plein de raisons. Pour le côté famille, changement d’identité, solidarité des êtres d’où qu’ils viennent. C’était un idéal et je me suis présentée au sein d’un régiment à Valence. On m’a ri au nez en disant que de toute façon on ne prenait pas de femmes. Je suis donc devenue cinéaste, mon autre rêve…

 

Vous avez vécu avec un soldat atteint du syndrome post traumatique. Avez-vous réussi à l’en sortir ?
Disons que je l’ai aidé à ne pas en avoir honte, ce qui est déjà un premier pas surtout lorsqu’on est un homme et légionnaire. Mais je n’ai pas pu le sortir de sa maladie, et d’ailleurs il n’est pas guéri et toujours suivi. Ce sont des blessures invisibles, et il est difficile d’en guérir totalement. J’ai fait un film « La beauté du monde » qui traite de ce sujet là….

 

Avant de parler peinture, sujet qui vous accapare beaucoup en ce moment, évoquons un autre de vos intérêts le parfum !

Ah oui !  Je crée des parfums qui se vendent notamment sur le site de la légion étrangère, et c’est en rapport là aussi avec mon enfance. Le dimanche, ma maman que j’aime infiniment nous mettait des eaux de Cologne sur nos mouchoirs. Chèvrefeuille ou lavande. Je me souviens que je gardais ce petit mouchoir toute la semaine et j’attendais impatiemment le dimanche suivant de respirer à nouveau cette senteur.  J’avais peut-être 7,8 ans et aujourd’hui  on pourrait presque assimiler cela à un doudou même si cela démystifie un peu le sujet. C’était un fétiche, un objet de réconfort qui me liait à ma maman et qui m’a orientée vers cette sensibilité se rapportant au parfum de l’eau de Cologne.  J’adore l’évasion olfactive par le parfum à la manière des Japonais qui d’ailleurs consacrent une cérémonie au parfum. Un jour, je me suis dit « Je vais créer mon propre mode olfactif, et raconter des histoires comme dans mes films.  J’ai acheté petit à petit des matières premières, et de petites fioles afin de me constituer mon orgue à parfum.

 

Un apprentissage de longue haleine

 

J’ai fait mon apprentissage toute seule en lisant un certain nombre de livres en mémorisant le plus possible de matières premières, et ma première création s’est appelée « Marie » en hommage à ma mère, puis j’ai créé 19 fragrances. J’avais des parfums pour le matin, l’après-midi, le soir, parfois la nuit pour mon lit mais je ne les mettais pas forcément sur moi. Ca aidait mon esprit à s’évader.  L’origine du parfum vient des rites mortuaires, des embaumements et je trouvais également intéressant de recréer un parfum qui permette de se relier à ce rite très ancien et qui puisse être utilisé pour nos propres défunts. J’ai fait cette expérience en en mettant dans le cercueil de ma grand-mère, mais je n’ai pas commercialisé l’œuvre.  Je dirais que c’était presque une œuvre artistique, et finalement entre le parfum, l’art contemporain, le cinéma il existe des ponts qui englobent des chemins quelque peu logiques découlant de l’enfance…

 

Arrivons maintenant à la peinture. Vous venez de sortir un album avec un certain nombre de vos peintures. Cela fait-il longtemps que vous peignez ?
J’ai commencé à 22 ans. Au début, c’était un peu un refuge à cause du cinéma qui m’a obligé à me battre comme une diablesse. Et je me sentais également seule.  Je n’avais pas beaucoup de moyens et je peignais toujours sur les deux mêmes toiles. J’effaçais, je recommençais et ainsi de suite. Je pouvais créer, m’accomplir et exprimer ce que j’avais en moi. C’était surtout la nuit car à l’époque j’avais beaucoup d’insomnies. C’était comme mon jardin secret…

 

C’était un domaine qui vous attirait depuis longtemps ?
J’étais passionnée par les émissions « Palette » , et par tous les documentaires sur la peinture, par les livres d’art et 90% de ma collection de DVD ont pour sujet la peinture.  Ce qui me fascine c’est l’artiste peintre qui fasse émerger un monde cohérent où l’on discerne bien sa patte.  Je n’ai pas vraiment de périodes préférées même si bien sûr j’adore certaines toiles de Delacroix, de Vélasquez, de Rembrandt et Giraudet.  Jean Rustin par exemple propose des corps nus très amochés, très laids, mais c’est captivant car il existe une logique dans tout son univers pictural. Bien sûr ce n’est pas « La belle odalisque « d’Ingres, mais quelle importance ! Celui qui est capable de proposer quelque chose de singulier, de jamais exploré, je trouve cela génial… Cela quel que soit le domaine artistique, et même si les  artistes sont parfois bien éloignés de ma sensibilité.

 

 

Et vous quel est le monde que vous proposez ?

Mon univers, en tout cas j’aimerais qu’il soit perçu est empreint d’une certaine poésie face à un monde de destruction, de grande puissance. J’essaie de peindre la société dans laquelle je vis. C’est un monde un peu chaotique mais dans ce chaos tout est possible. Avec le mal mais aussi le bien.  Quand je peins les femmes africaines aux champs, la couverture du livre, c’est symbolique. On est dans la métaphore et cette femme cultive son jardin, un chaos rose, mais un chaos fait de coton et peut-être aussi de douceur… Quand on regarde le monde c’est assez dramatique avec le COVID, la guerre en Ukraine, mais il existe malgré tout la possibilité d’aménager son jardin avec celui des autres et d’observer ce monde avec un peu de recul. C’est cette folie de ce monde là que je cherche à démontrer au sein duquel s’infiltre de la poésie, de l’espérance, de la solidarité et une certaine beauté.

 

Un peu comme dans vos films !

En fait oui… C’est tout à fait ça…

 

Dans vos toiles, le bleu est très présent !

Oui, mais je n’en connais pas vraiment la vraie raison. C’est une couleur qui se décline sur beaucoup de possibilités et qui représente l’infini des possibilités. Mais j’expérimente aussi d’autres couleurs. Ce qui m’importe c’est de trouver la déclinaison de couleurs qui exprimera le mieux le sentiment que je veux exprimer.  

 

En revanche pas beaucoup de rouge !

Non pour le moment. Pourtant, le rouge fait naître de magnifiques couleurs avec là aussi d’extraordinaires déclinaisons. Mais les sentiments qui m’habitent en ce moment sont plutôt un peu diffus, intérieurs, mélancoliques et le rouge n’a pas sa place pour l’instant. Mais la peinture évolue, et je pense que ce domaine sera ancré en moi pour le reste de ma vie.

En effet, cette nouvelle étape dans ma vie me conduira jusqu’à ma mort et que ce domaine va devenir nécessaire à ma vie dans les années qui viennent.

 

 

Croyez-vous à l’influence des couleurs de manière générale ?

Oui, je crois en la force des couleurs et je pense qu’elles accompagnent la vie et même plus encore. Ainsi, dans nos maisons, le choix des tapisseries, des rideaux, la couleur d’un mur, n’est pas très éloigné de celui de la peinture. Lorsque je choisis telle ou telle peinture, tel ou te pigment ; il m’arrive de créer mes peintures à base de pigments, c’est pour exprimer un sentiment. Et je ne suis pas loin de penser même si je ne m’y connais pas du tout dans ce domaine là, que c’est la même chose pour les décorations  au sein des habitations. Donc être peintre, c’est être complètement dans la vie.

 

La peinture comme le parfum dégage des odeurs !

Oui, c’est vrai qu’il existe un rapport très sensuel à la peinture, surtout la peinture à l’huile, car pour moi la peinture acrylique est une peinture morte au sein de laquelle je ne me retrouve pas. La peinture à l’huile on peut y revenir tout le temps pendant des semaines, le temps qu’elle sèche. On trouve tout un tas de matières, de médiums qui peuvent aller des médiums flamands très incolores ou au contraire des couleurs, des odeurs très différentes, très puissantes de térébenthine mais aussi des odeurs très douces. Mais j’ai quand même beaucoup souffert dans ma chambre de bonne de ces odeurs car je n’avais pas de cave lorsque j’étais dans ma chambre de bonne. Je dormais à côté de mes peintures et je me réveillais souvent le matin avec de gros maux de tête et j’étais obligée même l’hiver de dormir la fenêtre ouverte. La peinture à l’huile, j’en retiendrais donc les odeurs mais aussi les matières visqueuses, moins visqueuses et le fait de concasser la poudre avec le mélange d’huile. J’adore ça, c’est magique car on fait émerger des couleurs issues de ses propres dosages…

 

Quel est votre rêve en tant que peintre ?

Je ne veux pas succomber au système et aller à tout prix vers un art contemporain qui instaure un piège à cause des histoires d’argent. J’espère créer la même folie que dans mon cinéma.

 

 

Et être libre !

Oui, vous avez tout dit en un mot, je veux la même liberté que celle que j’ai eue en tant que cinéaste. C’est une liberté que je me suis octroyée, on ne me l’a pas donnée. Et là j’aurai réussi mon chemin…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

06:56 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 23 février 2022

Samy Thiebault

_DSC4200.jpg_DSC4362.jpgSamy Thiebault saxophoniste de jazz  renommé, détenteur également d’une maîtrise de philosophie en est à son 9 album qu’il a intitulé Awé. Une trilogie qui l’a amené sur les terres  créoles et lui a permis de continuer son exploration de la Caraïbe et du jazz afro-africain. . Le titre s’inspire d’une interjection que le contrebassiste Felipe Cabrera chantait sur Puerto Rican Folk Dong, un thème de son  album «  Carribean Stories » qui  résumait bien selon lui ll’idée d’Awe. Un cri, une danse populaire créole et savante en collaboration avec des musiciens cubains portoricains habitant  aux Etats-Unis. Il avait déjà fait un gros travail d’introspection autour des cultures caribéennes et  de la relation qu’elles entretiennent avec le jazz avec son CD Carribean Stories. Et il voulait écrire un répertoire plus contemporain afin d’être davantage en prise avec ce qui se passe sans perdre de vue sa propre direction artistique. Passionné de surf, il a demandé à l’artiste Sarah Joulia qu’il connaît depuis longtemps de s’inspirer de l’univers d’Awe pour réaliser une création autour de l’océan. En sont sortis des tee-shirts qu’il vend lors de ses concerts...

 

Comment situes-la musique par rapport au domaine artistique en général ?

Pour moi, c’est le seul art qui est le plus en prise avec une forme de transe et de sensualité spirituelle. Que ce soit dans la littérature, la poésie, le cinéma, il existe toujours le médium de l’intellect. Ce qui n’est pas le cas de la musique qui parle directement aux sens. Le résultat est beaucoup plus immédiat et donc plus intuitif, plus émotionnel . C’est un point de vue très subjectif et pas du tout nourri par une analyse. Je pense que l’on peut sûrement prouver le contraire en parlant peinture mais c’est mon propre ressenti. Sans cela, je ne serais pas musicien.

 

Tu dis que tu aimes la danse dans la musique. C’est-à-dire ?

La danse représente le mouvement et la libération du corps sous sa forme esthétique.  On danse toujours avec quelqu’un, ce qui entraîne un aspect collectif. Pour moi c’est le rôle de la musique. Il n’existe pas de danse sans musique, c’est ce qui la fait vivre même si c’est une danse intérieure.  Quand on écoute Charlie Parker, on n’a pas forcément envie de danser comme le font les danseurs de hip hop mais une mise en branle du corps se déploie. Tout cela dans un but de se changer avec autrui au moins l’espace d’un concert. On se connecte les uns les autres, ceci via le jeu des émotions, des sens. On essaye de se réunir ensemble pour danser de façon très discrète afin d’arriver à une forme de sentiments collectifs. Peut-être que ça change les choses sans que l’on s’en rende compte. En tout cas, c’est une union, une réunion où l’intellect est chamboulé. Ce sont pour moi des éléments très importants, on entre dans l’aspect de la transe.

 

Donnes-tu toujours  des cours à Choisy le Roi !

Oui aux enfants et aux adolescents cinq heures par semaine.  Enseigner m’est très cher car la notion de transmission est importante. C’est à la fois bien pour moi comme aspect créatif et à la fois important en tant que citoyen et artiste de transmettre. On ne peut pas créer si on ne donne pas… En général, on commence par le saxophone alto qui est le plus adapté à leur morphologie et on parle d’abord de son, de comment en émettre un et y prendre du plaisir. On écoute aussi des disques.

 

Quel est le plus important pour toi en tant qu’enseignant ?

La tradition orale. Je suis très attaché au fait que les enfants s’approprient cette musique et pas de manière académique.  Je tiens aussi beaucoup au côté populaire du jazz et que l’élève ne considère pas cette discipline comme une musique de bourgeois et de privilégié mais au contraire  comme une musique qui lui parle de manière immédiate. C’est vraiment ce que je travaille en priorité.

 

 

En dehors de la musique tu es assez sportif. Tu as fait un peu de tennis, mais ce n’est pas un sport qui te branche plus  que cela. Pourquoi ?

Effectivement. D’abord pour une raison personnelle. Quand j’étais enfant, mes parents m’ont fait essayer plein de sports et à chaque fois ça ne fonctionnait pas ; je n’étais pas connecté. Comme il y avait un court de tennis à côté de chez moi, on m'a inscrit à des cours. C’est le professeur qui a convoqué mes parents à l’époque et qui leur a dit qu’il semblait y avoir un problème avec moi.  "Il regarde la balle passer et il ne la touche pas. Il ne se déplace même pas pour aller la frapper. C’est peut-être un problème psychologique »avait t-il expliqué Tout le monde étai très inquiet, et on m’a emmené voir un psychomotricien qui a rassuré ma famille  en leur affirmant  qu’il n’y avait rien d’inquiétant me concernant. « C’est juste qu’il est dans son univers, qu’il rêve et visiblement courir après une balle ne l’intéresse pas plus que cela. »  La deuxième raison vient du fait que la compétition à deux me parle très moyennement. Me battre contre quelqu’un n’est pas ma tasse de thé même si j’admets les enjeux stratégiques de ce sport. Il développe les réflexes, une intelligence du corps et je comprends bien le rapport entre le tennis et le jazz. Plein de jazzmen adorent ce sport.  Dans la musique, la notion de compétition est aussi présente. Il faut être brillant pour stimuler le batteur mais ça ne me dérange pas car il n’y a pas de gagnant.. En outre, depuis que j’ai découvert le surf, ce n’est plus pareil.

 

Le surf comparable à la musique

J’ai retrouvé les mêmes éléments dans le surf que ceux que je retrouve dans la musique. Une forme d’abandon aux éléments, à ce qui se passe autour de soi avec une intelligence  de l’instant auquel il faut s’adapter et parfois le surmonter ; le dominer et aussi l’accepter. Présente aussi la notion de collectivité car avec l’océan on n’est jamais seul. On est avec l’immensité de la nature comme on est avec l’immensité de la musique et le bruit de l’océan représente surtout une notion de bien-être. .. On regarde les autres surfer, on apprend, on conseille et on très solidaire les uns des autres.. Comme dans la musique, s’il arrive quoi que ce soit on doit tous s’entraider. Si quelqu’un se trompe sur un morceau on est tous avec lui, car ce qui prime d’abord c’est la musique. Ce sont toutes ces valeurs là que j’ai retrouvées.  . On ne va pas jouer de la même façon  en fonction de ce que joue le batteur et le pianiste et en même temps on doit  leur donner l’impulsion afin d' être source de suggestion. L'on est vraiment dans cet entre deux que je n’ai retrouvé nulle part ailleurs. Et puis étant dépassé par tout ce qui se passe, il existe une forme de transe. Quand les alpinistes arrivent dans un milieu qui n’est pas approprié à l’homme, ils parlent d’engagement. C’est pareil en musique et en surf. Un endroit qui ne t’est pas forcément destiné, qui n’est pas là pour toi, qui ne t’attend pas, qui ne dépend pas de toi et pour moi la musique c’est pareil. Tu arrives dans un endroit qui existe avant toi ce qui donne à la fois une certaine forme d’humilité et de puissance. C’est vraiment l’union des paradoxes.

 

De manière générale tu aimes  les sports d’eau !

Oui, depuis que je suis petit, j’adore l’eau. Mon oncle m’a raconté que quand ma mère a voulu m’apprendre à nager, elle m’a jeté dans la piscine et il a fallu que je débrouille seul.  Quand je prenais un bain, je ne voulais plus en sortir et dès que j’étais face à la mer, j’y allais tout de suite. Je ne suis pas frileux et c’est là où je suis bien.

 

Pour le saxophone tu es bien sûr très exigent dans le choix de l’instrument. Est-ce pareil pour la planche de surf ?

Ah oui !. Il y en a d’ailleurs cinq chez moi ce qui crée des discussions avec ma femme qui commence à en avoir marre de ces planches de surf partout. Mais je pense honnêtement que c’est lié aussi à mon niveau. . Il existe un moment où l’on se concentre davantage sur le matériel car c’est en rapprt avec la progression. Quand on avance, on veut avancer encore plus donc on cherche la bonne planche, le bon volume intérieur, la bonne forme, la bonne longueur même si certaines planches dépendent des vagues. Pour le saxophone, j’ai passé beaucoup de temps à chercher ce qui me convenait, ce qui est utile, je ne le renie pas. Mais une fois que l’on a trouvé le bon matériel et qu’on a également pratiqué , le travail se faisant à l’intérieur de soi c’est-à-dire dans la manière de souffler, on arrête de se poser ce genre de questions.  J’ai des amis qui surfent tout le temps et qui n’ont qu’une planche…

 

Tu es un passionné de surf ?

Ah complètement ! En plus avec la crise du Covid, c’était la seule chose qui pouvait compenser l’absence de concert à la fois physiquement et psychologiquement.  Ca m’a tellement manqué de ne pas aller sur scène que la seule chose qui m’a aidé c’est d’aller à l’océan et de surfer.

 

Tu dis que c’ est créateur. Est-ce le fait de jouer avec les vagues ?
Tout à fait ! Pas une seule vague ne se ressemble, et il règne une notion d’esthétique très importante.  Quand on est sur une vague, la façon dont on place ses bras, son buste, son corps doit être joli à voir. Il ne  faut pas que ce soit forcé, il faut être avec la vague. Le surf de par l’importance de faire de beaux gestes, se rapproche de pas mal d’arts martiaux. C’est incroyable car une vague peut changer de seconde en seconde, on est vraiment dans la création instantanée.  C’est le même processus que le  jazz et même si on a l’impression que les conditions sont idéales et que toutes les vagues se ressemblent, ce n’est pas vrai. La vitesse, le découlement, les courants, l’influence du vent rendent chaque chose unique et précieuse.

 

Et la peur là-dedans ?

Cela  dépend mais c’est le même genre de peur qui m’habite avant de monter sur scène. Plus une conscience extrême que de la peur. C’est un drôle de sentiment car on n’est ni totalement dans la joie ni totalement dans l’anxiété. C’est un entre deux où tout est à vif et l’on est plongé dans une concentration intense, du coup très excitante. Mais c’est vrai qu’à une certaine hauteur, je peux commencer à avoir peur mais bizarrement je me sens en sécurité dans l’océan. J’avais beaucoup plus peur quand je faisais du skate. J’avais peur car sur le goudron, on peut se faire très mal.  Mais dans l’eau je suis rassuré, je ne sais pas pourquoi. C’est irrationnel et je n’ai pas vraiment d’explication. En décembre 2021, je suis allé faire une cession  à Saint-Jean De Luz. Les vagues étaient très grosses avec une hauteur de 2 mètres  2m ½ ce qui est ma limite car au-delà c’est trop technique. A un moment donné, je me suis fait renverser par une vague et je suis resté très longtemps dans l’eau mais à la fin emmené vers les rochers, je n’ai pas vraiment été envahi par la peur. C’était comme une vigilance qui commençait à apparaître…

 

Existe-t-il plusieurs positions dans la façon de se tenir sur la planche ?

