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mardi, 17 novembre 2020

Fabienne Delacroix

peintre,art naïf,interviewFabienne Delacroix est la fille du peintre naïf Michel Delacroix et a repris le flambeau en trouvant sa voie avec selon les dires un brin de féminité en plus.  C'est une peintre émérite de la Belle époque, illustratrice, représentant des scènes de la vie parisienne ou campagnarde, les bords de mer, les châteaux de la Loire.  Elle a peint des séries comme les 24 vues de La Tour Eiffel, et a représenté les quatre saisons de Notre Dame de Paris.  Dotée d’un grand coeur,  contribuer à la collecte de fonds au profit de grandes causes a beaucoup de sens pour elle». Elle a par exemple soutenu l’action  contre le sida en partenariat avec l’AMFAR (American Foundation for Aide research) et la recherche contre le cancer en partenariat avec les joueurs de hockey de la NHL (National Hockey League… ). Ce qui a lui a donné l’occasion de rencontrer la famille Kennedy et Arnold Schwarzenegger. Possédant plusieurs cordes à son arc, elle a également un passé dans le domaine du théâtre et de l’adaptation de grandes oeuvres littéraires.  Elle a été présidente de plusieurs compagnies de théâtre, a collaboré à de nombreux spectacles à Paris et en province et à Madagascar où elle a habité de 2005 à 2014, elle a également été très présente théâtralement avec la création de la Compagnie Arts and Events et l’organisation de nombreux spectacles pour enfants et adultes…

 

C’est votre père peintre reconnu qui vous a initié à la peinture? 

Plus ou moins mais avec beaucoup de liberté. Je n’ai fait aucune école et suis complètement autodidacte.  Je me raccroche souvent à l’école des naïfs,  avec toutefois de petites nuances car l’on m’a qualifiée de « naïf raffiné « . En effet, la peinture naïve ignore la lumière, la perspective  et tout un tas de règles qui constituent l’art de peindre..  J’aime bien le terme «  figuratif poétique » …J’aime énormément cette idée de rêve, c’est d’ailleurs une époque un peu rêvée même si je n’ai évidemment pas de souvenirs. Je dis souvent que je rêve pour les autres… 

 

Pourriez-vous parler de votre manière de peindre?

C’est difficile d’expliquer, c’est un grand mystère d’inspiration.  Bien sûr je suis influencée par mes lectures, sur ce que je peux faire et puis l’inspiration vient  naturellement Je travaille avec des pinceaux très fins pour aller dans le détail.  J’ai peint à l’huile, mais pour des raisons d’odeurs très fortes;  j’ai basculé vers l’acrylique.  Cela sent très mauvais, et un jour j’ai été chez mon dentiste qui m’a dit «  Vous avez bu du white spirit ou quoi?  Je me suis rendue compte que j’inhalais cela à haute dose. Avec l’acrylique, l’on arrive maintenant à avoir un peu de matière ce qui n’était pas le cas il y a 30 ans. On ne trouvait pas toutes les nuances. Il n’y a aucune odeur et le séchage est instantané. Il m’arrive d’écouter des livres audio quand je peins notamment ayant rapport au sujet que je traite de manière picturale.  Par exemple, j’ai réalisé un triptyque, trois toiles qui communiquent entre elles autour du grand magasin «  Le Printemps » et j’ai réécouté «  Le bonheur des dames » de Zola . J’ai fait une affiche pour Annie Vergne directrice du théâtre du Guichet Montparnasse en liaison avec  son adaptation d’ » Une vie » de Maupassant, et j’ai réécouté l’histoire.  J’écoute aussi de la philosophie. et suis une philosophe de la joie… Spinoza et Montaigne par exemple sont des amis même si je n’ai pas forcément toutes les capacités intellectuelles et la patience de lire «  L’ »Ethique » . Quant à Montaigne  c’est un personnage si humain. Il existe des versions magnifiques comme l’enregistrement des essais de Montaigne par Michel Picolli.  Je suis dans la philosophie toute la journée et m’intéresse aussi à la littérature et à l’histoire. 

 

Est-ce vital pour vous de peindre?

Oui et quand je ne peins pas, cela me manque. J’en ai besoin; c’est ma vie et je suis heureuse car je fais vraiment ce que j’aime. Je suis comblée par mon travail et mes trois enfants.  Désirer ce que l’on a c’est cela le bonheur. Je suis complètement ailleurs, et il m’arrive de ne pas sortir pendant plusieurs jours. C’est mon petit chien en fait qui me force à sortir…  C’est tellement calme, j’ai la lumière, les plantes. Cela fait 25 ans que j’ai cet atelier et jamais je ne m’en séparerai.  Je me sens chez moi. Dans mes tableaux, ce que je cherche à faire ressortir, c’est la joie. Ma manière de peindre est tellement instantanée; rien ne transparaît à part  la joie. C’est d’ailleurs le retour que l’on me fait. Mes clients me disent qu’ils ont un rapport amical avec mes tableaux, que des fenêtres s’ouvrent qui les rendent joyeux et leur procurent du bien-être. Pour moi, ma mission est accomplie et contrairement à beaucoup de peintres, je n’ai aucune ambition particulière et ne cherche aucunement à faire passer des émotions ou des messages. Ma seule crainte c’est de ne plus pouvoir peindre. Quand j’étais plus jeune, j’ai eu des périodes où je n’arrivais jamais à rien. J’avais la toile blanche.  Il faut de la patience et de l’assiduité et je travaille tout le temps.  

 

Au niveau des couleurs vous avez forcément des préférences!

Oui, et je dois un peu me forcer à mettre du bleu. C’est un peu étrange d’ailleurs car c’est une couleur magnifique. Tout le monde aime le bleu, c’est le ciel, c’est l’infini. Quand on lit «  Le dictionnaire amoureux » de Michel Pastoureau, le bleu représente la couleur de l’infini.  Mes bleus sont plutôt pâles, je ne vais pas dans du cobalt, mais j’aime le ciel, la mer. Sinon je travaille toutes les couleurs, même si je ne suis pas dans les couleurs pop comme le violet. Mais c’est parfois amusant  de mettre un petit grain de folie. Une petite touche de couleur qui va faire toute la toile finalement dans un univers très uniforme. 

 

La musique vous inspire t-elle?

Mon rapport à la musique est totalement déconstruit et c’est l’art qui me donne le plus d’émotions soit dans les pleurs, soit dans l’allégresse.  En ce moment, vu mon état psychique personnel , la musique me fait trop d’effet et je n’arrive plus pour l’instant à en écouter. Je suis une modeste pianiste et j’ai quand même rapporté mon piano de Madagascar sur un bateau. Mais là aussi, je suis incapable de jouer en ce moment. 

 

Comment cela se passe t-il côté exposition?

J’expose environ 1fois par an et à chaque exposition,  c’est comme si je passais mon bac.. Je mets tout sur la table, et c’est ma seule source de revenus. Imaginez donc si mes tableaux ne se vendent pas…  Après cette exposition annuelle qui dure un mois,  je participe à une exposition collective.  Lors de mes expositions j’ai carte blanche mais les galeries aiment bien que je présente quelques vues de Boston ou de New York.  Maintenant que j’ai pris l’habitue de le faire; je le fais volontiers. A Boston et New York, j’ai une chance extraordinaire car là ou j’expose, ce sont des galeries magnifiques placées sur West Broadway, un emplacement de rêve. 

 

L’art naïf ne plait pas en France?

Je ne sais pas. Je pense que les Américains achètent avec leur coeur, alors qu’en France souvent on achète beaucoup avec ses oreilles. Il faut être simple et retrouver une âme d’enfant pour aimer l’art naïf.  Ce n’est pas une démarche forcément naturelle en France. J ’ai fait signe aux musées d’art naïf français notamment celui de Nice le musée Jacovsky. Mais ça ne s’est pas concrétisé pour l’instant. Nul n’est prophète en son pays; ce n’est pas très grave. 

Et en Europe? Je pense qu’il existe des possibilités en Allemagne et en Suisse. Aussi beaucoup en Europe de l’Est, c’est pour cela que je suis au musée en Bulgarie le Musée d’art naïf et intuitif à Belogradchik avec quatre toiles. Je fais partie de la collection permanente du Musée. 

 

Et au Canada?

Il y a un beau musée d’art naïf à Magog au Québec  (Mian Musée international d’Art Naïf), et j’en fais aussi partie avec deux toiles. Le directeur du Musée est très gentil avec moi et il est  d’ailleurs cité dans l'un de mes catalogues d'exposition.. «  Paris, jours heureux » C’est lui qui m’a qualifiée de » naïf évoluée » car il se demandait si en présence de mon oeuvre on était encore  dans l’ art naïf. Je suis un peu à la frontière de la peinture figurative traditionnelle et de l’art naïf. Il existe aussi une belle école d’art naïf canadienne par exemple. 

 

Vos influences?

Séraphine, le douanier Rousseau auquel on ne peut être indifférent, Henri Rivière qui était assez proche des estampes japonaises que j’aime aussi beaucoup, . Puis Bruegel, et les impressionnistes évidemment puisque c’est ma période, même si ma patte n’est pas du tout impressionnistes. On peut voir dans la manière dont je traite l’eau un peu de pointillisme. Personne n’échappe aux influences, on n’est que le produit de son passé, de son histoire  et des événements  auxquels on a été exposés. 

 

Vous avez sorti en 2018, un livre  édité chez Hervé Chopin  «  Paris, jours heureux ». Cet éditeur est-il de la famille du musicien. Et vous qui portez le nom de Delacroix êtes-vous de la famille d’Eugène Delacroix?

Non, Hervé Chopin n’a rien à voir avec le musicien. En ce qui concerne notre famille, , nous ne savons pas vraiment si nous sommes de la même famille qu’Eugène Delacroix. mais c’est possible. Comme il n’a pas eu d’enfants, c’est difficile de savoir.  Ce livre sur Paris est à la fois en français et en anglais. Cela me rend bien service et  me permet de vendre aux Etats-Unis.  J’ai aussi illustré  chez le même éditeur «  Les malheurs de Sophie » . C’est Sophie de Ségur arrière, arrière, arrière petite fille de la comtesse qui a signé la préface du livre. Ce qui donne donc Ségur, Chopin, Delacroix!… Quand j’étais enfant, je n’avais pas été particulièrement sensible à l’histoire des malheurs de Sophie mais plus récemment la rencontre avec la comtesse de Ségur a été comme une révélation. En tant que femme je me suis sentie finalement assez proche d’elle notamment lorsque je me suis rendue au musée de la comtesse. Elle a commencé à écrire à peu près à l’ âge que j’ai maintenant . Je vais vous confier quelque chose qui me tient à coeur. Concernant cette collection sur les malheurs de Sophie j’avais une trentaine de peintures et je ne savais pas quoi en faire. Les responsables du musée les ont gardés et je devais les exposer mais la Covid est arrivé et le musée a fermé. Ne voulant pas les vendre pièce par pièce, j’ai eu l’idée de faire une vente au profit de Madagascar où j’ai passé de longues années. L’argent récolté serait destiné à construire une petite école qui s’appellerait «  L’école de la comtesse de Ségur ».  Il me faudrait trouver un partenaire; j’ai deux ans pour ce projet; c’est le timing que je me suis fixée. J’ai des pistes de galeries, de ventes aux enchères.  C’est un projet qui me tient à coeur; c’est tellement pauvre là-bas.  Mais malgré le dénuement total, la joie est de mise . C’est  tellement différent de chez nous et de notre société de consommation.  C’est une belle leçon de vie et j’espère que ce projet verra le jour. Je compte retourner à Madagascar dans deux ans. Là-bas, il y a des gens que j’aime beaucoup, des gens très simples et pour mes 50 ans, je veux y retourner.   C’est le cadeau que je veux me faire...

 

y a t-il un écrivain que vous aimeriez illustrer?

Mon rêve est d’illustrer Marcel Pagnol qui est un amour de toujours et même si ça ne s’est pas encore réalisé, mon éditeur est tout à fait partant. J’ai même été en contact avec Nicolas Pagnol son petit fils, mais la famille a sa propre maison d’édition avec différentes versions.  J’espère vivement que ça se fera. . Au bout de 70 ans, cela tombe dans le domaine public et je ne quitterai pas ce monde sans avoir illustré Pagnol. Je suis née en 1972, il est mort en 73 ou 74 et j’attendrai 70 ans!…C’est un univers fait pour moi… Une différence entre la peinture et l’illustration? Pour moi c’est similaire même si parfois je me demande si je ne vais pas davantage du côté de l’illustration ou si je reste du côté de la peinture.  Je n’ai pas poussé intégralement la réflexion, mais parfois je suis entre les deux. Ça me va bien.

 

Il y a aussi les illustrations avec le chocolat de poche, les puzzles!

 Je fais ces projets surtout pour les rencontres même si l’on a tous besoin de sécurité et avec la Covid je diversifie. La peinture c’est très solitaire er rencontrer des gens est important pour moi. C’est enrichissant, et ça crée une émulation. Quand je travaille sur des projets collectifs, je travaille vraiment bien; ça me stimule. 

 

Le chocolat de poche est une histoire d’amitié!

Oui c’est un peu mon défaut , et je travaille  toujours ainsi.  J ’ai eu un coup de coeur pour le produit. Je trouvais ce chocolat  délicieux, et aimait la poésie qui en  émanait. J’aime beaucoup aller chercher des extraits pour illustrer des peintures; ça m’a emballée. Le créateur explique que tout le monde lui piquait ses tablettes, du coup il a eu l’idée de les cacher dans sa bibliothèque et s’est alors lancé dans la conception de tablettes dont l’emballage imite la couverture de livres. Ce sont des tablettes de chocolat qui se dévorent comme un livre, avec un pur beurre de cacao, sans OGM ni graisses hydrogénées. Il existe aussi une transmission de savoir en matière de gastronomie, d’art et de littérature. Le fondateur est  un grand passionné d’art, de littérature, de peinture qui a fait une reconversion. Il vient du milieu de la banque; il a pris les chemins de traverse et l’on s’entend très bien . On collabore régulièrement sur de nouvelles tablettes et puis on se stimule intellectuellement. Et c’est formidable.

 

Les puzzles

C’est une autre société située dans le 14ème arrondissement. «  Les puzzles Michèle Wilson ».   On a commencé avec deux sujets, c’est tout récent :  le château d’Azay-Le- Rideau et le Moulin Rouge. J e m’interroge parfois sur la valeur de mon travail : Est-ce que l’image est bien respectée, pas trop  banalisée? A partir du moment où le produit est un travail d’art en lui-même, c’est juste une chance de faire cela…

 

Vous avez aussi une carrière interessante dans le théâtre. Comment avez-vous débuté dans ce domaine?

Le théâtre a toujours été ma grande passion et monter des pièces que j'inventais, lorsque j'étais enfant constituait mon jeu préféré. Je tendais un rideau à un fil, quelques éléments de décor que je peignais et tout pouvait commencer. N'ayant  pas du tout le don du jeu. je laissais mes camarades jouer et préférais diriger… Puis à l'âge adulte le destin a provoqué de belles rencontres au sein de ce milieu. Je me suis formée sur le terrain comme c'est souvent le cas en étant assistante.

 

Votre séjour à Madagascar a favorisé cet amour du théâtre!

Oui, c’est là que  j'ai commencé "à voler de mes propres ailes" passant de l'écriture à la mise en scène. Rapidement les choses ont pris de l'ampleur grâce à un partenariat avec l'Institut Français. Je me suis tournée vers l’adaptation, car écrire pour le théâtre est un long travail qui suppose  une maturité que je n'avais pas et n’ai toujours pas.  Mais c'est une très belle aventure que de rentrer dans une œuvre de cette manière. Un mariage entre esprits avec l'auteur peut presque se mettre en place. Celui-ci  devient un grand ami, le compagnon de projet, on peut même dire de vie, au moins le temps de l'écriture. Et lorsque l’on est en expatriation, dans une culture toute autre, cela fait énormément de bien. Ce qui me tient le plus à cœur dans l'adaptation c'est la fidélité au texte.

 

Voyez-vous une ressemblance entre le théâtre et la peinture?  

Le théâtre est une peinture vivante. Un tableau qui se met en mouvement. Ce sont les mêmes ressorts créatifs qui sont à l'œuvre, la magie s'opère de la même manière. Dans un cas on passe du blanc de la toile à la couleur, dans l'autre du noir à lumière, mais c'est la même émotion de la création.

 

Que devient votre rapport au théâtre depuis que vous êtes revenue à Paris?

J’étais très abattue moralement suite à un drame personnel lorsque je suis revenue à Paris. Il fallait en plus que je me réhabitue à la vie en France après presque 10 ans à l'étranger et que je relève bien des défis. Mes contacts avaient poursuivi leur chemin, tout est en somme à recommencer. J’en ai alors surtout profité pour aller au théâtre selon mes envies, cela m'avait tellement fait défaut. Des rencontres ont eu lieu à nouveau comme cette belle amitié qui est née avec Annie Vergne directrice du Guichet Montparnasse. Les projets sont comme les désirs, ils existent toujours, notamment autour de Balzac et de Maupassant. Le contexte sanitaire va forcément les ralentir. Mais j’espère vivement remettre un pied dans le milieu du théâtre et peut-être faire encore plus se correspondre  les deux univers en  instaurant les toiles sur scène, à moins que ce ne soit la scène dans les toiles. 

Agnès Figueras-Lenattier

dimanche, 08 novembre 2020

Thierry Sajat

interview,poète,éditionThierry Sajat qui travaille au Ministère de l’Intérieur préside l'Académie de la poésie française depuis qu’il s’est installé à Paris .…Ayant écrit son premier poème à l'âge de 15 ans, il a publié de nombreux recueils et a obtenu plusieurs prix. Egalement éditeur et responsable de deux revues de poésie, c’est un homme passionné et généreux qui n’hésite pas à s’investir à fond dans ce qu’il fait…

 

En tant qu'amoureux des livres quel est le premier qui vous a marqué et quel âge aviez-vous?
Ce sont les deux premiers livres que l'on m'a offerts car avant je ne lisais pas. C'était Hervé Bazin avec " Vipère au poing" et " Lève-toi et marche". J'ai beaucoup aimé les deux , et par la suite je me suis mis à lire sans m'arrêter… J'avais 9,10 ans.


