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jeudi, 25 mars 2021

Frederique Bangué

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Originaire dAnnecy, arrivée à l’athlétisme par hasard, et obtenant très vite des succès, elle a commencé à prendre le car pour Paris. pour participer aux compétitions de sa discipline le 100m  «  La grande aventure commençait explique t-elle avec à la clé les matches internationaux. C’était une expérience interessante pour une jeune fille d’immigrés avec en plus de belles rencontres humaines »… Elle a notamment été championne de France et  d’Europe du 100m et comptabilise plus de 50 sélections en équipe de France.... Après avoir arrêté sa carrière de sportive de haut niveau, elle a travaillé dans les médias pendant 10 ans. La voilà maintenant créatrice d’un magazine «  Salto «  destiné à donner des conseils de tous ordres aux parents qui veulent accompagner leurs enfants faire du sport… 

 

Avant de devenir une athlète de haut niveau, vous avez commencé par le basket!

Oui, parce que j’étais grande et c’est le premier sport que l’on fait dans ce cas là. Je n’étais pas très douée, mais cela me permettait de sortir de la maison, de voir des copines. On prenait le car pour aller voir des matches; c’était un début de vie sociale. Cela m’a permis de donner un sens à ma vie, car pour moi, le sport apprend les choses essentielles de la vie : ce que l’on découvre sur son corps, le développement personnel, le rapport aux autres, les règles  de l’entraîneur. 

 

 

Ensuite vous avez pratiqué le 100m!

Lorsque l’on fait du 100mètres  et que l’on n’est pas mauvaise, on se retrouve dans le 4 x100 avec les plus rapides. Lors d’un relais, la partie technique et surtout un bon esprit d’équipe sont alors de mise. . On passe toute l’année à être adversaire et à la fin de l’année on nous dit «  Vous allez courir toutes ensemble pour essayer de ramener une médaille. C’est une mentalité , un switch à adopter au milieu de l’année qui n’est pas forcément simple. D’autant plus si ta copine n’a pas été sélectionnée ou lorsque la fille avec qui tu vas courir t’a battue d’un centième sans que tu en sois convaincue. Ou qu’elle t’a pris ta place la fois d’avant… De petites choses difficiles à accepter surtout en pleine jeunesse.

 

Comment fait-on alors pour s’adapter à cette situation?

Un objectif commun nous réunit. A mon époque, à part Christine Aron, Marie-Jo Pérec, on ne gagnait pas beaucoup en individuel et le relais constituait donc une opportunité de gagner des médailles. Une situation qui nous stimulait pour nous transcender. Surtout lorsque l’on n’était pas loin de la victoire ou que l’on avait battu un record de France.  Mais la rivalité qui régnait tout au long de l’année n’englobait pas toutes les athlètes. Comme je le disais, on était jeune et l’on se retrouvait confrontées à des problèmes non seulement au niveau sportif mais aussi d’ordre plus général comme par exemple les entraîneurs qui ne s’entendent pas. Mais c’est justement la force du sportif de haut niveau de savoir s’adapter au contexte et de faire en sorte de ramener la médaille par tous les moyens légaux possibles.

 

Pourquoi le 100 m?

J’étais feignante, donc le plus court possible était le mieux. D’ailleurs, je préférais le 60 m l’hiver en salle et j’étais même meilleure dans cette discipline là. C’est là que j’ai remporté ma plus belle médaille. J’avais aussi une expansivité naturelle, et j’étais une des meilleures partantes dans les starting-blocks. J’avais un très bon de temps de rédaction donc le choix s’est fait assez naturellement.  Ma morphologie était davantage basée sur le sprint que sur le long. En plus, avec le long ma tête n’aurait pas suivi…  Je ne suis pas faite pour courir longtemps et de plus, comme je suis souvent en retard, je cours beaucoup pour rattraper mon retard…Puis je trouvais le 100 mètres assez ludique. 

 

Comment peut-on être feignante et être sportive de haut niveau?…

Souvent dans les entreprises , on dit que les meilleures employés sont souvent les feignants car ils vont s’organiser pour essayer de gagner du temps. Feignante oui, mais je reste quand même perfectionniste. Quand je travaillais dans les bureaux, je pouvais rester des heures à chercher des formules sur les tableaux XL pour qu’un jour l’on appuie juste sur un bouton et que tout fonctionne… C’est vrai qu’il a fallu que je débarque à Paris pour mettre les bouchées double. Au départ, je n’étais pas trop prête à me faire mal. 

