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samedi, 15 août 2020

Médiation animale et soins palliatifs

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Ingrid Payet

Au sein de l'hôpital Joseph Ducuing à Toulouse a été mis en place il y a une dizaine d'années un service "médiation animal et soins palliatifs". Tout semble indiquer que cette initiative est un succès et que les animaux apportent aux malades un véritable réconfort. Ingrid Payet médecin généraliste s'en explique.

 

Comment est né le projet médiation animal et soins palliatifs?

Il est né en 2008 d'une initiative vraiment personnelle en collaboration avec une ASH (femme agent des services hospitaliers). Nous étions toutes deux fans des animaux et avions entendu parler de ce genre d'initiatives au sein de différentes structures. Serait-ce adapté à notre service de soins palliatifs, nous étions-nous alors demandé?. En outre, certains malades en concertation avec nous, avaient fait venir leur animal dans leur chambre, et l'on avait pu constater un véritable effet bénéfique sur leur humeur. C'était donc dommage que tout le monde ne puisse pas en profiter. Cette ASH avait rencontré quelqu'un qui connaissait bien le domaine et nous avons pu contacter une première association pour voir si cette idée était envisageable et présentait un intérêt. Au début c'était ponctuel avec une personne apportant les animaux bénévolement. Comme l'on a constaté les effets positifs d'une telle initiative, l'on a essayé de trouver des financements, pour que cela se mette en place de manière un peu plus régulière. Certaines personnes ont participé à la cagnotte en ligne, des calendriers réalisés par toute l'équipe ont été vendus deux années de suite. Nous avons eu la chance également d'être financés par la fondation Banque Populaire pendant un an, et je viens d'avoir l'accord de la fondation Adrienne et Pierre Sommer pour l'année 2020-2021. C'est maintenant devenu une action plus pérenne et nous pensons pouvoir continuer dans le futur. Mais la recherche de financements est perpétuelle et je cherche déjà pour l'année 2021-2022. Au départ, seuls des chiens étaient présents, puis petit à petit, d'autres animaux sont intervenus comme un chat, des lapins, puis des cochons d'inde et une tourterelle. Malheureusement avec le covid, on a du arrêter et nous espérons reprendre en septembre….

 

Est-ce que chaque animal a un peu sa fonction propre?
Oui, le chien par exemple saute dans des cerceaux et c'est très amusant. Le patient va lui faire faire le geste l'incitant à faire des roulades, de petits tours. Il existe également le côté calin surtout avec le lapin et la tourterelle. Pourtant, je n'étais pas très convaincue au départ par la présence de cet oiseau. Mais le fait d'entendre le bruit qu'elle fait, le mouvement de son aile, la voir prendre son envol contente énormément de patients. Ceux-ci la font s'envoler, et après, elle revient sur la main du malade. Une sorte d'émotion se libère à ce moment là avec toutes ces bêtes. Rien que leur venue est déjà un événement en soi. Je n'assiste pas forcément à toutes les séances, mais dès que je peux je participe car les patients sont demandeurs. Certains qui ne parlent pas beaucoup de manière générale se confient à l'animal, lui disent par exemple qu'ils vont mourir, que c'est la dernière fois qu'ils le voient. Ce contact permet de favoriser la parole de gens plutôt mutiques et dans le repli. Un homme par exemple ne parlait à personne et lorsqu'il a vu les animaux, il a demandé en sortant de la séance à voir sa famille, à lui parler et lui a confié qu'il était malade. Tout ce qu'il n'avait pas pu avouer auparavant. Il existe également le côté très apaisant des animaux notamment du chien pour les gens essoufflés. L'animal qui n'est jamais forcé à faire quelque chose, semble aussi prendre du plaisir.. Une complicité non verbale, plus les caresses et la peau contre le poil agissent sur l'angoisse. Une émotion se dégage qui ne passe ni par du relationnel, ni par des mots avec une sensibilité animale offrant un sentiment différent.

 

A quel genre de patients cela s'adresse t-il?

A tout le monde y compris les jeunes et il n'existe aucune différence quelque soit l'âge. On a des personnes hospitalisées chez nous vraiment en fin de vie, d'autres que l'on accueille environ 15 jours pour équilibrer le traitement toujours en soins palliatifs mais à un stade plus précoce de la maladie. Prenons par exemple de jeunes mamans. Lors de l'intervention, les enfants sont présents et c'est un moment plein de belles sensations. Ils voient leur maman pas en forme du tout, partagent avec elle ce moment extraordinaire avec les animaux et découvrent une autre atmosphère. Ce qui arrive aussi c'est que les patients sympathisent entre eux dans un couloir et nous demandent de voir les animaux ensemble.. On met alors deux patients dans une chambre, ce qui permet de développer une atmosphère plus conviviale.. C'est touchant et ces nombreux retours positifs ont stimulé toute l'équipe médicale. Vivre cette aventure avec eux crée un moment très privilégié qui nous apporte à nous aussi.

 

Au niveau de la douleur cela peut-il jouer?