Vous avez écrit votre premier recueil à 19 ans, et votre premier contact avec un éditeur a été un échec!
Oui, je me suis fait escroquer , mais c'est un mal pour un bien car à partir de ce moment là, j'ai décidé d'être mon propre éditeur. Mais les débuts furent épineux et réalisés de manière artisanale. Je collais moi-même les ouvrages, les cousais. J'ai commencé par le faire pour moi, puis j'ai aidé un ami à faire son premier livre. Ensuite, d'autres personnes sont arrivées chez moi, et le côté artisanal a peu à peu disparu, le professionnalisme prenant le dessus. J'ai longtemps cherché un imprimeur compétent car les livres se décollaient, et je n'étais pas très content. C'est en province que j'ai trouvé.


Tous vos propres recueils sont donc publiés au sein de votre propre maison d'édition!
Oui, environ 24 ou 25 recueils dont des anthologies. J'en publie régulièrement et j'en ai d'ailleurs une en préparation sur Montmartre. C'est un bouquin qui devrait sortir dans deux ans et je recherche des poèmes d'aujourd'hui ainsi que des illustrateurs même si bien sûr nos aînés auront leur place. Quant à ma poésie, elle est classique, rimée…


Et les poèmes extérieurs que vous publiez sont-ils tous rimés?
Je m’occupe de deux revues. L'une « L’Albatros" revue de « l’Académie de la poésie française»  ne contient que des poésies rimées. Avec une poésie néo-classique admettant que certaines règles ne soient pas respectées comme les hiatus et autres. Alors que dans « Le Journal à Sajat » , ma propre revue, tous les styles sont présents. Je suis notamment très sensible à l'assonance lorsque je lis un poème. Je publie aussi parfois des romans, des nouvelles et des livres de photos. Je le fais généralement lorsque je connais l'auteur et ce qu'il fait. Sinon, il faut apprendre à le connaître, bien lire et accepter ou pas…


Pourriez-vous en dire davantage sur ces deux revues
On fête cette année les 70 ans de l'Albatros édité à 140, 150 exemplaires. En dehors des poésies, sont présents des articles sur la poésie en particulier, des critiques de livres. Louis Delorme qui nous a quittés récemment écrivait de magnifiques articles sur la poésie. Parfois également l’on retranscrit une conférence. Ainsi en a t-on par exemple publié une sur François Villon. J'ai également un site où généralement je publie le poème du mois et je cherche d'ailleurs quelqu'un pour s'occuper de ce site. Le journal à Sajat existe depuis 1983,84 et j’en suis au 117ème numéro. A l'époque, je travaillais dans un centre de tri postal et j'avais un collègue poète qui avait créé au sein de ce centre une revue intitulée « L’hippocampe" un très joli nom. Je commençais à correspondre avec des poètes de toute la France et j'avais moi aussi envie de fonder une revue. L'idée de départ c'était de publier sur un papier de journal mais je n'ai jamais réussi à le faire. Je cherchais un nom original et en attendant de le trouver on parlait du Journal à Sajat. C'est finalement resté. On peut dire que le titre comporte une faute mais je ne le considère pas comme tel. C'est juste une liberté.. Le tirage est de 300 exemplaires. avec 180 pages. J'en suis souvent un peu de ma poche mais étant le seul maître à bord, je me moque un peu de perdre de l'argent. Très peu de poèmes de moi se trouvent dans ces deux revues. Je laisse ma place et le fais surtout pour donner une chance à d’ autres.


Qu'est-ce que L'Académie de la poésie française?
C'est l'ancienne Académie des poètes classiques de France qui avait changé de nom avant que je ne la reprenne. Je l’ai reprise comme telle, j’ai juste ouvert au néo-classicisme sans oublier les classiques purs que nous avons toujours avec de très bons poètes classiques. Au début de mon arrivée, plus personne ne venait aux réunions et j'ai voulu essayer de faire venir d'autres personnes. Ce sont d’abord les montmartrois qui sont venus à l'Académie et grâce à eux, d'autres personnes nous ont rejoints. Nous organisons  une conférence d'une heure au café Le François Coppée sur un poète ou parfois sur un auteur tous les deuxièmes mercredis du mois puis nous terminons par une scène ouverte où chacun peut dire un poème. Si jamais nous n'avons pas de conférenciers, la scène ouverte dure deux heures…Il nous arrive aussi de faire une fois par an quand nous le pouvons un petit voyage. L'an passé nous étions allés chez Ronsard et cette année nous avons visité le château de Condé. Nous devions nous arrêter chez La Fontaine mais nous n'avons pas pu. Nous avons d'autres projets comme d’aller à Villequier l'année prochaine chez Victor Hugo. L'adhésion est de 40 euros par an et donne droit à recevoir les quatre numéros de l'Albatros et la possibilité de publier ses poèmes.


Vous faites aussi des rencontres à Montmartre!
Oui, mais cela ne fait pas partie du programme de l'Académie mais des amis de la poésie. Je suis en plus ambassadeur de la république de Montmartre qui s'occupe des vendanges et fait le bien dans la joie. De ce fait, je suis très présent là-bas, environ 2 à 3 fois par semaine. Nous organisons une rencontre de poètes chaque premier jeudi du mois à " La Crémaillère" de 10h à 12h et déjeunons ensemble après. On accueille aussi des chanteurs. Aucune conférence n’a lieu. On est juste tous ensemble, avec une scène ouverte dans un esprit montmartrois. Beaucoup qui viennent pour la première fois ne nous quittent plus ensuite… On veut simplement que ce soit de la poésie française et si c'est écrit dans une autre langue, on demande automatiquement la traduction. A Montmartre nous sommes une quarantaine et au François Coppée aussi.


Vous avez publié des gens comme Ferrat, Nougaro, Duteil
Oui j'ai eu la chance de publier Ferrat dans un numéro spécial sur l'enfance mais pas dans l'Albatros. Jean Ferrat avait écrit " Nul ne guérit de son enfance" et m'a permis de reprendre cette chanson. On a même signé un contrat à O francs car je n'avais pas les moyens de payer les droits d'auteur. Yves Duteil c'était au début quand je commençais. Quant à Nougaro c'était hélas l'année de sa disparition.


D'ailleurs Jean Ferrat a bercé votre enfance!
Ah complètement! Dès que je l’ai entendu chanter, notamment Aragon, ce fut un émerveillement. On ne peut pas être indifférent. Je me souviens aussi de Georges Moustaki, le premier que j'ai entendu. J'avais des professeurs qui nous avaient apporté "« Le métèque". Ah là là j'étais ébahi, déjà j'aimais les mots…


Refusez-vous parfois de publier certains poèmes? Si oui, pourquoi?
Oui, quand la qualité n'est pas vraiment là. Certains poèmes ne veulent rien dire se contentant d’aligner des mots les uns sur les autres. A l'Académie, un Comité de lecture (deux personnes plus moi) sélectionne les poèmes. C'est rare que l'on ne soit pas d'accord sur le choix d'un poème et cela constitue toujours un coup de cœur. Quand un poème n'est pas bon, je suis certain de le retrouver dans ceux qui sont mis de côté. Mais parfois je suis un peu plus tolérant surtout dans ma propre revue. Il arrive que l'on fasse retravailler l'auteur pour le numéro suivant et cela fonctionne très bien. J'ai besoin de regarder la prosodie, mais également l'émotion qui se dégage. Vous avez des poèmes très classiques qui sont très bien écrits mais sans dégager de véritable émotion … Il faut que je sois touché…


Quel est le ou la plus jeune et le ou la plus âgé que vous ayez publié?
La plus jeune il me semble est une jeune fille qui avait 14,15 ans; elle écrivait très bien. J'ai aussi publié des enfants dans ma revue. Quand un enfant m'envoie un poème, je ne dis jamais non. Le plus ancien, il est toujours là, il a 97 ans. Gérard Laglenne un poète très connu à l'Académie. On a des personnes très anciennes comme par exemple la vice-présidente Marie-Thérèse Arnoux 99 ans. On ne la voit pas souvent mais elle vient régulièrement à notre Assemblée générale. L'an dernier, elle nous avait concocté un poème pour ses 100 ans qu'elle n'a pas encore… Il y a je crois à peu près le même nombre d'hommes et de femmes mais je ne fais pas très attention à ce genre de choses. Cela dit, c'est vrai qu'avant la présence féminine était réduite par rapport à celle des hommes…


Voyez-vous une différence entre la poésie féminine et la poésie masculine?
Je n'en vois pas vraiment. Peut-être les thèmes, mais je ne me rends pas réellement compte. Parfois, une femme écrit peut-être avec davantage de finesse. Mais cela dépend surtout de l'émotion de chacun.


Vous êtes aussi membre de jurys de concours!
Plus maintenant, mais j'ai présidé pendant 5 ans un jury important à Maisons Laffite le prix Calliope, nom d'une muse. Je trouve d'ailleurs que trop de prix existent qui ne valent rien et partout où je peux j'écris que la poésie n'a pas de prix. Nous avons un prix au sein de l'Académie que nous décernerons pour la deuxième fois l’année prochaine.


Vous avez eu vous-même des prix notamment le prix Renaissance!
Oui et je le considère comme un vrai prix car c'est un prix que l'on ne demande pas et l'on ne présente rien pour l'avoir. Je vais vous dire pourquoi je suis réticent aux prix quelquefois. J'ai obtenu mon tout premier prix à 19 ans. Or l’on m'a demandé une certaine somme d'argent que j'ai envoyée et j'ai reçu une belle croix de bronze. Etait-ce réellement pour la qualité de ma poésie ou plutôt pour l’argent? Combien j'ai connu d'associations où l'on donnait le prix à la copine, au copain. Je sais que cela existe toujours.


En vous basant sur votre expérience, quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes poètes souhaitant se faire publier?
Faire attention. Lorsque je suis arrivé à Paris à 19 ans, j'ai donc envoyé mon manuscrit à une maison d'édition que je ne nommerai pas et cité sur RTL tous les jours. On me demandait beaucoup d'argent pour me publier mais je n'avais pas les moyens. 6 mois plus tard, on m’a relancé et demandé la moitié de la somme. Je me suis déplacé pour avoir un entretien et l'on m'a affirmé que j'étais un très très bon poète. On me mentait, on évoquait mes grandes capacités, mais ce n'est pas ces qualités là que je rechercherais aujourd'hui dans mes poèmes. Il ne faut pas se faire avoir et il est important de venir à des réunions comme celles que nous organisons le mercredi et le jeudi. Les jeunes poètes peuvent alors nous montrer ce qu'ils font et dans les scènes ouvertes, on se rend bien compte si c'est de la poésie ou pas…

 

Où faut-il aller pour prendre des cours de poésie?
Nous avons quelqu’un au sein de l’association qui s’en occupe en Bourgogne. Personnellement je n'en serais pas capable, il faut pouvoir le faire. Mais avec elle, cela fonctionne très bien et nous allons d'ailleurs la couronner l'année prochaine. C'est comme pour les ateliers d'écriture, il faut vraiment un enseignement de qualité. J'ai parfois participé pour observer ce qu'il se passait et le résultat est parfois très moyen. Si la personne ne sait pas elle-même écrire un joli poème et qu'elle apprend aux autres, c'est un peu étrange. Mais cela existe et n’importe qui peut faire un atelier d'écriture ou apprendre à faire une poésie…


Les français apprécient-ils la poésie à sa juste valeur?
Oui, elle a bien sa place. Ce sont les médias qui ne la mettent pas en valeur. Dernièrement j'étais à Asnières , j'ai rencontré une amie qui habite en Province et nous sommes allés boire un verre dans un café. Un charmant couple était assis à côté de nous et cette amie qui fait partie de l'Académie leur a demandé s'ils aimaient la poésie. Elle avait un poème d'amour à leur dire. Ces jeunes étaient émerveillés. Les enfants aussi adorent la poésie. Un pays où la poésie est bien considérée c'est le Canada. En France, du fait que la presse n’en parle pas, c’est difficile de vendre , et l’on est beaucoup d'auteurs à donner nos livres.


Quels sont vos souhaits?


J'aimerais bien que l'on me propose une conférence sur la poète Marie Noël, et également sur Renée Vivien. Elle était homosexuelle mais quelle plume! De magnifiques poèmes d'amour… J'ai un projet mais je n'en parle pas de manière très précise car j'avais arrêté à cause du confinement. J'aimerais bien reprendre. Ce serait de créer dans un café parisien tout un dimanche une séance de dédicaces d'auteurs ayant publié chez moi uniquement, avec des animations musicales notamment. Si une dizaine d'auteurs venaient ce serait déjà très bien. Ils pourraient faire venir des amis et créer une véritable émulation… Je souhaite continuer car c'est un domaine qui m'est cher. J'aime ce que je fais et l'édition est devenue un plaisir, une passion. On rentre vraiment dans la vie de l'auteur, dans ce qu'il fait. En lisant un poème de cette manière, on discerne des choses que l'on ne verrait pas en étant simple lecteur. C'est merveilleux…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

lundi, 19 octobre 2020

Annie Vergne

La Parure sortie des loges-1.jpgAnnie Vergne

Annie Vergne comédienne, metteur en scène est directrice du théâtre " Le Guichet Montparnasse" depuis 1986. Au sein de ce lieu qu'elle appelle " sa boîte à bijoux", les spectacles ne durent pas plus d'une heure 15 et restent à l'affiche environ 2,3 mois. Il existe les créations de la propre compagnie du Théâtre avec 4 personnes régulières et les spectacles extérieurs provenant de troupes fidèles qui reviennent chaque année. Ecoutons Annie Vergne femme souriante et passionnée nous parler de cet endroit où règne une belle atmosphère…

 

 

Vous êtes directrice du théâtre "Le Guichet Montparnasse depuis 1986. Quelle évolution s'est effectuée depuis toutes ces années?

Chose certaine en tout cas, lorsque nous avons débuté avec Alain Vérane, nous voulions faire du théâtre. Un théâtre qui touche au cœur englobant un jeu naturel afin que le public ressente l'émotion que l'on va lui donner. C'est la raison pour laquelle lorsque l'on observe la salle, on s'aperçoit que l'espace réservé aux acteurs est aussi grand voir plus que l'espace réservé aux spectateurs. Or au départ, c'était une petite scène en fond de salle qui devait faire 1 mètre de large et qui était rehaussée. Des seuls en scène pouvaient se produire mais théâtralisés et il n'était pas question d'en faire un café théâtre très à la mode à l'époque. Notre idée était de découvrir de nouveaux auteurs de talent qui avaient parfois du mal à trouver où s'exprimer et puis de monter également des pièces classiques. Enfin tout le répertoire et toute la création du théâtre. Nous n'avons pas dérogé à cette règle même si des spectacles musicaux sont venus s'ajouter par la suite mais toujours théâtralisés. C'est la base.

 

Sur quels critères choisissiez-vous les spectacles?

Soit sur la lecture d'un texte si c'était une création d'auteurs contemporains, soit d'après des auditions si les auteurs étaient déjà consacrés. Nous parlions avec les metteurs en scène et notre intuition nous guidait aussi. Et petit à petit ce lieu est devenu cette pépinière magique qui est là maintenant, et qui a fait un bon bout de chemin. Elle a trouvé son public de quartier mais est aussi ouverte sur l'extérieur. Actuellement, nous avons d'un côté nos propres spectacles créés par la compagnie du Guichet Montparnasse et de l'autre côté des pièces que nous accueillons…

 

Quels sont les éléments d'un spectacle qui peuvent entraîner une non sélection de votre part?

Par exemple, nous n'acceptons pas la vulgarité. Par contre l'humour oui mais intelligent. C'est assez cosmopolite, et l'on peut recevoir des comédies, des drames, des comédies dramatiques. Mais il faut toujours que ce soit un spectacle qui ait du sens et qui soit vraiment du théâtre.

 

La scène n'est pas très grande ce qui suppose une manière différente de faire du théâtre par rapport à un grand lieu!

C'est vrai et cela tombe très bien car je prône des spectacles où le texte et l'acteur suffisent, un peu à la manière de Jean Vilar. Un rideau noir, un texte, un acteur si les deux sont bons, c'est ça la vraie magie du théâtre. Pas besoin d'avoir dix mille décors; on peut suggérer plus qu'imposer. La part de l'imaginaire reste essentielle au théâtre; c'est le plus important pour moi. En revanche, je trouve que les éclairages constituent de vrais éléments de décors. On peut créer des espaces, des lieux, des modifications de décor grâce à des changements d'éclairage. Ici, on est très bien équipé sur ce plan là…

 

C'est justement ce qui ressort dans " La Parure" une nouvelle de Maupassant que vous avez adaptée et que vous interprétez! Pas de belle robe, pas de beau collier mais on l'imagine bien.

En tout cas c'est ce que l'on a voulu faire avec Isabelle Delage qui a fait la mise en scène. J'aime beaucoup cette nouvelle. Je l'ai lue, relue, et elle m'accompagne depuis toujours. Elle est tellement porteuse d'actualité, c'est l'être et le paraître avec le paraître qui l'emporte sur l'être. Elle se lit en 10 minutes et je l'ai agrandie pour en faire une pièce de théâtre avec des changements de lieux. J'y ai introduit un morceau d'une autre nouvelle de Maupassant qui se trouve dans le même recueil " Le bonheur" pour rendre l'héroïne peut-être plus humaine. Et pour qu'elle se rende compte que l'amour que lui a donné son mari est plus fort que l'argent, que le luxe dont elle a toujours rêvé. J'ai glissé cet extrait à la fin du spectacle, au moment où sa vie bascule, lorsqu'elle et son mari tombent dans la misère. Son mari va tomber très malade et elle va se rendre compte de tout ce qu'il a fait pour elle et de la puissance de son amour…

 

La musique est également présente!

J'ai mis la valse de Vienne de Strauss pour le bal et puis Rachmaninov pour les passages où elle va peiner… Je mets de la musique dans tous mes spectacles. Pour moi, cela fait partie intégrante de la mise en scène; ça donne une ambiance, un univers et ça crée aussi des temps, des moments. Un projecteur qui arrive, une musique dessus, un comédien qui montre une émotion, cet ensemble donne au spectateur une émotion encore plus forte…

 

Lorsque vous avez adapté cette nouvelle, avez-vous pensé à ce qu'aurait pu ressentir Maupassant?