 

Cela a t-il été dur en tant que femme de couleur?

Je sais qu’il y a eu des abus,  et je connais des gens qui ont beaucoup souffert psychologiquement. Mais personnellement je n’ai pas été victime de quoi que ce soit. Même si le sport était surtout réservé aux hommes à l'époque, en athlétisme, il y avait déjà beaucoup de mixité. Et quand je suis arrivée à Paris, c’était pour moi une grande découverte de rencontrer tant de personnes de couleur. A Annecy, nous étions très peu et l’on se connaissait toutes. Il n’y avait aucun problème d’intégration, et c’est la raison pour laquelle j’y suis retournée et que j’y vis.  J’ai eu droit à la même scolarité que tout le monde ; je suis une vraie enfant de la République.  En tout cas, je considère être un modèle de réussite d’enfant de la République. Je n’ai pas tout réussi dans ma vie mais ce que la République m’a apportée, j’ai essayé de l’exploiter pour en faire quelque chose de positif.  Une fois oui, j’ai vraiment subi le racisme, je voulais refaire ma carte d’identité et c’était la première fois que l’on me demandait de justifier mon identité. J’en ai d’ailleurs pleuré, mais sinon, je n’ai pas à me plaindre de ce côté là.  Je pourrais juste dire que quand j’étais jeune, je n’étais pas la couleur à la mode. Je n’étais pas blonde aux yeux bleus, je n’avais pas d’amoureux et n’étais pas très populaire.  Mais c’est tout. D’un côté,  je ne veux pas faire celle qui crache sur la soupe mais d’un autre côté je pense qu’il existe vraiment des gens qui en souffrent beaucoup plus que moi. Il est vrai aussi que d'avoir fait du sport à haut niveau a transformé le regard  que les gens me portaient. Et puis, j’ai la chance d’avoir des parents très érudits qui m’ont permis de parler un français correct, châtié. L’éducation joue un rôle ainsi que la manière dont on gère tout cela. Mais je me sens totalement solidaire des personnes qui vivent la discrimination et j’appuie totalement cette cause pour que l’on soit tous égaux.  Plus les gens qui n’en souffrent pas parleront, mieux ce sera et plus les gens qui pensent qu’il faut faire quelque chose se manifesteront, plus les choses bougeront…

 

Lorsque vous étiez athlète de haut niveau avez-vous subi beaucoup de réflexions misogynes?

Je ne le dirais pas de cette manière. Est-ce que l’on était bien payé, je ne m’étais jamais posé la question mais ce n’était pas encore professionnel sauf les  dernières années où j’ai pratiqué. Par contre, l’on se comportait un peu comme des hommes avec un petit côté garçon manqué. C’est peut-être justement pour cela que l’on s’était mises au sport. Mais en même temps, on était extrêmement féminine. Oui, je me suis prise quelques réflexions parce qu’en équipe de France on prenait des kilos et kilos de valises avec toutes mes copines et l’on faisait des défilés de mode.On se changeait tout le temps, on était bien coiffée, maquillée, on avait des boucles d’oreille, on se faisait les ongles… J’avais un piercing, des tatouages... 

 

Après l’arrêt de votre carrière vous avez beaucoup travaillé au sein des médias. Pas trop de machisme non plus?

Je pense que je faisais preuve d’auto-dérision à l’époque. J’ai utilisé cette arme  ce qui m’a sans doute permis  de clouer la bouche des gens qui du coup ne me disaient rien. Je disais toujours «  Je suis un double quota, je suis une femme, je suis noire et j’ajoutais triple avec le sport.  On a souvent voulu me mettre dans des cases mais l’ais-je vraiment été? En tout cas je ne me suis pas laissée faire, et n’en ai pas souffert. Ou en tout cas, ça ne m’a pas atteint. Je me suis démenée à ma façon, j’ai utilisé d’autres armes afin de réussir à faire mon trou…

 

Vous êtes forte!