En surf ce n’est que debout, mais ceux  qui font du long board ont de très longues planches sur lesquelles on peut réaliser des figures de style. C’est précis et ce sont de petites vagues.. En revanche en body board, la position est allongée avec des planches tout à fait différentes. Elles sont en mousse et beaucoup plus petites. J’ai d’ailleurs commencé par là et sur ces planches là on peut se mettre à genoux. Un genou à terre, un genou debout.  J’adorais ce genre de figure qui ressemblait un peu à des positions de scène d’aikido. Mais je préfère le surf car les perspectives et sensations sont beaucoup plus intenses.

 

Prends-tu beaucoup de gamelles ?

Cela  dépend du niveau, mais j’ai l’impression de progresser en ce moment et j’en prends moins. Sur 2h si on est très en forme, on prend cinq à six  bonnes vagues ce qui est peu car on passe beaucoup de temps à ramer. 20% seulement à surfer et sur ces 20% il y a peut-être 10% de bonnes vagues… De quoi dépend la chute ? J’ai envie de citer un personnage d’Azur Asmar un dessin animé que j’adore. Au début, un jeune enfant monte sur un cheval, il tombe et celui qui lui apprend à faire du cheval lui dit « Ce n’est jamais la faute du cheval, c’est la faute du cavalier." Toutes les vagues sont surfables avec bien sûr des vagues plus ou moins difficiles à cerner.  Un excellent surfeur arrive à surfer à peu près tout. Certaines vagues se perdent tout de suite, d’autres se déroulent.  Une gamelle sur une vague facilement maîtrisable  dépend de nombreux paramètres. Un pied avant trop devant, le fait de se lever trop tard, de trop regarder autour de soi, trop sa planche… La position idéale ? Les genoux très pliés et le buste droit. L’erreur de beaucoup de débutants c’est d’avoir une position en crabe.

 

Un endroit idéal pour surfer ?
Il y en a plein mais je suis assez attaché à la plage où j’ai débuté en bas du bassin d’Arcachon ou au pays basque. J’aime bien aussi surfer au Maroc . Comme ma mère était marocaine, c’est toujours très émouvant pour moi d’aller là-bas surfer. La plupart du temps, je surfe tout seul mais quand je peux j’y vais avec des amis d’enfance qui sont tous surfers. On a commencé ensemble et on était les premiers à aller sur les plages en bas du bassin d’Arcachon. On avait une planche pour six, on a tous essayé et ça nous a plu. Quand on y va ensemble, c’est génial comme rapport et comme moment.  C’est la solidarité dont je parlais entre les musiciens, même genre de collectif.

 

Tu surf en tournée ?
Ah oui et ça devient même un problème dès que je vois qu’il existe des vagues pas loin. Je pars avec trois planches et c’est un enfer pour ma production de prévoir des voitures assez grandes pour me réceptionner à l’aéroport. Je commence à embêter toute le monde avec mes histoires…

 

Donc tu as déjà surfé avant un concert ?

Oui ça m’est arrivé. Quand c’est possible comme à Saint Sébastien, je me lève très tôt et je vais surfer. Cela me met dans la même énergie que pour un concert. Mais il ne faut pas en abuser car c’est très fatigant quand même. Il faut garder un peu d’énergie pour le soir et au lieu d’une heure et demi , deux heures, je surfe une demi-heure, trois quart d’heure. C’est comme un extra. Surfer m’inspire musicalement oui mais c’est plus en terme de sensations qu’en terme de mélodies. C’est une sorte d’état d’esprit, de mise en disponibilité. Ce qui est sûr c’est que quand je vais surfer, j’ai l’impression de travailler mon instrument.

 

T’es-tu déjà blessé ?

Non pas au rythme où j’en fais. Trois, quatre fois par mois.  Mais pas mal de surfers peuvent se faire mal au dos à cause de  la position de rame. Le buste très ouvert pour avancer et voir au loin. Mais la blessure est assez facilement compensée par des exercices de yoga, des choses de ce style. Mais c’est un sport très complet qui fait travailler énormément les parties du corps.

 

En surf tu as envie de progresser et en musique aussi. En quoi ?

Oui, c’est même l’essentiel de ce que je veux faire et encore plus en musique. En surf, je dois travailler le fait d’avoir un dos plus droit sur ma planche  et d'avoir une vision plus large de la vague. Regarder loin, avoir une vraie direction du regard et peut être utiliser plus mes appuis avant… En musique la chose plus importante n’est pas d’être le meilleur mais d’être expressif . Arriver à partager de manière claire des sentiments forts. Cela passe par plein de médiums différents :  le son, le placement, la technique.

 

Quels sont tes projets ?

Déjà partir en tournée pour Awe. En Italie, Algérie plus tous les festivals de France en mai et en juin. Je prépare également un prochain album mais que je garde un peu secret…

Agnès Figueras-Lenattier

 

15:39 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 08 février 2022

Nelson Monfort

n.monfort,échange,bâtons rompusn.monfort,échange,bâtons rompusNelson Monfort journaliste polyvalent bien connu des français notamment des amateurs de patinage et de tennis s’intéresse en dehors du sport à beaucoup de domaines dont la littérature, la musique. Il est aussi passionné de géopolitique notamment depuis la guerre du Vietnam. « C’est assez difficile de rester indifférent à tout ce qui se passe dans le monde. On peut appeler ce sujet géopolitique, marche du monde mais ça m’a toujours captivé et ça continue de me captiver. Tout ce qui concerne actuellement L’Ukraine, La Russie, La Chine, La Corée du Nord… » Quand il était bien plus jeune, sa femme et lui ont aperçu un ovni. Une forme extrêmement brillante dans le ciel affirme t-il. « Ce n’était ni un avion, ni un hélicoptère, ni une comète, c’était bien un ovni. J’ai tendance à penser qu’il existe d’autres intelligence que la nôtre. Lorsque j’étais adolescent, la conquête spatiale faisait partie de mes centres d’intérêt. Cela me faisait complètement rêver et ensuite j’ai toujours aimé regarder les étoiles. Mais entre observer les étoiles, et voir ce que j’ai vu, il y a un pas… « Son dernier livre sorti en novembre 2021 s’intitule « Mémoires olympiques » et cet ouvrage est un des sujets évoqués dans cette interview.

 

Vous avez couvert de nombreux événements sportifs ? Chaque sport vous a t-il apporté quelque chose ou y en a t-il qui étaient plus de l’ordre d’une obligation due à votre métier de journaliste ? Non, cela n’a jamais été une obligation. J’ai toujours eu la chance de choisir. On ne peut pas être bon partout et commentant le patinage artistique, je ne me verrais pas faire la même chose avec le rugby. Cela n’aurait pas de sens. Je crois être bien dans ce que je fais, enfin je l’espère et c’est un choix qui se fait mutuellement entre la rédaction et moi-même.

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

La rencontre ; faire la connaissance des habitants. C’est un métier qui m’a donné l’occasion de voyager, d’être en contact avec des gens d’horizons extrêmement différents. J’ai toujours essayé d’aller vers les gens, de les aimer, et la plupart du temps ils me l’ont toujours très bien rendu. Voilà ce que m’apporte ce métier unique au monde pour moi.

 

Que trouvez le plus difficile dans le journalisme ?

Ce sont parfois des rivalités pas toujours très saines. Avec une concurrence qui peut faire naître des coups fourrés. La jalousie me semble être un vrai défaut dans ce métier. Mais heureusement pour moi j’ai de nombreux confrères non envieux et j’ai donc beaucoup d’’amis. Mais l’honnêteté me pousse à dire et je le dis d’autant plus que chacun a ses travers que je n’ai pas ce défaut En effet, si un confrère réussit un joli reportage, ou une interview, j’ai plutôt tendance à me réjouir pour lui. Je constate que ce n’est pas universellement partagé et j’en souffre beaucoup…

 

Vous commentez le tennis et le patinage artistique. La grande différence entre les deux c’est qu’au tennis on ne peut compter que sur soi alors qu’au patinage il existe les jurés et leur subjectivité.

Très bonne remarque et je n’ai pas grand-chose à ajouter. Le patinage peut être extrêmement difficile non seulement dans son exécution mais comme en plus le résultat dépend aussi des juges, ce sport peut être extrêmement frustrant. C’est une discipline pour laquelle j’ai pas mal d’admiration à cause de toutes ces particularités.

 

Quelle est dans le patinage artistique la figure que vous préférez ?

Je pense le triple axel car c’est un saut éminemment difficile à réaliser. Et quand il est réussi, il est techniquement parfait. C’est le seul saut qui partant de l’avant possède une forme de poésie en lui.

 

Il est question qu’après ces jeux Olympiques en Chine vous arrêtiez de commenter le patinage. Qu’en est-il ? Il va y avoir un bel événement avec les championnats du monde à Montpellier au mois de mars. Après, on verra.

 

En tout cas vous avez une belle complicité avec Philippe Candeloro qui a dit que si vous arrêtez il arrêterait aussi !

Je peux dire la même chose le concernant. Nous avons effectivement une formidable complicité et je me verrais mal continuer sans lui et apparemment c’est pareill pour lui. C’est peut-être au-delà de la confraternité ce que l’on appelle un vraie et sincère amitié.

 

Est-elle née tout de suite ?

Pas tout de suite mais assez vite quand même. On ne se trompe pas sur les personnes et au fur et à mesure du temps la première impression confirme. C’est un garçon en qui j’ai une totale confiance, c’est une belle qualité dans la vie. C’est aussi en tant que journaliste la personne avec qui j’aime le plus travailler…

 

Vous aimez particulièrement le golf. Pour quelle raison ?

C’est un sport qui accompagne ma vie depuis toujours. J’ai appris avec mon père et c’est une discipline que j’aime profondément. Aussi bien pour sa pratique que pour son état d’esprit. Quand on joue au golf avec quelqu’un, se met tout de suite en place une forme d’entente et d’amitié basée sur la confiance. Au golf, on ne triche pas. On annonce son score à son partenaire, aucun arbitre n’est présent et tout cela me plaît. Je demande à mon partenaire Combien as-tu » et je ne vais pas vérifier et recompter. . Le golf me fait penser si j’ose cette comparaison à certains examens au sein des plus grandes universités américains qui se déroulent sans surveillance. Cent étudiants sont présents dans la salle sans personne pour les observer. Le fait qu’il n’y ait personne implique que personne ne triche ; cela fait partie de l’éthique du départ. Si une seule personne rompt le contrat, tout est mis à plat. Outre ces considérations, , j’apprécie aussi le cadre, et les paysages que l’on parcourt sont magnifiques. Un golf de plaine, de montagne, de bord de mer…

 

Vous jouez au tennis aussi ?

Oui et je ne me débrouillais pas trop mal. Jai été classé 15/5, 15/4. Je fais aussi du ski, et du patinage que j’évite dans mon cas d’appeler artistique. Autrefois je faisais un peu de compétition et le ski est le premier sport que j’ai pratiqué. Avec les années qui passent je n’en fais plus de 10h à 17h mais j’aime beaucoup dévaler les pistes avec un ou deux amis hors des sentiers battus.

 

Au début de votre livre « Mémoires olympIques », vous avez glissé la citation suivante de Mark Twain : « Ils ne savaientpas que c’était impossible, alors ils l’ont fait !

C’est une phrase qui je l’espère accompagne ma vie. J’aurais pu en mettre une autre « Oser c’est se perdre un instant, ne pas oser c’est se perdre soi-même. » j’aime ces citations. Je n’en ai pas cinquante dans la tête, mais certaines me suivent sur mon chemin de vie.

 

Avez-vous assisté à la 21ème victoire de Nadal en grand Chlem à l’Open d’Australie contre Medvedev ?Il était mené deux sets à rien, 3/2 et 0/40 sur son service !

Oui et c’est pour moi pourtant j’en ai vu un certain nombre un des plus grands matches auquel j’ai assisté. Je ne veux pas employer de trop grands mots mais c’était tout simplement extraordinaire.

 

Vous avez des relations assez privilégiées avec lui. Un jour il vous a dit que contrairement à beaucoup de journalistes, il ne vous faisait pas peur !

C’est exact. Je ne vais pas dire que c’est un ami, on ne se tape pas sur le dos mais j’ai une totale estime pour lui, et je pense qu’il me le rend bien. J’ai animé par deux fois sa soirée caritative et c’est un garçon que j’aime énormément.

 

Dans votre livre vous parlez d’une grande estime que vous avez pour Pierre de Coubertin. Sa mysoginie ne vous dérange pas ?

Nous ne sommes pas en 2022 mais en 1900. Ill faut se remettre dans le contexte de l’époque. Evidemment il fait preuve d’une grande mysoginie vis-à-vis des femmes sportives et ce serait insupportable à entendre aujourd’hui. Mais encore une fois il faut comprendre que l’on est très loin de la génération actuelle.. Vous pensez comme lui que l’important c’est de participer ! Oui pour moi quitte à paraître démodé, je pense effectivement que l’important en sport c’est le fair-play. Et le fairplay passe avant tout par la participation et non pas par le fait de gagner à tout prix. Je le pense vraiment.

 

Vous parlez aussi de Pierre de Coubertin comme un intellectuel qui en dehors du sport s’intéressait à plein de domaines. Vous aimez ce genre de personnalité assez éclectique. Puis vous en profitez pour dire que vous aimeriez que les JO englobent comme autrefois davantage d’événements artistiques ?

Oui. Au début, les JO ne comprenaient pas uniquement des épreuves sportives et il me semble que se déroulaient par exemple des épreuves d’ échecs, de bridge. Même si ça me paraît complètement impossible ce serait intéressant de revenir à cette ancienne formule. Mais j’ai vraiment le sentiment d’être vraiment d’un autre monde en disant cela. Les Jo ont atteint aujourd’hui un gigantisme terrible et je trouve qu’il serait bien qu’il y ait une forme de retour aux sources avec des JO organisés à Athènes l’été et en hiver à Chamonix. Ceci de façon régulière.

 

Vous dites qu’en direct vous avez encore un peu le trac !

C’est une forme de respect du public. On n’arrive pas devant des millions de spectateurs les mains dans les poches sans avoir rien préparé. Ce respect me procure non pas un trac paralysant mais un trac qui fait que je suis concentré. C’est peut-être ce qui m’a permis enfin j’espère, de faire un assez bon bout de chemin en matière de sport à la télévision.

 

Même vis-à-vis des athlètes vous avez une petite gêne à être souvent le 1er à les interviewer juste après leur compétition ! Je dirais que j’ai une forme de pudeur, c qui est plutôt quelque chose de bien…

 

Vous parlez de vous comme un journaliste plutôt consolateur contrairement à beaucoup de vos confrères qui sont durs et ne laissent pas les athlètes savourer le moment présent !...

Oui c’est tout à fait exact. A certains moments, je sors un peu de mon rôle de journaliste et j’essaye d’être un passeur d’émotion. Se réjouir de la victoire c’est assez facile, mais compatir en cas de défaite c’est plus difficile. Il faut adopter le ton juste et j’essaye de le faire.

 

Une fois  votre désir de  bien faire a été mal pris !  C'était avec la nageuse Ophélie Cyrielle Etienne!

Oui, extrêmement mal pris. Je souhaitais qu’elle dédie sa victoire à sa maman qui venait de la quitter. Pour moi c’était un sentiment noble qui a été mal pris mais ça ne veut pas dire qu’il existait une intention maligne derrière. C’est le propre des réseaux sociaux que j’appelle souvent des fléaux sociaux. N’importe quelle petite chose prend des proportions hors de propos. Je suis contre une certaine utilisation de ces réseaux.

 

Vous parlez de votre rencontre avec Jean Rochefort !

C’est quelqu’un pour qui j’avais et pour qui j’ai toujours beaucoup d’estime car de tels artistes sont quelque part toujours parmi nous. C’est quelqu’un que j’aimais beaucoup.

 

Vous déplorez le fait que certains sports ne soient pas mis en valeur aux JO comme le disque !

Pour moi, c’est la discipline olympique par excellence. Sur les anciennes gravures olympiques que voit-on ? Le lancer du disque. Or il passe un peu au second plan et je trouve qu’il existe presque une forme d’injustice. Un sport comme l’athlétisme est tellement riche. Il y a tout, le saut, le lancer, le relais et c’est tout à fait merveilleux pour moi. J’aime en particulier le relais 4 fois 100 m.

Vous dites que le tennis et le football n’ont pas leur place aux JO.

Effectivement.. Ce sont des sports hyper bien organisés et hyper professionnels qui n’ont pas besoin des JO pour exister. En revanche l’athlétisme, la natation, le ski en hiver, le patinage, l’aviron, le canoe kayak , l’haltérophilie, le judo, le karaté, le curling, le bi-athlon bien sûr. Même le golf qui est pourtant un sport que j’adore n’a pas vraiment sa place aux JO.

 

Vous parlez de la lutte anti dopage ou bien souvent c’est juste une seule personne qui paie les pots cassés !

Deux choses me gênent. Non seulement on accuse une seule personne mais aussi un seul sport et je trouve cela extrêmement regrettable et détestable. Quand on commence à parler du dopage, il faut le prouver. Je déteste les accusations sans fondement. Je ne vois pas pourquoi les cyclistes seraient mis au banc et peut-être que d’autres sports comme par exemple le marathon auraient tout autant intérêt à se regarder derrière leur porte devant la glace.

 

Existe-t-il réellement des sports qui échappent à ce fléau ? De plus, ceux qui détiennent les produits pour masquer le dopage sont toujours en avance par rapport à ceux qui luttent contre ?

Il y a dopage et dopage. Il existe le dopage instantané sur la performance et le dopage au long cours qui est évidemment un autre problème. Mais je suis de votre avis. Je n’ai d’ailleurs pas entendu parler dans quelque port que ce soit d’un contrôle anti-dopage un peu fort depuis des années. Donc, oui il semble que les événements vous donnent raison mais tout ce que je tiens à dire et je le redis, je ne supporte pas les accusations sans fondement et si on parle d’un athlète dopé faut le prouver…

 

Les jeux de Tokyo 2021 sans public cela devait être triste !

Pour moi le sport sans public c’est comme le théâtre ou le music-hall sans public. C’est terrible et à la limite il faut même peut-être mieux que l’événement n’ait pas lieu. Le sport sans public c’est une forme d’orphelinat à part.

 

Pour en finir avec le sport, vous affirmez dans votre livre que les événements du passé auxquels on n’a pas assistés font davantage rêver que ceux du présent !

Oui c’est ce que j’essaye de développer dans mon livre : la capacité d’imagination. Celle-ci est évidemment bien plus développée pour des événements auxquels on n’a pas assisté. Quand je parle des JO de 1924, des premiers jeux d’Athènes en 1896 ou ceux de Los Angelès en 1932, j’imagine plus fortement l’événement et je souscris à cette réalité. C’est pour cela que je ne suis pas un grand fan des caméras qui vont dans les vestiaires ou autres. Il faut savoir garder un côté un peu mystérieux. C’est cela qui fait rêver le public et qui me fait rêver.

 

Ce que vous dites pour le sport est d’ailleurs valable pour la vie en général ?

Totalement. C’est la même chose pour un artiste, un réalisateur qui doit donner ce qu’il existe de meilleur dans sa discipline. Mais essayer de faire copain copain avec lui, je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Il faut mieux rester sur cette part de rêve. J’en suis intimement persuadé d’autant plus que je n’ai pas toujours pensé ainsi. Ainsi, au début de ma carrière, je voulais être ami avec ces personnalités. Mais on ne peut aller qu’au-devant de déceptions.

 

Pourtant vous avez pas mal fréquenté certains artistes comme Jean Ferrat, Georges Brassens et autres. Vous avez d’ailleurs fait un spectacle sur Jean Ferrat fin 2021 et un sur Goerges Brassens auparavant.