Je pense beaucoup à lui, c'est un auteur que j'aime depuis toujours et j'ai lu beaucoup de choses sur lui. Sachez que c'est mon voisin; il est enterré au cimetière du Montparnasse. Je suis allée lui faire un petit coucou au moment où j'ai commencé l'adaptation. Nous avons échangé quelques mots enfin surtout moi, car il ne m'a pas répondu. Mais je lui ai dit quelles étaient mes intentions et comme il ne me disait pas non, j'ai pensé que c'était sûrement oui.   Là je travaille sur son roman " Une vie". Après avoir élargi une nouvelle ( La parure) , je vais réduire un roman… J'ai commencé à travailler la mise en scène, le texte sur plateau et je me dis c'est merveilleux comme il comprend les femmes.

 

Vous jouez aussi le personnage d'Olympe de Gouges!

J'ai écrit la pièce à 4 mains avec Clarissa Palmer qui a soutenu une thèse sur elle et je souhaitais vraiment la faire connaître. Elle est un peu moins méconnue, mais on ne la connaît pas encore vraiment bien. Elle mérite qu'on la découvre et que l'on reconnaisse tout ce qu'elle a fait pour les femmes. C'était une féministe doublée d'une humaniste. Elle s'est entres autres battue pour que les femmes puissent accoucher sans être avec les lépreux et a demandé qu'elles ne soient plus laissées sans rien. Il fallait que le mari ayant abandonnée sa femme assure avec les enfants, et qu'elle ne se retrouve pas dans la disette ce qui était le cas à l'époque. Elle a aussi demandé la fin de l'esclavage, a lutté contre la peine de mort et a vraiment œuvré pour l'humanité. Elle a plaidé en faveur de causes vraiment importantes et dans la mise en scène nous avons fait en sorte de montrer que beaucoup de choses restaient encore à faire.

 

Quelle est l'histoire?

Un jeune homme soutient une thèse sur le droit de la femme surtout pour faire plaisir à sa petite amie assez féministe. Va alors survenir dans son imaginaire une Olympe de Gouges virtuelle qui va lui ouvrir la porte sur le XVIIIè siècle. Olympe va lui apparaître en costume chez elle dans son bureau face à ses combats en train de coller des affiches en rapport avec les causes qu'elle défend. Moi je suis la porte qui permet de voir aujourd'hui et hier. Je suis Olympe qui vient voir ce qui se passe au XXIè siècle et qui parle avec ce jeune homme au moyen d' un langage contemporain tout en ayant un vocabulaire élégant…

 

Vous avez aussi un troisième rôle celui d'une voyante dans un polar intitulé " Une ombre dans la nuit" qui raconte l'histoire de Madame Brehant dont le fils a été tué. Elle veut savoir qui… Jouer trois personnages à la fois dans la même semaine n'est-ce pas trop prenant dans la vie privée?

Non, ça va. Il y a le moment où l'on retrouve les personnages dans la loge, mais le reste du temps on s'en éloigne. Mais c'est vrai que je les aime. Olympe de Gouges, je l'adore. C'est une femme absolument merveilleuse à qui je pense beaucoup. J'avoue que je vis un peu avec elle quand même. Elle m'aide parfois dans ma façon d'agir. Ainsi, j'ai acheté une pivoine que j'ai appelée Olympe. Je l'ai mise dans mon jardin et vais la voir souvent. C'est comme une sorte de modèle, mais je fais bien la distanciation entre ma vie privée et le moment où j'arrive sur scène…

 

Pour vous le théâtre peut-il servir de thérapie? Ainsi si l'on a un coup de cafard avant de jouer cela permet-il d'aller mieux après?

Cela peut effectivement aider à sortir d'un état morose. Lorsque l'on joue on ne pense pas à autre chose, et le fait de jouer d'autres personnages permet de sortir de la réalité. C'est très étrange le théâtre car quand on est sur scène ou oublie tout. Ainsi si l'on avait mal au dos ou aux reins avant, la douleur passe en jouant. Elle reprend quand c'est terminé, mais pendant ce temps magique, on ne ressent rien du tout.

 

Qu'est-ce qui vous importe le plus en tant que metteur en scène?

C'est de donner au spectateur ce qu'il ne voit pas, stimuler son imagination. Le plus beau compliment que l'on puisse me faire à propos d'une mise en scène ou d'une interprétation c'est de me dire " J'ai vu où vous étiez, sur un pont, là j'ai vu une ombre dans la nuit." Lorsque je joue dans une pièce que je mets en scène, je prends toujours un assistant ou une assistante. J'ai besoin d'un regard extérieur. Pour moi le regard du public que nous renvoie le metteur en scène a son importance.

 

Et quand on vous dirige en tant que comédienne ?

Ce n'est pas facile tout le temps; je reconnais et il doit régner une certaine complicité. Il faut que le metteur en scène trouve la manière de faire comprendre l'intérêt de ce qu'il propose. S'il me dit " Si tu fais ça, tu ressentiras telle et telle chose ce qui te permettra d'avoir ce geste là. Dans ces cas là, je m'engage tout de suite. Parfois, il m'arrive de proposer quelque chose. Et si mon idée séduit, on l'affine par la suite. Tout va se passer en très grande complicité; il n'y a que comme ça que ça fonctionne.

 

Si vous deviez revivre, choisiriez-vous la même vie?
Oh oui, je fais un métier passion, et jamais je n'ai été victime de la saturation. Jamais je ne me suis dit " Oh là là , je n'ai pas envie d'aller jouer…" Et puis j'ai été gâtée et j'ai eu la chance de défendre de jolis rôles que ce soit lors de pièces contemporaines ou classiques. En outre, je me sens très bien dans mon théâtre, et je suis libre. Je suis vraiment heureuse… Mais malheureusement avec le couvre-feu, un coup dur nous est tombé sur la tête et l'on est tous démoralisés. On est obligés d'annuler les spectacles qui se jouent à 20h30 et pour ceux de 19h c'est vraiment juste. Tout dépend où l'on habite et j'espère que l'on aura droit à des dérogations. On va regrouper les spectacles le samedi après-midi et en mettre davantage le dimanche.   Mais cela fait énormément de spectacles qui vont suivre et pour les personnes de l'accueil qui vont gérer, cela ne va pas être simple. Mais c'est la seule solution car si l'on annule on ne peut plus payer le loyer et on sera menacé de faillite. Je pense que beaucoup de théâtres sont dans le même cas. Je veux bien comprendre qu'il faille faire attention, mais c'est ce que l'on fait. On nettoie les banquettes entre chaque spectacle, et le protocole sanitaire est respecté à 100%. On est pénalisé car ce n'est pas dans les théâtres que se déclarent les clusters. D'ailleurs je crois que c'est Jean Castex qui a déclaré " allez au théâtre, vous n'y risquez rien". Je l'ai entendu de mes propres oreilles et il change d'avis comme de chemise. C'est un peu abusif…

 

Et avec le confinement du mois de mars avez-vous été bien indemnisés?

Je vais parler de tout ce que l'on n'a pas eu avec beaucoup de promesses et peu de choses enclenchées. On a eu une aide du Conseil régional qui a beaucoup aidé pour le personnel et de petites aides de 1500 euros de mars à juin. Il devait y avoir une prolongation pour la culture, or c'est bloqué. Nous n'avons rien eu en juillet et en août et pourtant j'ai réclamé. En effet, notre chiffre d'affaires concernant juillet et août 2020 est inférieur de plus de la moitié de celui de 2019 et nous y avons donc droit. Je suis vraiment furieuse car je n'ai aucune réponse suite aux nombreuses réclamations que j'ai faites par mail. C'est comme si nous n'existions pas. Il y a de grosses lacunes et nous sommes parfois un peu lâchés…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

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samedi, 26 septembre 2020

Jean-Pierre Rageau

médecine,méditation,reflexionsMédecin généraliste à connotation psy depuis 30 ans, Jean-Pierre Rageau est également journaliste médical avec des collaborations au " Généraliste" , au " Quotidien du Médecin" et également dans la presse santé grand public (médisite). Il a notamment beaucoup écrit sur la relation patient-médecin et a obtenu à cette occasion deux prix dont le prix du journal " Le généraliste" et la bourse de recherche sur la compétence humaine du médecin par L'Unafornec (Union nationale des formations médicales).

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Vous vous définissez comme un médecin généraliste mais à orientation psy. C'est à dire?

La psychanalyse a imprégné ma pratique médicale, et je suis un généraliste à l'écoute. Mais je ne me présentais pas comme psy, je disais simplement que j'avais fait une formation psychanalytique. Je proposais un espace où mes patients pouvaient s'exprimer mais ne me considérais pas comme un spécialiste. Je me voyais comme un médecin qui utilise toutes les potentialités de la médecine générale qui n'est pas uniquement technique et scientifique. C'est celle des médecins de famille ou de campagne d'autrefois lorsque la science n'était pas toute puissante. Entre temps, quelque chose s'est perdu mais qui peut se retrouver à travers la compétence humaine du médecin avec la fameuse formation psychologique psychothérapique.

 

Vous avez longuement travaillé sur la relation patient médecin et avez même obtenu des prix sur vos recherches!

Oui, j'ai beaucoup écrit sur le sujet car cela permettait de faire le contrepoids à une compétence inhumaine que je percevais à l'hôpital. C'est une chose qui m'a toujours profondément choqué et c'est la raison pour laquelle je n'ai pas voulu travailler à l'hôpital. . En libéral, j'ai pu faire de la médecine telle que la sentais avec les aspects scientifiques et techniques mais avec en plus une dimension relationnelle et humaine. J'ai fait un travail sur la psychothérapie spécifique du praticien. J'avais écrit pour la faculté qui essayait de retracer les différents aspects de ce qui peut se passer entre un médecin et un patient. Comment il peut mettre en œuvre ces différentes techniques pour rassurer, accompagner, aider à s'exprimer. C'était quelque chose d'un peu nouveau à l'époque. On ne parlait pas beaucoup de psychologie, c'était même assez mal vu. Ensuite, j'ai développé un concept par un groupe de formation qui s'appelle la compétence humaine du médecin. C'est un domaine qui est un peu plus large que la psychothérapie qui est plutôt psychologisante. La compétence humaine intègre la psychothérapie du praticien et l'on peut parler de présence humaine du médecin. Un processus humanisant qui implique qu'un médecin pour devenir pleinement médecin dans son potentiel thérapeutique doit s'humaniser. C'est important de connaître les antécédents des patients, les réactions à certains médicaments. Chacun réagit à sa manière et à son médicament. Important également de connaître le contexte familial, professionnel dans lequel évoluent les patients. Cela a quand même un impact sur leur maladie et ça aide à mieux soigner. Le médecin le plus efficace c'est celui qui est capable de mobiliser les forces curatives et l'effet placebo augmente avec la prescription du médecin. Lorsque les visites sont régulières, c'est essentiel de créer des phénomènes de transfert et de contre-transfert. Ca permet d'augmenter la confiance, les croyances, et de ce fait il y aura beaucoup moins d'effets secondaires, moins de méfiance et de défiance vis à vis des médicaments. Ce sera un bon médicament prescrit par un bon médecin. Tout dépend aussi de la structure psychologique du patient et de ses convictions. Ceux qui croient en la science, l'allopathie va marcher sur eux. J'ai connu des gens qui ne croyaient pas en la chimie, et qui bien que l'indication soit bien posée n'ont pas guéri. L'autosuggestion a une part et cela fait partie du rôle du médecin de motiver le patient et de l'aider à prendre de la distance par rapport à ses pensées négatives.

 

Selon vous beaucoup de vos collègues délaissent ce côté relationnel!

Il existe un manque d'humanisme en général vis à vis du patient. Pourquoi être disqualifiant à son égard, pourquoi se moquer ou humilier. Pour moi c'est antinomique avec le fait de soigner. Il existe en plus la rétention du savoir utilisée par de nombreux médecins habités par une sorte de jouissance du pouvoir. Certains abusent en évitant de transmettre un pouvoir de compétences. J'ai toujours aimé faire de l'éducation thérapeutique et partager mon expérience  avec mes patients pour qu'ils puissent bénéficier d'une connaissance leur permettant de se soigner eux mêmes. Que les malades ne soient pas infantilisés. Actuellement, la tendance s'inverse un peu avec notamment une ouverture vers une médecine davantage axée sur le spirituel qui favorise le côté humain.

 

Vous êtes un médecin généraliste porté sur les médecines douces!

Quand mes patients me disent qu'ils vont voir un homéopathe, un acupuncteur, un ostéopathe, je leur dis que la seule chose qui compte c'est que cela leur fasse du bien et je les encourage à poursuivre. Je n'ai pas d'à priori, car je sais que le mieux-être passe par des voies autres que les voies scientifiques. Parfois par le magico-religieux, les rituels, des choses qui font que les forces curatives se mettent en place et se mobilisent. Les gens que je soigne savent que je suis assez favorable aux plantes, et ça leur plaît bien. J'en prescris même en médicament. Par exemple le cardiocalm à base d'aubépine. Mes patients en redemandent pour l'anxiété mineure et les troubles du sommeil. Deux comprimés d'un coup le soir entre 19h et 22h, ce qui va permettre une petite phase de décompression avant de s'endormir et un meilleur endormissement. Je leur conseille également pendant cette période là d'écouter des musiques relaxantes, de lire tranquillement ou d'être dans un environnement paisible pour ralentir leur rythme de vie. Je cite souvent l'exemple du passage de l'autoroute à la route départementale le soir après le dîner. Il y a une bretelle d'autoroute à prendre et il faut diminuer progressivement la vitesse de 130 km/h à 90. Dans le cadre des psychothérapies informelles, j'utilise plus des images que des propos.

 

Vous avez découvert récemment la méditation. A quelle occasion ?

J'en avais déjà entendu parler il y a 25 ans lorsque j'étais en Californie. Pendant un an, j'ai suivi une formation à Psychologie Conseil. J'avais appris pas mal de techniques psychothérapeutiques du courant de pensée existentielle. Comme l'analyse transactionnelle, l'approche eulérienne centrée sur la personne, l'approche systémique, la gestalt thérapie. A cette occasion, j'avais appris ce qu'est le rêve éveillé, ce qui constituait déjà une forme de méditation. On se mettait dans un état modifié de conscience et le professeur nous disait un certain nombre de choses plutôt non directives ou semi-directives qui nous permettaient d'écrire notre propre histoire, notre propre scénario. Cela m'avait beaucoup plu, et après je me suis installé. Récemment j'ai lu le livre de Christophe André « Méditer jour après jour » et j'ai retrouvé ces éléments que je connaissais. J'ai pensé que comme en France ce n'est pas encore très utilisé que ce serait intéressant d'aller dans ce sens pour mes patients. Pour les aider côté anxiété et même dépression. Une formation permet d'éviter les rechutes dépressives. D'après ce que j'ai compris, il existe des phénomènes neurophysiologiques qui expliquent l'impact de la méditation sur les émotions et le comportement. En particulier avec une reprogrammation cognitive. Notre société nous programme pour être productif, efficace, ce qui nous pousse tout le temps à agir. Cela ne laisse donc pas le temps de se recentrer sur soi et de reprendre contact avec son moi intérieur. La méditation permet de déprogrammer le faire afin de faire en sorte de se retrouver plus souvent dans l'être et dans le ressenti sans pour autant renoncer à l'action.

 

Vous avez été au Cambodge pour approfondir vos connaissances!…

Oui, avec pour objectif après une formation à la méditation d'un an, plus 5 séminaires de 3 jours, de pratiquer la méditation dans des endroits propices à la médiation comme les pagodes et les temples bouddhistes. Chaque jour, nous méditions environ une demie heure. Des moines aidés d'une traductrice nous ont parlé et c'était très enrichissant. En outre, l'on pouvait observer une culture différente avec beaucoup de gentillesse, d'humanité au sein de la population. C'est quelque chose qui m'a frappé, ils n'avaient pas peur de nous, au contraire ils nous portaient de l'intérêt même s'il existait quand même un œil commercial chez ces cambodgiens pas très riches mais curieux de l'autre, de sa différence. Ils ont beaucoup souffert sous le régime tyrannique de Pol Pot avec des millions de gens tués, torturés. Mais la nouvelle génération a peut-être gardé l'esprit de ce peuple plutôt épris de paix et de lien fraternel.

 

Le fait que ce soit dédié à la pratique de la méditation cela change t-il quelque chose?

J'ai le sentiment que cela m'a aidé à méditer plus profondément. Un peu comme quand je suis dans une église, une cathédrale ou une collégiale. L'architecture d'un côté et le fait que beaucoup de gens se soient recueillis, font naître une atmosphère empreinte de plus de spiritualité. L'impression que cela m'a donnée par rapport aux méditations profanes c'est qu'en plus de la profondeur, j'avais à la fin de la méditation, une joie à l'intérieur sans objet. J'étais simplement content d'être là. La méditation profane est peut-être plus intellectuelle, plus technique. Il n'existe pas tout le cadre qui accompagne cette méditation et l'on est beaucoup moins touché que si l'on se trouve dans des sphères réservées à cette pratique. C'est surtout du ressenti, des sensations et de l'émotion. D'ailleurs, lorsque je médite chez moi, je me mets à côté d'un petit autel avec un petit bouddha, une lampe et je peux méditer de manière plus profonde qu'ailleurs en me concentrant plus fortement.

 

Comment cela se ressent-il dans votre vie privée ou professionnelle?