Pourtant je me sens extrêmement fragile mais souvent on me le dit effectivement.  Parfois je me dis «  Je suis fatiguée, c’est hyper dur de tout le temps tout porter « mais quand on n’a pas le choix on avance.  C’est vrai cela dit, que je ne suis pas de nature à m’apitoyer sur mon sort.  J’ai toujours dit que j’étais une tête chercheuse, je réfléchis comme une tête chercheuse, je cherche la solution. S’il y a un mur devant moi, je vais chercher à le contourner, à grimper. Pour moi, il existe toujours une solution et je ne me dis pas  "Il y a un mur devant moi, je n’ai pas de chance." Mon cerveau n’intègre pas ce genre de réflexion. J’ai une façon d’agir et de réagir face à l’adversité qui n’est pas commune; c’est ça qui fait la différence avec la personne lambda. Mais par contre, je suis extrêmement solidaire. Quand j’en parle  de cette manière, j’éprouve une certaine gêne, car j’aimerais beaucoup défendre cette cause. J’ai tendance à dire aux personnes qui partent dans ce chemin là «  Bats-toi » Je pars du principe que la première personne que l’on peut changer dans le monde c’est soi et ses actions. 

 

 Comment viviez-vous la notoriété?

J’ai eu la grosse tête quand j’avais 14, 15 ans. On me l’a fait savoir, et là encore je remercie mes premiers entraîneurs qui étaient davantage des éducateurs, des formateurs que des entraîneurs, des coaches à proprement parler et qui me l’ont fait comprendre. ILs nous accompagnaient surtout dans notre développement personnel et dans notre condition en tant que citoyenne. Quand on commence à obtenir des résultats, du jour au lendemain on a des amis, on devient populaire, et plein de choses de ce genre qui font  que l’on a tendance à se prendre pour une autre.  Je ne pourrais pas dire exactement comment cela se manifestait mais tout ce que je sais c’est qu’un jour, je mangeais chez mon entraîneur avec 3,4 athlètes une crêpe party, et je me suis pris un savon par tout le monde » Tu as pris la grosse tête, tu es comme ci, comme ça. »  Je n’étais plus dans la réalité des faits , et je me suis alors subitement rappelée ce qui était important. Je pense que depuis cette période là, l’humilité a été un de mes traits de caractères que je voulais absolument garder, quelque soit ce que je voulais vivre dans ma vie. L’humilité, c’est la base. Je sais que je me donne beaucoup de mal pour ça. Majoritairement, ça se fait naturellement, mais il existe des moments de vie grisants où l’on rencontre des gens importants, et où l’on réalise des choses qui peuvent vous emporter un peu loin. Quand j’ai lancé Salto, mon magazine pour aider les parents à accompagner les enfants vers la pratique sportive, ce fut  très compliqué. Et quand j’ai pu sortir le premier numéro, j’aurais pu frimer auprès de tous ceux qui disaient que je n’y arriverais jamais.  A ce moment là, je me suis dit que l’on ne pouvait pas en vouloir aux gens d’être à la limite de leur imagination . Chacun fait avec ce qu’il a appris, ce qu’il porte. en lui.  Ces raisonnements m’accompagnent quotidiennement, ne serait-ce que pour comprendre les gens, rester en lien avec eux.  Si on a la grosse tête et que l’on se laisse emporter, on n’apprend plus car on pense déjà tout savoir.  J’ai pleine conscience  que je ne sais pas tout, et même que je ne sais pas grand chose.  D’ailleurs une des choses que j’ai apprises du haut de mes 44 ans, c’est que personne ne sait et que l’on fait tous comme l’on peut. Il faut trouver sa voie, celle qui nous correspond. 

 

Vous avez déclaré que vous n’avez pas bien préparé votre reconversion. Pourtant vous avez fait beaucoup de choses après votre carrière d’athlète!

Lorsque je travaillais à la télé, radio, j’avais effectivement la sensation d’avoir réussi ma reconversion. J’ai fait ça 10 ans ce qui est déjà pas mal. En effet, souvent  les consultants viennent, font 3,4 ans et repartent car on va prendre le dernier champion pour commenter la nouvelle course.  Seuls les meilleurs restent. Quand j’ai arrêté les médias, même si j’ai fait sub de co, je n’étais pas capable de faire grand chose.  Je n’avais pas une expérience personnelle très développée à 35 ans.  Les médias c’est éphémère, beaucoup d’appelés, peu d’élus et il reste quoi? Quand on a la chance d’avoir vécu des choses  passionnantes et peu ordinaires que ce soit dans le sport ou dans les médias et que l’on se retrouve le bec dans l’eau, on se dit forcément que l’on a raté quelque chose…

 

Vous avez arrêté les médias de votre propre gré?