Ferrat et Brassens parmi d’autres ont accompagné ma jeunesse et continuent à accompagner ma vie. En faisant ces deux spectacles, je leur ai rendu hommage. Ils sont un peu oubliés et très peu programmés ce que je trouve injuste et si j’en juge par la fréquentation, c’était une bonne initiative.

 

Jean Ferrat aimait beaucoup Nadal ! Il aimait beaucoup le tennis en général et Nadal en particulier. Quand je l’ai rencontré je voulais lui parler de ses chansons et lui voulait parler tennis. On a pu faire une sorte de 50/50.

 

Il a adopté sa moustache à Cuba.

Oui en 1967 quand il a fait un voyage là-bas pour aller voir ce qui l’intéressait : les latinos, les guerilleros, les barbouzes. Et il n’a jamais plus quitté sa moustache.

 

Il devait beaucoup plaire aux femmes !

Oui mais malheureusement pour elles, il était fidèle !...

 

Il aimait Hugo et Aragon !

Il les adorait. Il considérait Hugo comme le plus grand poète du XIXè siècle et son admiration pour Aragon était encore plus forte. Il a mis en musique un grand nombre de ses poèmes. C’était une amitié poétique, philosophique, politique, une relation exceptionnelle.

 

Pourriez-vous faire un petit portrait de Brassens?

Iconoclaste heureux pour être rapide et très succinct. Il ne s’embarrassait pas des convenances et il était formidablement heureux dans ce qu’il faisait. Il avait la faculté de rendre les gens heureux en écoutant ses chansons.

 

Il a prononcé cette phrase « Si je ne suis pas normal c’est que je n’en ai pas envie. Il y a suffisamment de gens normaux, laissons-les se comprendre entre eux."

Tout est dit. C’est pour cela que je parlais d’iconoclaste, de quelqu’un d’anarchique. C’est un très grand artiste et si vous me demandez de choisir entre lui et Ferrat, je j’en serais bien incapable. Ce sont deux des plus grands auteurs chanteurs compositeurs poètes du XXè siècle. Et Brel ? Aussi.

 

Vous êtes un grand amateur de musique classique ?

En tant qu’interprète je suis plus amateur de chanson française comme ce dont on vient de parler. Mais en tant qu’auditeur je suis davantage tourné vers la musique classique ; je ne pourrais pas m’en passer. J’ai des périodes. Musique romantique, musique ballets russes du XXè siècle. C’est très varié. Je mets le tout dans un verre qui pétille de bonheur.

 

Quand vous êtes un peu mélancolique, puisque c’est votre tendance que préférez-vous écouter ?

Je vais vous faire une petite confidence. Quand une certaine mélancolie m’habite, la musique a tendance à me rendre plus gai mais quand je suis gai la musique a tendance à me rendre un peu plus mélancolique. Si je devais écouter tout le temps un compositeur au moment de ces deux sentiments ce serait Mozart. D’ailleurs c’est intéressant, car il a écrit certaines de ses œuvres les plus gaies lorsqu’il était lui-même très triste et vice versa. Je me reconnais bien.

 

D’ailleurs on dit très souvent que les clowns sont plutôt tristes dans la vie !

Très juste, et ils sont parfois tristes sur scène. Il existe une forme de mélancolie chez les clowns.

 

Quelles sont les causes auxquelles vous êtes particulièrement sensible ?

La protection animale. Je suis parrain d’une très jolie association "Pro anima " qui porte bien son nom. C’est un comité scientifique qui propose des mesures alternatives aux expérimentations monstrueuses que l’on peut faire sur les animaux. Je suis très sensible à ça. Végétarien ? Non, même si je suis obligé de reconnaître que depuis quelques années je mange moins de viande.

 

De manière générale respectez-vous une hygiène de vie ?

Oui je crois ; je fais un petit peu attention ce qui passe forcément par une certaine hygiène de vie. Je ne fume pas, je ne bois pas excessivement.

 

A ce propos quand vous êtes mélancolique boire un verre vous rend-il plus joyeux ?

Non, j’ai plutôt le vin triste dans ces cas là…

 

Vous aimez beaucoup l’écrivain Alphonse Allais. Pour quelle raison ? Son humour !

On me dit souvent « Tu parles plusieurs langues c’est formidable. « Mais pour moi, la plus belle langue qui soit c’est le français. C’est la raison pour laquelle je suis tombé amoureux d’Alphonse Allais. Non seulement pour ses écrits, mais aussi pour une époque à jamais disparue. Je ne veux pas être trop nostalgique mais c’est mon sentiment.

 

Savez-vous ce qu’il a dit sur son lit de mort ? « Je regrette de ne pas avoir pu réconcilier les œufs brouillés. » Qu’est-ce que cette phrase vous inspire ?

Ecoutez, c’est tout simplement merveilleux. Cela m’inspire de l’humour, de la tendresse, de la poésie, une certaine forme de nostalgie aussi. Tout ce que j’aime dans la vie…

Agnès Figueras-Lenattier

mercredi, 19 janvier 2022

Brigitte Simon

tennis,discussion,bâtons rompustennis,discussion,bâtons rompusBrigitte Simon est une ex joueuse de tennis professionnelle entre les années 1970 et 80. Elle a été n°1, 36ème mondiale et a atteint la demi-finale de Roland Garros. Actuellement elle coache des sportifs et donne des conseils sur le plan nutritif... 

 

Tout d’abord pour commencer cette interview, quel cursus scolaire as-tu suivi ?

J’ai passé mon bac en candidat libre.

 

Ce qui implique un certain courage !

Du courage et de la chance. En fait, j’ai arrêté en janvier l’année du bac car le proviseur de mon lycée ne voulait pas me laisser partir 1 mois ½ en Afrique du Sud. Une grève a eu lieu au sein du lycée pour me soutenir et finalement j’ai pu partir. Mais quand je suis revenue, je n’avais plus l’humeur à me retrouver à travailler entre quatre murs et j’ai passé mon bac sans dossier, sans rien.

 

 

As-tu participé aux cours de gymnastique à l’école ?

Quand j’étais à Dijon, j’en ai été dispensée avec un faux certificat médical prétendant que j’étais inapte à la gymnastique pour m’entraîner au tennis à la place.

 

Que penses-tu de la place du sport dans nos écoles et lycées français ?

En primaire par exemple c’est une catastrophe. En France, on n’a pas une culture du sport  très développée ; c’était vrai à notre époque et c’est toujours vrai actuellement.  Je verrais bien comme dans certains pays les études le matin et le sport l’après-midi.

 

 

Quelles étaient les matières que tu aimais à l’école ?
Je n’étais pas du tout maths, physique, chimie. J’aimais bien le français, l’histoire. Et la philosophie, ce qui ne veut pas dire pour autant que j’avais de bonnes notes…

 

Quels philosophes à l’époque t’ont marqué ?

C’était surtout une découverte, et l’on parcourait juste les grands philosophes sans vraiment approfondir. Cette année en terminale a éveillé ma curiosité et après mon goût.  Je suis surtout une autodidacte et par la suite j’ai lu pas mal de livres de philosophes. A l’heure actuelle, j’aime bien Luc Ferry, Frédéric Lenoir dont j’ai lu tous les livres. Michel Onfray j’apprécie aussi, mais je le trouve difficile à lire.

 

Tu aimes beaucoup Jean D’Ormesson !

J’ai lu quelques-uns de ses livres mais pas tout, loin s’en faut. Ce que j’appréciais chez lui c’était sa manière d’aborder les choses lorsqu’il était interviewé ou qu’il intervenait en vidéo. C’était un régal de finesse, d’intelligence, d’analyse et d’appréciation de la vie, et de la nature humaine. En plus, il avait de l’humour. Il avait tout pour lui.

 

Son style était un peu précieux, non ?

C’est vrai, c’était un aristocrate né avec une cuillère dans la bouche. C’est d’ailleurs sa femme qui avait de l’argent.  Mais c’est sa philosophie de vie qui était intéressante. Ce qu’il disait, ce qu’il pensait. Toujours avec légèreté, sans polémique, sans agressivité. Les mots étaient souvent très justes, je l’adorais.

 

 

Tu aimes aussi les polars !

Oui pas uniquement et un peu moins maintenant. Mais avec un bon polar on passe toujours un bon moment. Agatha Christie ? Oui, je l’ai beaucoup lue. J’aime bien aussi Douglas Kennedy, Laurent Gounelle, Mathieu Ricard. Tous ces gens là, ça me parle…

 

 

Tu aimes les citations. En voici une de Diderot: «  On avale à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte et l’on boit goutte à goutte la vérité qui nous est amère. «  Es-tu plutôt pour dire la vérité ou éviter de blesser ?

C’est une très belle citation en tout cas. Toute vérité n’est pas bonne à dire mais j’ai beaucoup de mal avec cette phrase. Quand j’étais jeune j’étais vraiment cash et en vieillissant je le suis un peu moins. Mais selon moi le déni n’est pas très bon. Il faut être un peu diplomate mais la vérité a toujours intérêt à sortir et comme le dit Di∂erot à petite goutte pour que ce soit moins violent. Il y a aussi des gens incapables d’entendre la vérité et ce n’est pas la peine de les blesser inutilement. Mais quand  tu atteins un bonne complicité avec quelqu’un, la vérité peut faire progresser. A force de cacher la vérité, on se complait dans un système peu productif et au sein duquel on se renferme…

 

Connais-tu Deepak Chopra ?

Je suis ses méditations auxquelles j’ai vraiment commencé à m’intéresser vers l’âge de 55 ans… Et depuis j’en fais tous les jours plus ou moins longtemps dans mon lit. Ce n’est pas une discipline cartésienne et il existe des jours où c’est plus ou moins facile.

 

Et le yoga ?

J’ai essayé plusieurs fois mais cela ne me correspond pas. Je n’y arrive pas, je m’embête et j’ai définitivement rayé le yoga de mon vocabulaire… J’utilise aussi beaucoup la cohérence cardiaque au niveau de la respiration.

 

Penses-tu que si tu avais découvert toutes ces méthodes lors de ta vie de joueuse cela t’aurait aidé ?

Ah oui car cela te permet de te mettre dans ta bulle. La respiration c’est la base de tout

Et quand on fait du sport, c’est encore plus important pour calmer son stress, ses émotions. En outre, toutes ces techniques sont relativement simples, pas besoin d’avoir fait polytechnique pour y arriver. Cela ne résout pas tout mais pour le tennis, sport individuel, on a besoin de gommer un peu toutes ces choses parasites qui peuvent intervenir même à l’entraînement.  Je fais un peu de coaching mental avec des sportifs et quand je leur parle de la respiration, ils me rient au nez en se disant si elle n’a que ça à nous proposer ça ne va pas aller. Or, ils se rendent compte que la respiration représente la base de tout. Pour faire le vide mental, pour se focaliser, se concentrer. C’est un outil formidable et que l’on peut utiliser n’importe quand.  Christophe André en parle très bien dans ses livres.  Si j’avais eu recours à ces méthodes, j’aurais gagné Roland Garros ( rires… ).

 

 

De manière générale, tu t’intéresses aux médecines douces !

Oui étant dans la prévention santé. Depuis une dizaine d’années, la nutrition fait partie de mes centres d’intérêt. J’ai vu à titre personnel des thérapeutes travaillant dans ce domaine et également au niveau préventif. Comment éviter des maladies ? En se complémentant et en adoptant une bonne hygiène de vie même si la mienne n’est pas parfaite. J’ai également eu recours à la réflexologie…

 

Et l’homéopathie ?
Je n’y crois pas trop. J’en ai pris lors d’une opération. De l’arnica pour ne pas gonfler, mais de manière ponctuelle.

 

L’hypnose ?

J’en ai fait mais ça n’a aucun impact sur moi… En revanche, j’ai fait de l’EMDR qui m’a fait beaucoup de bien. Egalement de L’E.F.T de l’acupuncture par les doigts que tu fais toi-même avec un rituel en formulant une phrase qui te parle. Et qui correspond à ce que tu veux régler toi-même.Ca fonctionne bien pour l’anxiété, le stress. Mais au départ ça parait tellement cul cul qu’on a du mal à y croire. Il faut vraiment pratiquer pour ressentir les bienfaits. Et puis ça dépend des individus, chacun doit trouver ce qui lui convient.

 

Que penses-tu de la vieillesse ?
Vieillir apporte une sagesse non acquise auparavant. Mais c’est un sujet très ambigu pour moi car j’ai perdu ma mère lorsqu’elle avait 55 ans. Et quand tu perds ta mère assez jeune, tu n’as plus de points de repères. Et plus j’avançais en âge, plus je me rapprochais de l’âge de la mort de ma mère. Lorsque j’ai eu 45 ans ça allait mais à 50 ans, j’ai eu un problème et ce fut difficile à assumer. Mais c’était plus par rapport à ma mère que par rapport à mon cas personnel. Ensuite, j’ai eu 55,60 et maintenant je n’y pense plus.  De toute façon, vieillir on n’y échappe pas et l’important c’est d’être en bonne santé pour faire du sport à son rythme, bouger, ne pas être handicapé.

 

 

Quand on est très sportif, voir son corps être de moins en moins performant n’est pas facile à accepter !

Il existe des gens atteints de handicaps très tôt. Bien sûr que cela fait peur car n’importe quel souci peut survenir. C’est vrai que pour nous qui avons fait beaucoup de sport c’est encore plus difficile. J’ai un ami qui a 75 ans qui est en train de mourir. Il a été sportif toute sa vie et c’est à présent une personne très diminuée qui attend la mort dans son lit. Quelle cruauté !...Quant à la peur de vieillir, elle est liée aussi à la peur de mourir. Plus on avance, plus on se rapproche de l’échéance, ce qui ne fait pas plaisir.

 

 

Maintenant que tu as arrêté ta carrière t’estimes-tu accroc au sport ?

Non, car je n’ai pas un tempérament à être une «addict ». En revanche,faire du sport est vital  pour mon équilibre et j’ai besoin d’en faire 3,4 fois par semaine. Si je n’en fais pas, ce n’est pas un drame, mais je ne suis pas vraiment bien dans ma peau. Mais après ma carrière, je ne voulais plus souffrir physiquement, ni avoir des douleurs physiques. Donc c’est vraiment de l’entretien. Je cours un peu, joue au golf, au tennis de temps en temps avec mes enfants.  Le plaisir de bouger, de me dépenser pour garder la forme. Il y a quelques années j’avais l’idée de faire un marathon. J’en ai toujours rêvé et je n’ai jamais concrétisé. Pourtant j’avais le temps de m’entraîner. Mais mentalement, je ne parviens plus à souffrir , je ne peux plus dépasser un certain seuil. C’est mental et comme je n’ai pas envie de travailler mentalement là-dessus, j’ai finalement renoncé. C’est le regret de ma vie.

 

 

Comment te situes-tu par rapport aux animaux ?

J’aime bien les chiens, et j’en ai eu pendant 15 ans. Les chats j’en avais peur, mais comme mon fils m’a ramené ses deux chats, j’ai une meilleure relation avec eux. Je n’aime pas les animaux sauvages, et faire un safari par exemple ne me tente pas du tout. Je n’aurais aucune émotion. Le bien-être animal me parle, mais malgré tout émotionnellement je suis un peu bloquée.

 

Aimes-tu le cinéma ?

Oui, mais pas du tout la science-fiction. J’aime les comédies romantiques, et je pleure facilement. Richard Gere est un comédien que j’aime bien. On a tous été fans de « Pretty Women » . Et puis il a des engagements humanitaires intéressants.

 

 

Quels sont les humoristes qui te font rire ?
La plupart sont morts. Bedos, Devos. J’aime bien Murielle Robin, Anne Roumanoff et Patrick Timsit. Blanche Gardin ? Sans plus…

 

 

T’intéresses-tu à la politique ?

Oui ; mais il n’y a guère de prétendants que j’apprécie. Notre époque est d’une rare indigence à ce niveau là. Pour moi, le droit de vote est quelque chose d’important, mais pour les prochaines présidentielles je ne sais même pas si je vais me déplacer. Je ne sais pas pour qui voter… Que l’on soit de droite, de gauche ou du milieu, on nage en pleine impéritie…Ce n’est pas la politique qui mène le monde, mais les lobbies, la grande finance et les autres ne sont que des pantins. Il existe une vidéo comprenant une parodie sur le sujet avec la chanson de Christophe « Les marionnettes.

 

 

Crois-tu au hasard ?

Pas vraiment. Selon moi, quand on rencontre les gens ou quand il nous arrive quelque chose, ce n’est pas du hasard. Ca devait arriver. A nous de réfléchir et de se demander pourquoi telle chose est arrivée ou pas d’ailleurs. Il existe des signes avec de bons et de mauvais événements. Un peu comme une défaite ou une victoire dans un sport. C’est cela qui nous fait évoluer et nous permet peut-être de changer de direction. Si on ne réfléchit ni au bon ni au mauvais, cela veut dire que l’on ne sait pas où l’on va.

 

 

Le surnaturel est-il un domaine qui t »intéresse ?

Je m’intéresse à la vie après la mort. Est-ce que je crois à la réincarnation ? J’aimerais bien. Et si cela existe, trois vies me tenteraient : joueuse de golf, comédienne ou écrivain…

 

On va finir par un sujet actuel. Es-tu vaccinée ?

Oui.

 

Par conviction ou parce que ça permet d’être libre ?

Surtout pas par conviction…

 

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

vendredi, 10 décembre 2021

Arnaud Clément

A l’heure où se sont déroulé de grands changements au sein de la fédération de tennis, voici une interview d’Arnaud Clément le candidat le plus probable à la tête du tournoi de Bercy.

 

Quand on examine votre carrière on voit que vous avez fait beaucoup de matches marathon. A quoi est-ce du selon vous ?

C’est un petit peu mon système de jeu. A l’époque, j’avais un physique, une endurance qui faisait partie de mes armes et j’essayais d’emmener mes adversaires dans mon système de jeu le plus longtemps possible pour les fatiguer. C’est sans doute la raison. Cela dit, j’en ai sûrement perdu plus que je n’en ai gagné.

 

Justement, vous dites que vous en avez sans doute perdu plus que gagné?

Quelle était pour vous la défaite la plus dure ?  Ce genre de matches ou le fait de mal jouer ?

Les défaites apres des matches très longs, très accrochés, en passant tout près de la victoire c’est en général plus dur à encaisser. Surtout lors de matches importants. Mais on joue toutes les semaines avec de belles victoires, des défaites qui font un peu mal et une remise en question permanente. On ne s’arrête pas sur un match et lorsqu’on prend du recul et que l’on fait le bilan, il existe des matches éprouvants moralement et au contraire des victoires qui ont apporté une grande joie.

 

D’après ce que l’on peut lire dans la presse, il semblerait que vous étiez assez désagréable avec les ramasseurs de balles !

Non. Je n’étais pas très démonstratif et j’étais assez dur avec l’entourage par moment sur le bord du terrain. Car j’étais très exigent avec moi-même que ce soit à l’entraînement ou en match. Mais pas au point d’être odieux quand même.

 

 

Comment  se traduisait comment cette exigence ?

Un excès d’agressivité contre moi et avec les autres. Avec le recul j’en suis parfaitement conscient. Il  m’arrivait de faire preuve de certains excès avec mon entraîneur, et avec mon entourage très proche. Mais je ne pense pas qu’ils m’en veuillent, car nous sommes toujours très liés.

 

Et Nolween en a-t-elle subi les conséquences ?

Je ne crois pas mais on ne parle pas trop de notre couple…

 

 

Le coup qui vous satisfaisait le plus quand vous le réussissiez ?