Sur le plan professionnel, je suis bien plus dans le moment présent et dans l'attention qu'auparavant. Ca change quelque chose d'à la fois minime et en même temps de considérable dans la personnalité professionnelle. J'ai le sentiment que je suis davantage conscient de ce que je peux faire , et je comprends mieux ce qui se joue entre le patient et moi Ma présence est plus importante grâce à une pleine conscience face aux patients qui le sentent tout de suite. Je leur transmets une sorte de sourire intérieur et le fait d'aider me procure du contentement. Se met en place un transfert d'énergie du médecin au patient. Cette présence est fondamentale et peu de médecins l'ont compris. Regarder son patient, se pencher vers lui, un peu comme la vierge avec son enfant sont des actes que j'ai essayé de développer au travers de la méditation qui englobe une dimension thérapeutique en elle-même. Les médicaments ne font pas tout, mais j'ignore dans quelles proportions le transfert d'énergie d'un côté et la mise en œuvre d'un savoir scientifique interagit pour soigner une maladie. Les deux participent à la guérison en sollicitant les forces curatives du patient lui-même.. .Côté privé, cela m'a apporté un apaisement avec plus de distanciation par rapport à la réalité. J'ai davantage de détachement par rapport à ce que je fais sans pour autant que ce soit de l'indifférence.

 

Comment  faites-vous  pour en faire profiter vos patients ?

Ce que je propose c'est de la méditation laïque, c'est à dire non pas quelque chose qui se réfère forcément à Dieu mais plutôt basée sur le spirituel. Oui, je m'en sers avec les patients que je connais bien et pour la plupart ça a marché. Notamment parce qu'il règne une relation de confiance. J'ai un patient que je suis depuis près de 25 ans qui a du mal à verbaliser son mal être. C'est quelqu'un qui souffre d'un trouble psychique compulsif mental et qui est toujours dans l'indécision. Il est atteint d'une grande souffrance de type anxio dépression et possède un mental plutôt conflictuel. Il prend des psychotropes pour calmer ses angoisses. Je lui ai fait une séance de méditation et il m'a dit que cela lui a fait beaucoup de bien, qu'il avait moins de pensées négatives. Comme c'est assez simple, il peut le faire. Je pense que je vais continuer avec lui car comme c'est compliqué au niveau de la verbalisation, ce devrait être plus facile ainsi. Je l'ai expérimenté aussi avec une patiente très imaginative. Elle a tout de suite imaginé plein de choses et on a pu parler de ses productions. Pour d'autres c'était simplement un effet de relaxation qu'ils connaissaient déjà. Ce n'est pas miraculeux non plus, mais cela peut aider pour une approche complémentaire de la phytothérapie, voir des psychotropes quand il règne une forte anxiété.

 

Il y a un an et demi on vous a diagnostiqué un cancer de l'intestin et vous avez vécu suite à une opération une expérience de mort imminente.

Oui, à l'occasion d'une opération j'ai eu un problème de choc sceptique (des microbes passent dans le sang, ce qui engendre un choc cardio vasculaire et la tension chute…) et à ce moment là, les anesthésistes m'ont mis en coma artificiel et j'ai alors vécu cette expérience de mort approchée. Comme si cette formation à la méditation et mon séjour au Cambodge m'avaient préparé à cette NDE. Pendant ce moment là, sans doute étais-je au confins de mon inconscient, de mon âme. Mon âme était très paisible avec beaucoup de visages qui flottaient, des visages de bienveillance. Une musique se faisait aussi entendre qui ressemblait un peu à celle que je compose et je me suis dit "C'est quelque chose qui appartient à ma vie." Je me suis senti très bien dans cet endroit, un peu comme chez moi.. J'ai vu une lumière blanche ressemblant à un aquarium avec des méduses qui flottaient. Des sortes de visages bienveillants dont émanait un sourire intérieur; quelque chose de très doux. Sans doute que quand je me suis réveillé, j'ai gardé cette expérience là en moi et ce souvenir a encore renforcé tout ce que j'ai pu vivre et ce à quoi je me suis formé auparavant. Maintenant, peu de choses peuvent me détruire ou m'inquiéter. Je suis dans une sorte de sérénité et même avec un cancer je suis presque plus heureux que je ne l'étais avant, car j'ai vraiment l'impression d'avoir avancé dans l'accomplissement de mon être. Et quand on sent que l'on est sur le bon chemin, cela donne une joie profonde. Etait-ce écrit que j'aurais un cancer? En tout cas, j'ai la sensation que je devais passer par là pour continuer ce chemin que j'avais commencé à emprunter. Peut-être étais-je programmé pour une sorte d'accomplissement qui est en cours mais comment je ne sais pas n'étant pas croyant.

 

Vous êtes pianiste et vous composez. Cette expérience vous a t-elle inspiré?

Je n'ai pas composé après, mais j'ai revu les musiques que j'avais déjà faites et les ai un peu améliorées. Du coup, elles avaient plus de sens et je ne pouvais m'arrêter de les parfaire tant que je n'avais pas le sentiment qu'elles étaient complètes. Dans ces cas là, le temps ne compte pas, et je peux alors composer toute une journée. Quand les notes me viennent, j'ai le sentiment qu'elles me viennent du ciel. Comme si une voix me guidait pour suivre cette mélodie, ces harmonies jusqu'à ce que ce soit vraiment achevé. Une inspiration vient de quelque part, et il faut que j'en rende compte et que je la traduise à travers une musique en cours de développement. Il m'arrive de m'en servir pour mes patients dans le cadre d'une méditation dans un état modifié de conscience, je leur explique ce que j'ai fait. Un jour je suis allée chez une patiente qui a un piano et je lui ai joué une de mes compositions. On en a ensuite discuté et elle m'a avoué qu'elle avait le sentiment de s'être trouvée dans des vagues ou une vallée. Or, c'est une musique qui m'est venue sur les coteaux du Bordelais où il y avait beaucoup de collines. Cette patiente avait ressenti à travers cette musique ce que j'ai pu ressentir et composer à partir de là. Intéressant d'analyser comment l'on peut communiquer à travers la musique…

 

Pour votre cancer avez-vous recours à des médecines alternatives?

On m'a proposé de faire de la sophrologie et cela m'aide mais dans quelles proportions je l'ignore. J'ai visualisé mon cancer, et celui-ci m'est apparu un petit peu comme des lumières. Quelque chose de plutôt rassurant. Cela m'a permis de mieux accepter la maladie même si je n'y étais pas vraiment hostile. J'ai eu une autre vision bien plus positive du cancer qui m'est apparu un peu comme un ciel étoilé avec des cellules qui retrouvent leur liberté. J'ai aussi deux patientes qui m'ont proposé de faire du reiki et ça m'a également fait du bien.   Au début j'y croyais sans y croire mais ce sont des approches complémentaires qui ont à voir avec cette dimension spirituelle au sein de laquelle je commence à m'épanouir. La personne faisait des mantras et ce qui m'a frappé ce sont ses mains au dessus de mon ventre. Elle a trouvé qu'il était un peu froid. Je ne lui avais rien dit et elle a senti quelque chose. C'est un transfert d'énergie, de perception pour les gens hyper sensibles. J'ai aussi expérimenté l'acupuncture au moment où j'avais des troubles digestifs et des nausées du à la chimiothérapie. Et ce fut très efficace; d'un seul coup les nausées et les vomissements se sont dissipés . Tout cela me fait dire que la science et la chimie peuvent aider pour lutter contre un cancer mais que peut-être l'esprit a aussi un pouvoir. La seule question que je me pose c'est le pourcentage d'efficacité de l'un et l'autre. Ni l'esprit, ni les médicaments sont tout puissants mais le mélange peut aider à contenir la maladie. Par rapport au cancer, j'ai plutôt des pensées positives, et je ne me suis jamais dit "Quelle sale maladie! Même si j'aurais quand même préféré en faire l'économie, je ne suis pas terrorisé comme beaucoup. Le cancer est considéré comme le spectre de la mort, mais je ne le considère pas ainsi. Il faut faire confiance à la médecine et il existe des chimiothérapies qui peuvent sauver. L'image du cancer a beaucoup changé et il ne faut pas hésiter à se servir des approches alternatives. C'est quelque chose de très complémentaire qui peut aider en donnant plus de puissance à l'esprit et à la pensée. Important de vivre le cancer non pas en se projetant dans un futur cataclysmique ou chaotique, mais de le vivre dans le moment présent. Essayer de trouver des solutions avec du lâcher-prise et de l'acceptation. Si l'on accepte sans lutter contre quelque chose de toute façon inéluctable, c'est la philosophie de la méditation. Celle-ci m'a aidé à faire aller ma pensée vers des dimensions bien plus spirituelles.

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

vendredi, 11 septembre 2020

Alexandre Feltz

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Alexandre Feltz est médecin généraliste et adjoint à la mairie de Strasbourg.. Considéré comme le pionnier du Sport santé sur ordonnance, il a sorti récemment un livre "intitulé " Le sport santé sur ordonnance. Manifeste pour le mouvement" préfacé par Michel Cymes. Il explique pourquoi le sport est le moins cher et le plus efficace de tous les médicaments…

 

 Qu'est-ce que le sport santé sur ordonnance?

Avec le maire de la ville de Strasbourg Roland Ries, nous avons lancé en 2012 pour la première fois en France sur un territoire d'une ville, le sport santé sur ordonnance. Les médecins traitants ont pu prescrire à leurs patients malades une ordonnance, leur permettant de faire de l'activité physique adaptée à leurs symptômes. Au départ, cela concernait plutôt les maladies métaboliques. Puis les prescriptions se sont ouvertes à d'autres secteurs comme le cancer, et les soins orientés vers les personnes âgées fragilisés. Les médecins généralistes évaluent avec le patient la nécessité d'une prescription débouchant sur une activité physique, essayant de le motiver vers la reprise de mouvement. Puis une équipe municipale d'éducateurs sport santé prend le relais. Ceux-ci dressent un bilan des aptitudes du patient à l'effort, mettent en place un protocole en lien avec le médecin. Cette triangulation à trois fait le succès du dispositif.. Deux séances par semaine sur un an sont offertes et ensuite il existe une tarification solidaire..

 

. Tous les sports sont-ils concernés? !

C'est surtout la question d'intensité qui importe. Le sport santé représente une activité physique régulière d'intensité faible ou modérée. Intensité faible lorsque l'activité physique ne change quasiment pas le rythme cardiaque, ni les respirations. Par exemple la marche, la marche nordique, la marche avec des bâtons, des sports doux comme le taï chi, le Qi Qong, le yoga. Intensité modérée, lorsque l'on est à la limite de l'essoufflement. Une petite accélération cardiaque se fait sentir, et l'on transpire davantage. Comme rouler à 15km heure à vélo, ou nager tranquillement. Important aussi dans le protocole, le sport santé prévention avec la pratique de l'activité physique là aussi légère ou modérée. Pour les enfants de 3 à 18 ans,, a été mise en place, la prise en charge précoce des enfants en surpoids ou obèses. Des conseils de nutrition, de psychologues, d'infirmières de santé publique sont également incorporés au programme.

 

 Comment sont choisis les sports?

Le désir du patient joue un rôle important. Ce qu'il a déjà fait, ou pas, ce qu'il aime, n'aime pas. Ensuite, sont évaluées les capacités de chacun avec des tests, les éventuelles douleurs, puis la maladie en elle-même,. En temps de non Covid, plus de 100 activités sont proposées chaque semaine. Lorsque l'on est diabétique c'est bien d'avoir une activité cardio vasculaire qui a pour but de faire entrer le sucre dans le sang. Quand on est âgé, il est recommandé de faire du renforcement musculaire. L'activité physique réduit de moitié les risques de chute chez les patients fragiles ou qui ont déjà chuté. Si l'on ne les encourage pas à faire du sport, les gens ne bougent plus. Ils ont peur de retomber et cela aggrave encore plus le risque. Pour la prévention de l'ostéoporose, tout ce qui est marche est utile. Les gens qui ont des problèmes de hanche, de l'arthrose souvent arrêtent également le sport car ils ont mal, ce qui est compréhensible. Du coup, ils reprennent du poids, ont du diabète, de l'hyper tension et ont toujours mal aux hanches. Dans ce cas là, c'est la marche nordique qui permet de soulager les articulations, plus la marche dans l'eau tout en respectant les endroits douloureux des patients.

 

 Cela permet-il de diminuer ou même parfois d'arrêter les traitements?

Oui. Pour le diabète c'est assez rapide. Certaines personnes ont le matin une glycémie élevée. Ils font un peu d'activité physique et une heure après, leur glycémie a baissé. C'est très efficace. Un diabétique qui marche quotidiennement 30 minutes par jour peut baisser son traitement dans les semaines qui suivent la reprise de l'activité physique. Mais il faut continuer de bouger tout le temps. Pour les hyper tendus c'est la même chose même si c'est un peu plus long. Ceux qui ont une activité physique régulière peuvent diminuer, voir arrêter les médicaments pour l'hyper tension. Côté psychiatrie, on ne devrait plus prescrire un neuroleptique, ou un anti dépresseur sans activité physique. Quant au Covid,19, le sport joue également un rôle important. Ceux qui ont été en réanimation et qui avaient davantage l'habitude de faire du sport s'en sont sortis alors que d'autres sont décédés. Pour la reprise de la respiration, des capacités cardiaques, de l'énergie, le sport est très efficace. De même pour l'anxiété du à la contamination..

 

 De manière générale, les médecins ont-ils pris l'habitude de prescrire du sport santé!

Oui, partout où c'est organisé et financé. A Strasbourg plus de 300 médecins le font, à Biarritz plus de 200... Lorsque le médecin qui est bien ancré dans la réalité, sait que s'il prescrit au patient une ordonnance sport santé qu'il pourra être pris en charge et bien suivi, il prend l'initiative.

 

Un enseignement sur l'exercice physique pour les généralistes existe t-il?

A Strasbourg, oui. .C 'est le docteur Jehan Lecoq président national des médecins du sport qui a lancé le sujet. Je m'en occupe aussi puisque je donne encore des cours à la Faculté sur ce thème... C'est vraiment une nouvelle médecine qu'il faut généraliser un peu partout.

 

 Quel est votre souhait le plus important concernant le sport santé sur ordonnance?

L'enjeu majeur consiste en un financement même forfaitaire par l'assurance maladie.. On vient de signer une tribune dans le Journal du Dimanche mais qui n'a pas eu un fort retentissement avec des anciens ministres, des élus, plus de 40 députés dont certains du gouvernement actuel pour qu'il existe un financement national et local que ce soit à Strasbourg ou dans d'autres villes.. Olivier Véran a l'air un peu plus ouvert que ses prédécesseurs et l'on espère que cette année va être la bonne.. Et puis se servir des prochains Jeux Olympiques et des moyens colossaux réservés au sport d'élite pour développer l'activité physique pour tous. Tony Estanguet s'y est engagé. Mais cela me semble assez mal parti vu les sponsors : Coca, Mac Do, Toyota… Il faut vraiment être très volontariste pour obtenir un bilan santé positif…

Agnès Figueras-Lenattier

 

13:23 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 31 août 2020

Sport et litterature

 

 

En 1919, quelques jeunes écrivains, peintres, musiciens épris d'art, se réunissaient le dimanche matin au stade «  Duvigneau de Lanneau » dans la banlieue de Paris. Ils pratiquaient l’athlétisme sous la houlette de Marcel Berger créateur de Plume-Palette-Club. Ce club deviendra quelques années plus tard «  l’Association des écrivains sportifs ». Parmi les membres on peut noter des personnalités telles que Jean Giraudoux, Maurice Genevoix, Paul Morand, Tristan Bernard. Ce dernier premier président de cette association pratiquait aussi le cyclisme. Egalement ancien directeur du vélodrome de Buffalo, il restera le seul coureur à n’avoir jamais gagné une course. Lui succédèrent Marcel Berger recordman de France scolaire au lancement du disque, puis Paul Vialar également président de la «  Société des Gens de lettres ». Bernard Destremeau six fois n’° 1 français de tennis présidera aussi l’association….

Le sport a toujours été lié à la littérature et des philosophes comme Platon, Aristote en parlaient déjà. Beaucoup d’écrivains en ont parlé avec éloge, en ont fait et ont reconnu qu’il pouvait être une bonne source d’inspiration. Ecoutons par exemple Simone de Beauvoir raconter ses impressions après avoir découvert la randonnée à pied et à bicyclette : «  Je n’avais jamais pratiqué de sport, et je prenais d’autant plus de plaisir à utiliser mon corps jusqu’à la limite de mes forces, et le plus ingénieusement possible ». Elle écrivit même un jour à Jean-Paul Sartre qu’elle aurait bien donné le prix Renaudot pour savoir le «  Christriana aval ».. Camus reconnaît que ce qu’il sait de plus sûr sur la morale et les obligations des hommes, c’est au sport qu’il le doit. Quant à Bergson il déclare : «  Ce que j’estime surtout dans les sports, c’est la confiance en soi qu’ils procurent à l’homme qui les cultive »..

 

Pour ma part, le sport est également indispensable à ma vie d’écrivain. Comme le pensent certains «  collègues », écrire est une véritable épreuve sportive. Physiquement on se donne à fond, et on peut se sentir vraiment vidé après avoir écrit longtemps. Il m’est arrivé d’être atteinte de petites courbatures et quand j’écris il me faut courir, faire du vélo d’appartement pour me vider la tête. Sinon, je deviendrais vite «  neurasthénique » car on est transporté dans un monde qui si on ne se méfie pas peut conduire à la déraison. Et il faut se dépenser pour garder les pieds avec la réalité. Et puis en courant, en pédalant, les idées peuvent jaillir. On voyage avec ses personnages de façon consciente ou inconsciente, et après on transcrit ces impressions sur papier avec davantage de facilité. Même en période de maturation c’est indispensable aussi. Les idées sont plus claires, plus structurées et le déclic conduisant à la réalisation » se fait plus naturellement.

Flirter avec la puissance des mots est un orgasme spirituel merveilleux, et qui peut amener aussi à l’orgasme corporel. Diverses sensations plus intenses les unes que les autres et accentuées par la dépense physique vous animent. Le doute, puis la certitude, l’angoisse de ne pas y arriver, la libération d’y être parvenue, et une espèce de nirvana, une fois le but atteint. On est comme apaisé, et l'on a le sentiment d’avoir égrené toute sa substance Mais cette sensation ne dure pas très longtemps car on a très vite envie de recommencer pour retrouver sa drogue, son LSD... C’est une activité finalement égoïste qu’il est impossible en pleine action de faire partager. Comme disait Montherlant dans «  Les Olympiques » «  Le masseur aux mains magiciennes faisait tomber du corps du pugiliste la graisse inutile, c’est l’écrivain massant sa page jusqu’au style plein et décharné ».