Oui comme dans l’athlétisme car les conditions n’étaient plus optimales. Les émissions que je faisais ont disparu et il fallait trouver  autre chose. Et puis j’ai eu ma fille. J’habitais à Bordeaux et je devais faire la navette en laissant ma fille 3 à 4 jours par semaine avec son père et une nounou. L’argent rentrait, c’ était passionnant mais la situation questionnait en tant que mère. Surtout que son père me faisait remarquer qu’il avait besoin que je l’accompagne dans l’éducation de notre enfant. Et quand l’une de mes émissions s’est arrêtée, plutôt que de chercher à en faire une nouvelle , on s’est dit que c’était peut-être le moment de raccrocher le micro après les pointes. Et je me suis posé la question de la reconversion.

 

Vous étiez alors un peu désemparée question professionnelle!

C’est une question de sémantique.  Quel est le degré pour dire que l’on est en dépression, en  burn out, on a actuellement plein de nouveaux mots. Des moments difficiles j’en ai traversé; l’année dernière aussi mais je les considère plus comme des moments d’introspection. Et puis en vieillissant, j’arrive mieux à les canaliser. Je suis devenue secrétaire commerciale pour le constructeur automobile Porsche. Les clients étaient passionnants et tout ce que je fais, je le fais à fond.  Je l’ai fait avec la rage du désespoir pendant 5 ans et avec  beaucoup d’intérêt et l’envie de transformer quelque chose.  Il y a des moments où je me suis dit « J'ai utilisé tout mon capital chance, j’ai déjà vécu des choses extraordinaires, j’en ferai peut-être moins maintenant. C’st vrai qu’il y avait un petit côté répétitif et pour quelqu’un comme moi qui a vécu une vie quelque peu atypique, c’ était un peu difficile parfois même si je ne dénigre pas du tout ce genre de situation. On m’a même dit «  Tu as couru pour la France, tu mérites la médaille du mérite." J’ai eu la chance de voyager, de rencontrer des gens passionnants, d’accéder à un certain niveau d’étude et après de préparer une reconversion. Je ne vois pas ce que la France va me donner de plus, je considère avoir déjà eu beaucoup de chance.  Quand on me disait «  Vous êtes courageuse », je pensais à ma mère qui travaillait en usine et qui se levait à 3h du matin. Pour moi le vrai courage c’est ça. Les gens en parlant de moi utilisaient souvent le mot sacrifice en parlant de ma vie. Bien sûr je ne suis pas allée en soirée tous les samedis soir, mais à la place je partais en déplacement. Le sacrifice c’était plutôt ma mère et sa vie.  Elle rayonne encore quand elle parle de ces années là. Elle avait une vie sociale, et sa vie tournait autour de son boulot.  Mais personnellement à 35 ans, j’avais besoin de  me mettre des challenges personnels. Après, il y a des métiers qui ne sont pas forcément les plus valorisants ni les plus gratifiants mais tant que l’on a une passion à côté, l’on trouve un moyen de s’équilibrer.  C’est ce que j’ai fait à l’époque où je travaillais ainsi.  Je réfléchissais au sens que je voulais donner à ma vie. Je me disais « J’ai peu d’argent, et sur mon lit de mort si je ne finis pas SDF dans des conditions catastrophiques et que je ne laisse pas ma fille dans une situation déplorable je pourrais me dire que j’ai réussi ma vie avec tous ces souvenirs. Et avec tout ce que j’ai appris et tout ce que j’apprends encore. Et le fait de les transmettre représente pour moi une vraie richesse.  Mais c’est vrai que quitte à faire j’aimerais quand même avoir assez pour être à l’abri et pouvoir m’occuper de ce qui me passionne réellement, de ce qui me nourrit vraiment. Et laisser quelque chose de sympa, ne serait-ce qu’à ma fille et à quelques personnes que je connais. Je me dis que ce serait plus sympa que de mourir en laissant des millions sur mon compte en banque…

 

Comment en êtes-vous venue à créer le magazine" Salto"?