J’aime bien mon revers le long de la ligne. Après c’est un sport d’adaptation tactique donc les coups que l’on aime réussir, ce qui fait le plus plaisir c’est le coup qu’il fallait réussir à ce moment là. Le coup juste qui peut changer   même si on a tous des coups que l’on préfère à d’autres.

 

Vous ne preniez pas beaucoup de risques je crois !

Effectivement ce n’était pas ma caractéristique principale même si on essaye d’avoir un maximum de régularité. Mais parfois il faut savoir prendre une certaine dose de risques et je pense que j’étais capable de le faire. Mais je n’étais pas un attaquant à tout va et j’étais quand même dans un système de jeu basé sur la régularité.

 

Vous avez joué en double aussi !

Oui et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Comme c’est un sport individuel par excellence cela représentait un moment de partage. J’avais un lien avec mes partenaires, minimum bons copains, vois vraiment proches. Nous passions de bons moments ensemble, et c’était réellement un grand plaisir de gagner des matches, des titres. J’ai eu la chance de le faire avec pas mal de joueurs français, et ce sont de très bons souvenirs. Lors de l’ancien format de Coupe Davis, j’ai beaucoup joué en double en défendant les couleurs de l’équipe de France. Mon classement en simple avait un peu baissé, et j’étais moins performant. Et grâce au double, j’ai pu conserver ma place en équipe de France. C’était génial…

 

Les fautes d’arbitrage c’était pour vous plutôt stimulant ou perturbant !

Je ne pense pas être sorti complètement d’un match à cause d’une erreur d’arbitrage mais cela peut arriver chez certains joueurs.  C’est vrai que parfois il peut y avoir ce sentiment d’injustice qu’il faut digérer très rapidement mais aujourd’hui il y a l’arbitrage électronique qui ne  laisse pas place aux discussions. Je trouve d’ailleurs que c’est un peu trop développé aujourd’hui..

 

Vous pensez que le tennis est assez révélateur du caractère !

Je pense qu’il y a quand même un côté assez révélateur. Mais on peut voir des gens qui sont très calmes, très doux, en dehors du terrain et qui se transforment lors d’un match.. On a l’impression qu’ils deviennent quelqu’un d’autre. Il y a un petit peu de tout. C’est difficile de porter un jugement là-dessus. On se dit il est sur le court exactement comme il est dans la vie. Mais je pense que quand on est très calme et qu’on a un petit peu ce côté folie sur le terrain c’est que quelque part même dans la vie de tous les jours même si ce n’est pas très net, on a je pense forcément une petite folie  en soi aussi.

 

Quel est votre avis sur l’attitude des joueurs ? Que les joueurs se comportent plutôt comme Mac Enroe ou plutôt de manière calme comme Nadal

Nadal reste quand même très démonstratif mais c’est vrai qu’il n’a pas du tout ce côté provocateur comme Mac Enroe pouvait avoir. Pour que ce soit sympa, je pense qu’il faut un peu de tout. C’est bien  justement d’avoir des oppositions. Autant des oppositions de style de jeu qu’au niveau des caractères.  Comme la rivalité entre Mac Enroe et Borg. Mac Enroe qui parlait, remuait un peu dans tous les sens et un Borg qui ne disait pas un mot.

Plutôt que deux joueurs qui ne disent rien ou deux joueurs qui vont dans tous les sens c’est sympa d’avoir cette variété de caractère quand les joueurs s’affrontent…

 

Vous jouiez mieux quand vous meniez ou quand vous étiez mené ?
Il réfléchit. Cela dépendait. C’est vrai qu’il y a des joueurs qui jouent mieux quand ils sont derrière au score, je pense que pour moi c’était assez équilibré. Même si j’avais tendance à mieux jouer quand je menais.

 

Dans la vie c’est pareil, vous aimiez avoir le contrôle des événements !

Forcément comme je pense la majorité des gens. Maîtriser les choses, anticiper, être assez prévoyant. J’aime un peu moins être surpris…

 

Vous êtes très ami avec Sébastien Grosjean. Quels souvenirs gardez vous de vos confrontations car c’est un peu particulier de jouer un ami !

Je n’ai aucun bon souvenir et pourtant on s’est joué de nombreuses fois. Une fois c’était lui, une fois c’était moi. Nos matches étaient rarement bon. En plus, quand on s’entraîne tout le temps ensemble c’est toujours un peu délicat de jouer son meilleur tennis que ce soit de son côté ou du mien.  On sait toujours un peu à l’avance ce que l’autre va faire, ce qui crée une espèce de neutralisation. J’essayais en tout cas de faire quand même abstraction de l’adversaire mais c’était difficile par moment d’oublier que c’était un pote de l’autre côté du filet.

 

Vous avez été finaliste de l’Open d’Australie et lors de cette finale vous avez pensé à ce que vous alliez dire une fois le match fini et ça vous a un peu stressé !

A l’époque et je ne peux pas dire que ça a beaucoup changé mais c’était encore plus vrai autrefois, je parlais sacrément mal anglais et faire un discours devant tant de spectateurs m’avait beaucoup stressé. J’avais préparé un discours la veille, que j’avais mis sur papier et j’avais sorti les deux feuilles A4 au milieu du central. A ma demande, c’est un journaliste de « l’Equipe » qui le matin même de la finale m’avait fait la traduction français anglais. Mais au final tout s’est plutôt bien passé, et ça avait surtout amusé les gens.

 

Stressé mais pas au point de vous gêner dans le déroulement du match ?

Non j’avais déjà à cette époque là un peu d’expérience et suffisamment de contrôle pour ne pas que ça me prenne trop d’énergie.

 

 

Comment s’est passée cette finale ?
Assez rapidement pour mon adversaire André Agassi qui m’avait vraiment surclassé. Il était beaucoup plus fort que moi ce jour là et aucun moment je n’ai eu le sentiment que j’avais les armes pour le battre. Je ne peux pas dire non plus que je suis passé à côté du match. Il m’a dominé dans mon système de jeu du fond du court, c’était trop rapide, trop précis. On aurait dit un rouleau compresseur sur le terrain et il fallait sans doute avoir des armes un peu différentes pour le battre.  Je n’en avais pas ce jour là, je manquais un peu de puissance sûrement et d’un grand coup. Et Agassi jouant à son meilleur niveau, c’était simplement trop fort pour moi. Mais cette quinzaine est sans doute un des plus beaux souvenirs de ma carrière.

 

Vous avez un revers à deux mains. Le revers à une main semble revenir un peu sur le circuit. Est-ce une bonne chose selon vous ?

Il y a quelques revers à une main de très grande qualité et c’est vrai que ceux qui en possèdent un, il est en général assez exceptionnel. Peut-on faire plus de choses ? Disons des choses qui ne se ressemblent.  On peut avoir différents gabarits, différents styles de jeu, différentes techniques et jouer au plus haut niveau.

 

A l’heure actuelle jouez-vous toujours beaucoup ?

Je joue régulièrement avec des copains et je fais par exemple les matches par équipe avec mon club. J’aime bien jouer toujours. C’est vrai qu’il y a des joueurs lorsqu’ils arrêtent leur carrière qui mettent la raquette définitivement dans le placard.

 

Vous faites du sport tous les jours ?
Régulièrement ; mon corps me le demande. Je suis sûrement un peu drogué au sport et je me sens bien quand je fais du sport car j’ai la chance de ne pas avoir trop de bobos. C’est une pratique un peu moins intensive, un peu moins violente avec notamment beaucoup de vélo et des efforts plus doux…

 

Le fait d’en faire moins ne se répercute pas sur votre poids !

Je fais attention de toute manière et en faisant régulièrement du sport, on peut faire un peu plus d’excès. Mais ça va de ce côté-là, je ne m’en sors pas trop mal…

 

En tant que spectateur qu’appréciez-vous dans ce sport ?

Je regarde le tennis depuis que je suis professionnel. Avant quand j’étais jeune, je regardais assez peu donc je ne peux pas porter de jugement par rapport à cette période là. Aujourd’hui on aime bien les joueurs qui s’expriment peut-être un petit peu plus et qui montrent un peu plus de choses. Il y en a sans doute moins qu’à une certaine époque.

 

Y a-t-il un coup que vous aimez voir  plus particulièrement ?

Rien de spécial. Non ce sont des moments de matche clé  de tension qui retiennent davantage notre attention.  On va avoir la curiosité de se demander ce que le joueur va tenter à ce moment là.

 

Il y a sûrement beaucoup de matches que vous auriez imaginé tourner autrement

Oui autant pour les autres que pour moi pendant ma carrière. Heureusement ça va dans les deux sens même si quand on joue un match on est très concentré. Dans l’immédiat il y a des moments où ça tourne mal et des moments où ça tourne bien. Avec des renversements de situations qui peuvent être très rapides. Ce qui est passionnant dans notre sport, c’est que l’on ne sait pas combien de temps va durer un match. Et c’est bien de le regarder jusqu’au bout car il peut toujours y avoir quelque chose qui se passe côté mental, côté gestion du stress. Même pour les meilleurs finir une partie c’est toujours un moment dans un match. C’est un sport très riche et la situation  peut tourner en permanence dans tous les sens même au moment où on s’y attend le moins.

 

Gilles Simon s’est rebellé contre le fait que les arbitres n’avaient plus grand-chose à faire !

Oui et je pense que ce sont les conséquences du COVID. A été développé un arbitrage complètement électronique avec l’absence totale de juges de ligne et des annonces faites par des machines. Je n’aime pas du tout non plus. Je trouve que ça enlève le côté un peu humain à un match de tennis. Cela fait aussi partie du bagage du joueur professionnel de savoir gérer ces moments là quand il pense que s’est produite une injustice ou que l’adversaire a eu de la chance.

 

John Mac Enroe a déclaré que ce serait bien d’enlever l’échauffement et de passer directement au match. Quel est votre avis ?
Ca a été fait assez récemment. De toute manière, quand les joueurs arrivent sur le terrain, ils sont déjà échauffés, et ont déjà chaud. On essaye de gagner un petit peu de temps entre les points pour qu’il y ait un peu moins de temps mort. Pourquoi pas ? Mais de toute façon ça ne changera pas grand-chose.

 

Et le coaching pendant les matches ?

Il y a toujours des conseils qui sont normalement interdits avec des avertissements. Je suis pour que ce système actuel de sanctions reste en place. Il existe un peu les deux courants mais pour moi le tennis est un sport d’adaptation et c’est la qualité du joueur de savoir s’adapter à une tactique, à une position de jeu sans aide extérieure. Cela fait partie des forces d’un joueur de tennis.

 

Regardez-vous le tennis féminin ?

Ca dépend des matches, des périodes. Ces temps derniers le tennis masculin avait pris le dessus avec les confrontations entre Djokovic, Nadal et Federer. A une époque le tennis féminin dominait. Peut-être que l’on y reviendra, que ce sera un peu plus équilibré. Il y a deux ans, j’avais pris beaucoup de plaisir avec la victoire de Swiatek à Roland Garros. Les deux derniers US Open étaient vraiment très intéressants avec deux nouvelles venues en finale.  Il y a beaucoup de très bons matches mais c’est vrai qu’en ce moment il manque un peu ce côté rivalité avec à chaque fois des finales différentes.  Les gros rendez-vous avec les quarts et les demi ont tenu leurs promesses chez les garçons et pas chez les filles.

 

Votre joueuse préférée ?
J’ai une grande admiration et un respect énorme pour Séréna Wiliiams qui est pour moi la plus grande joueuse de l’histoire du tennis féminin. J’ai aussi aimé la période Amélie Mauresmo. Je ne dis pas cela parce que c’est notre championne française mais la variété de son jeu, ses revers coupés, ses montées au filet me donnaient beaucoup de satisfaction.

 

Il ne faut pas oublier Bartoli et Pierce !

Amélie Mauresmo a été n°1 mondiale et c’est notre championne française. Mais c’est vrai que Pierce avec deux grands chlems et Bartoli avec une finale en Grand Chlem et une victoire ont eu des carrières assez fantastiques. J’ai un grand respect pour elles. On dit que depuis quelques années le tennis français ne se porte pas très bien, que l’on n’a pas gagné de grands Chlems depuisNoah. A chaque fois, je fais partie des joueurs qui disent à ceux qui ne parlent que du tennis masculin que l’on a trois grandes championnes et qu’il ne faut pas les oublier. Ce qui est le cas un peu trop souvent.

 

Quelle est votre réaction lorsque je vous parle de ce qu’a dit Pat Cash à propos du tennis féminin : « Le tennis féminin c’est deux sets pourris qui durent une demi-heure » ?

Faut voir le contexte, la période même si ce genre de propos n’est pas acceptable. Je suis d’ailleurs surpris qu’il ait pu tenir de tels propos… Certains jours, il peut arriver que l’on tienne des propos un peu dégradants sur le tennis féminin. Ce n’est pas forcément mon cas même si à certains moments le tennis féminin m’intéresse un peu moins.… Mais j’ai beaucoup de respect pour toutes les athlètes féminines, je parle du tennis mais également dans les autres sports. Il ne faut pas s’arrêter à la simple comparaison physique car sur ce plan là ,les femmes ne pourront jamais rivaliser avec les hommes. Faut simplement regarder avec un œil différent et voir ce qui est beau, et ce qu’il y a d’intéressant dans le jeu des femmes

 

Qu’est-ce que vous pensez du cas Djokovic et de son refus du vaccin ?

Faut voir. Je ne suis pas persuadé qu’il n’ira pas à l’Open d’Australie. Ce serait surprenant.  Après, certains ont des convictions très fortes sur des sujets précis. Ils ne sont pas majoritaires mais sont convaincus qu’ils ont raison.  Si c’est le choix de Djojkovic en tout cas il sera allé jusqu’au bout de sa logique. Mais comme la plupart des gens, je ne partage pas son avis sur le sujet. C’est ainsi et on va bien voir ce qu’il va décider  de faire..

 

Et L’affaire Peng Shuai ?
J’aimerais que l’ATP s’aligne sur la décision de la WTA par solidarité envers cette joueuse. Faut toujours être prudent, car on n’a pas forcément assez de détails mais je fais partie de ceux qui ont relayé sur les réseaux sociaux ce soutien à cette joueuse qui semble en tout cas ne pas pouvoir s’exprimer librement.

 

Qu’est-ce qui s’est passé lorsque Gilles Moretton a été élu et que vous avez  du démissionner de vos fonctions à la fédération ?

Depuis 5 ans maintenant, le Ministère des Sports a demandé aux fédérations de se doter d’un comité d’éthique indépendant. Et quand Gilles Moretton a été élu, j’étais avec lui sur la campagne et je faisais partie de l’équipe. Mes activités professionnelles se passent dans le milieu du tennis et j’ai demandé à ce comité si mes mandats à la fédération étaient compatibles avec mes activités professionnelles. Il a été jugé que ce n’étais pas tout à fait le cas, donc j’ai pris la décision de démissionner mais de garder quand même une activité professionnelle à la fédération. J’aurais aimé prolonger au côté de Gilles mais ça n’a pas été possible. Je continue à exercer ce bénévolat comme vice-président de la ligue provençale Côte d’Azur… Et j’aimerais quand j’aurai un peu plus de temps m’engager davantage.

 

 

Avez-vous déjà coaché un joueur ?

Je n’ai pas beaucoup d’expérience dans le domaine.  Ca m’a toujours attiré mais la vie d’un coach est un peu celle d’un joueur de tennis. Un rythme qui ne fait plus partie de mes priorités.

 

 

 

Vous vous occupez aussi de deux tournois, un tournoi challenger à Aix en Provence et plus récemment à Brest. Quelles sont vos souhaits pour ces deux tournois ?

Ce sont deux tournois qui tournent déjà très bien. Même si nous ne sommes pas sur la création de tournois, le but d’un directeur de tournoi c’est justement d’observer les choses que l’on peut améliorer en permanence pour le public, les joueurs, les partenaires… Qu’est-ce que l’on peut faire de mieux l’année suivante…

Agnès Figueras-Lenattier

22:39 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 16 novembre 2021

Isabelle Demongeot

tennis,traumatisme,confessionstennis,traumatisme,confessions

Isabelle Demongeot est une ancienne joueuse de tennis professionnelle. Elle a été n°1 française mais a subi un véritable traumatisme puisqu’elle a été violée pendant plusieurs années par son entraîneur Régis de Camaret. Lundi 22 novembre va être diffusée sur TF1 une fiction tirée de son histoire et de son livre « service volé «  écrit il y a déjà plusieurs années… C’est l’occasion de s’entretenir avec elle.

Mais avant écoutons Patrice Hagelauer ancien coach de Noah lors de sa victoire à Roland Garros parler d'elle :

" J'ai admiré la joueuse et à aucun moment sur le circuit on la sentait dans une situation aussi dramatique que celle qu'elle a pu vivre. Elle formait une petite équipe à l'époque un peu à part avec Nathalie Tauziat et leur entraîneur Régis de Camaret. Ce dernier essayait de mettre des barrières avec la fédération prétextant que personne ne savait enseigner correctement. C'était probablement une manière pour lui de rester à l'écart sans que personne ne vienne voir un peu ce qui se tramait. On allait les voir de temps en temps car les résultats étaient excellents mais les contacts étaient assez distants. On n'a jamais pu vraiment percer ce qui se passait derrière et lorsqu'on a appris la vérité on était tous effondrés. 

Le jeu d'Isabelle était pur, très complet; elle savait tout faire. C'était à la fois élégant et efficace, avec un sacré tempérament. Quand on la voyait jouer, on se disait " Le tennis c'est facile". 

C'est une personne rare et riche , très intelligente qui a envie et besoin d'enseigner et de transmettre ses connaissances et son expérience. Discuter avec elle a quelque chose d'exceptionnel car elle ne parle pas souvent ni de ce qui lui est arrivée ni de ce qu'elle voudrait ou pourrait faire pour le tennis. La fédération aurait tout intérêt à la prendre en considération.."

Deuxième avis celui de Florence de La Courtie ex n° 1 française et entraîneur reconnu : "C'est un coach extraordinaire. Mes petits fils dès que ça ne va pas vont la voir  alors qu'ils ne jouent pas si mal que ça. L'un est à O et l'autre à 2.6. Ils adorent être entraînés par elle. A chaque fois, elle est très dure sur le terrain mais elle leur donne la pêche  et ils sont vraiment heureux de travailler avec elle. Et tous les entraineurs n'ont pas ces qualités là!...

J'espère que ça va aller pour elle car c'est une fille qui a énormément de qualités et qui a beaucoup souffert. C'est vraiment regrettable qu'à l'époque la Fédération n'ait pas trouvé une solution avant que les problèmes n'éclatent. Car il y a quand même eu 20 filles qui ont témoigné contre Régis de Camaret.  Ce qui est dommage c'est qu' Isabelle soit  davantage connue pour ce qu'elle a vécu que pour son palmarès tennistique..."

 

                                                  Interview

Un film sur le drame que tu as vécu va être diffusé sur TF1 lundi 22 novembre. Que ressens-tu ?

Tout s’est un peu précipité et le film est sorti un peu plus tôt que prévu. Mais je m’y suis préparée et c’est la fin d’un processus après l’écriture de mon livre. J’ai trouvé que c’était intéressant de prendre un petit peu de recul par rapport à toute cette histoire en déléguant à une actrice Julie de Bona qui joue merveilleusement ce rôle. Et j’ai envie de dire que c’est quelque chose qui ne m’appartient plus.

 

Concernant le déroulement du film, as-tu laissé complètement libre cours à l’équipe ou es-tu intervenue quelque peu ?