J’aurais beaucoup aimé faire du sport avec mes écrivains préférés notamment avec Stefan Zweig, Edgar Poe et Baudelaire. Quelle joie ça aurait été pour moi de faire des gammes de revers avec Edgar Poe, de disputer un tie-break avec Baudelaire, , de faire un match en compagnie de Stefan Zweig en refaisant le monde. Je lui aurais appris comment faire un coup droit, il m’aurait appris comment transporter le lecteur avec autant de profondeur et d’analyse aussi fine des personnages. J’en rêve et cela décuple mon imagination. Je me mets dans la peau de Zweig, il devient mon double et j’écris. Même si je suis loin de l’approcher complètement, son esprit me pénètre quand même un peu . ’Et c’est orgastique !..

 

 

                                       

 

 

                                             Cinq écrivains parlent de sport

 

 

 

                                                           JEANNINE BOISSARD

Auteur notamment de " L'esprit de famille", œuvre en plusieurs tomes et véritable succès populaire

Quels sont les sports que vous pratiquez ?

Le ski et le tennis sont les deux sports que je pratique depuis l’âge de 12, 13 ans. Ce sont deux sports où l’on rit. Au tennis on s’amuse beaucoup, notamment avec ses partenaires de double, et au ski parce qu’on tombe par terre. Pour quelqu’un comme moi qui suis assise devant ma feuille de papier cinq à six heures par jour, c’est indispensable d’aller s’aérer la tête, de courir et de faire bouger ses bras, ses mains et son corps. Je me vide complètement l’esprit et ne pense à rien d’autre. C’est un fait que lorsqu’on se dépense physiquement, on est d’autant plus créatif et agile avec son stylo et son papier.. En outre, écrire est une activité très angoissante et si on ne se dépense pas physiquement, la tête risque d’éclater..

 

Pratiquez-vous ces deux activités souvent ?

Je fais du tennis une fois par semaine et tous les jours en vacances. Après avoir pensé aux grands problèmes de la vie, c’est merveilleux de se concentrer uniquement sur une balle et de se détendre en riant. Dans mon métier, le rire constitue un élément important de ma vie, j’en ai besoin et ça me fait un bien fou. Je n’arrête pas de me moquer de moi-même, des autres..Quand je vais à la montagne faire du ski, c’est vraiment le seul endroit où j’ai beaucoup de mal à écrire. En effet, après quatre ou cinq heures de ski, une très grosse fatigue m’envahit, ce qui m’empêche d’être vraiment lucide et disponible pour l’écriture. Donc, si je veux écrire, je le fais très tôt le matin avant d’aller skier.

 

Avez-vous déjà fait de la compétition

A une époque j’en ai fait beaucoup, mais c’était un plaisir un peu trop accaparant. J’ai été classée à 15/4. Un élément qui m’a quelque peu éloignée des courts, c’est l’âge de mes adversaires. Celles-ci à 16,17 ans vous regardent comme une vieille mémé. Souvent très mauvaises joueuses, elles n’hésitent pas à tricher, encouragés par leurs parents. On dirait qu’elles jouent toute leur vie et sont à peine polies. Autant, j’aime affronter des femmes courtoises, autant rencontrer une fille qui trépigne, lance sa raquette par terre ne me dit rien qui vaille..

 

Considérez-vous l’écriture un peu comme un sport ?

Disons que c’est un sport de l’esprit et lorsqu’on se donne complètement à son livre, on maigrit. La difficulté consiste à trouver le mot et la phrase justes, et il existe la crainte de mal remplir sa page blanche. Pour moi, l’enfer ce serait de se dire après avoir terminé son livre, que vais-je faire maintenant.. .

 

 

 

 

                                                  CHRISTIANE COLLANGES

Rédactrice en chef de " L'Express" et du " Jardin des Modes", elle a surtout écrit sur la vie des femmes et leur libération et la famille.

 

Quels sports pratiquez-vous ?

Le tennis, la randonnée, le ski de fond et le ski alpin. J’ai commencé à jouer au tennis en Normandie, région où j’avais l’habitude de passer mes vacances. Mais je n’ai jamais pris de cours. Ce sont mes cousins qui m’ont initiée, et très vite ce sport m’a séduite..

 

Faites-vous du sport en période d’écriture ?

La plupart du temps lorsque j’écris c’est en Normandie et comme les courts de tennis sont tout près de chez moi, j’en fais souvent. Je m’adonne aussi à de grandes marches car le décor m’y encourage. En fait lorsque j’écris, je fais plus de sport qu’en période creuse. La forme physique est fondamentale dans ma vie car je suis un écrivain optimiste qui s’efforce d’être gaie. Et si la machine ne tournait pas rond, mon humeur aurait tendance à friser la morosité. Par exemple si mon dos me fait mal, écrire m’est presque impossible. Ainsi si tout d’un coup j’étais immobilisée, je ne suis pas sûre que je pourrais continuer à écrire..

 

Que vous apporte le tennis ?

Je le pratique essentiellement du mois de mars au mois de novembre. C’est un jeu très amusant et qui m’apporte un véritable défoulement. J’ai de nombreux amis qui m’incitent à jouer au golf, mais abandonner le tennis ne me dit rien. En outre, je n’aime pas la mentalité des gens qui pratiquent le golf car la plupart du temps ils sont coincés, sérieux et complexés. Il existe sûrement des gens de ce style là au tennis, mais je n’ai jamais eu l’occasion de les affronter..

 

Le sport a-t-il un impact sur votre humeur ?

Oui. Lorsqu’il m’arrive de ne pas avoir le moral, j’enfile mes nike et tout va mieux après. Pour me remonter le moral, le fait de remuer est plus efficace que de rester des heures allongée dans un fauteuil. Certaines personnes au contraire, préfèrent rester couchées toute la journée en compagnie d’une lumière tamisée. Je ne critique d’ailleurs pas ce comportement, mais il me semble simplement utile d’agir en fonction des besoins de son organisme..

 

Selon vous le sport influe t-il sur votre manière d’écrire ?

Oui dans la mesure où je suis connue pour écrire des livres où règne la bonne humeur. A ce propos, il existe effectivement une hygiène de vie qui ressemble à celle du sportif. En effet, partir pendant trois ou quatre mois munie de sa documentation et de son ordinateur pour rédiger un livre demande une vie aussi stricte que celle d’un sportif. Il ne faut pas boire et bien dormir..

 

 

 

 

 

                                                     MICHEL DEON

Décédé le 28 décembre 2016, il est membre de l'Académie française et auteur notamment du livre " Taxi mauve " adapté au cinéma en 1977

 

Quels sont les sports que vous avez pratiqués ?

La boxe, l’aviron, le tennis, l’escalade, la marche en montagne, la bicyclette. J’ai aussi pratiqué la natation à assez haut niveau. Je me suis approché des championnats universitaires. Ce qui m’ennuyait profondément c’était l’entraînement et les contraintes qu’il implique..

 

Au tennis quels genres de partenaires aviez-vous ?

Je m’arrangeais pour avoir des partenaires plutôt jolies.. 

 

Le sport est –il utile pour votre vie d’écrivain ?

Oui notamment la marche qui pour moi est essentielle. Elle représente la gymnastique du cerveau et c’est en pratiquant cette activité que le travail s’élabore. La solitude dans laquelle on s’imprègne permet à l’esprit de se délier. Le corps se laisse porter et physiquement on ne sent plus rien..

 

L’écrivain Marcel Berger a dit «  Pour ceux qui ne s’en sont aucunement préoccupés le style a modifié leur style à leur insu en le rendant incisif, rapide, dépouillé, musclé ». Etes-vous d’accord avec lui ?

Pas du tout. Pour moi il a dit des bêtises..

 

Que vous a appris le sport de manière générale ?

Surtout à bien me concentrer et à avoir l’esprit complètement disponible. Quand on nage par exemple on ne peut pas se permettre d’avoir la tête ailleurs…

 

Vous possédez aussi des chevaux ?

Oui mais je ne suis pas très doué pour autant en équitation. Ma femme et mes enfants en revanche montent très bien et je leur laisse cette supériorité. Et puis ayant eu un accident, je suis obligé de faire très attention car je risque la petite chaise roulante. Ma passion c’est de regarder vivre les chevaux..

 

Quelles sensations cela vous procure t-il ?

Ces animaux sont merveilleux de grâce et de charme. Un poulain qui naît représente comme la naissance d’un petit miracle..

 

Evoquez-vous le sport dans vos livres ?

Dans «  Le jeune homme vert » le héros parcourt les routes à bicyclette et une espèce d’atmosphère de compétition s’instaure. Certains de mes ouvrage évoquent la boxe que je continue d’ailleurs à beaucoup suivre en tant que spectateur. Enfin sont parfois relatées dans mes livres des scènes de bateau.. 

 

 

 

 

                                                    IRENE FRAIN

Possédant une prédilection affirmée pour l'Orient, elle participe régulièrement à des actions favorables à la cause tibétaine. Parmi ses livres " Dévi", " Julien Gracq et la Bretagne"…

 

Vous faites du vélo et notamment du VTT. En faites-vous souvent et quelles sont les sensations que ça vous procure ?
Dès que mon mari et moi sommes à la campagne, nous parcourons les chemins à vélo en essayant de goûter aux joies ludiques du sport. Découvrir la campagne française représente un petit côté aventure qui me plaît bien. Et puis il ne faut pas oublier la grosse dépense physique que cette activité procure. M’adonner ainsi à un sport physique intense m’aide beaucoup pour ma vie d’écrivain. Mon cerveau s’oxygène et je fais le vide dans ma tête..

 

Pratiquez-vous d’autres sports ?

En hiver je fais du ski et puis j’aime aussi nager. Je ne me porte bien que si je fais du sport et si je pouvais j’en ferais plus. J’ai toujours eu la sensation que si je faisais du bien à mon corps cette initiative se reportait sur mon psychisme. C’est pour cette raison que le sport m’interesse.

 

Pensez-vous à vos livres en exerçant une activité sportive ?

Lorsque je fais du vélo oui mais beaucoup moins en VTT où il faut être très vigilante. La bicyclette traditionnelle fait jaillir des idées . D’une part mon esprit peut vaguer et d’autre part aucune idée de performance n’est ancrée dans ma tête. Cette pensée est d’ailleurs selon moi plus masculine que féminine car l’homme cherche la compétition. Pour ma part, je suis interessée par le bien-être, le plaisir lié à mon corps et le contact avec la nature. L’esprit est plus clair et on dort mieux..

 

Pour vous écrire est-il un sport ?

Oui écrire un roman consiste à accomplir un grand marathon. Il existe la rigueur, le souffle, la longévité et il faut tenir. Lorsque j’ai écrit mon livre «  Dévi » il a fallu que j’aille dans les ravines, et je me devais d’être en excellente condition physique. Être en forme physique me paraît très important pour écrire même si certains écrivains disent «  plus sale, plus alcoolique, plus drogué que moi tu meurs ».. Cela dit, je n’irais quand même pas me priver d’un coup de rouge avant de faire du VTT. J’aime profiter de la vie…

 

 

 

 

Philippe Labro

 

Journaliste, écrivain, réalisateur, il a raconté dans " Tomber sept fois, se relever huit" comment il s'est sorti de sa dépression. Au cinéma, il a réalisé par exemple " Sans mobile apparent et " Rive droite, rive gauche"…

 

Vous avez pratiqué le rugby, le tennis. Que pourriez-vous dire de vos expériences sportives ?

Lorsque j’ai éffectué étudiant des séjours en Virgine ou en Amérique, le sport faisait partie intégrante de ma vie. Ca m’a beaucoup aidé car quand je suis allé là-bas je savais à peine ce qu’était mon corps. J’ai pris conscience de l’importance de ce dernier et de l’utilité d’être en harmonie avec ses muscles, son souffle, sa respiration..

 

 

Quel est le rôle du sport selon vous ?

Il vous fait prendre conscience que vous êtes entier, que vous ne représentez pas simplement un paquet de sentiments, de pensées, d’impulsions, de réflexions, de désirs. Que vous êtes aussi un organe vivant auquel vous pouvez faire appel et qui correspond à ce que votre tête et votre corps expriment. Le sport n’est pas indispensable pour le savoir, mais il le confirme.

 

 

Selon vous la différence entre les sports individuels et les sports collectifs ?

Le sport individuel donne des leçons sur le comportement de l’individu seul face à ses défis, ses efforts, ses erreurs, la victoire ou la défaite. Il permet de conclure par rapport à ce que l’on doit essayer de faire face aux confrontations que vous apporte l’existence. Le sport collectif donne aussi des leçons inouïes pouvant s’appliquer à l’entreprise, et servir à l’exercice de tous les métiers. J’ai longtemps pratiqué la mise en scène de cinéma, je dirigeais des équipes. Au sein de RTL, je manageais des gens qui avaient leur comportement, leur mental, leurs atouts, leurs faiblesses. Tout ce travail le sport l’illustre bien. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans le vocabulaire contemporain qui s’applique aussi bien à la politique, aux affaires, à l’industrie ou aux médias que l’on fasse tout le temps référence au langage du sport : course en tête, leadership, come back..

 

 

 

Parlez-vous de sport dans vos romans ?

Quelquefois dans les livres sur mon enfance. Dans «  Le petit garçon » par exemple on trouve des notions de rugby. De même que la musique, le sport fait partie de la vie et il peut s’inscrire dans certaines scènes mais en aucun cas il ne constitue le sujet central..Mais je ne suis pas à l’bri de m’inspirer un jour du sport..Si par exemple vous deviez écrire un roman sur le tennis quel sujet choisiriez-vous ?

Ce qui m’interesserait c’est le phénomène survenu dans les années 70. Lorsque les joueurs ont été pris en main par des hommes d’affaire, des coaches, des entraîneurs, et qu’ils se sont peu à peu détachés du monde de la vie et de la réalité. A la manière de forçats modernes, ils allaient de galère en galère, d’avion en avion ; de tournoi en tournoi afin de gagner leur vie. Et aussi pour permettre à leur entourage et aux entreprises de gagner aussi de l’argent. Aussi entre l’âge de 16 et 30 ans ont-ils été tellement coupés du monde qu’ils ne le connaissent pas. Et quand leur carrière s’arrête seulement 1/3 de leur vie a été consumée. IL est donc captivant de savoir ce qu’ils vont faire ensuite et le genre de vie qu’ils vont mener. L’exemple de Borg est extraordinaire. Comment ce joueur est-il passé d’une ascension irrésistible à l’anonymat le plus total en tombant dans tous les pièges que la vie lui a tendus ?..

 

 

En tant que romancier comment regardez-vous un match de tennis ?

Je prends en permanence des notes écrites ou mentales. L’observation du monde du tennis représente pour moi une importante source d’interet dans le sens où chaque être humain est différent. Lorsque j’assiste à un match de tennis de très haut niveau ce qui m’attire surtout c’est la singularité de l’individu. Et puis le côté humanitaire à savoir l’humain différent ou proche de l’animal, l’être vulnérable ou au contraire l’être fort et qui se surpasse. La façon dont un individu joue cette mini-comédie, ce mini-drame lors d’un match me passionne

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 19 août 2020

Muriel Besnard

m.besnard,peintre,portraitm.besnard,peintre,portraitMuriel Besnard artiste peintre détentrice de nombreux prix dont le premier prix européen de l'imaginaire et la médaille d'or de l'Académie française des Arts-Sciences-Lettres, est une adepte de l'éclectisme et une ennemie de la routine."Selon moi, un artiste qui n'est pas en recherche risque de voir son art s'éteindre. On est comme un scientifique; on cherche tout le temps.

Une partie de sa famille étant asiatique, les œuvres se rapportant à ce monde là l'ont hantée dès son enfance. En outre, étudiante elle a fréquenté de nombreux artistes japonais. L'école supérieure de dessin de Paris Montparnasse lui a fourni une formation à la fois classique très solide, et en même temps basée sur toutes les recherches se rapportant à la grande époque où Montparnasse était un lieu où les artistes passaient leur temps… Puis fidèle à son image de femme curieuse et voulant constamment se perfectionner, elle a plongé dans l'univers de la sculpture, de la céramique et du design ce qui l'a fait voyager à Rome, Florence, Londres. " Ce sont un peu les hasards des rencontres qui m'ont amenée à découvrir ces univers. Ce sont des métiers dont j'ignorais l'existence notamment le désign, les arts de la table et la décoration. J'étais fascinée par l'esprit du compagnonnage, par les maîtres verriers, les maîtres orfèvres. A chaque fois, je me suis adaptée à ces techniques, et tout me semblait magique… J'en suis arrivée à faire mes propres sculptures…

La pratique de la danse l'a accompagnée pendant 20 ans, ce qui lui a permis de découvrir l'art du mouvement. " Quand j'étais sculptrice, on me disait que mon travail semblait toujours comporter une part de mouvement. On me l'a dit après dans ma peinture. Par la suite, j'ai poursuivi cette recherche sur le mouvement qui pour moi symbolise l'art premier. Et depuis 10 ans, je m'adonne au taï chi, au Qi Qong avec plusieurs profs de Qi Qong. " Cela m'a appris la connaissance de soi, le lien entre le geste et le souffle. Si un geste est fait dans l'esprit du Qi Qong, on va l'accompagner jusqu'au bout en faisant naître la sensation. En art c'est pareil avec l'approfondissement du geste. On débute par un travail dans la lenteur puis on aboutit à l'émergence, la fulgurance. On utilise l'énergie et non la force. Pour moi le corps en tant qu'objet n'existe pas, il existe en tant que mouvement. J'ai besoin non pas de bouger mais de me mouvoir. " Bouger c'est extérieur alors que le fait de se mouvoir part de l'intérieur. Il est important de chercher le mouvement au centre de son être. "

Après toutes ces expériences, la voilà installée en Bretagne depuis 2003, et se consacrant de plus en plus à la peinture. Partant toujours d'une tradition, et développant une peinture innovante et très personnelle, c'est à l'art celtique ancré dans un esprit hindouiste qu'elle se consacre alors avec la participation à des expositions comme axe principal. Puis stoppe l'art d'inspiration celtique, la sculpture en se consacrant désormais à la peinture asiatique avec 3 axes : Le premier a pour thème la femme avec des portraits retranscrivant la manière d'être femme. Les cheveux longs avec un langage graphique font partie du programme. Deuxième axe : Le paysage découlant de l'esprit de la peinture asiatique mais très coloré et occidentalisé avec du papier xuan, dans une technique de xieyi représentant l'art du spontané. Un mélange entre maîtrise et spontanéité. Par exemple, il peut lui arriver de travailler sur un lion et finalement de faire un chat.… Elle laisse le pinceau faire son chemin, et laisse une grande part d'improvisation. Quant au troisième axe, basé sur les animaux, il englobe une autre technique le gongbi une peinture sur soie impliquant un toucher soyeux. Le Gongbi représente le contraire du xeiyi en reprenant 7 fois la peinture. Pourquoi l'un ou l'autre? "C'est vraiment au feeling explique l'artiste et cela dépend des périodes et aussi beaucoup des saisons. Au printemps et en été l'on est plus facilement dans le mouvement, et la spontanéité donc on utilise davantage la xeiji. En hiver où l'on est vraiment dans les racines, l'intériorité, on a davantage recours au gongbi avec son côté patient, et où l'on revient sur les choses. Il paraît d'après mes amis spécialistes de l'art chinois ou japonais que la différence entre les deux techniques se voit de moins en moins dans ma peinture car il règne aussi une spontanéité dans le gongki. Et j'ai aussi une maîtrise dans le xeiyi. Je me suis appropriée ces techniques petit à petit et j'en ai fait quelque chose de réellement personnel.