Ma première motivation a été ma fille.  Je n’ai jamais tellement parlé de mes résultats. Mes amis savaient que j’étais sportive de haut niveau, mais je ne racontais rien. J’étais plutôt du genre à cloisonner, à dire " C’est du passé. " Je ne voulais pas être une ancienne athlète , surtout pas. Même avec ma fille, j’en ai très peu parlé.  Un jour pourtant elle l’a su à l’école avant que je lance le magazine. On a aussi trouvé plein de médailles que l’on gagne aux championnats de France que ce soit fédéral, scolaire ou les médailles ou lors d’épreuves régionales. Ma mère avait tout ça dans un coin. Un jour ma fille m’a dit « Tu as gagné plein de médailles, moi aussi je veux en gagner. « J’étais déjà scotchée par le fait qu’elle me parle des médailles que j’avais gagnées. Elle n’ y avait jamais fait allusion auparavant, elle s’en fichait complètement. Et puis tout d’un coup, elle veut gagner des médailles. Elle faisait de la gym, elle a mon gabarit, est très souple, mais les grands en gym ce n’est pas simple. Donc je la regardais en me disant "Est-ce qu’elle peut gagner des médailles, est-ce que je veux qu’elle en gagne, est-ce que je lui souhaite de faire ce que j’ai traversé." En tout cas, je ne me voyais l’accompagner sur une piste d’athlétisme où j’ai eu souvent froid… Je me suis dit que j’avais du lui mettre un doute dans la tête, que je n’avais pas confiance en elle. Mais j'ai finalement conclu «  Le sport avant les médailles, c’est la réalisation de soi-même, les rencontres, les copains, les déplacements, la rigueur, l’’effort  l’important." C’est  l’école de la vie avant tout. J’avais déjà le projet lointain de créer un magazine, un ami me l’avait conseillé. Je lui ai répondu qu’il était complètement taré et je n’y croyais pas du tout. L’on s’était dit que l’on pourrait faire un journal sur le sport local, mais j’y réfléchissais sans plus.  Quand est arrivé ce moment là avec ma fille, je me suis dit il est là le sujet. Les parents n’ont pas les outils pour accompagner leurs enfants dans la pratique du sport. Or c’est un super complément à l’éducation et à ce que l’on apprend à l’école.  En outre, en tant que parents on travaille plus qu’avant, et on a beaucoup plus peur  pour nos enfants. Quand on jouait dehors à mon époque, nos parents n’avaient pas peur que l’on se fasse enlever, violer. A cela se rajoute la fatigue psychologique du fait que l’on travaille davantage, plus un super palliatif avec tous les écrans.  Plus facile de dire à son enfant « Joue avec ta play station, prends ton iPod que de l’emmener faire du sport. Pour moi, c’est très important de remettre le sport comme un complément d ‘éducation  sur le plan physique, psychologique et même professionnel. En outre, il existe quand même beaucoup de débouchés pour des jeunes qui font parfois des métiers qui ne leur plaisent pas vraiment. Le premier numéro est sorti en 2018, il faisait 24 pages, et avait en couverture notre parrain Frederic Michalak un rugbyman. Oh quelle aventure compliquée. La fameuse citation de Marc Twain «  Ils ne savaient pas que c’était impossible et ils l’ont fait »… Je suis vraiment partie dans une aventure complètement dingue, et je me rends compte que c’était gigantesque comme tâche.

 

 