Cela fait 3 ans que l’on est sur le projet et c’est Jérôme Foulon le producteur qui est venu à moi et qui m’a dit qu’il avait envie de tourner quelque chose. Et je dois dire que l’on a fait un bon travail ensemble. Il a écouté, fait quelques interviews de différentes personnes, est retourné sur les lieux. Pour moi, forcément c’est une forme de reconnaissance avec une chaîne de télé qui propose de montrer ce qui m’est malheureusement arrivée. C’est un projet dans lequel je me suis beaucoup investie. Cela se passe dans mon village, la partie que j’adore qui est le côté de La Ponche avec de très belles images du côté sauvage. On a tourné évidemment quelques scènes dans mon petit club et je précise que c’est une fiction adaptée de mon livre intitulé «  Service volé ».   Je ne suis pas allée tous les jours sur le tournage et n’ai pas assisté à toutes les prises de vue car l’actrice redoutait de devoir affronter mon regard quand elle jouait les scènes. Ce n’était pas simple pour elle. J’ai respecté totalement sa demande mais je ne pouvais pas tenir et il fallait que  je rencontre les acteurs et actrices , tout ce petit monde qui a d’ailleurs été extraordinaire  avec moi. Cela m’a permis de vivre des choses inconnues jusqu’alors et qui font du bien comme mon père qui prend la parole , qui dit être fière de moi à la fois comme une femme qui porte un message et qui dénonce des agissements et également comme joueuse de tennis.  J’ai ressenti de belles émotions et je me dis que c’est arrivé au bon moment et que c’était chouette.

 

Et maintenant que deviens-tu ?

Ma passion pour le tennis m’accompagne toujours. J’ai envie d’exprimer beaucoup de choses sur l’enseignement puisque cela fait des années que je suis dedans. Après mon expérience au centre d’entraînement avec Amélie Mauresmo et plusieurs autres joueurs et la création de mon association «  Tennis en liberté » dans les quartiers sensibles, j’ai souhaité toucher à l’aspect loisir et j’avoue que je m’y adonne  régulièrement à Ramatuelle un très bel endroit. J’ai beaucoup réfléchi à cet aspect d’accueillir un joueur de tennis qui a envie, peu importe son niveau, de ressentir des choses, d’évoluer, d’apprendre. C’est primordial qu’on le respecte de A à Z. Et qu’il puisse repartir avec quelques notions supplémentaires. J’y ai mis toute mon énergie comme si c’était une Amélie Mauresmo ou un joueur ayant envie de devenir pro.  Ayant exercé au sein d’un centre d’entraînement aves des joueurs et joueuses de haut niveau et d’un autre côté ayant goûté au tennis loisir, j’avoue mieux m’y retrouver dans le tennis loisir….

 

Pourquoi ?

Car une forme de reconnaissance s’installe. Déjà il règne beaucoup moins de pression, et il existe un véritable échange. A l’époque des joueurs n’ayant pas les moyens de payer me demandaient de leur faire des prix… C'était très peu financé, or l’entrainement se déroulait jour et nuit. C’est un encadrement total et qui est parfois épuisant. Sans compter que du jour au lendemain le joueur ou la joueuse est capable de nous quitter en deux minutes ayant envie de changer d’encadrement et d’entraîneur. A l’époque, lorsque j’ai monté mon centre d’entraînement, j’avais dans l’idée de faire en sorte que les enseignements soient sur une forme de turn over et que ce ne soit pas toujours le même entraîneur qui entraîne la même joueuse ou le même joueur. Que l’on puisse arriver à échanger ensemble et que chacun apporte sa petite pierre à l’édifice, afin que le joueur se développe totalement. Mon combat est là aussi. Il ne se borne pas à parler uniquement des femmes victimes et isolées. L’entraîneur, l’enseignant doit essayer d’adopter un comportement plus juste et ne pas aller à l’encontre de ce que l’élève souhaite aussi. C’est un vrai échange, partenariat et aujourd’hui c’est essentiel dans l’apprentissage. C’est à plusieurs que l’on pourrait former de nouveaux champions et championnes. Je ne crois plus à l’isolement d’un enseignant ou d’un prof qui pense qu’il a la science infuse et qu’il va réussir..

J’avais un peu d’avance dans les années 99-2000 puisque c’est là qu’Amélie Mauresmo a éclaté au plus haut niveau mondial. Mais les enseignants ou les coaches de ma structure n’ont pas réussi à échanger et à le mettre en pratique. Ainsi un Christophe Fournerie qui était détaché pour s’occuper d’Amélie Mauresmo pendant quelques mois, lorsque je lui ai demandé de s’occuper de joueurs et joueuses de la structure, et que je lui ai annoncé que ce serait Sophie Collardey qui reprendrait, il n’a pas supporté. A présent, l’enseignant ne doit absolument pas devenir indispensable à son joueur à tel point que celui-ci soit totalement emprisonné et sous la coupe de cet entraîneur. Plein d’autres personnes pourraient lui donner de bons conseils.

 

C’est un vrai travail d’équipe que tu proposes ?

Oui, j’y crois vraiment et l’on peut d’ailleurs s’en rendre compte  lorsque l’on observe les joueurs et joueuses de haut niveau. Il existe toute une équipe autour. Nadal, Federer se sont entourés d’anciens joueurs expérimentés et dotés d’une certaine approche. Une victime isolée, c’est très mauvais, un entraineur isolé aussi.  Et c’est là où je trouve que notre fédération a le plus gros travail à effectuer. Il faut arrêter de mettre les clubs ou les coaches en concurrence et qu’un joueur de Saint-tropez puisse aussi aller s’entraîner dans d’autres clubs aux alentours. Et pourquoi pas bénéficier de coaches travaillant sur place. C’est dommage d’avoir un joueur tous les jours en face de soi et de ne pas ouvrir le discours vers d’autres enseignants. Ce n’est pas du tout dans l’air du temps, et il faut changer les mentalités.  Je pousse vraiment dans ce sens là en essayant de créer une dynamique entre clubs, et que l’on soit capable de vivre différentes expériences..

 

 

Tu as eu l’occasion de travailler avec Mauresmo lorsqu’elle était junior. Que penses-tu lui avoir apporté et qu’avez-vous travaillé ensemble ?

Je dirigeais la structure et ne voulais pas partir sur les tournois. J’avoue qu’à cette époque là je n’avais totalement repris la confiance en moi que j’ai acquise à l’heure actuelle pour peut-être la mener au plus haut niveau. En tout cas, j’avais peur d’y aller et j’avais envie d’une pause voyage et de ne plus préparer mon sac. En revanche, j’ai essayé de faire en sorte de lui procurer des entraîneurs disponibles et motivés pour ce challenge. Quand on l’a récupérée, elle était championne du monde juniors et en quelque temps elle s’est retrouvée en finale de l’Open d’Australie. Elle savait que j’étais présente, j’encadrais, je surveillais et j’avais un œil sur l’entraîneur qui s’occupait d’elle. J’étais un peu comme une médiatrice par moment, et elle savait que si ça n’allait pas, elle pouvait me parler. Mais c'était compliqué car on avait une joueuse très talentueuse, qui en même temps était en train de vivre une vie amoureuse avec une de mes meilleures amies.  J’aurais aimé comme elle a su le faire après la guider vers plus de travail et d’assiduité à l’entraînement. Mais finalement c’est peut-être en Australie qu’elle a joué son meilleur tennis car elle était libérée psychologiquement. Effectivement, elle avait déclaré son homosexualité et je crois que ce fut un moment très fort aussi. 

C’’est un fait que j’ai joué surtout la carte avec Amélie de savoir comment elle allait pourvoir vivre avec cette particularité. Et ce n’était pas simple. On a d’ailleurs pu voir tout ce qui s’est passé en Australie. Elle avait un revers fantastique qui tuait littéralement ses adversaires sur place mais c’était dur de la motiver côté travail. On était encore sur son talent, ses acquis et le travail dépendait de sa bonne volonté. Je me suis battue un peu avec cette situation en lui disant que pour atteindre la plus haute marche, il s’agissait de s’investir davantage. Finalement, elle a décidé de quitter la structure et c’est ce qu’elle a fait après avec ses divers coaches. Que ce soit Alexia Dechaume ou Loïc Courteau. Ce fut une belle expérience, je ne regrette pas du tout mais il y avait de gros enjeux difficiles à gérer. C’ était une Amélie Mauresmo encore jeune et presque ado…

 

As-tu des idées vu le drame que tu as subi pour qu’il y ait moins d’agressions sexuelles ?

Mon idée repose surtout sur tout ce qui se rapporte à l’enseignement. Il faut que l’on arrive à faire pratiquer du beau tennis, de beaux gestes. Et l’on doit mettre les bouchées doubles lorsque l’on a affaire à de petites jeunes filles au sein de l’école de tennis et au mini-tennis. Pour moi c’est de là que ça part, c’est le starter. Nos meilleurs coaches doivent être dans cette palette là pour apporter le plus d’éléments possibles . Je dois dire que je me suis un peu embêtée par moment dans le tennis féminin avec un jeu trop stéréotypé et j’avoue être un peu nostalgique. Est-ce la faute des enseignants, des coaches, des joueuses ? On ne sait plus trop aujourd’hui qui est la meilleure au monde, ça change tout le temps et on n’a plus vraiment de repères.  Mon idée c’est de délivrer un peu de fun et de plaisir sur un court et je ne suis pas sûre que toutes ces joueuses soient dans cette dynamique là et ça me dérange. Il me semble que l’on a un gros travail à réaliser à ce niveau là. Au départ, le joueur doit effectuer un certain travail, c’est une évidence. Il doit être un peu besogneux pour acquérir toute une gamme de coups. Ce qui m’a fait plaisir en tout cas c’est qu’on vu revenir des coups comme le shop et l’amortie. Puis on a vu se développer davantage de joueurs dotés d’un revers à une main. On avait entendu à un moment donné certains joueurs qui disaient » Le revers à une main c’est fini, ce n’est plus à la mode, ça ne sert plus à rien, il ne faut plus enseigner que le revers à deux mains." Mais pour moi, le revers à une main reste le coup le plus magique et le plus beau du monde car il se joue totalement relâché. Et permet un jeu vers l’avant, vers la volée, vers le développement d’un jeu plus fin.

J’ai l’impression que tous ceux qui ont appris un jeu besogneux de fond de court, à faire des ronds, des lifts à outrance, aujourd’hui ont un peu décroché. Ils gagnaient peut-être quand ils étaient jeunes, mais plus après.  C’est un peu ce que j’ai subi avec ce monstre d’entraîneur. Il m’a empêchée de développer un tennis vers l’avant, or j’étais faite pour ça. Pour aller à la volée, pour avoir un chop de revers et pas un tennis de contre et de renvoi. Et c’est très important d’arriver à amener le joueur dans des zones où il se sent bien.


Que penses-tu des joueuses françaises d’aujourd’hui ?

C’est un peu compliqué en ce moment. Le Covid a aussi beaucoup terni le circuit. Des filles comme Mladenovic, Garcia sont en train de décliner un petit peu mais la concurrence est rude. Ont-elles fait les bons choix à un moment donné concernant leur entourage ? Caroline aurait pu ne pas avoir toujours comme accompagnateur son père et peut-être s’octroyer des coaches un peu plus renommés. Ou tenter une expérience avec des étrangers. Il n’existe pas que la technique française, il est bien d’aller piocher ailleurs. Actuellement, j’ai un jeune qui joue très bien, j’ai envie de lui dire » Va faire ton expérience en Espagne, va découvrir un peu tous les secteurs de jeux avec des terrains différents."  C’est cela qu’il faut absolument apporter. Nos jeunes joueuses comme Burel et autres sont intéressantes mais elles n’arrivent pas encore véritablement à percer. Pourquoi ? Je ne suis pas assez le tennis pour pouvoir véritablement répondre à cela, mais les derniers résultats de la Coupe Billie Jean King sont assez décevants. Il y a encore du boulot, un travail mental est nécessaire c’est une évidence. On n’a peut-être pas non plus assez la niaque qui consiste à passer des heures à peaufiner où à construire de nouveaux gestes. On n’est pas prêt à cela.

 

As-tu un rôle au sein de la fédération ?

Au nom de l’affaire Sarah Abitbol qui m’avait beaucoup touchée en 2020, j’avais fait un article dans l’Equipe où je disais espérer qu’un jour on tendrait la main à toutes ces victimes. Fin 2020, la fédération est enfin venue vers moi. Je suis prestataire de service et je réfléchis sur la thématique de la protection des mineurs mais pas uniquement. J’avais besoin aussi que l’on me respecte, que l’on me reconnaisse dans mes qualités d’enseignante. Et d’ancienne joueuse évidemment. Je joue encore aujourd’hui, je donne des leçons sur le terrain, frappe la balle et on m’a demandé comment relancer le tennis loisir. J’ai fait toute une étude là-dessus. Ainsi que sur le mur que j’ai demandé à remettre absolument au cœur de nos pratiques. A l’âge de 6,7,8,9 ans un enfant qui joue contre un autre enfant qui ne renvoie pas la balle est habité par une certaine frustration. Or s’il tape contre un mur, la balle revient toujours. J’ai développé toute une réflexion à ce sujet sur les sens et l’ouïe, le son de la balle et sa trajectoire contre un mur. Ce travail parle énormément aux enfants et les résultats sont concluants. La fédération a tout ceci en main aujourd’hui et j’espère que l’on va pouvoir développer  ensemble mes suggestions dans les prochains mois avec la nouvelle direction qui a envie d’évoluer. J’espère pouvoir continuer à leur côté pour faire en sorte d’approfondir et ça me plaît. J’aurais pu à l’époque en 90, arrêter ma carrière tennis et dire «  Il faut que je sorte de tout ça, que j’oublie toute cette période et couper avec le tennis. Et bien non. J’ai fait le choix de toujours y rester et je prends énormément de plaisir. C’est incroyable combien ce tennis m’anime encore en tout cas dans ma tête. C’est une remise en question comme quand j’étais joueuse. Je suis capable chaque soir de faire un bilan des joueurs que j’ai pu avoir en loisir et de me dire comment puis-je faire pour que ce soit encore mieux et faire passer des étapes à mes élèves.

 

C’est beau cette passion du tennis ! Tu joues encore pour toi-même ?

Je n’avais plus envie de faire de compétition, je ne voulais plus être restreinte à mettre la balle dans le cours, plus envie de compter les points. C’est quelque chose qui me permet de me défouler. J’ai pu faire une compétition pour les plus de 40 ans et suis partie en nouvelle Zélande où malheureusement on a subi un tremblement de terre. Mais la compétition pour moi ce n’est plus d’actualité. Récemment j’ai fait de la compétition dans une toute autre activité qui s’appelle le pickabull qui fait fureur aux Etats-Unis avec une balle en plastique. Une activité qui demande beaucoup moins financièrement en tout cas pour les clubs comparé à la mise en place d’un paddle . C’est une activité qui m’a beaucoup plu. J’ai fait les championnats de France et j’ai perdu en finale du double mixte. C’était très chouette et très convivial. Je joue encore très bien et par moment je me challenge.

Je vais raconter une petite expérience que j’ai vécue il n’y a pas longtemps avec un client. C’est un joueur américain en vacances à Saint Tropez qui m’a demandé de taper la balle. Il était dans le challenge, et avait envie de se préparer en vue d’un événement de double. Il m’a proposé de faire un match où il avait les couloirs de double et pas moi. Je ne sais pas si tu imagines mon cerveau qui pendant 40 ans n’allait pas chercher les balles dans le couloir et qui du jour au lendemain devait changer son fusil d’épaule. Il m’a fallu quelques jours pour que je conditionne et c’était un nouveau challenge. Côté enseignement, j’arrive toujours à me projeter sur un challenge personnel et c’était une belle expérience. On a bien rigolé ensemble après et je lui ai que ce qu’il me demandait m’avait obligé à retourner mon cerveau…

 

 

C’est une constante adaptation !

Oui c’est ça. J’ai envie de former des enseignants et leur dire « regardez », « écouter », « véhiculez une image positive. Il faut penser à l’énergie que l’on va déployer lorsque l’on donne un cours, sa voix et l’attention que l’on porte à l’élève. Je trouve qu’avec les enfants, trop d’enseignants s’en foutent. C’est dommage mais je ne veux pas parler de cette réalité. Je souhaite que l’on retourne dans les clubs à la base et il faut que l’on revalorise les coaches et qu’on leur redonne envie d’avoir envie.

 

 

Justement quels sont les erreurs que tu as pu constater chez les enseignants ?
Trop souvent c’est de la garderie avec trop d’enfants sur un court ; ce n’est pas possible. Il y a aussi trop de demandes des parents qui ne comprennent pas pourquoi leur enfant ne joue pas mieux. Il ne joue qu’une fois par semaine, donc… Nous lorsque nous étions enfants quand on jouait une première fois ,on rejouait à côté avec les copains ou contre un mur. Si l’enfant n’est pas demandé par l’enseignant à venir pour un cours, il ne revient pas de lui-même. Il y a toute une éducation à fournir avec un mode de vie qui a changé.  Je vois trop souvent les enseignants sur les portables, peu motivés pour faire progresser  l’enfant quelque soit son niveau. Il y a des enfants talentueux d’autres beaucoup moins ; il y en a qui sont en grande difficulté et ceux là il faut quand même s’en occuper. Donc l’enseignant qui est apathique  et qui ne bouge plus sur un court de tennis, pour moi c’est très néfaste pour notre sport.

 

Et la relation avec les parents. Comment un enseignant doit-il se comporter avec les parents ?

C’est un vaste sujet. Certains enseignants de clubs passent aussi beaucoup de temps à discuter avec les parents en dehors du court. C’est épuisant par moment et on nous demande aussi des résultats très rapides sans vraiment fournir des efforts à côté. J’ai enseigné il y a quelques années au Racing Club Lagardère et je dirigeais l’école de compétition. On demande beaucoup d’efforts aux coaches et je trouve que les générations d’aujourd’hui  ne sont pas prêtes à véritablement s’impliquer davantage. Je dirais que la séance service que j’ai demandée à beaucoup de  jeunes consistant à retravailler tout seul ce coup dans leur club, je  l’ai rarement vue reproduite. On ne peut pas faire de miracle. L’enseignement pour moi c’est de taper un maximum de balles pendant 1 heure. C’est notre objectif. L’objectif de l’école suédoise c’est je crois de taper au moins 200 balles dans l’heure, on en est loin en France. Rien qu’en regardant les sceaux de balles des enseignants où il y a à peine 20 balles dedans c’est significatif. Je ne voiis pas comment on peut s’en sortir pour obtenir plus de résultat. Même si on ne peut pas faire que des champions, si on renforce un peu notre base avec un certain nombre de joueurs qui jouent bien au tennis, qui ont une belle technique, c’est déjà satisfaisant . Un enseignant doit pouvoir amener son joueur au moins en seconde série. Avoir mis le cota d’un enseignant à 15/2 me paraît peu judicieux. Je n’ai rien contre ce niveau là mais je pense que quand on est enseignant, une bonne qualité de balle est nécessaire. Sinon, il ne peut pas donner du plaisir ni en prendre et inciter son joueur à en redemander.

On aurait d’ailleurs bien besoin de femmes et de mixité dans les clubs. Pour moi, une femme à 3/6 a toutes les possibilités de répondre à tous les niveaux de clientèle à entraîner.  Je suis passée comme directrice de l’école de tennis de Villiers Le Bel, à l’époque une activité très prisée, où je n’étais pas salariée à l’année. J’étais en libéral et si le joueur ne revient pas le lendemain, tu ne manges pas.. C’est aussi simple que ça. Les cours que tu donnes, les joueurs que tu approches, il faut leur donner envie de revenir.

 

On voit l’expérience de la sportive de haut niveau qui a travaillé dur !

Voilà oui, et je suis obligée de continuer à travailler dur. Mais mon corps fatigue, et je dois dire qu’à certains moments, je suis contente de pouvoir faire évoluer mon sport par le biais demes réflexions. Avec un peu moins de terrain quand même car parfois je fatigue. On vieillit ! 55 ans. Mais je prends un sacré plaisir à taper dans la balle et par moment c’est un pur bonheur.