Muriel Besnard qui possède une conception très personnelle de la peinture se laisse guider par le geste sans lui faire obstacle, sans penser au but. Et entre en état méditatif pour peindre : " C'est l'art qui m'a fait découvrir la méditation mais je savais déjà ce que cela représentait grâce à ma fréquentation du milieu japonais La méditation ce n'est pas une chose que l'on fait, on crée les conditions pour que l'état méditatif arrive. Or l'état méditatif peut aussi survenir par surprise. Vous êtes en haut d'une montagne, vous contemplez le paysage et tout d'un coup quelque chose se passe en vous d'assez indicible, que l'on peut appeler la méditation. Et quand on peint, cet état là arrive aussi de lui-même… A chaque fois? Oh oui, et au début, plus je peignais, plus j'approfondissais et plus cet état devenait profond. Et plus j'apprenais à le connaître, à le découvrir, et plus cela devenait une partie de moi-même même dans la vie de tous les jours. La pratique de l'art, surtout l'art asiatique développe un impact énorme sur le développement personnel. "

Ce qu'elle peint, elle ne le considère pas comme un objet mais comme un sujet et entre en communion avec lui pour saisir son intimité profonde. Elle essaye d'enlever le côté subjectif pour saisir la réalité profonde des choses. Pratique l'art gestuel méditatif dans la relation entre corps et esprit avec le corps dans son mouvement artistique, dans sa gestuelle. C'est une artiste de la sensation, et une espèce de cohérence soutient son œuvre. "Je ne suis jamais autant reliée au monde que quand je suis dans mon atelier, mais d'un autre côté j'ai besoin de solitude et de silence. Je ne suis pas réglée du tout, mon travail s'accomplit de manière extrêmement spontanée. Par contre, il faut que je le ressente. Comme ma façon de peindre est surtout basée sur le geste, il m'arrive même de commencer une œuvre les yeux fermés et de la réinterpréter. J'aime bien que ce soit la lumière du jour même si je peux peindre dans la pénombre.

Pour moi un modèle est un support de l'imagination. C'est une espèce de fluidité. On ne copie pas un modèle, on essaye de saisir son essence, d'entrer en communion avec. On peut entrer en communion avec l'essence d'un sujet, et on peut également entrer en communion avec sa propre essence. Par exemple lorsque je fais une série de portraits de femme, je ne vais pas chercher à faire un portrait de femme mais à me mettre en relation, en communion avec l'essence d'une certaine façon d'être femme. Comment l'on est une femme rebelle, une femme adolescente rebelle, une femme romantique et en même temps pleine de dynamisme. En essayant à chaque fois de le faire ressortir, après l'avoir déja ressenti moi-même, en allant le chercher en mon for intérieur. Certaines femmes que je peins me ressemblent terriblement, d'autres pas du tout. Les personnes de ma famille, de mon entourage proche peuvent me reconnaître à travers certains tableaux. Pas dans les traits physiques mais à travers le caractère, la posture, le regard etc… C'est cela qui m'intéresse.

Quelles sensations la peinture sur un toucher soyeux, sur de la soie provoquent t-elle? : " Cette découverte a été assez fascinante et inattendue. L'on est en contact avec un matériau très organique. En peignant un loup comme le pinceau à force de faire poil par poil caresse cette soie, on a vraiment une sensation physique très puissante. La main gauche touche la soie, on est en connexion avec l'animal, et c'est quelque chose de vraiment intense. Il lui arrive d'utiliser cette technique pour peindre un paysage mais jamais pour un portrait. Et quand on lui demande pourquoi elle affirme : " Il y a quand même le côté respect de l'autre, mais oui c'est une bonne question. Cela peut arriver avec les cheveux, mais la peau je ne me permettrai pas. Peut-être vais-je essayer… J'aime les suggestions, les questions du possible."

Pour Muriel Besnard qui enseigne également mais dans un esprit " Maître disciple" et non professeur élèves, c'est une époque quelque peu charnière avec un nouveau concept " le sophro-art ", site rédigé pendant le confinement en s'inspirant de Caycedo le fondateur de la sophrologie lui-même allé à la rencontre des techniques asiatiques. Un art qui relie la gestuelle et le souffle dans un état de conscience équilibré et harmonieux, en mettant en scène des arts asiatiques comme le Sumi-é japonais, le Xieyi et le Gongki chinois, en synergie avec nos approches occidentales de l'art. Avec un état méditatif développant d'un côté la fusion du savoir-faire et de l'autre la spontanéité, ce qui engendre un bien-être du corps, de l'esprit et du cœur et une diminution du stress. Sont activées les capacités de concentration, d'observation et de disponibilité de l'esprit avec éventuellement quelques exercices en rapport. Cet atelier est destiné à tous ceux, jeunes ou moins jeunes qui veulent s'initier à l'art du pinceau asiatique et tendre vers plus de beauté en oubliant la notion de bon ou de mauvais et en laissant de côté tout désir volontaire de succès ou d'ambition.

"Avant même de faire de la sophrologie, on commence par quelque chose de l'ordre de la danse ou du Qi Qong, avec découverte de son corps, de la posture, son ancrage au sol, la manière de respirer. De nos jours, les gens ne savent plus respirer, ils sont hors d'haleine. Ensuite on fait éventuellement une petite séance qui peut s'apparenter à de la sophrologie mais qui est tout à fait adaptée à ce qui va se passer. Après, cela peut éventuellement comporter un nouveau moment sur la respiration, sur la conscience du corps, ou aussi des visualisations. Puis on va passer côté atelier avec cette fois la découverte de la relation du corps de l'artiste avec son matériel. La relation art pinceau, la prise de conscience tactile des différents rebords des pinceaux, l'entrée en relation avec l'eau, la façon de poser le lien entre la respiration et le toucher du pinceau. En fait une vraie conscience de la présence de son corps autant que de son esprit, du lien entre le corps, l'esprit et le matériau. Une façon de faire prendre conscience aux participants du lien dans lequel ils se trouvent, de manière à avoir une attention diffuse et non focalisée".

Chaque séance sera quelque peu différente et pourra évoluer avec le temps. On l'a bien compris, c'est ainsi que travaille Muriel Besnard. Dans la recherche permanente, l'originalité et la profondeur…

sophro.art

murielbesnard.fr

Agnès Figueras-Lenattier

 

samedi, 15 août 2020

Médiation animale et soins palliatifs

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Ingrid Payet

Au sein de l'hôpital Joseph Ducuing à Toulouse a été mis en place il y a une dizaine d'années un service "médiation animal et soins palliatifs". Tout semble indiquer que cette initiative est un succès et que les animaux apportent aux malades un véritable réconfort. Ingrid Payet médecin généraliste s'en explique.

 

Comment est né le projet médiation animal et soins palliatifs?

Il est né en 2008 d'une initiative vraiment personnelle en collaboration avec une ASH (femme agent des services hospitaliers). Nous étions toutes deux fans des animaux et avions entendu parler de ce genre d'initiatives au sein de différentes structures. Serait-ce adapté à notre service de soins palliatifs, nous étions-nous alors demandé?. En outre, certains malades en concertation avec nous, avaient fait venir leur animal dans leur chambre, et l'on avait pu constater un véritable effet bénéfique sur leur humeur. C'était donc dommage que tout le monde ne puisse pas en profiter. Cette ASH avait rencontré quelqu'un qui connaissait bien le domaine et nous avons pu contacter une première association pour voir si cette idée était envisageable et présentait un intérêt. Au début c'était ponctuel avec une personne apportant les animaux bénévolement. Comme l'on a constaté les effets positifs d'une telle initiative, l'on a essayé de trouver des financements, pour que cela se mette en place de manière un peu plus régulière. Certaines personnes ont participé à la cagnotte en ligne, des calendriers réalisés par toute l'équipe ont été vendus deux années de suite. Nous avons eu la chance également d'être financés par la fondation Banque Populaire pendant un an, et je viens d'avoir l'accord de la fondation Adrienne et Pierre Sommer pour l'année 2020-2021. C'est maintenant devenu une action plus pérenne et nous pensons pouvoir continuer dans le futur. Mais la recherche de financements est perpétuelle et je cherche déjà pour l'année 2021-2022. Au départ, seuls des chiens étaient présents, puis petit à petit, d'autres animaux sont intervenus comme un chat, des lapins, puis des cochons d'inde et une tourterelle. Malheureusement avec le covid, on a du arrêter et nous espérons reprendre en septembre….

 

Est-ce que chaque animal a un peu sa fonction propre?
Oui, le chien par exemple saute dans des cerceaux et c'est très amusant. Le patient va lui faire faire le geste l'incitant à faire des roulades, de petits tours. Il existe également le côté calin surtout avec le lapin et la tourterelle. Pourtant, je n'étais pas très convaincue au départ par la présence de cet oiseau. Mais le fait d'entendre le bruit qu'elle fait, le mouvement de son aile, la voir prendre son envol contente énormément de patients. Ceux-ci la font s'envoler, et après, elle revient sur la main du malade. Une sorte d'émotion se libère à ce moment là avec toutes ces bêtes. Rien que leur venue est déjà un événement en soi. Je n'assiste pas forcément à toutes les séances, mais dès que je peux je participe car les patients sont demandeurs. Certains qui ne parlent pas beaucoup de manière générale se confient à l'animal, lui disent par exemple qu'ils vont mourir, que c'est la dernière fois qu'ils le voient. Ce contact permet de favoriser la parole de gens plutôt mutiques et dans le repli. Un homme par exemple ne parlait à personne et lorsqu'il a vu les animaux, il a demandé en sortant de la séance à voir sa famille, à lui parler et lui a confié qu'il était malade. Tout ce qu'il n'avait pas pu avouer auparavant. Il existe également le côté très apaisant des animaux notamment du chien pour les gens essoufflés. L'animal qui n'est jamais forcé à faire quelque chose, semble aussi prendre du plaisir.. Une complicité non verbale, plus les caresses et la peau contre le poil agissent sur l'angoisse. Une émotion se dégage qui ne passe ni par du relationnel, ni par des mots avec une sensibilité animale offrant un sentiment différent.

 

A quel genre de patients cela s'adresse t-il?

A tout le monde y compris les jeunes et il n'existe aucune différence quelque soit l'âge. On a des personnes hospitalisées chez nous vraiment en fin de vie, d'autres que l'on accueille environ 15 jours pour équilibrer le traitement toujours en soins palliatifs mais à un stade plus précoce de la maladie. Prenons par exemple de jeunes mamans. Lors de l'intervention, les enfants sont présents et c'est un moment plein de belles sensations. Ils voient leur maman pas en forme du tout, partagent avec elle ce moment extraordinaire avec les animaux et découvrent une autre atmosphère. Ce qui arrive aussi c'est que les patients sympathisent entre eux dans un couloir et nous demandent de voir les animaux ensemble.. On met alors deux patients dans une chambre, ce qui permet de développer une atmosphère plus conviviale.. C'est touchant et ces nombreux retours positifs ont stimulé toute l'équipe médicale. Vivre cette aventure avec eux crée un moment très privilégié qui nous apporte à nous aussi.

 

Au niveau de la douleur cela peut-il jouer?

Cela arrive mais dans quelle mesure exactement je l'ignore et ce n'est bien sûr pas aussi efficace qu'un médicament. Cette intervention agit de manière générale sur beaucoup de domaines et sur les symptômes.

 

Y a t-il des mesures d'hygiène à respecter?

Quand les animaux arrivent, certaines précautions sont prises. Comme les patients sont fragiles, un protocole sanitaire de désinfection des mains est mis en place. Quand le chien vient sur le lit, on met un drap propre dans chaque chambre et pour chaque patient. Tout un tas de mesures sont instaurées pour éviter les risques avec le nettoyage, et le toilettage des chiens. Les lapins sont brossés mais pas lavés à chaque fois. Pour la tourterelle, il faut faire attention que les excréments ne se répandent pas un peu partout. Mais une fois prises ces précautions, il n'existe pas de risques majorés. Il ne faut pas qu'il y ait de risques non plus pour les animaux qui sont également fragiles, surtout les lapins qui sont porteurs de germes. Au programme également, un suivi vétérinaire extrêmement strict et un suivi comportemental très poussé. Dès leur plus jeune âge, les animaux sont préparés à ce genre d'intervention. Ils sont rigoureusement sélectionnés et si l'on constate que leur caractère n'est pas fait pour cela, on ne les prend pas.. Il faut des animaux qui aient l'habitude, qui soient adaptés. Sinon cela risque de mal se passer comme par exemple le chien qui va monter sur son maître et lui faire mal.

 

Pourquoi les animaux font-ils autant de bien?

Ils ne jugent pas et peu leur importe l'état du patient. Il faut pouvoir supporter d'entrer dans la chambre d'une personne très altérée. Il existe aussi un lien direct avec l'animal qui selon moi est sensible à ce que ressent le malade dans son lit. Je pense notamment à une dame qui avait pris le lapin dans ses bras et qui lui a fait un calin. Or, au moment de rentrer dans sa cage il est revenu vers elle. C'est quelque chose que je n'avais jamais vu auparavant et qui a réellement ému cette femme.

 

Par rapport à une intervention en Ehpad en quoi est-ce différent?

On en a justement parlé avec " Animal Calin" l'association avec qui nous travaillons. C'est très différent d'un Ehpad. En Ehpad, existe ce côté activité de groupe collectif avec les animaux, mais pas ce lien intense, plein d'émotions. Quelque chose de libérateur, s'installe débouchant sur une relation unique avec l'animal.   Je ne caresse pas juste le lapin, je l'ai contre moi, je lui parle, c'est très puissant. C'est plus ponctuel, parfois même juste une seule fois et le rapport n'est pas du tout le même. C'est plus émouvant.

 

Quels sont vous souhaits pour le futur?

L'on souhaiterait que l'intervention soit encore plus régulière. Avec la Fondation banque populaire, nous avons pu le faire trois fois par semaine et l'on pense qu'avec Adrienne et Pierre Sommer, ce sera possible toutes les semaines. Au niveau des animaux, je n'ai pas le sentiment  qu'il soit nécessaire d'augmenter le nombre. En effet, les patients sont fatigués, et l'intervention ne doit pas être trop longue. D'ailleurs je pensais au départ que les cochons d'Inde étaient en trop et je me suis rendue compte que c'était finalement très bien. Une expérience a été réalisée avec des escargots et certains patients ont vraiment apprécié d'avoir cet animal dans la main lorsqu'il sort sa tête. On va réitérer l'opération, afin que tout le monde bénéficie de ce contact très particulier… C'était très amusant de voir que des animaux dont on a peu l'habitude furent été réellement appréciés…

 

Vous êtes un hôpital qui innove beaucoup en matière de médecines naturelles. Avez-vous d'autres projets?

Oui, nous sommes très orientés vers les thérapies complémentaires et l'on va mettre en place un projet de biographie hospitalière avec des écrivains venant écrire un petit texte sur l'histoire des patients. On devrait mettre cela en place à la rentrée. On sait que les médicaments ne font pas tout et que des initiatives autres peuvent se révéler constructives pour le malade. Notre objectif n'est pas forcément de baisser les médicaments car l'on essaye de prescrire le traitement le plus juste possible. Ce que l'on souhaite, c'est surtout d'apporter quelque chose en plus notamment du confort. Concernant la musicothérapie, nous sommes en train de réfléchir à un vrai projet avec une musicienne mais ce n'est pas encore vraiment au point. En revanche, nous sommes bien formés en aromathérapie et on l'utilise au quotidien dans le service. Quant à l'hypnose, nous sommes trois. C'est une pratique qui me tient à cœur et que je fais pour la fin de vie, pour des patients atteints de douleurs chroniques et pour des gens angoissés. Il existe un tas de séances différentes qui dépendent beaucoup de la personne. Je n'ai pas de séance vraiment définie; c'est véritablement en fonction du moment et de ce que je vis avec la personne, de son état général. L'avantage c'est qu'entre les séances les patients essayent de refaire ce que l'on a travaillé ensemble…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vendredi, 10 juillet 2020

Jacobo Machover

yacobo.pngJacobo Machover est né à La Havane en 1954. Universitaire, journaliste, écrivain, il est arrivé en France avec sa famille en 1963. Après avoir été partisan de la révolution, il a vite déchanté. Il alors décidé de se servir du pouvoir de l'écriture, pour critiquer violemment les frères Castro et Che Guevara. Il a traité ce dernier de " bourreau fanatique" dans un livre intitulé " La face cachée du Che". Auteur de " Cuba l'aveuglement coupable", et de " Cuba une utopie cauchemardesque", son dernier livre " Mon oncle David" est un récit personnel où l'auteur en profite pour parler de lui, de ses amours, de sa famille, de la révolution, de la Shoah.