Et vous avez bien réussi puisque vous en avez réalisé sept… 

J’ai eu la chance d’être bien entourée et j’ai fait des rencontres qui m’ont nourrie . Mais c’était très frustrant d’un côté. En effet, j’allais voir des gens en essayant de leur demander de l’argent, et à la fin ils me donnaient juste un conseil. Au bout du 3ème j’en avais ras le bol, sauf que tous ces conseils je le ai finalement tous suivis. Ça m’ a épuisée, mais l’énergie venait de ma fille. C’est d’ailleurs elle qui a trouvé le nom Salto et elle en est très fière. Elle avait 7 ans à l’époque. Et comme ma fille était très fière, je me sentais obligée d’en sortir au moins un. J’en ai pleuré. J’avais aussi un problème qui faisait que je ne dormais pas beaucoup, qui me donnait une sorte d’énergie gargantuesque. J’ai tout appris sur le tas, j’avais mon buisness plan, je rencontrais des gens, je cherchais une agence de com, je prenais des cours en live pour pouvoir réaliser ce projet.  J’étais goulue de travail, je dormais peu, très fatiguée mais j’étais super motivée…Là avec les mesures sanitaires, je suis en stand by et c’est un peu douloureux d’en parler. En même temps, je m’amuse. Déjà j’ai retrouvé un peu d’énergie pour me relancer, car l’année dernière je sentais que je n’avais pas le force de le faire et puis le contexte est tellement compliqué. Je savais que repartir de zéro, me demanderait beaucoup d’énergie et je serre les dents. 5 magazines ont été imprimés et les deux derniers en  digitale mais je ne désespère pas de revenir à l’impression.  Les premiers budgets qui ont sauté sont la communication et le marketing mais pour moi ce sont toujours mes partenaires. Les gens s’abonnaient pour recevoir « Salto » gratuitement dans leur boîte aux lettres. Il y avait un partenariat avec tous les sport 2000 et les clubs et les écoles s’abonnaient par 50,100, 200 pour distribuer à leurs élèves et  à leurs licenciés.  Je communiquais beaucoup sur les réseaux sociaux , plus le bouche à oreille qui fonctionnait assez bien. Et puis dès qu’il y avait un événement et que j’étais invitée je donnais parfois 500, 1000 exemplaires à Chambéry ou autres. Dans le magazine, il y a du sport compétition, du sport scolarité, du loisir et de la santé, plus Salto Kid la partie pour les enfants. Les dernières pages sont faites par des enfants avec des interviews de champions et l’autre partie pour les enfants. Pour qu’ils découvrent des sports, pour répondre à des questions toutes simples comme par exemple pourquoi il faut boire de l’eau, pourquoi le ballon de rugby a cette forme là…Est incluse une  BD où j’ai mis ma fille en effigie . Ma fille est une petite jeune qui aime le sport et  à côté d’elle se trouve un personnage qui n’aime pas le sport. Elle le motive à chaque fois, l’emmène faire du sport avec elle. J’ai un illustrateur qui fait cela très bien.

 

Des conseils de tous ordres

 

Il y a des interviews de champions plus une partie santé dans la partie sport compétition.  Avec des conseils pour l’accompagnement des blessures, une partie psychologie autant dans le loisir que pour la compétition » Mon enfant a perdu. Comment l’accompagner, comment faire le deuil de ses défaites. Une partie nutrition là aussi à la fois pour l loisir et la compétition. Parfois de manière très spécifique comme par exemple pour un marathon. Ce qu’il faut manger avant avec le petit déjeuner du champion, et puis à l’inverse des recettes très  équilibrées pour le bien-être.  Pour le côté scolarité, l' on a beaucoup d’enseignants  qui nous donnent des articles.  Au sein des écoles primaires, les enseignants ne sont pas toujours très bien formés au niveau sport  et ont parfois du mal à tenir le rythme de 3h de sport par semaine dans l’école. A cela on va rajouter un contexte géographique . Nous à Annecy, on a un super terrain de jeu, les gamins font du ski de fond l’hiver, de la voile sur le lac l’été.  Parfois à Paris, il n’y a pas assez de terrain, et il faut des endroits spécifiques pour aller faire du sport. Toutes ces questions de territoires qui font que la pratique du sport n’est pas accessible sont le mêmes pour tous avec des équipements pas toujours adaptés. Des propositions sont faites où l’on raconte l’histoire de ceux qui y arrivent et de ceux qui n’y arrivent pas avec des échanges. Depuis le lancement de Salto, j’ai découvert énormément de gens qui ont de bonnes idées, et qui ne trouvent pas forcément d’échos. Ils le font à leur niveau, ce qui est déjà super, mais du coup leur donner un moyen de s'exprimer permet d’avoir d’autres solutions.  L’idée de Salto est d’accompagner les parents pour qui la priorité n’est pas de faire faire du sport à leurs enfants. Ce qui est normal quand on se demande ce que l’on va leur donner à manger, comment on va payer les fournitures, les vêtements… . C’est la raison pour laquelle,  je voulais que Salto soit gratuit et que l’accès à cette information soit la même pour tous…. 

 

Quels sports fait votre fille?