 

Tu as une fille ?

Oui, ma petite Cloé sans H. Elle a 7 ans, est mignonne comme tout et c’est le centre de ma vie aujourd’hui. Je suis malheureusement séparée de ma femme et je m’adapte ; elle aussi. Ma fille est en train de me découvrir et ça fait du bien. Par rapport à tout ce que j’ai pu traverser c’est le bonheur de ma vie et quand je suis avec elle, je suis avec elle.

 

Elle joue au tennis ?

Oui mais rarement sur un court car j’ai eu un gros problème de santé à l’oreille, et je n’ai pas pu taper dans une balle pendant deux ans.  Je l’ai fait jouer dans l’appartement, sur une pelouse. Je mettais les filets un peu n’importe où et avec lors du confinement je suis partie à Porquerolles avec elle. Et on a fait des trucs incroyables. Elle a tapé contre un mur à genoux, avec les deux mains, avec raquette à gauche, à droite, avec plusieurs balles, en jonglant, en sautant, en employant des jeux d’adresse. L’enseignement des petits était sans doute le secteur que je n’avais pas abordé, elle m’a poussée à y réfléchir.  Les enfants ont changé, ils ne veulent plus être compétiteurs à tout prix, ils veulent jouer. Elle voulait me montrer comment il fallait jouer et je l’ai laissée faire. Il faut que l’on change notre approche sur cette nouvelle génération qui fait tout plus que tout, qui ne souhaite pas de challenge de compétiteur one to one mais qui veut jouer en équipe. A nous sans doute de redonner sa place au jeu de double, à retrouver le plaisir de jouer en famille, de partager des choses à plusieurs. Il m’arrive de faire des confrontations où ils sont 4 contre 4 . Parfois aussi je me dis "Pourquoi ne fait-on pas que des lobs? Pourquoi n’apprend t-on pas le lob à 6,7 ans. J’ai déjà joué sur deux terrains côte à côte avec un filet plus haut sur l'un des deux pour travailler le lob au-dessus du grillage. J’ai remis le lance-balles au goût du jour qui amène de la gaité. Ce n’est pas le coach, ce n’est pas un lancer ; c’est une improvisation d’un lancer et c’est rigolo.

Pour en revenir à ma fllle, elle  a peut-être envie de devenir prof. Sa maman a un magasin de crocodiles et de chemises lacoste, elle veut aussi tenir ce magasin. On verra bien plus tard. C’est une sportive, elle est sagittaire. Elle a plein d’idées ; elle est merveilleuse….

Agnès Figueras-Lenattier

dimanche, 07 novembre 2021

Docteur Virot

hypnose,livre,explications

Psychiatre, le docteur Virot a tout de suite  débuté en pratiquant l’hypnose. . « Lors de mes études, expliqiue t-il, on me proposait en gros deux voies thérapeutiques : soit je devenais marchand de médicaments, soit je faisais de la psychanalyse. Ces deux voies ne me plaisaient guère, et ce n’est pas ainsi que je concevais mon métier. Concernant les médicaments, je pensais que les gens avaient d’autres ressources. Quant à la psychanalyse, cette discipline ne m’intéressait pas tellement car elle me semblait trop lente, trop floue.   Je voulais trouver quelque chose de pragmatique, d’efficace et c’est à ce moment là qu’est apparue la première formation d’ypnose ericksonienne en France à laquelle j’ai participé.   Lorsque l’on commence comme médecin, on a le droit car c’est très réglementé d’aller donner sa carte de visite à des confrères. Et sur ma carte j’ai mis Hypnose éricksonnienne ».  Ce qui a beaucoup inquiété mes professeurs qui m’ont dit « Il ne faut pas le dire, ni annoncer des choses comme ça, tu vas avoir des soucis ». En 1988, personne ne faisait de l’hypnose.  Mais je pense que cette initiative a fait partie de mes bonnes idées. Egalement de faire ma thèse sur l’hypnose car j’étais reconnu par la faculté. Dans un livre didactique et très complet intitulé « Hypnose, et auto-hypnose «  aux éditions Robert Laffont, il explique les diverses particularités de l’hypnose ainsi que son histoire.

 

 

Vous pratiquez l’hypnose ericksonnienne. Y en t-il d’autres ?

Pas vraiment si ce n’est l’hypnose classique, celle de Charcot. On l’enseigne toujours à l’Institut français d’hypnose. Mais quand est arrivée l’hypnose ericksonienne , c’est comme si on avait lancé des graines sur tout le pays de la France et elle s’est étendue partout. De même dans d’autres pays. Quant à l’hypnose classique, quelques personnes la pratiquent encore mais très peu. Englobant des suggestions plus directes, plus autoritaires, elle  peut être intéressante sur certaines personnes mais c’est très marginal.

 

Dans votre livre vous dites que l’hypnose à orientation médicale et thérapeutique est née à l’époque de la révolution française. Pourriez-vous préciser dans quelles circonstances ?

Alors que beaucoup de gens étaient à l’époque un peu occultistes, Mesmer médecin autrichien prétendait pouvoir soigner des gens à distance sans contact direct. Mais c’était en totale opposition avec toutes les logiques matérialistes. Il fallait soit toucher les gens, soit donner des médicaments, des aliments, ou faire des saignées ou des purges. Il a présenté sa méthode au sein des sociétés viennoises médicales mais il s’est fait traiter de tous les noms On a dit que ça n’avait pas de sens, que c’était impossible. Mesmer en réaction a commencé alors à prétendre qu’il existait quand même un support matériel : un fluide animal dans l’éther avec des espèces de petites particules qui se transmettent qu’il était capable de capter. C’était assez sulfureux et il s’est fait virer de Vienne. A ce moment là, il régnait une atmosphère frémissante à Paris et il existait des ferments importants sur le plan social, politique, religieux, philosophique. La tendance notamment chez les philosophes des lumières était une ouverture aux idées et aux expériences nouvelles dont le fait de transmettre le savoir et de le partager. Or à l’époque celui-ci était destiné aux riches. Toute une dynamique interne à la France qui permettait de proposer quelque chose de nouveau aussi dans la médecine.

 

Mesmer à Paris

 

Mesmer est donc venu à Paris avec ses pensées et ses hypothèses et il a été bien accueilli. Il a obtenu un large succès avec les malades et a donc retenu l’attention autour de lui. Deux enquêtes ont été réalisées diligentées par ce qu’on appellerait aujourd’hui le Ministère de la Santé sous l’autorité du roi. Ils ont cherché ce fameux fluide mais n’ont rien trouvé. Là encore on a parlé de foutaise, de charlatanisme. Il a été dénigré une fois de plus. Mais les scientifiques ont pu vérifier que beaucoup de gens étaient guéris et ont émis dans leur rapport officiel d’ailleurs consultable la théorie de l’imagination. Une porte ouverte sur un nouveau monde puisque jusqu’à présent l’imagination et les corollaires comme l’impalpable, le magique, le mystique se situaient dans le monde de la religion, de la croyance. Or tout d’un coup il pénètre dans le monde médical ce qui n’était pas prévu. Ce principe a été repris, développé et l’on a fini par penser que l’imagination constituait une dimension naturelle de tout être humain et qu’en l’activant, on pouvait aller mieux et même guérir.

 

Comment le concept de l’imagination a-t-il évolué ?

Ll’imagination va petit à petit devenir l’inconscient et de nombreuses théories sur l’inconscient vont être élaborées tout au long du XIXè siècle. Pour finir dans les mains de Freud avec sa théorisation un peu complexe. On a l’habitude de dire que l’hypnose naît en France à peu près en 1900. Un premier congrès mondial d’hypnose se déroule à Paris en 1889, un deuxième aussi en 1900. Dans toutes les écoles du monde ; on apprend que la France est le berceau de ce domaine. Puis à partir de 1900,  plus rien. On affirme qu’avoir recours à cette méthode n’est pas sérieux, pas nécessaire, pas prouvé. Et on en revient aux modèles purement matérialistes de la médecine. Le modèle neurologique, l’infectiologie reprennent le dessus, Pasteur passant par là. Entre temps Charcot a perdu la partie. Il s’est intéressésé à l’hypnose pendant une vingtaine d’années ce qui a donné de l’essor à cette branche. Il a voulu trouver une théorie neurologique de l’hypnose, trouver un support matériel mais en vain. Puis cette hypnose qui avait carrément disparu en Europe s’est un peu installé aux Etats-Unis notamment par le biais d’un médecin Clark Hull dont Erickson était l’élève. Aujourd’hui, on dit que l’hypnose est très créative, imaginative, personnalisée mais à l’époque elle était très standardisée et tout le monde était soigné de la même manière.

 

Erickson s'oppose à Clark Hull

 

C’était ainsi que travaillait Hull qui se basait sur les premiers enregistrements en train de se mettre en place et qui pensait que cela suffisait pour permettre aux patients d’aller bien.  C’est ce qu’on appelait l’hypnose directive, aujourd’hui appelée hypnose classique qui comprenait beaucoup de déchets et finalement ne convenait pas à grand monde.  Elle ne prenait pas en compte l’histoire de chaque personne, son histoire, ses valeurs, ses émotions, sa constitution interne. Cela n’a pas du tout plu à Erickson qui pensait au contraire que les ressources hypnotiques, l’imagination étant très personnelles, il fallait s’adapter à chacun. C’est de cette manière qu’il a emprunté un chemin original et très controversé mais il a fini en pleine gloire.

 

 

Vous disiez que lors de la première consultation, il ne faut pas faire d’hypnose !

Je compare toujours l’hypnose à de la chirurgie. J’ai failli être chirurgien, c’est peut-être la raison… Ainsi, avant de faire un acte majeur de soin, on fait d’abord une évaluation, une espèce de check up pour mieux connaître le patient, la raison de sa venue, qui il est. Vous imaginez aller à une consultation chez le chirurgien qui dès la première visite vous opère sur le coin de la table. Pas sûr que cela vous plairait. Pour l’hypnose, je pense que c’est le même principe.  Il y a aussi une autre dimension qui consiste à penser qu’il est intéressant  d’en faire mais  intéressant aussi de ne pas en faire.


Justement comment décidez-vous d’y avoir recours ou pas ?

En voyant les gens. J’ai vu un monsieur qui a une pathologie un peu spéclale,  la maladie des jambes sans repos. Quand il veut se reposer et particulièrement quand il veut dormir, son corps s’agite et en particulier ses jambes. Elles bougent tout le temps. Il a ce symptôme là depuis très longtemps. Quand il est venu, il m’a demandé de le revoir au bout de 15 jours et m’a demandé si l’on ferait de l’hypnose. « Je ne sais pas" lui ais-je répondu ce qui l’a surpris. « Si vous allez bien dans 15 jours ais-je ajouté, je ne vais pas en faire avec vous, donc je ne sais pas »… Une première rencontre comme j’ai fait avec cet homme, c’est très thérapeutique et des changements peuvent se produire car il a pris la décision de venir. Très régulièrement,  je vois lors d’une première séance, des patients souffrant de douleurs éparses, de troubles du sommeil, d’anxiété et qui reviennent en me disant «  C’est bizarre, ça va mieux ». Je leur explique alors que ce n’est pas la peine d’avoir recours à l’hypnose. S’ils continuent à aller suffisamment bien et que ça évolue favorablement, je ne les vois plus.

 

Vous êtes doué alors !

Non, ce n’est pas la question. Il existe beaucoup de techniques lors d’une première rencontre, et un grand travail à élaborer. C’est une séance très complexe, la plus complexe de toutes. Certaines personnes qui décident de prendre rendez-vous avec un médecin vont déjà mieux avant même de l’avoir vu. C’est placebo d’une part, et c’est aussi parce qu’ils se sont mis en route vers un processus évolutif. Mais parfois c’est vain et il y a quand même beaucoup de gens avec qui je fais de l’hypnose.

 

Uniquement de l’hypnose ou aussi de la psychothérapie ?
Oui j’en fais, bien sûr. D’ailleurs, certains patients quand ils viennent ne savent pas de quoi ils ont besoin. C’est toujours le thérapeute qui sait.  Souvent,  ce qui leur fait du bien c’est de parler avec quelqu’un, donc des séances de psychothérapie. Je peux faire des thérapies de groupe, des thérapies familiales et aussi des thérapies brèves.

 

Vous insistez beaucoup sur la respiration !

C’est un processus corporel très important. Il existe de nombreuses personnes à qui il suffit d’apprendre à respirer pour qu’ils aillent bien. C’est d’ailleurs étonnant comme il faut peu de choses parfois pour soulager. Je vais vous raconter une histoire récente. Une dame vient me voir qui a des douleurs dans le mollet, au- dessus de la jambe droite. J’ai utilisé la technique de thérapie brève en lui demandant de faire des choses un peu bizarres. Je lui ai suggéré de trouver chez elle une grande chaussette qu’elle mettrait tous les soirs sur sa jambe gauche, et tous les soirs de placer deux pièces de monnaie sous la chaussette à chaque fois à des endroits différents. Elle l’a fait pendant 15 jours . «Au début m’a-t-elle expliqué ça m’embêtait , mais n’empêche que depuis 10 jours, je ne souffre plus ». Je lui ai dit « Vous allez bien rentrez chez vous »

 

Vous faites très attention aux mots et aux émotions du patient !

Oui, les mots sont très importants, c’est tout le cœur d’une première rencontre. C’est aussi le cœur de toutes les formations, apprendre à communiquer. On a deux dimensions de l’inconscient qui n’ont pas le même langage. Celle que l’on utilise avec une connotation  un peu négative. Des mots comme douleur, peur, tristesse qui fabriquent de la tristesse, de la peur ou de la douleur. Effectivement, plus vous parlez de douleur, plus vous avez mal.  Que fait-on dans les hôpitaux ? On ne parle que de douleur tout le temps, on l’évalue à longueur de journée. . On a une deuxième dimension de l’inconscient qui s’appelle la conscience virtuelle et qui prend tous les mots de manière littérale. Si elle entend le mot colère, douleur, elle fabrique tout ça. Quelle est celle qui prend le dessus sur l’autre ? Cela dépend de l’état émotionnel dans lequel on est. Si on va bien ça va mais quand on va voir un soignant c’est parce que l’on ne va pas bien, donc on se retrouve très vite dans une transe d’alerte, une transe négative. Et dans une transe, c’est la conscience virtuelle qui prend le dessus. L’on est alors beaucoup plus sensible à tous les mots que l’on utilise. Chaque mot, chaque geste va avoir une importance. Je fais très attention à mon langage, cela s’appelle la communication thérapeutique. Il faut apprendre à maîtriser le langage, et dans mon institut d’enseignement on y a beaucoup recours.  D’ailleurs, les gens s’y intéressent de plus en plus. En médecine on n’apprend pas à utiliser le langage verbal, l’intensité de sa voix, son rythme, ses gestes.

 

A-t-on observé le cerveau avant et après une séance ?

On l’a observé avant et pendant une séance. Beaucoup d’études sur le sujet extrêmement importantes ont été réalisées entre 1997 et 2000. Elles ont montré que le cerveau ne fonctionne pas pareillement lors d’une séance ou dans un état de conscience ordinaire. Les images montrent des zones du cerveau plus actives et d’autres moins actives. Cela a permis de valider le fait que l’hypnose a un impact mais les connaissances sur la conscience sont très parcellaires aujourd’hui.


Pourriez-vous décrire une séance ?

Beaucoup de gens pensent que toutes les séances se ressemblent mais il existe plein de formes d’hypnose différentes.  Quand je reçois un patient, j’ai un catalogue de 20 ou 25 techniques.  Mais voici la classique, celle que l’on enseigne : Je demande au patient d’imaginer mentalement un endroit où il se sent bien, comme par exemple être au bord de la plage. Je vais employer cette technique avec un patient qui m’affirme ne pas être bien, qui est anxieux, tendu, enfermé dans ce malaise. Il peut aussi me dire quelque chose qu’il aime faire, du vélo, du ski, de la cuisine. Il va aussi me décrire la météo, les gens avec qui il aimerait être. Je vais recueillir ses propos, on appelle cela recueillir un thème. Je vais l’aider à se dépasser mentalement, à emporter sa conscience ailleurs. Quand on arrive à imaginer suffisamment fort et pendant un certain temps, un effet régulateur se fait sentir sur tout le monde intérieur du patient.

 

Parfois vous employez des techniques mixtes. A la fois médicaments et hypnose ?

J’ai fait cela quand je me suis installé en 88. Je prescrivais des médicaments. Soit je ne faisais que cela, soit je ne prescrivais rien avec de la psychothérapie.. Il m’arrivait d’avoir des médicaments dans une main, et d’avoir recours à l’hypnose dans l’autre. Cela ne marchait pas terrible, donc j’ai arrêté les médicaments au bout de 10 ans. Par rapport aux dépressions, je considère qu’il y en a 90% qui s’améliorent pas rapport à un diagnostic précis.  Et dans ces 90% assez rapidement il n’y a plus plus besoin ni de psychiatres, ni de médicaments. Des échecs complets, je dirais 10%.

 

Et avec les patients qui prennent des médicaments notamment des neuroleptiques peut-on agir efficacement ?
On peut très bien travailler avec des patients psychotiques. Ca va les aider mais il faut être un expert de la psychose, au moins psychologue ou psychiatre . C’est un trouble de la conscience extrêmement complexe donc il faut avoir l’habitude de s’y investir.  Les neuroleptiques  sont faits pour figer la conscience alors que l’hypnose est faite pour faire bouger la conscience.  Ce sont des faits qui se contredisent . Comme les neuroleptiques vont bloquer essentiellement la conscience virtuelle, cela provoque un certain apaisement.. La conscience ne part pas dans tous les sens. Donc l’hypnose et ces médicaments là,, ne sont pas très amis… Maintenant, je vois des jeunes qui ont des troubles psychologiques récents. Avec eux, on va pouvoir éviter des aggravations de psychose. Avec aussi des psychiatres et des institutions qui veillent sur eux et qui contrôlent un peu leur état.  Mais il y a des psychoses multiples de niveau, 1,2, 7,8…On peut aider à peu près tout type de patient car il a en lui des capacités pour améliorer sa conscience, à trouver des solutions. A changer sa manière de voir la vie, de modifier ses sensations corporelles, ses émotions.  On peut faire beaucoup de choses avec beaucoup de gens.

 

 

Peut-on expliquer d’où proviennent ces échecs ?

La plupart viennent de l’incapacité du thérapeute, de ses limites à comprendre, à aider et à s’intégrer dans le schéma mental du patient. Cela demande beaucoup de souplesse, d’attention, d’expérience.  Pour les dépressions par exemple, il existe pratiquement autant de dépressions que de patients. Il y a les légères et les récentes et d’autres extrêmement violentes, anciennes et modérées, ou anciennes et très complexes. Des contextes de vie un peu tordus dans tous les sens, des expériences traumatiques, de décès, de violence. C’est mon parcours et il est corroboré par mes collèges. Au début quand on fait des soins on arrive à soigner des dépressions relatives et légères mais c’est plus compliqué pour les pathologies complexes. L’expérience est nécessaire pour s’intégrer, pour entrer en résonance et  synchronisation avec le patient. Il faut arriver soi-même à se modifier intérieurement avec chaque patient. C’est pour cette raison que la première rencontre est primordiale.  A l’époque, je faisais deux, trois séances avec les patients avant histoire d’être suffisamment accordé avec eux.