 

Votre dernier livre s'intitule " Mon oncle David". Quel était votre but en l'écrivant?

C'était une nécessité absolue. J'avais déjà abordé la figure de mon oncle David dans de précédents ouvrages, et là j'ai eu l'opportunité de creuser un peu plus. Cet oncle que je n'ai pas connu est mort à l'âge de 22 ans après avoir été déporté à Maïdanek dans l'Est de la Pologne un des plus grands camps d'extermination. Parler de lui est aussi une façon de rendre hommage à d'autres membres de ma famille particulièrement mon grand-père maternel qui a été déporté la même année vers Auschwitz et qui n'en est pas revenu. D'autres membres de ma famille que je cite aussi un peu dans ce livre n'ont pas survécu non plus à la déportation. Ce sont toutes des personnes que je n'ai pas eu l'occasion de connaître mais qui sont présentes depuis toujours dans ma vie. Mes recherches personnelles entrecoupées de diverses aides extérieures m'ont permis d'en savoir davantage sur mon oncle David. Certaines personnes, devenues des amis faisaient déjà des enquêtes sur d'autres juifs et des résistants se trouvant dans la région où il a été pris par les gendarmes français, la Creuse, et mon oncle est devenu quelqu'un de très proche pour eux. Là-bas près de Guéret il revit, ainsi que dans mon livre…

 

Dans ce livre, vous parlez aussi beaucoup de vous!

Oui et ce livre aurait pu s'intituler " Mon oncle David et moi". Ce n'est pas seulement un travail de mémoire, c'est plus un chant à la vie qu'un hymne à la mort. Mon père, ma mère et d'autres ont aussi leur place et c'est davantage raconté comme un héritage. Je ne voulais pas uniquement laisser des traces un petit peu partout comme le font actuellement un certain nombre d'américains juifs ou pas en allant fouiller en Ukraine, Pologne, Lituanie, et même en Russie, Bulgarie, Roumanie, République Tchèque, Slovaquie. Je ne voulais pas écrire quelque chose qui puisse ressembler à une épitaphe. Ce n'était pas mon but et j'ai pensé qu'il existait une continuité entre cette vie tronquée (on ne meurt pas normalement naturellement à 22 ans) et différentes formes de pression et de répression qui s'étendaient ainsi jusqu'à moi. Ainsi n'y a t-il pas dans ce livre uniquement le nazisme et la collaboration en France, mais aussi le communisme dans sa version castriste. Tous ces régimes ont détruit des êtres humains dans leur chair ou dans leur esprit et parfois les deux. Ce sont les raisons pour lesquelles ce livre a été écrit.

 

Il englobe des informations très fouillées!

Sont présents l'histoire de mon père par le biais d'un dialogue très sincère avec lui pour ne pas dire plus, puis tout d'un coup une histoire d'amour évidemment érotique qui on ne le découvre qu'à la fin possède un lien contemporain dans ma vie avec l'histoire de l'extermination des juifs. En plus d'une histoire de mémoire, c'est une histoire de vie, une histoire d'amour, une ode à l'érotisme, à la liberté dans tous les sens, la liberté sexuelle, politique. Une liberté de vivre tout simplement…

 

Oui, la liberté ce pour quoi vous vous battez depuis toujours!

C'est effectivement le sens de mon combat sous tous ces aspects. Dans un premier temps, j'ai été formé dans la prise de risques contre les dictatures, contre tous les régimes totalitaires. Et puis contre toutes les injustices que je pouvais ressentir. Et il me semble qu'il existe une continuité. Ma motivation a été la défense de la liberté de Cuba en m'opposant à ce régime mais surtout contre ceux qui l'appuient. Ainsi j'ai maille à partir non seulement avec eux, mais en plus avec tous ces intellectuels artistes à la noix, les petits journalistes dans beaucoup de cas et surtout avec les préjugés en faveur de cette tyrannie qui n'en finit pas. Tous ces gens refusent de voir la réalité en face et d'admettre les horreurs que la révolution castriste a mise en place en pratiquant d'innombrables emprisonnements obligeant les gens à partir en exil au péril de leur vie. Sans compter les exécutions massives, les crimes extra judiciaires, l'écrasement de toute liberté d'expression, la misère aussi. On voit des millions de gens défendre l'indéfendable avec leur porte-drapeau. Ce sont plus contre les gens favorables à ce régime que contre les gens au pouvoir que je me bats, car ceux-là je ne peux les abattre à travers mes écrits… Ils tiennent par la répression, la censure, l'élimination de toute voix dissidente. Par contre, ceux qui les défendent, je peux les affronter face à face. En général, ils ne s'en sortent pas très bien car ils n'ont ni arguments, ni sentiments. Ce sont pour la plupart de parfaits ignorants qui répètent ce que leur destine la propagande du régime et qui se basent sur leurs propres convictions si l'on peut appeler cela des convictions. C'est surtout de la bêtise

 

Comment vous définissez-vous politiquement?

Pour la liberté, c'est tout. Je peux prendre des idées à gauche si elles sont plutôt libertaires et de même à droite. On peut enlever droite et gauche et dire simplement libertaire. De toute façon depuis la chute du mur de Berlin ces notions là n'ont plus de sens que pour les esprits rétrogrades. Ca n'a plus aucune valeur.

 

Comment vous situez-vous par rapport à la révolution?

Le terme déjà en soi je ne le trouve pas du tout positif. C'est quelque chose qui entraîne nécessairement ou presque nécessairement des massacres et de la tyrannie défensive. Ce que je propose à la place? Je ne suis pas un homme politique, je n'ai pas de programme mais j'aime bien le terme de démocratie. La démocratie représentative à laquelle je crois beaucoup. Mais je commence à avoir des doutes depuis quelque temps sur la solidité de la démocratie quand on voit que des millions de gens peuvent se livrer à une servitude volontaire sous le coût de la peur panique. Pour Cuba, je crois en une démocratie représentative, pas exaltante, pas comme une révolution ou quelque chose de défini comme tel mais quelque chose de simplement vivable et que l'on ait envie de défendre…

 

Et Batista qui selon les dires était un dictateur cruel!

C'était effectivement un dictateur, mais un enfant de chœur à côté des frères Castro. Il n'est resté au pouvoir de manière inconstitutionnelle que pendant 6 ou7 ans , de 1952 à 1958-son premier mandat, entre 1940 et 1944, était parfaitement démocratique, alors que les frères Castro, je le répète sont de véritables killers au pouvoir depuis 61 ans. Je n'ai pas de sympathie pour le personnage, mais au niveau de la répression, il n'existe aucune commune mesure entre sa présidence et celle des frères Castro. Batista a fait du mal sur le plan démocratique, économique. Mais sous sa présidence, La Havane est devenue une des plus belles villes du monde; c'était une splendeur. Il régnait une répression contre les révolutionnaires qui parfois s'étendait ailleurs mais qui consistait surtout en une lutte entre les révolutionnaires et le régime sans grande force de Batista. Il y avait même des conspirations militaires contre lui. J'ai eu l'occasion de rencontrer l'un de ses fils qui s'appelle Roberto ("Boby"). C'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup qui est métis comme l'était son père et qui est en train de rédiger ses mémoires.. C'est un démocrate, citoyen américain qui habite moitié aux Etats-Unis, moitié en Espagne qui a été éduqué en partie en Suisse dans la grande tradition littéraire française et qui adore Racine. De temps en temps d'ailleurs, on se récite des vers de Racine et d'autres auteurs. Je l'ai rencontré en 2017 à Madrid, il est rentré à New York et l'on a commencé à s'écrire. C'était formidable car il cherchait comme moi à terminer la vérité sur son père. Et j'ai sorti un ouvrage en France, " Cuba de Batista à Castro", puis en Espagne. J'ai trouvé un nombre de documents absolument extraordinaires et je m'efforçais de récupérer la vérité historique le plus loin possible du personnage et son fils m'a beaucoup aidé. Mais je le répète, il était inoffensif comparé aux frères Castro. Quelqu'un qui a contribué à le présenter comme un monstre c'est Jean-Paul Sartre qui le traitait de singe. C'était une diatribe absolument raciste et il parlait de ce homme comme quelqu'un d'illettré, alors qu'il possédait une des plus belles bibliothèques du monde et qu'il lisait énormément. Il a même écrit plusieurs livres, ce qui n'est pas le cas de Fidel Castro. Il apprenait des langues et essayait de se cultiver dans les musées. Rien à voir avec l'image que l'on a voulu donner de lui. Ce n'est pas un vulgaire Pinochet, ni un vulgaire militaire, un soudard latino-américain. Pourquoi a t-on voulu lui donner une fausse image? Tout simplement pour pouvoir justifier les crimes des Castro…

 

Vous avez fait un séjour chez les trotskistes. Qu'en avez-vous retenu?

C'était dans ma jeunesse. J'aimais bien le côté anti stalinien et puis le combat contre tout ce qui pouvait ressembler à l'extrême droite, ce qui personnifie le nazisme ou le fascisme. Mais ce n'est pas la peine de penser que l'extrême droite est l'héritière du nazisme, ce sont des simplifications qui avec le temps n'ont plus lieu d'être. Mais dans ma jeunesse, c'était l'idée que je m'en faisais comme beaucoup de gens. Mais petit à petit, je me suis rendue compte que bien qu'ils critiquaient les staliniens, c'était des communistes comme les autres. Ils défendaient le régime castriste ce que je ne pouvais supporter. Les plus grands défenseurs du régime castriste aujourd'hui ce sont des trotskistes comme Janette Habel ou Olivier Besancenot, ou d'anciens trotskistes comme Jean-Luc Mélenchon. Ce sont des gens à critiquer férocement sur le plan des idées et de leur pratique politique souvent influencée par ces régimes. D'ailleurs pas seulement le régime castriste mais aussi le Venezuela d'Hugo Chavez et Nicolas Maduro, ou le Nicaragua sandiniste. Ce sont des défenseurs de dictatures que je combats, et des gens parfaitement intégrés aux instances les plus représentatives d'une société qu'ils prétendent combattre… On les retrouve au plus haut niveau de toutes les instances gouvernementales, médiatiques, universitaires, institutionnelles…

 

Vous avez fait de la prison pendant deux mois. C'est vraiment là qu'est née votre vocation d'écrivain!

J'étais déserteur de l'armée française car d'une part, je ne voulais pas porter l'uniforme et d'autre part, je vivais une histoire d'amour. Je ne suis pas resté dans cette entreprise d'abêtissement généralisé où il fallait passer 1 an avec les cheveux à ras que l'on m'avait coupés car je les avais très longs. C'était une tentative d'humiliation donc j'ai quitté la France immédiatement, je me suis barré de l'armée. Au bout de 5 ans, je me suis fait prendre à une frontière entre l'Espagne et la France et j'ai passé environ 2 mois en prison du côté de Bordeaux à Gradignan. C'était plus agréable que ce que l'on a appelé le confinement car ce n'était pas volontaire. J'écrivais déjà quelques petites choses avant, mais là j'avais le temps et j'ai découvert ma vocation. D'abord en écrivant des lettres destinées aux petites amies de prisonniers, ou à leur ex qui étaient en train de les abandonner. Ou bien aux avocats, aux juges, à tout le monde. En général ça marchait, et de nombreux prisonniers récupéraient leur copine grâce à ce que j'avais écrit. C'est le pouvoir de la parole écrite que je peux avoir sur des choses très concrètes et c'était passionnant. Cela m'a permis de réfléchir au passé, et j'ai beaucoup lu. Il y avait une bibliothèque dans la prison qui était assez fournie, avec à la fois des classiques et des livres d'un tout autre genre. Des ouvrages que l'on choisissait dans une liste et que l'on nous mettait dans les cellules. Un des plus beaux textes que j'ai lu là-bas, c'était un petit récit d'Henry Miller en édition bilingue " Le sourire au pied de l'échelle"…

 

Vous parlez de votre mère comme d'une femme très humaine!

Ma mère était quelqu'un qui agissait spontanément. Elle était certainement résistante, mais elle était très discrète sur le sujet. Je le sais par les autres membres de la famille qui lui portaient une véritable vénération. A un moment donné, elle se trouvait à Lyon où agissaient les principaux mouvements de résistance. Ayant appris qu'il allait y avoir une rafle en zone libre, elle était partie très vite prévenir son petit frère qu'elle adorait. Mais elle n'a rien pu faire. Elle a aussi sauvé mes cousines, ses nièces et a accompli tout un tas d'actions mais probablement pas au sein de réseaux organisés. Elle avait un sens inné de la révolte, qu'elle m'a transmis. Lorsque j'étais dans le pétrin, elle m'aidait systématiquement mais sans accorder trop d'importance à mes problèmes. Elle en avait vu d'autres. Ce fut un bel exemple avec des hauts et des bas évidemment. Je veux bien en faire une héroïne mais pas une déesse…

 

Votre père a écrit un manuscrit. Que pouvez-vous en dire?

Ma mère m'a emmené à la cave où elle avait conservé ce manuscrit. Il se trouvait dans une pochette bleue, je l'ai toujours en ma possession. Je lis de temps en temps quelques passages, et je découvre des choses différentes. Ce n'est pas toujours reluisant, mais certains passages sont touchants. J'ai eu un dialogue parfois très dur avec mon père décédé mais je dis à la fin que la critique peut aussi signifier une déclaration d'amour. Il est mort lorsque j'avais 14 ans et je n'ai pas pu vraiment parler avec lui. Il me racontait quelques petites histoires mais il n'était pas toujours très présent.

 

Lorsque vous repensez à tout cela que vous dites-vous avec le recul?

J'ai fait ce que j'avais à faire avec un certain nombre de contradictions, des allers-retours, beaucoup de voyages partout, beaucoup de voyages intérieurs. Je me sens assez content de ce que j'ai pu faire. Dernièrement, j'ai rétabli la mémoire de ma famille, mais j'ai aussi œuvré pour la mémoire des victimes de la tyrannie castriste et pour déboulonner non des statues mais des mythes comme Fidel ou le Che. Je pense que cela sert à éclairer à la fois l'histoire et l'image que l'on peut avoir de ces personnages. Grâce au travail que j'ai pu effectuer, ils ne sont plus considérés comme des héros mais comme de vulgaires tueurs. Aujourd'hui, l'on ne parle plus du Che comme on en parlait avant. C'est impossible. Parfois, les écrits du Che ne pouvaient être publiés tel quels. Il fallait absolument qu'une voix discordante intervienne et cette voix discordante c'était la mienne. Et puis dans n'importe quelle émission de télévision, ou de radio en France et à l'étranger lorsque l'on parle de ce régime on ne fait plus appel aux défenseurs ou très peu et l'on écoute la voix des dissidents. Et je suis très fier de porter un peu partout dans le monde la voix d'un certain nombre de dissidents de l'exil et de l'intérieur morts ou vivants. Je suis une voix de plus, mais qui porte…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

      

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lundi, 27 avril 2020

Végétarisme, végétalisme, véganisme

De plus en plus d'êtres humains pratiquent soit le végétarisme (régime sans viande ni poisson), soit le végétalisme (régime sans nourriture du tout à base animale), soit le véganisme ( en plus de la nourriture végétalienne, vivre sans rien provenant de l'animal, notamment en ce qui concerne les vêtements). Philippe Starck créateur de renommée internationale est végétarien. Céline Iannucci auteur, comédienne et metteur en scène est végane. Tous deux s'expliquent sur leur mode de vie

 

Philippe Stark

Nanti d'un esprit grandement éclectique et fortement imaginatif, Philippe Stark n'a cessé toute sa vie de repousser les limites et les critères du désign. Pour lui, il est essentiel que la création quelle que soit la forme qu'elle prenne rende la vie meilleure au plus grand nombre.

 

Lorsque vous avez commencé un régime végétarien, qu'est-ce que cela a changé pour vous?

J'ai toujours été plus ou moins végétarien, possédant un dégoût instinctif pour la viande. Et à la naissance d'un de mes enfants, j'ai réalisé que je n'aimerais pas que l'on mange cet enfant et que dorénavant, je ne mangerais pas les enfants des autres. C'est une idée simple à avoir mais qui fait sens. En dehors de tout ce que l'on connaît de néfaste pour la terre du à la production de viande, la principale raison pour laquelle je suis végétarien c'est que je ne veux pas que ma vie engendre la mort. Ceci à n'importe quel stade. Je ne peux supporter que l'on tue des êtres vivants sous prétexte d'en nourrir d'autres. Ma culpabilité est telle que lorsque j'écrase une fourmi, je m'excuse auprès d'elle même si hélas, cela n'arrange pas vraiment son cas. C'est donc une raison strictement philosophique…

 

A une époque, les repas en avion n'étaient pas du tout faits pour les végétariens. Lors de vos voyages vous faisiez donc des écarts. Est-ce toujours le cas?

Même si la nourriture en général s'est améliorée dans les avions, la section végétarienne est effectivement assez médiocre. J'en profite donc pour faire des jeûnes, et quelquefois par désespoir, je dîne liquide.

 

Votre femme est végétarienne. Avez-vous élevé vos enfants dans cette philosophie du végétarisme? Si oui quel a été le résultat?

En effet, la question s'est posée pour l'alimentation de notre fille car nous aurions aimé être cohérents. Les médecins ont été unanimes et nous l'ont totalement déconseillé mettant en évidence des arguments difficilement discutables. J'ai eu moi-même l'exemple d'une famille composée de cinq enfants élevés à Formentera dans un strict végétarisme, et avec des résultats qui se sont révélés étranges. Mais évidemment, nous poussons à un niveau élevé la proportion du végétarisme au sein de notre famille. C'est d'autant plus facile, que ma plus jeune fille, pour des raisons morales, a décidé très tôt de ne manger ni viande ni poisson. Il faut donc plutôt la forcer que le contraire…

 

Que mangez-vous pour remplacer la viande et le poisson? Quelques exemples de plats végétariens que vous appréciez particulièrement? Et au niveau du lait? Lait de vache, soja, amende?

En général, ma part protéinée est constituée d'un régime quasiment religieux voué au quinoa, ce qui implique un bol de quinoa matin, midi, et soir. Cela fonctionne extrêmement bien, mais hélas ne fait pas maigrir. Nous buvons essentiellement du lait de soja et maintenant du lait d'amende que nous faisons nous-mêmes.