Cela arrive mais dans quelle mesure exactement je l'ignore et ce n'est bien sûr pas aussi efficace qu'un médicament. Cette intervention agit de manière générale sur beaucoup de domaines et sur les symptômes.

 

Y a t-il des mesures d'hygiène à respecter?

Quand les animaux arrivent, certaines précautions sont prises. Comme les patients sont fragiles, un protocole sanitaire de désinfection des mains est mis en place. Quand le chien vient sur le lit, on met un drap propre dans chaque chambre et pour chaque patient. Tout un tas de mesures sont instaurées pour éviter les risques avec le nettoyage, et le toilettage des chiens. Les lapins sont brossés mais pas lavés à chaque fois. Pour la tourterelle, il faut faire attention que les excréments ne se répandent pas un peu partout. Mais une fois prises ces précautions, il n'existe pas de risques majorés. Il ne faut pas qu'il y ait de risques non plus pour les animaux qui sont également fragiles, surtout les lapins qui sont porteurs de germes. Au programme également, un suivi vétérinaire extrêmement strict et un suivi comportemental très poussé. Dès leur plus jeune âge, les animaux sont préparés à ce genre d'intervention. Ils sont rigoureusement sélectionnés et si l'on constate que leur caractère n'est pas fait pour cela, on ne les prend pas.. Il faut des animaux qui aient l'habitude, qui soient adaptés. Sinon cela risque de mal se passer comme par exemple le chien qui va monter sur son maître et lui faire mal.

 

Pourquoi les animaux font-ils autant de bien?

Ils ne jugent pas et peu leur importe l'état du patient. Il faut pouvoir supporter d'entrer dans la chambre d'une personne très altérée. Il existe aussi un lien direct avec l'animal qui selon moi est sensible à ce que ressent le malade dans son lit. Je pense notamment à une dame qui avait pris le lapin dans ses bras et qui lui a fait un calin. Or, au moment de rentrer dans sa cage il est revenu vers elle. C'est quelque chose que je n'avais jamais vu auparavant et qui a réellement ému cette femme.

 

Par rapport à une intervention en Ehpad en quoi est-ce différent?

On en a justement parlé avec " Animal Calin" l'association avec qui nous travaillons. C'est très différent d'un Ehpad. En Ehpad, existe ce côté activité de groupe collectif avec les animaux, mais pas ce lien intense, plein d'émotions. Quelque chose de libérateur, s'installe débouchant sur une relation unique avec l'animal.   Je ne caresse pas juste le lapin, je l'ai contre moi, je lui parle, c'est très puissant. C'est plus ponctuel, parfois même juste une seule fois et le rapport n'est pas du tout le même. C'est plus émouvant.

 

Quels sont vous souhaits pour le futur?

L'on souhaiterait que l'intervention soit encore plus régulière. Avec la Fondation banque populaire, nous avons pu le faire trois fois par semaine et l'on pense qu'avec Adrienne et Pierre Sommer, ce sera possible toutes les semaines. Au niveau des animaux, je n'ai pas le sentiment  qu'il soit nécessaire d'augmenter le nombre. En effet, les patients sont fatigués, et l'intervention ne doit pas être trop longue. D'ailleurs je pensais au départ que les cochons d'Inde étaient en trop et je me suis rendue compte que c'était finalement très bien. Une expérience a été réalisée avec des escargots et certains patients ont vraiment apprécié d'avoir cet animal dans la main lorsqu'il sort sa tête. On va réitérer l'opération, afin que tout le monde bénéficie de ce contact très particulier… C'était très amusant de voir que des animaux dont on a peu l'habitude furent été réellement appréciés…

 

Vous êtes un hôpital qui innove beaucoup en matière de médecines naturelles. Avez-vous d'autres projets?

Oui, nous sommes très orientés vers les thérapies complémentaires et l'on va mettre en place un projet de biographie hospitalière avec des écrivains venant écrire un petit texte sur l'histoire des patients. On devrait mettre cela en place à la rentrée. On sait que les médicaments ne font pas tout et que des initiatives autres peuvent se révéler constructives pour le malade. Notre objectif n'est pas forcément de baisser les médicaments car l'on essaye de prescrire le traitement le plus juste possible. Ce que l'on souhaite, c'est surtout d'apporter quelque chose en plus notamment du confort. Concernant la musicothérapie, nous sommes en train de réfléchir à un vrai projet avec une musicienne mais ce n'est pas encore vraiment au point. En revanche, nous sommes bien formés en aromathérapie et on l'utilise au quotidien dans le service. Quant à l'hypnose, nous sommes trois. C'est une pratique qui me tient à cœur et que je fais pour la fin de vie, pour des patients atteints de douleurs chroniques et pour des gens angoissés. Il existe un tas de séances différentes qui dépendent beaucoup de la personne. Je n'ai pas de séance vraiment définie; c'est véritablement en fonction du moment et de ce que je vis avec la personne, de son état général. L'avantage c'est qu'entre les séances les patients essayent de refaire ce que l'on a travaillé ensemble…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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