 

L’âge rentre t-il en ligne de  compte ?
Ce n’est pas tellement une question d’âge même si cela a quand même une importance.. Il va intervenir dans la capacité ou non d’établir une relation durable avec un interlocuteur. Quelqu’un de très âgé qui a des troubles de type alzheimer possède une  conscience  très fluctuante, fragmentaire, floue. Cela  peut devenir compliqué avec des troubles  de l’attention, de la mémoire. Je peux par exemple m’occuper de dépressions extrêmes mais pas de patients de type Alzheimer. Je n’ai pas cette expérience là.  Avec les enfants dont la conscience fonctionne différemment, il faut là aussi des capacités d’adaptation. Il faut apprendre encore et encore. Pour le nombre et l’espace entre les séances, pas de règles vraiment de règles. Là  aussi c’est adapté à chaque personne. Cela dit,. si je vois une personne une première fois, la fois d’après ne dépassera pas un mois car l’effet peut disparaître. .  Il faut savoir que des personnes aux cas très compliqués peuvent évoluer très vite alors qu’au contraire des patients aux troubles moins compliqués vont curieusement demander plus de travail.  Chacun d’entre nous à un moment donné dispose de ressources , de capacités qui peuvent se mettre en route. Même face à des troubles assez importants…  Les médecins classiques n’aiment pas du tout ce genre de discours, mais pourtant c’est ma vérité quotidienne depuis 30 ans.

 

Et l’’hypnose lors d’opérations ?

Quand j’ai découvert cette possibilité, cela m’a fasciné et ça me fascine encore. J’ai le souvenir de la première fois où je suis allé dans un bloc opératoire et qu’une patiente était opérée non anesthésiée de manière habituelle.  Cela  m’a impressionné et démontre qu’il existe de sacrées compétences dans la nature humaine pour faire face à des situations complexes. Mais ces compétences là ce n’est pas toujours facile de les utiliser seul, il faut être aidé.  C’est pour cela que les anesthésistes et le personnel se forment. Toute une technique relationnelle va être utilisée. Même l' hypnose n'est pas utilisée durant l’opération, une séance faite juste avant va permettre aux gens de s’endormir, et de rentrer en anesthésie générale de manière plus paisible, plus tranquille. Avec un réveil plus serein et plus confortable…

 

La profession n’est pas réglementée !

`C’est effectivement un gros souci car n’importe qui peut se proclamer hypnothérapeute. On a fait une étude qui a révélé que 90% des gens ne savent pas faire la différence entre un professionnel de santé et quelqu’un qui n’a pas de compétence autre que d’avoir fait une formation en hypnose. Les gens ont parfois des troubles simples, mais parfois cela  peut être beaucoup plus grave et si on n’a pas un volume de compétences suffisant, on n’a aucune chance. Soit les symptômes vont s’aggraver, soit les soins vont être retardés, soit ils vont conclure que l’hypnose n’est pas efficace.  Aujourd’hui c’est à tour de bras que les gens s’installent pour gagner leur vie avec l’hypnose.  La reconnaissance par l’OMS a été arrêtée à cause du Covid mais des processus sont en cours. On a mis en place un annuaire spécifique des professionnels de santé « L’hypnose santé « pour orienter les gens vers des professionnels qui ont des bagages vraiment solides…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

mercredi, 03 novembre 2021

Amélie Oudéa-Castéra

fédération,tennis,objectifsActuelle directrice générale de la fédération française de tennis, Amélie Oudéa-Castéra a été championne du monde des moins de 14 ans en 1992, et 18ème joueuse française. Après une brève carrière dans le tennis, elle a bifurqué dans une autre vie en entamant de brillantes études ( Sciences Po, Essec,, Ena), puis a travaillé au sein de grands groupes comme Carrefour, Axa. Elle a été élue femme digitale de l’année 2020. A l'occasion du Rolex Paris Masters 2021, elle se confie sur sa politique tennistique :

 

Vous avez fait quelques années sur le circuit professionnel de tennis, une vie qui finalement n’était pas faite pour vous. Vous n’étiez pas heureuse !

C’est vrai. A 18 ans, j’ai senti que mon bonheur serait plus important ailleurs. Sur le circuit pro, c’est parfois très austère , très solitaire avec beaucoup d’attente dans les avions, les gares, les aéroports, les chambres d’hôtels. Une vie faite aussi de beaucoup de rivalité, parfois de jalousie et le sport de haut niveau, la haute performance ne compensait plus ces aspects qui me faisaient davantage souffrir. Et à l’occasion d’une blessure qui m’a empêchée de bien jouer ces mois-là, je me suis dit qu’il fallait finalement que je boucle un peu cette première vie dans le sport de haut niveau et lle tennis pour aller en conquérir une deuxième dans un environnement plus équilibrant : études, copains, classe, émulation et ouverture intellectuelle plus forte.

 

Vous avez été la compagne de Gustavo Kuerten lorsqu’il a gagné Roland Garros en 1977. Avez-vous quelques recettes à nous donner concernant la manière dont doit se comporter une compagne pour faire gagner un grand Chlem ?

En fait, c’était une situation et un contexte très atypique, car je le connaissais du circuit junior. On s’était rencontrés quand on avait 14 ans, on avait beaucoup sympathisé, on avait eu une petite histoire d’adolescents quand j’avais 15 ans et demi, 16 ans. Or quand j’ai arrêté Roland Garros l’été qui a suivi ma décision d’arrêter, c’était très difficile de ne pas y participer et pas possible pour moi. Pour combler ce manque, j’avais candidaté pour contribuer à l’organisation du tournoi. Le directeur général de l’époque Gilbert Ysern m’avait alors proposée un petit job au planning des courts, la gestion des balles, la relation avec les joueurs. C’est là que j’ai retrouvé Gustavo que je n’avais pas vu depuis environ 2,3 ans et on a très vite reconnecté, sympathisé. On s’est revus au fil de la quinzaine, et de plus j’étais proche de son entraîneur Larri Passos. De fil en aiguille Gustavo et moi avons discuté, pris un verre ensemble, puis son entraîneur m’a proposé de venir dîner avec eux. Et cette petite histoire d’adolescents a repris au fil du tournoi, même si Gustavo était extrêmement concentré sur sa réussite. Mais c’était justement très bien. Je participais au tournoi d’une manière différente, et je pouvais suivre son épopée au jour le jour. 

 

Une brasserie nommée " Victoria"

 

Nos petits rendez-vous qui consistaient à se retrouver dans une brasserie intitulée Victoria, la bien nommée… du boulevard Victor tout près de chez moi étaient devenus un petit rituel porte-bonheur. C’était merveilleux avec des moments de bonheur volés à droite et à gauche pour égayer le quotidien et se donner une forme de petit cocon de douceur dans ce monde très compétitif. Une sorte de petit dérivatif…

 

Lorsque vous avez bifurqué vers une autre vie avez-vous gardé un pied dans le tennis ?

Le tennis était complètement dans mon ADN, j’ai été constituée par lui. En effet, je suis née dans une famille de passionnés de tennis, toute ma famille joue et c’est un élément extraordinairement important pour nous tous culturellement. Donc il était impensable que je coupe vraiment avec ce sport. J’ai arrêté de jouer en compétition, mais j’ai toujours maintenu un lien avec certains amis du monde du tennis. Et puis, j’ai toujours été membre d’un club,  d’abord au TCP puis au Racing, puis les deux. J’y allais de temps en temps pour avoir le bonheur de taper un peu la balle ou de prendre un verre avec des personnes après une bonne séance de gymnastique. En outre, j’ai toujours maintenu un lien avec l’institution fédérale elle-même. En 1997, je me suis occupée d’un groupe de travail sur la reconversion des sporifs de haut niveau. M’a ensuite été proposée de faire partie d’une commission fédérale sur l’éthique. Je suis également entrée pendant un moment au Comité directeur de la Fédération sur l’initiative de Jean Gachassin alors président de la fédération et de Gilmbert Ysern. Cela m’a permis de m’investir dans cet objet fédéral, de continuer à me tenir au courant des politiques tennistiques à la fois localement et au niveau central.  J’ai beaucoup apprécié de garder ce lien avec les élus et les équipes fédérale

 

 

Maintenant que vous êtes directrice générale de la Fédération, quels sont vos divers objectifs ?

On se dit souvent avec  Gilles Morreton, l’actuel président que l’on a 5 +2 objectifs.
Le premier c’est de bien organiser nos grands événements notamment Roland Garros et le tournoi du Rolex Paris Masters 1000 du circuit ATP.

Le deuxième objectif c’est tout ce qui a trait au haut niveau. Comment aider la direction technique nationale à essayer de vraiment relancer le tennis français. Et de partir à la conquête de la haute performance que ce soit dans l’éducation et la formation des jeunes dans les territoires ou après dans leur formation vers l’élite avec tous les compartiments que cela peut représenter := préparation tennistique mais aussi tactique, technique, mentale, médicale. Faire des champions de demain et permettre à nos espoirs de libérer tout leur potentiel. Le 3ème objectif c’est  le développement de la pratique dans les territoires pour les familles, les enfants, un peu pour toutes les couches de la population. On a l’habitude de dire que le tennis est le sport de toute une vie. Cela commence à 2,3,4 ans jusqu’à un âge très avancé. Notre doyenne a aujourd’hui plus de 100 ans. Avec également le développement du padel avec comme leader Arnaud Di Pasquale. C'est  une discipline dont s’occupe la fédération depuis 2014. 

 

Une seule femme présidente de ligue

 

Le 4ème objectif vise les enjeux transversaux sociétaux : la lutte contre le dopage, la corruption, les paris sportifs manipulés. Egalement tout ce qui a trait à la gouvernance et le fait de féminiser les instances dirigeantes de la fédération un peu à tous les niveaux de responsabilité. Aujourd’hui on n’a qu’une seule femme présidente de ligue et faire accéder plus de femmes à des responsabilités dans la vie fédérale est donc quelque chose auquel on est très attaché. Le 5ème thème a pour but la modernisation de notre modèle économique. C’est là que rentre le fait d’organiser dans le stade Roland Garros toute une série d’événements culturels, de divertissements dans des secteurs comme la gastronomie, la mode. Mais aussi d’autres événements se rapportant à d’autres sports. Ainsi a-t-on organisé récemment une compétition de boxe et un événement pour la fête de la musique.. On essaye de développer l’utilisation du stade au-delà du tournoi pour diversifier nos recettes. On a en plus monté un fond de dotation, sorte de mini-fondation au sein de notre fédération pour essayer de lever des fonds. Y compris en terme de mécénat pour derrière renforcer les moyens que nous avons pour accompagner les associations par exemple en matière de prévention des abus sexuels. Toutes ces thématiques transversales alimentées par ce fond de dotation.
Et puis pour finir le +2 que j’ai évoqué au début : D’abord l’influence et la présence de notre fédération au niveau de la gouvernance internationale du tennis. Avec les autres tournois du Grand Chlem et les tours que sont L’ATP et la WTA qui représentent les joueurs et joueuses nous avons plein d’enjeux communs , afin d’essayer de pousser le rayonnement du tennis à l’international en engageant notamment davantage la communauté des femmes. Enfin,  nous nous attachons à développer une bonne gestion humaine de notre fédération. Je suis actuellement à la tête d’une équipe de près de 470 personnes et je veux qu’ils soient heureux, épanouis et très engagés dans leur mission au quotidien

 

Vous croyez beaucoup à l’approche multi sports pour faire vivre les clubs !

Absolument ! On vit aujourd’hui dans une société où il existe des sports qui font beaucoup de bien comme les pilates ou le yoga.  Ce sont des activités devenues importantes dans la vie des femmes car ça permet d’apprendre à mieux respirer, à être davantage à l’écoute de son corps, de compenser des vies parfois trop sédentaires qui peuvent faire naitre des problèmes de dos, aux articulations. Et je pense que de marier ces disciplines là avec le tennis dans les clubs, avec des cours de gym, des animations musicales fait partie de la façon dont les gens ont envie de faire du sport.  De bouger en rythme, d’avoir en même temps des instants de vrai calme et d’être un peu sur tous ces accords de manière un peu continue concentrés en un seul endroit afin de pouvoir passer de l’un à l’autre. Depuis 6 mois, je fais moins de pilates,, mais j’en ai fait très régulièrement ces dernières années. En revanche, le yoga est devenu un élément de ma vie quotidienne et je ne commence pas ma journée sans en faire un petit peu. Ca m’apporte énormément.

 

Vous disiez vouloir féminiser les instances fédérales. Etes-vous par exemple en pourparler avec de grandes championnes ?
Oui, on essaye de vraiment nous appuyer sur nos anciennes championnes. Cela nous fait un peu râler quand on nous dit que depuis Noah il n’y a pas eu de champion français. On a eu trois championnes qui ont gagné un voir plusieurs Grands Chlems : Amélie Mauresmo, Mary Pierce et Marion Bartoli. On cherche à travailler avec elles et c’est pour nous un élément de mentoring que l’on voudrait pouvoir donner à nos jeunes joueuses. On veut comprendre ce que ça implique de gagner un. Grand Chlem de l’intérieur. Leurs enseignements peuvent être super précieux pour la jeune génération. Saisir les exigences du haut niveau, les émotions, comment apprendre à les gérer ? Qu’est-ce que tout cela représente. Ces conseils et cette transmission ont trop souvent manqué par le passé  et on veut réussir cette fois-çi. Oui on est en discussion avec les trois et puis dans la perspective des JO de 2004 cette action de mentoring sera vraiment importante à mettre en place pour nos joueuses mais peut-être aussi pour nos joueurs. Nous discutons d’ailleurs avec des joueurs comme Pioline.

 

Que comptez-vous faire pour le padel 

On a un plan de développement très complet avec notamment l’accélération des équipements des clubs. On était récemment Arnaud Clément et moi avec le président de la République pour l’annonce du grand plan de développement des équipements sportifs de proximité par lequel l’Etat va co financer 500 nouvelles pistes de padel à l’horizon 2024. Ce volet équipement est très important car on a aujourd’hui 245.000 pratiquants dont 130.000 pratiquants réguliers. Mais qui ne se partagent que 955 pistes de padel sur l’ensemble de la France. Ce qui représente une piste pour 120, 130 pratiquants réguliers. Alors qu’en tennis il y a un court pour 25 joueurs. Il faut donc combler ce retard et ce soutien de l’Etat va beaucoup nous aider. Un autre volet est celui de la formation, de la création d’écoles de padel, du repérage de jeunes talentueux avec en perspective des délégués inter régionaux. Nous souhaitons nous rapprocher du Word padel tour au niveau de la fédération internationale pour essayer de créer des compétitions innovantes au plus haut niveau.  Enfin nous voulons bien faire connaître cette discipline et l’on a développé un guide du padel expliquant les caractéristiques et les exigences qu’elle implique. Par le biais d’une plus forte communication nous allons accompagner l’essor incroyable de cette discipline hyper ludique, très accessible et joyeuse..

 

Et pour le tennis en fauteuil ?

On fait déjà beaucoup de choses en essayant d’accompagner le mieux possible les clubs et les structures ; pour  faire connaître cette discipline y compris à travers nos relations avec l’éducation nationale. Avec un dispositif comme le pass sport, accessible aux jeunes enfants souffrant d’un handicap, on arrive à les faire s’intéresser au tennis. On fait en sorte de développer davantage de compétitions avec des enfants sourds ou malentendants pour que cela puisse vraiment créer du lien social. A Roland Garros on a des compétitions en tennis fauteuil et puis de quad que l’on souhaiterait faire monter en puissance dès la prochaine édition de Roland Garros. Il faut que cela permette de montrer le côté inspirant des grands champions. On a par exemple des joueurs comme Stéphane Houdet et Nicolas Pfeiffer qui ne l’oublions ont gagné la médaille d’or aux Jeux Paralympiques de Tokyo. C’est un énorme exemple pour nous de les voir se battre avec autant de courage et d’avoir su au mental gagner cette performance…

 

Pour finir avez-vous une explication sur le fait qu’en France nous avons des jeunes filles et des jeunes garçons qui gagnent souvent les championnats du monde juniors ou autres et qui après n’ont pas les résultats que l’on escomptait ?

Il y a plusieurs explications. D’abord une raison un peu culturelle : En France on a parfois un petit peu tendance à vouloir que l’on dise de nous que l’on a du potentiel, que l’on est talentueux plutôt que de dire qu’un joueur ou une joueuse a la gagne. Ce côté un peu romantique, un peu dans le panache plus que dans l’obsession de la victoire jusqu’au dernier centimètre est parfois un trait de caractère un peu français.  Il faut du reste que l’on se batte contre cette réalité car comme  le dit une célèbre marque «  Seule la victoire est belle ». C’est quelque chose qu’il faut retenir… Autre raison : On a une belle densité de compétition en France au début du circuit sénior et chez les juniors et quelquefois l’âpreté du circuit professionnel requiert un mental pas suffisamment aguerri, affûté chez nos jeunes pour vraiment serrer les dents, tenir et être rivé coûte que coûte sur sa passion pour le jeu. La mise en place à la DTN au niveau du pôle de préparation mentale des territoires et de filières de formation est quelque chose de très important.  Enfin, je pense qu’il existe un facteur générationnel.

 

L'effet de grappe

 

On a eu il y a peu ,une génération extraordinaire avec les Gasquet, Monfils, Tsonga, Simon qui étaient vraiment dans un mouchoir de poche  et qui se sont tirés vers le haut les uns les autres. J’appartiens à une génération où il y avait Mauresmo, Nathalie Dechy ; Emilie Loit, Anne-Gaëlle Sidot, Amélie Cocheteux, un vrai petit groupe d’élite à un moment donné. Selon moi, survient un effet de grappe. Quand il y en a un ou une qui commence à sortir la tête de l’eau, cela montre aux autres que c’est possible. Se développe alors un effet hyper stimulant du champion en train d’émerger. tous y croient à leur tour et ils se tirent la bourre au bon sens du terme. Nous sommes actuellement dans un moment de creux qui ne génère pas cette émulation mais cela peut changer très vite. On l’a d’ailleurs vu avec le dernier US Open avec les trajectoires fulgurantes de Leylah Fernandez et d’Emma Raducanu. Si on lève un certain nombre de difficultés, de freins pour accélérer le développement de la joueuse ou du joueur , cela fait surgir un effet d’entraînement qui peut emmener toute une génération au meilleur niveau…

Agnès Figueras-Lenattier

dimanche, 31 octobre 2021

Ping 4 Alzheimer, association destinée aux malades Alzheimer

association,ping-pong,alzheimerassociation,ping-pong,alzheimerD’après des informations sur Internet, le docteur Daniel Amen membre éminent de l’Américan Board of psychiatry and neurology, affirme que tennis de table est le meilleur sport pour le cerveau. Il active diverses parties du cerveau simultanément, et il est maintenant recommandé comme méthode pour lutter contre la maladie d’Alzheimer et aider au traitement de la démence.

Voici la liste de ce qu’apporte le ping-pong selon ce médecin :

-Il augmente la concentration et la vigilance

-Il stimule la fonction cérébrale

-Il développe des compétences de pensées tactiques

-Il développe la coordination main/œil. La vitesse, la rotation et le placement de la balle sont des éléments cruciaux au tennis de table. Sa pratique nous amène à gérer rapidement ces trois facteurs.

-Il constitue une activité physique aérobie

-Il permet une interaction sociale et récréactive.

Selon un autre médecin, le Docteur Wendy Suzuki, professeur de neurosciences à l’Université de psychologie de New York, le ping-pong améliore les fonctions motrices, les capacités à élaborer la stratégie, et les fonctions de la mémoire à long terme.

Trois grands domaines sont touchés : le contrôle de la motricité fine et la coordination œil-main qui sollicite et développe le cortex primaire et le cervelet, les zones responsables des bras et des mouvements de la main… 

 

Stimulé par ces affirmations et ayant été touché de près par la maladie d’Alzheimer, son grand-père en ayant été atteint, Renato Walkowiak professeur de ping-pong depuis 25 ans  (en photo sur la première image) a créé avec une psychologue et un kiné une association intitulée Ping 4 Alzheimer destinée à faire faire du ping-pong aux malades d’Alzheimer. Voici son témoignage :

Pourriez-vous expliquer comment est né Ping Four Alzheimer ?