 

Vous ne mangez que bio, le vin aussi? Vous affirmez aimer manger souvent la même chose? Quoi par exemple? Faites-vous des cures?

Oui plus par hasard que par volonté, l'écologie et tout ce qu'elle comporte m'ayant été révélé à l'âge de 16 ans. Depuis, plus aucun produit non organique n'est entré dans ma maison que ce soit de la nourriture, de la lessive, des savons, du tissu etc… C'est une règle très ferme et régulièrement, je passe dans mes placards des produits d'entretien pour voir si une dérogation s'est produite. Si c'est le cas le cas, je mets moi-même tout à la poubelle. Le vin bio est une évidence comme le reste : pourquoi boire des produits chimiques inutiles? J'en bois régulièrement depuis trente ans et la qualité s'est énormément améliorée. Maintenant mon combat se situe ailleurs : militer pour les vins sans sulfites ajoutés car il est vraiment incroyable que des vins dits bio et labellisés puissent contenir des sulfites ajoutés, un poison immédiatement identifiable. J'adore manger la même chose, c'est une aventure personnelle, étrange et passionnante. J'ai des crises de divers monothéismes mais le plus permanent reste le quinoa. Je fais aussi trois à quatre jeûnes intégraux par an, à l'eau. C'est un exercice redouté à tort, qui engendre une certaine estime de moi-même due au fait que je sais le faire. Je travaille énormément, ce qui me permet d'avoir un esprit plus clair, et de me reconstruire physiquement après mes excès de voyage et un travail intense. Si j'avais le temps, je ferais des marches de plus de 100 km à jeun. Ce serait l'exercice idéal pour moi…

 

 Que pensez-vous de la viande cellulaire?
Je ne vois pas l'intérêt de produire de la fausse viande. Tout ce qui est faux est fondé sur une corruption qui forcément ne peut être sain. Si l'on veut des protéines, on peut les trouver dans les végétaux. Si la personne a réellement besoin de voir dans son assiette un steak frites ruisselant de graisse, elle appartient à une époque révolue et elle tirera les conséquences de ses erreurs.

 

 

Vous avez été ou êtes propriétaire de restaurants. Quelle place a la nourriture végétarienne au sein de ces restaurants?

Dans les années 2000, j'ai créé une des premières compagnies modernes de nourriture biologique qui s'appelait OAO. Nous avons été un des premiers à distribuer sérieusement les vins et les champagnes biologiques, et d'autres produitsL'imagerie électronique est déjà et sera encore davantage une des solutions fondamentales pour la guérison de presque tous les maux incluant la maladie mentale. La nourriture végétarienne a évidemment une influence sur le mental- sur la maladie je ne sais pas-car un foi foie chargé conduit en général à un état dépressif. Le végétarisme constitue aussi un enrichissement personnel. Il engendre une fierté personnelle et une cohérence envers soi-même formidables. Mais je pense hélas avoir été un peu trop en avance. Au même moment, je me suis dit que c'était bien d'inciter à consomme bio. A apprendre comment faire cuire le riz etc… mais qu'il serait plus efficace d'offrir une expérience directe. J'ai donc crée la chaîne des restaurants BON, 1000% biologique avec une carte incitant très clairement et fermement à aller vers le végétarisme-mon associé à l'époque ne voulant plus un végétarien uniquement. Il existait déjà des restaurants végétariens bien sûr, mais souvent réputés pour être tristes. L'idée derrière BON était qu'un restaurant biologique et végétarien puisse être beau, amusant et sexy. Là encore, j'ai compris que j'étais un peu en avance : des clients m'ont dit qu'ils ne comprenaient pas, qu'ils mangeaient tous les jours bio dans mon restaurant et qu'ils ne maigrissaient pas. Un autre se prétendait végétarien comme moi car il ne mangeait que du poulet. J'ai alors eu un grand moment de solitude qui m'a poussé à m'éloigner de mes restaurants, dont le dernier existe encore étrangement à Moscou. Mais je le crains sous une forme bien dégénérée. Ce serait le moment aujourd'hui de refaire strictement OAO et BON, mais il me semble que d'autres s'en occuperont mieux que moi.

 

Dans une interview au journal " Le Point", vous avez jugé la psychanalyse quelque peu désuète et avez parlé de l'importance de l'imagerie électronique pour les malades avec l'observation de la cartographie de leur cerveau. La nourriture végétarienne peut-elle selon vous avoir une petite influence sur la maladie mentale?
L'imagerie électronique est déjà et sera encore davantage une des solutions fondamentales pour la guérison de presque tous les maux incluant la maladie mentale. La nourriture végétarienne a évidemment une influence sur le mental- sur la maladie je ne sais pas-car un foi foie chargé conduit en général à un état dépressif. Le végétarisme constitue aussi un enrichissement personnel. Il engendre une fierté personnelle et une cohérence envers soi-même…

 

 Vous affirmez que manger végétarien vous aide pour votre travail. En quoi?

Etre végétarien aide pour la création car le corps et donc le cerveau sont totalement détoxifiés et circulent évidemment mieux. Aucune lourdeur dans le processus ne se fait sentir avec un fonctionnement plus rapide, une fatigue moindre; tout ce qui importe pour bien créer…

 

 

Céline Iannucci

 

Passionnée par l'écriture, la chanson française et la comédie, Céline Iannucci est comédienne, auteur et metteur en scène. Elle a fait plusieurs one man show, a montré un trio avec Florence Foresti et Céline Giroud " Les Taupes Models" a et a écrit une pièce "Donne-moi ta chance ". " V pour végane" est son dernier spectacle. Il raconte de manière humoristique le parcours autobiographique d'une végane et son combat de tous les jours. Comme elle le dit elle-même " Etre végane n'est pas un long fleuve tranquille". …

 

Vous êtes végane depuis 2014. Est-ce l'aboutissement d'un long processus ou cela s'est-il produit tout d'un coup?

Je dirais que globalement j'ai toujours été anti spéciste mais je ne savais pas que l'on pouvait se passer de manger des animaux. On entendait beaucoup de choses sur les végétaliens; qu'ils ne vivaient pas longtemps, ce qui était sûrement le cas avant l'invention de la vitamine B12. Depuis toute petite, je n'ai jamais pu tuer la moindre bête, que ce soit les insectes ou autres, et j'ai toujours très mal vécu les dîners autour d'une table en été lorsque les guêpes ou les abeilles étaient supprimées. De même quand mon père ramenait des poissons de la pêche, je les remettais dans un sceau salé pour les rejeter à la mer.   J'ai toujours mangé bio avec de la viande " bien traitée" à ce que l'on me disait. J'avais cette conscience là sans savoir que l'on tuait la viande jeune et ce sont des questions que je ne posais pas systématiquement. Après j'ai supprimé les petits animaux, puis je suis devenue pratiquement végétarienne. Ce qui m'a totalement fait réagir c'est la vidéo très controversée de Gary Yourofsky. C'est lui qui m'a fait prendre conscience que l'on pouvait vivre autrement, et c'était alors logique que je devienne végane.

 

Comment à présent vous nourrissez-vous?

Je mange le moins transformé possible à part peut-être le tofu puisqu'il a été fermenté. Je mange du tofu bio puisque je sais qu'il a été cultivé en France et que ce n'est pas du soja qui vient d'Amazonie et importé. Je ne suis absolument pas d'accord avec ce que l'on dit sur cet aliment, que c'est mauvais pour la santé, qu'il donne le cancer du sein. Pour moi, c'est bon pour la santé et c'est bien plus sain que les protéines animales… J'ai échangé sur Facebook avec Hervé Berbille fin connaisseur du soja qui pense qu'il existe une controverse venant des lobbies, ce qui lui donne mauvaise presse.. Sinon, je mange beaucoup de graines; de graines de courge, des super aliments et évidemment beaucoup de légumes, de légumineuses.

 

Vous dites " Etre végane n'est pas un long fleuve tranquille"!

C'est un peu ce dont je parle de manière assez risible dans mon spectacle dans toute la première partie. Les rapports que l'on entretient avec les gens en général, et les questions que l'on nous pose à peu près 10 fois par jour. Et des blagues que les gens pensent être les premiers à faire. Tout cela est un petit peu agaçant au bout d'un moment. Là je ne parle plus de mon spectacle mais de la vie privée où il faut constamment argumenter sur les mêmes choses. Cela prend beaucoup d'énergie, mais je me dois de le faire si je veux faire passer un message. La conversation peut parfois être un peu virulente, car même si je n'ai aucun ton agressif, certaines personnes se sentent agressées par le fait même du sujet, et en rapport avec leur conscience. Ces mêmes personnes d'ailleurs quand je les revois plus tard, généralement, ont déjà évolué. Il ne faut donc pas s'en priver, même si parfois c'est épuisant. Quand on est végane, on y pense tout le temps, même la nuit. En outre, je fais un spectacle sur le sujet et je baigne vraiment dedans. Je regarde les argumentaires, je vais voir des associations montrant des images, je souffre tout le temps en fait. C'est compliqué au sein de cette société, d'avoir cet état d'esprit, je ne dis pas démesuré car cela serait un pléonasme, mais tout simplement de l'empathie pour des êtres sentients et sensibles…

 

Quand vous allez chez des amis, y a t-il toujours ce qu'il vous faut?

En principe, oui. Ils font des efforts et me cuisinent des choses. Je les vois satisfaits d'essayer de faire des plats qui s'approchent du végétalisme et de me faire plaisir. C'est donc important pour moi de ne jamais faire d'écart et de montrer l'exemple. Ce qui est dommage c'est que ce n'est pas destiné à toute la tablée. Certains de mes amis sont véganes dans l'air mais n'osent pas faire le pas. En tout cas lorsque c'est moi qui invite, tout le monde se plie à mon régime. C'est toujours très bon, car j'essaye de faire des plats originaux et tout se passe toujours très bien. J'ai de la chance de connaître des gens qui se transforment pour moi. Mais comme cela doit les contraindre quelque peu, peut-être ne suis-je pas invitée à toutes les réunions…

 

Est-ce pour vous un sacrifice dans le sens où vous aimez la viande et autres?

Oui effectivement, mais ça ne l'est plus si je réfléchis. C'est vrai qu'au niveau du goût, je ne fais partie de ceux qui en sont dégoûtés. Quand on fait des barbecues et que je sens l'odeur, cela me donne toujours envie, en tout cas gustative. Mais dans ma vie courante, cela ne me manque pas du tout. C'est vraiment une conviction, et c'est d'ailleurs d'autant plus blessant lorsque l'on me dit " C'est ton choix". Oui, mais cela devrait l'être pour tout le monde.

 

Vous prenez de la vitamine B12 que l'on ne trouve que dans la nourriture provenant des animaux!

Oui, et je ne me risquerais pas à ne pas en prendre. Beaucoup de gens après mon spectacle, me disent ne pas en absorber et je les encourage vivement à le faire. C'est dommage de jouer avec sa santé. On dirait qu'il existe quelque chose de faux à en prendre. C'est juste une culture bactérie et il existe des produits beaucoup plus chimiques qu'ingèrent les omnivores. On peut prendre cette petite pilule différemment selon le dosage. Je prends celle qui s'absorbe quotidiennement et cela ne me semble pas anti naturel.

 

Votre compagnon vous suit-il dans votre démarche?

Oui, en tout cas lorsque nous sommes chez nous. Mais il lui arrive de manger autrement à l'extérieur. Il ne veut pas s'embêter et prétend qu'il n'y avait que cette solution là ce qui n'est pas vrai. Ce sont des moments où il s'octroie ce plaisir là et cela doit un peu lui manquer, même s'il ne l'avoue pas. Mais il essaye de plus en plus de résister. Par exemple, il ne va jamais prendre de viande au restaurant devant moi. Il pense que le poisson me gêne moins, mais c'est pareil. On a toujours le sentiment que la viande sensibilise davantage mais je trouve horrible la façon dont les poissons meurent. Quant au lait, il va en prendre avec un peu moins de culpabilité, alors que c'est une industrie aussi meurtrière que celle de la viande si ce n'est pire.

 

Mangez-vous du fromage végane?

Oui notamment une sorte de camembert dont je raffole. Un magasin en vend à Lyon mais c'est 10 euros le petit camembert. J'y vais mollo mais quand j'en achète, je le déguste réellement. Sinon quelquefois des pâtes à tartiner, mais là encore je peux arriver à m'en passer. En fait, il suffit de reconditionner son cerveau. Personne n'aurait pensé que je puisse me priver de fromage. J'en mangeais tout le temps, j'adorais ça, mais à présent je ne finis pas forcément mon repas par cet aliment.

 

Que pensez-vous de la viande cellulaire?

C'est un sujet très controversé et certains disent que ce serait bien que le goût soit totalement supprimé. Mais selon moi la viande cellulaire peut constituer un bon intermédiaire, car notre planète est quand même en danger. Il existe des personnes pas du tout capables de penser au végétal pur. J'espère même si ce n'est pas évident, qu'ils seraient assez intelligents s'ils retrouvent le même goût, la même consistance pour avoir recours à cette viande là en pensant au fait que les animaux sont en sécurité. Je ne suis pas contre pour convaincre les irréductibles…

 

Souvent, on accuse les véganes d'être moralistes et de chercher à embrigader tout le monde!

Oui, c'est un peu vrai en ce qui me concerne. En faisant mon spectacle, même si j'essaye de ne pas faire de propagande, à partir du moment où j'évoque le sujet, je mets les gens face à leur conscience. Ce sujet concerne tout le monde, et évidemment je vais avoir envie d'essayer de convaincre. Après, est-ce que c'est de la morale? Nous sommes quand même une espèce humaine dotée de cette conscience là et qui tâche d'être le plus morale possible. On se veut comme tel et l'on fait l'inverse. C'est une guerre que l'on entreprend contre les animaux, et ce n'est pas du tout en adéquation, avec tous les systèmes de valeur que l'on tente de nous faire avaler. Effectivement, je ne me cache pas d'être un peu moralisatrice sans penser pour autant que je détiens la vérité, mais je suis certaine de mon efficacité. Je me remets en question tout le temps, j'ai essayé de trouver des anti-arguments pour de temps à autre faire un petit écart, mais ceux-ci ne valaient rien par rapport à une vie et à une souffrance que je combats. J'ai vraiment le sentiment d'être dans le juste et je veux faire valoir mes arguments… Je suis toujours touchée quand les gens font un chemin et qu'ils commencent à moins manger de viande ou qu'ils deviennent végétariens. Même si bien sûr j'aimerais que ce soit global. Mais chacun n'a pas la même empathie d'emblée et de nombreux critères rentrent en ligne de compte comme par exemple l'éducation. Mais si une personne est ouverte et qu'un débat argumenté et intelligent se met en place, c'est bénéfique.

 

Pourriez-vous nous parler de votre spectacle

Il n'est pas que drôle. Je prends tout à la dérision mais à la fin par exemple je parle des gens qui travaillent dans les abattoirs et je les incarne. Par exemple celui qui est censé endormir, et j'explique les techniques d'étourdissement avec des instruments auquel il a recours. Je fais des personnages très hauts en couleur pour exagérer la situation et faire un peu rire. Toute la première partie, je parle de mes relations avec les gens, et de ma vie de végane. J'essaye d'étaler tous les thèmes du véganisme, toutes les raisons de l'être et toutes les contraintes d'une végane. Dans la deuxième partie, même s'il n'y a pas d'entracte, je vais davantage en profondeur en expliquant pourquoi je suis végane. J'explique toujours sous forme d'humour pourquoi l'on prend soin de certains animaux et que l'on en tue d'autres. Qu'on est condamné parce que l'on torture un animal de compagnie alors que l'on en tue trois millions par an dans le monde. Et puis je parle un peu des lobbies et de ma mère qui a toujours peur pour moi et ma santé. Elle pense qu'il va peut-être m'arriver quelque chose..

 

Après votre spectacle, des spectateurs vous disent-ils que vous les avez convaincus de faire des efforts?
Oui. J'ai même été très émue spécialement deux fois. Un jour, une jeune femme s'est dirigée vers moi les larmes aux yeux en me disant : " Je tenais à vous remercier, depuis 1 an je suis végétarienne. Je suis rentrée chez moi, j'avais du veau dans mon frigidaire et je l'ai mis à la poubelle et je n'en ai plus jamais mangé. Même des amis m'ont affirmée après avoir vu mon spectacle, que cela faisait dix jours qu'ils n'avaient pas mangé de viande. C'est peut-être une passade mais cela veut dire que ça interpelle. Mon spectacle, plus autre chose et encore autre chose, finit par semer quelques graines et c'est ce que je souhaite. Mais il y a aussi des gens qui ne sont pas du tout convaincus qui prennent le sujet au second degré. Ils veulent bien se marrer sans changer, mais je pense malgré tout qu'une réflexion se met en place. Par rapport à mes autres spectacles, il règne ce plaisir de voir les gens discuter du sujet. Certains viennent me voir et l'on en parle.

 

Vous avez travaillé avec Forence Foresti. Est-elle sensible à la cause des animaux?
Non, elle a été végane quelque temps mais c'était plus pour des questions de santé. Puis elle a craqué pour une raclette!...

 

Pour finir, avez-vous des animaux?
J'ai 3 chats. Un âgé et deux petits chatons. Quelqu'un les mis ces chatons dans un jardin voisin et les a laissés là. La voisine leur a donné un peu à manger mais elle ne pouvait les garder et voulait les placer à la SPA… Et je les ai donc recueillis… Dès qu'il existe un véritable échange entre l'animal et l'humain, je ne vois pas en théorie pourquoi on ne devrait pas en avoir. Pour moi, ce n'est pas de l'exploitation. C'est comme une personne qui a un cheval et qui le monte. Certains disent qu'ils ne sont pas faits pour cela, que ça leur fait mal au dos etc.. J'ai une amie qui a plusieurs chevaux. Ceux-ci représentent la prunelle de ses yeux et un vrai amour les unit. De temps à autre, elle part en balade avec eux. Personnellement je ne suis pas contre tant qu'on ne leur fait pas faire des choses qui les épuisent…

 

Agnès Figueras-Lenattier