Elle a fait du basket, du tennis, de la gym, de la danse. Son rêve absolu c’est de faire du cheval et à chaque vacance scolaire, elle fait un stage. Mais c’est un coût et aussi une question d’organisation avec le papa.  C’est vrai que le rapport avec l’animal est interessant; je le découvre aussi. Elle fait du basket en horaire aménagé, 3 séances par semaine.  Elle n’est pas forcément passionnée mais c’est très important pour moi qu’elle ait une activité physique où elle se dépense. Même si elle préférerait faire de l’équitation. Comme je lui ai dit, on commence une année; on la finit. Je l’ai mise aussi au tennis car c’est un sport que j’aime beaucoup regarder.. Elle a fait de la gym mais comme elle n’était pas très douée, elle s’est retrouvée en cours loisirs et elle ne se dépensait pas énormément ment. Elle fait partie d’une génération qui a un rapport à l’effort qui a beaucoup diminué et c’est très important qu'elle puisse se dépenser, transpirer.  A travers la pratique sportive de ma fille, je découvre des univers.  Personnellement aujourd’hui, j’aime le sport loisir, plein air et être en contact et en communication avec la nature. Je le fais surtout avec des amis  pour être bien plus que pour la recherche des résultats. 

 

Vous dîtes tirer des leçons de chaque chose. Qu’avez-vous tiré de la Covid?

Ça m’a permis de me rendre compte , enfin de me confirmer qu’il faut se diriger de plus en plus vers cette quête de sens, que toutes ces rencontres enrichissantes sont sûrement plus importantes que l’appât du gain. J’ai fait du bénévolat toute ma vie et mon enrichissement personnel découle de ces rencontres et dans la transmission.  Et puis au niveau pro, c’est une évolution pour Salto, c’est le digital qui prend de la place. C’est comment faire connaître ces valeurs du sport à travers ce monde digital et louvoyer avec le paradoxe qui consiste à  demander aux gens de sortir de l’écran. La Covid a permis de  faire prendre conscience que le sport occupait une place importante au sein de la société.  D’un côté, il y a une partie des gens qui s’est effondrée faute de possibilité de pratiquer une activité physique, mais d'un autre coté, il y en a plein d’autres qui se sont mis au sport. Cet été il y aura de beaux gosses et de belles nanas sur la plage!…J’ai des amis qui se sont mis à faire du sport tous les jours alors que ce sont de gros fêtards. 

 

Vous dites avoir toujours fait du bénévolat. Quel genre?

Jeune lycéenne, j’ai commencé par faire faire des devoirs aux enfants. J’ai travaillé au Secours catholique à Annecy avec une phrase très importante que l’on m’a dit là-bas et qui me nourrit encore aujourd’hui : "Qu’est-ce que vous voulez faire » , « Je veux aider » . Qu’est-ce que vous aimez faire »? «  Mettez-moi là où il y a besoin » . «  Non, il faut que vous  soyez dans quelque chose que vous aimez faire. Sinon vous allez le faire à contre-coeur et vous n’allez pas durer longtemps et ça n’est pas de l’aide ».. Depuis je me dis que quand on fait quelque chose même pour les autres, il y a besoin d’avoir une certaine justification personnelle.  Quelle qu’elle soit; ça dépend de ce qui nous motive effectivement. J’ai fait plusieurs choses ensuite :  l’accueil de SDF mais j’ai eu beaucoup de mal, je n’étais pas à l’aise. J’ai voulu faire de l’aide aux migrants  et là encore je ne me sentais pas du tout à ma place, j’ai fait aide dans un foyer pour de jeunes mères. Mais je n’avais pas encore d’enfant et je ne connaissais pas réellement leurs problèmes. Ma compagnie n’a pas été très productive non plus. Le premier travail bénévole qui m’a réellement  plu c’était dans un foyer pour personnes en détresse financière… J’ai eu une formation avec des psychologues car lorsqu’une personne a des problèmes financiers, son  estime de soi est complètement dégradée. Il faut donc un minimum d’accompagnement psychologique pour pouvoir comprendre leur problématique et une certaine empathie et compréhension de leur situation. Des assistantes sociales nous aidaient aussi. On recevait des gens et l’on parlait de leur budget. Il fallait réussir à ce que les gens se confient et essayer de leur apprendre à gérer leur budget. : «  Peut-être  que vous n’avez plus besoin de votre voiture si vous ne travaillez plus",  "pas besoin d’un téléphone aussi cher » Je suis loin moi-même d’être une pro dans ce domaine et ça m’a appris aussi.  C’ était très interessant. A la fin, on leur donnait des bons d’achat à la fin pour qu’ils puissent s’acheter des denrées alimentaires. Enfin, j’ai aussi travaillé à  SOS amitié avec 6 mois de formation  et l’on ne pouvait pas répondre aux gens tant que l’on  n'était pas formé… 

 

, Agnès Figueras-Lenattier

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