Mon grand-père a eu la maladie d’Alzheimer lorsque j’avais 15,16 ans et j’ai pu constater les dégâts que cela provoquait chez une famille. Puis en 2015, j’ai vu passer une étude au Japon sur les bienfaits du ping-pong sur le cerveau. Les chercheurs avaient fait de l’imagerie mentale et découvert que 5 zones du cerveau étaient stimulées pendant la pratique du ping-pong et dans le sport en général. Ce constat a ensuite été confirmé par le King’s Collège à Londres qui a également effectué une phase d’imagerie mentale sur un groupe de personnes qui allaient jouer au ping-pong. Ils se sont rendu compte que l’hippocampe grossissait, une région du cerveau qui rétrécit en cas de maladie d’Alzheimer. Le ping-pong a aussi été mis en avant par quelques neurologues américains comme les docteur Amen et Suzuki comme le sport stimulant le plus le système cognitif. Il existe une densité de stimulation intéressante et la partie visio-spatiale est aussi grandement développée en terme de coordination, motricité et sur le plan de la proprioception par rapport à l’activité que l’on pratique. Suite à ces informations, j’en ai parlé à un kiné du club et à une psychologue pratiquant le ping-pong en compétition et en 2018, nous avons mis en place cette association d’abord au club de Levallois où je travaille. Le plus grand club de ping-pong d’Europe. Le kiné a beaucoup travaillé sur ce qu’il fallait mettre en avant ou pas. On a essayé de se polariser sur des exercices simples pour mettre les patients en confiance avec avant une partie dédiée à l’équilibre. Un des objectifs étant si possible de ralentir la maladie et de prolonger l’autonomie. La première chute pour une personne âgée est un peu traumatisante et pour un Alzheimer cela peut lui faire perdre énormément en confiance. Et lui ôter toute envie de bouger de chez lui.  On a décidé de travailler sur la partie sportive en insistant sur le côté ludique du ping-pong. Avec la psychologue, on a beaucoup travaillé sur la maladie en elle-même et elle m’a expliqué comment aborder le groupe et travailler sur tous les moments où l’on n’est pas dans l’activité elle-même : L’accueil, les pauses, les interactions sociales, les sujets de discussion, et comment stimuler un peu le malade. Nous avons aussi parlé de tous les ancrages de mémorisation que ce soit lors d’exercices ou lors de situations moins précises. On répète toujours les mêmes choses de façon similaire avec les mêmes mots pour essayer de vraiment stimuler la mémoire des malades.

 

Pourriez-vous préciser !

Par exemple lors d’un jeu d’équilibre que l’on réalise, on touche le pied du malade toujours de manière semblable pour voir si cela permet qu’il se reconnecte. Un malade Alzheimer va avoir des phases où il est là et d’autres où il est hors circuit. Il suffit d’un petit coup de pouce et hop il revient avec nous et va se rappeler où il est… C’est rassurant pour lui car dans un premier temps il sait qu’il est en train de partir… On essaye toujours d’être bienveillants et de donner confiance… La dernière chose très importante dans ce programme au niveau de l’encadrant c’est le sourire. C’est la seule chose qui montre à l’autre qu’il est en train de bien faire.  Dire oui ou non ce n’est pas la même chose en Inde, en Chine ou en France alors que le sourire quelles que soient les cultures, les générations veut dire la même chose pour tout le monde. Un malade alzheimer se demande constamment s’il va bien et le fait de sourire le tranquillise. Le cœur du projet, c’est l’activité avec en plus tous ces petits détails qui font que cela fonctionne et créé un bien-être chez les patients. Dernièrement, j’ai un patient qui venait pour la première fois. Première approche, on s’est dit que cela n’allait pas être facile et finalement il a réussi à renvoyer quelques balles. Après, il s’est reposé, a bu un coup, on a discuté et en partant il m’a dit « Merci, je suis aux anges »… C’est hyper gratifiant. Mais j’ai beau en parler à mille médecins, mille neurologues, tous me disent qu’il faut prouver l’efficacité. Or quand j’entends ce genre de propos, je me dis « Il faut foncer. « 

On essaye de sensibiliser les aidants pour qu’ils nous donnent un petit coup de pouce, ce n’est pas juste entre malades. Des retraités valides jouent depuis des années au même créneau horaire et l’on essaye de les mélanger avec les malades les plus autonomes afin de jouer la carte de l’inclusion au maximum. On fait aussi en sorte que les aidants se sentent bien. Un aidant va souvent commencer à jouer un petit peu avec son aidé et très rapidement on mélange et on remercie l’aidant. Ensuite, l’aidant qui nous a aidé pour la logistique de base, va avoir quelques minutes pour jouer avec quelqu’un qui sait bien jouer, se défouler, et prendre plaisir à bouger. Certains aidants continuent à venir au club même après que l’aidé n’ait plus les capacités de venir et ait été placé en Ehpad ou dans un foyer de vie.

 

Comment se passe une séance ?

Les malades arrivent, s’assoient, posent leurs affaires souvent au même endroit sous l’œil des aidants. Une fois qu’ils sont là, on discute un petit peu, on analyse quelles sont les nouvelles de la semaine, on fait de petites blagues sur des thématiques qui plaisent aux malades. Par exemple, un de nos malades adore partir au ski et l’on parle souvent de ce sport par le biais d’une actualité ou autre. Un autre c’est la musique. J’ai été voir un concert l’autre jour, je lui ai raconté. On essaye de créer une petite atmosphère. L’échauffement se fait en jouant au ping-pong. Dans un premier temps on met les malades en confiance, et ils vont commencer à jouer avec quelqu’un qu’ils connaissent bien-. Cela dure entre 10 et 15mn ; puis on fait des rotations. Dans la version officielle tout le monde joue avec tout le monde, mais en réalité, cela se déroule autrement. Il y a des malades qui ne peuvent pas jouer avec d’autres malades, qui n’aiment pas certaines personnes et qui ont leurs têtes. On essaye en tout cas qu’il y ait le plus d’interactions possibles. Un aidant qui va jouer avec un malade sait quel est l’exercice qu’il doit lui faire faire mais il ne va pas lui dire. Le malade va d’abord être plongé dans un état second de concentration avec un échange régulier et petit à petit on va complexifier la situation pour accentuer la stimulation cognitive tout en gardant les encouragements. Dès que l’on voit un malade qui se repose on le laisse tranquille pendant 5 mn. S’il veut rejouer on le fait rejouer et si on voit qu’il n’est pas trop chaud rapidement on le fait participer aux jeux d’équilibre en fonction de son autonomie. L’idée c’est de les faire tous passer sans que ce soit imposé… 

Aucune friction ne doit être présente, il faut que ce soit très fluide. Certains après les jeux d’équilibre sont un peu fatigués et l’on fait aussi un peu de renforcement musculaire.  On veille également à ce que les malades boivent suffisamment. A la fin on, boit un jus d’orange avec quelques amandes, on discute un peu et ça se termine ainsi.  Cela fait partie des situations importantes pour que le groupe des non malades puisse s’approcher d’un malade et arrivent à une discussion même celle-ci n’est pas très cohérente. Un malade alzheimer est quelqu’un qui a l’air totalement normal ce qui n’est en général pas la vision qu’a le grand public.  On explique à ceux qui émettent quelques réserves pour trop se mélanger que les malades les plus autonomes vont souvent jouer avec de vrais joueurs.

 

En quoi consistent les jeux d’équilibre ?

Le premier exercice le plus simple même à un stade très avancé consiste simplement à être en équilibre sur un pied. Cela se fait en tournant un petit peu la tête ou en fermant les yeux. On est toujours à côté en cas de perte d’équilibre. Ensuite en équilibre sur un pied et avec la pointe de pied il faut toucher quelque chose devant et quelque chose derrière. Ce qui  renforce tout l’équilibre avant arrière et certains muscles au niveau des jambes que l’on n’a pas sur une situation statique. On le fait avec eux.  Quand on le fait une minute sans s’arrêter musculairement on sent que l’on a travaillé. Puis pour l’équilibre droite gauche marcher le long d’une ligne à petits pas avec une progression plus ou moins importante selon le stade de la maladie. Pour le dernier exercice eil faut en étant bien droit s’asseoir, se lever, s’asseoir, se lever, s’asseoir. On leur conseille souvent de le faire en levant un peu les mains. C’est le mouvement le plus complet pour tout ce qui est gainage et bas du corps.  Une étude a été réalisée à l’Insep prouvant la corrélation entre la puissance des quadriceps et le maintien de l’équilibre de la personne.  Garder des jambes un petit peu plus musclées ne peut qu’aider à se rétablir si on a une petite perte d’équilibre. Ces exercices sont réalisés toutes les semaines. Seul l’équilibre avant arrière n’est pas destiné à tous les malades.

 

Au niveau physique quels sont les progrès ?

Comme les personnes en bonne santé, les malades arrivent à jouer de plus en plus longtemps au fur et à mesure des séances. Une vraie progression s’effectue au niveau vasculaire et physique.  Mais c’est un sport fatigant car on est debout, on piétine, ; on va de droite à gauche, on ramasse les balles avec à chaque fois une flexion supplémentaire. Sans s’en apercevoir on est tout le temps en mouvement.  La proprioception de la personne évolue aussi.  Par exemple, pour Laurent notre plus jeune malade, le premier confinement a été une catastrophe. Il a beaucoup perdu en terme de capacités physiques, et intellectuelles. Quand il est revenu au début, il se cognait contre la table et parfois il saignait. Mais malgré la maladie qui avait beaucoup avancé ; on s’est rendu compte qu’au bout de trois semaines, il arrivait à jouer ces balles très basses en ne se cognant plus contre la table.  Il sentait mieux ce qu’il devait faire et il a conservé cette aisance.  Pour la partie motricité, coordination, tout le monde progresse. On a un malade qui a une visibilité réduite, et une neurologue lui avait déconseillé de venir, sa femme aussi, mais lui voulait venir. Il est venu une fois, il a adoré mais pendant deux mois, une balle sur deux au lieu de la taper tout de suite il reculait, la laissait rebondir par terre, la tapait ensuite comme au tennis. La balle rebondissait sur la table, par terre. Il reculait, la tapait et arrivait à la renvoyer sur la table. On maintenait un échange de cette façon et petit à petit on le rapprochait un peu de la table. En deux mois, il est parvenu à jouer tout le temps à la table, comme quelqu’un qui apprend à jouer et qui fait des progrès. Il n’a plus aucun problème de coordination par rapport au ping-pong.

Le but c’est l’activité physique. Donc que la balle rebondisse quatre fois ou 10 fois peu importe du moment qu’il y a cet échange de balles.

 

Les bénéfices annexes auxquels vous ne vous attendiez pas ?

On n’avait pas anticipé le fait que les aidants allaient autant apprécier venir, discuter entre eux, jouer et participer à une vie de groupe.  Autre chose non prévue : la partie intergénérationnelle. Ainsi pendant les vacances les petits enfants des malades peuvent venir jouer avec eux et un foyer de vie dans le 77 veut lancer l’activité. Ils se rendent compte qu’un alzheimer a de moins en moins de discussion avec ses petits enfants ou enfants et le ping-pong reste un moyen de se reconnecter et de partager un petit moment ensemble. Un malade d’Alzheimer est plutôt bien physiquement, il faut en profiter et le stimuler. C’est très plaisant de voir ce partage entre un père et sa fille. La maladie de notre plus jeune malade  a avancé très vite et actuellement il a du mal. Mais dans un premier temps il jouait avec sa fille. Alors qu’à la maison il ne parle quasiment plus. La partie apathique que l’on voit dans le cadre privé disparaît complètement quand il se plonge dans cette activité. Cela lui provoque  ainsi qu’à sa famille un réel bien-être.  On a des malades qui aiment bien inviter de temps en temps leur frère, leur sœur à venir jouer un petit peu avec eux. Ils sont fiers de montrer qu’ils y parviennent, qu’ils font partie d’un club. Il règne une grosse émulation.

 

Le ping-pong un sport hypnotique

 

L’on s’est rendu compte que le ping-pong avait un effet hypnotique. Le fait de sentir le rythme de la balle met certains malades en état de flow, un état second englobant un état de concentration optimale. Un peu comme une auto hypnose… En cas de gros problèmes moteurs on arrive quand même à maintenir un petit peu des échanges et quand des problèmes intellectuels surviennent, la partie fonctionnelle qui renvoie  la balle se réactive.  Etienne par exemple qui à la maison n’arrive quasiment plus à faire d’activités et abandonne au bout de 5 minutes joue au ping-pong 1 heure et demi sans s’arrêter. On a mis en place des exercices destinés à développer cette concentration en essayant de prolonger cet état second. Etienne pour rester concentré a besoin de mouvement, d’action de rythme apporté par des échanges continus. Pour ce faire, on a une bassine pleine de balles à côté de nous et l’on envoie des balles sans arrêt. L’important au ping-pong c’est de suivre la raquette de l’adversaire pour savoir si elle va à droite, à gauche, si elle va être rapide, haute, si on va faire une feinte.

 

Des astuces adaptées aux différents cas

 

Autre exemple : Marie-Pierre qui  a d’énormes problèmes de concentration. L’on a trouvé une astuce pour qu’elle reste longtemps à la table, et qu’elle joue. On lui met Carmen sur un téléphone posé sur la table de ping-pong. Elle est là, elle chante, joue pendant 1h et balance le bras comme un chef d’orchestre, sourit, regarde un peu partout. La musique la remet dans cet état de flow. Chaque malade a des besoins un peu différents. Certains ont besoin d’un repaire visuel.. Mais on ne cherche pas à mettre en avant les repères de chacun car on ne veut pas non plus stigmatiser telle ou telle personne.

 

Est-ce du ping-pong  en simple, ou en double ?

Souvent en simple, et quelquefois en double. On ne compte jamais les points, ce n’est pas de la compétition. Le but c’est de jouer un maximum. En terme de matériel, on a beaucoup de balles, pleins de paniers remplis. Les entraîneurs, les bénévoles ramassent souvent les balles, et il n’y a pratiquement aucun temps mort, le but étant de garder beaucoup de dynamisme.  Tout le matériel est fourni et les bouteilles d’eau aussi si besoin. On fait attention aux raquettes et on dit à tous les clubs qui mettent en place le programme de se servir de raquettes plutôt résistantes. La raquette peut tomber par terre, cogner un peu la table. Il faut une raquette qui n’accroche pas trop, qui n’ait pas trop d’adhérence. On respecte beaucoup le geste naturel de chacun. Les effets doivent être peu existants car la personne dotée du même niveau ne va pas pouvoir renvoyer la balle à chaque fois. On prend donc des raquettes qui ne mettent pas beaucoup d’effets. Les balles sont exactement les mêmes que pour un groupe normal afin que les non malades puissent se mélanger au maximum.

Ils vont être à peu près au même niveau et s’amuser ensemble. On va créer des situations leur permettant de progresser en groupe. Cette première phase est la plus facile à appréhender. La pathologie peut être plus axée soit sur la mémoire , soit au contraire sur la partie coordination, motricité et l’on utilise des exercices ou des situations spécifiques. Pour certains c’est difficile de renvoyer la balle à chaque fois au-dessus du filet. A ce moment là, on l’enlève en gardant les échanges et le même concept. Les malades très avancés et plus âgés vont jouer sans filet et assis. Les plus jeunes même avancés peuvent se tenir un peu debout devant la table. On va les mettre en confiance avec une situation très simple, la balle va juste rouler et on va changer un petit peu les trajectoires. Il ne faut jamais que ce soit présenté comme une contrainte et les malades doivent agir en fonction de leur humeur du jour. On a un créneau en début d’après-midi et un le matin. En période normale, 16 malades ont 30 tables à leur disposition dans une salle de 900 m2. Le plus âgé a 87 ans, mais il n’est pas très avancé dans la maladie.

 

Qu’est-ce qui est le plus difficile côté enseignement ?

De voir que la maladie avance quand même.  Mais tout montre que s’ils étaient moins actifs ils auraient avancé plus vite dans la maladie. Mais c’est difficile de faire une évaluation  car l’on ne connaît que la réalité actuelle. On s’occupe du même patient depuis plus de trois ans et chaque famille stimule différemment son malade. On en a deux ou trois qui en trois ans sont très stables mais qui après les vacances d’été prennent un petit coup quand même.  Ils ont perdu soit en motricité soit en tenue de corps.  On ne sait pas si c’est le manque de ping-pong ou le fait de ne pas être stimulé comme habituellement au quotidien.  Lors du premier confinement, tous ont perdu un peu en autonomie.  Ou en tout cas ont avancé dans la maladie. Le plus gros problème pour nous ce n’est pas la mémoire, c’est la concentration. Avoir un malade qui va se mettre à déambuler, que l’on a du mal à garder avec nous.  C’est pour cette raison qu’une des priorités au début c’était de savoir comment les garder à la table. Et puis l’on s’est rendu compte que chacun avait un besoin différent. Au début, on n’avait pas trop les solutions, maintenant on les laisse déambuler un petit peu. Après si on sent qu’ils n’ont pas trop envie de jouer on les fait s’asseoir et l’on discute.  Si certains ont besoin de marcher dans la salle pas de problème, la salle est grande.  La déambulation c’est simplement parce qu’ils ont décroché. Des déclencheurs nous permettent de les remettre en route.  Notamment la phrase « Renvoies la balle « que l’on utilise tout le temps. En tout cas cela fait plaisir, car ils rigolent, racontent des blagues.

 

Des malades métamorphosés

 

Les aidants nous disent qu’ils ne sont jamais comme çà chez eux.  Apparemment c’est le jour et la nuit, mais je ne les vois que pendant le jour. Ils parlent de cette activité chez eux et one envie de revenir.  Les bénévoles de France Alzheimer nous ont dit qu’il y en a certains qu’ils ne reconnaissent plus. Même si parfois ils ne se souviennent pas d’une personne, ils n’oublient jamais qu’il vont au ping-pong. Des réactions surprenantes ? Une ou deux fois, un malade au lieu de nous renvoyer la balle nous a lancé sa raquette mais c’était avec douceur donc sans incidence...

Je pense aussi que certains professionnels voient des différences mais ils ne vont pas s’avancer sur ce terrain là, sans études. Ils veulent des preuves scientifiques.. Dans quelques  clubs, l’on peut jouer toute l’année et l’idée c’est de le mettre en place dans ce genre de club Même encore plus régulièrement comme un foyer de vie. La fédération allemande est intéressée. Il y a peu, j’ai fini de former des professeurs à Toronto au Canada. Quatre Ehpad veulent lancer le programme en association avec des clubs locaux. Ils vont faire exactement la même chose que nous et veulent aussi utiliser le ping-pong comme un média de reconnaissance avec la famille. C’est un réel questionnement pour des résidences de personnes âgées.

 

Avez-vous eu l’occasion de discuter avec des professeurs utilisant d’’autres sports avec les malades Alzheimer ?

Un peu avec des professeurs de basket, activité lancée dans l’est de la France. Mais au final ils ont arrêté car le ballon peut faire mal et ils ne peuvent pas le donner à n’importe qui.  Aussi avec quelqu’un qui a lancé un tai-chi-chuan très doux. C’est pareil il existe un moment où à un certain stade de la maladie on ne peut plus expliquer les mouvements.  Même si on montre le malade ne réagit plus. Une partie du cerveau du malade n’est plus là. 15 clubs en France ont maintenant lancé l’activité ping-pong.  On essaye de recréer des connections entre les antennes France Alzheimer et les clubs de ping-pong où il règne un peu de dynamisme.  Beaucoup de clubs sont intéressés car ils s’aperçoivent vite des bénéfices et d’ici 2022, on, espère que 40 à 50 clubs auront adopté le projet.

 

Agnès Figueras-Lenattier