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lundi, 10 mai 2021

François Lemaire

lemaire,exposition,l'orangelemaire,exposition,l'orangeFrançois Lemaire  présente actuellement une exposition inédite sur la couleur orange jusqu'au 16 mai à la Fabrique Contemporaine situé 30 rue Vergniaud. Il est présent là-bas tous les jours de 14h à 18h. 

Avant de devenir artiste peintre, François Lemaire a travaillé dans le cinéma (fiction pour M6)  et a également écrit des documentaires axés surtout autour des adolescents notamment pour Arte. Mais il s’est rendu compte qu’il n’était pas vraiment heureux dans cette profession et la peinture à l’huile a pris le relais.  Il a peint de nombreux paysages, plus de cents appelés « paysages improbables » et a aussi réalisé des tableaux sur les animaux mais en tant que créatures. Il n’a jamais fait de peinture animalière. Récemment, il a décidé de travailler sur une couleur en particulier, et pour l’instant il a choisi le bleu et l’orange.  Il aime partir des trois pigments de base , le jaune, le rouge, le bleu et concevoir les couleurs qu’il souhaite. «  C’est de la tambouille explique t-il un peu comme de la cuisine. Chacun possède ses petites recettes, ses petites astuces… » Il est fort possible qu’il continue dans cette voie dans les années à venir.

 

 

Vous exposez actuellement vos tableaux consacrés à l’orange . Avant vous aviez fait le bleu. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette aventure ?
Le bleu est une couleur qui me fascine depuis déjà un certain temps. On en a beaucoup parlé comme étant une couleur froide mais selon moi elle peut dégager beaucoup de chaleur. Comme le bleu et l’orange sont deux couleurs complémentaires, je fais un travail reposant sur le spectre de la lumière. En même temps, le bleu disparaît dans l’orange, quand tombe le soir. Le coucher de soleil est orange alors qu’auparavant le bleu dominait. Je m’intéresse de plus en plus à la couleur, à sa puissance et aux effets sur soi-même. Ce n’est pas pour rien que les gens s’habillent de telle ou telle manière ou qu’ils peignent différemment leur lieu d’habitation.  Certains laissent tout en blanc, d’autres font des chambres bleue, rose, orange. On n’y fait pas attention, mais la couleur nous accompagne en permanence depuis notre naissance. Les bébés sont attirés par les couleurs, c’est quelque chose de très primaire.

 

Vous l’avez constaté sur vous ou vos enfants !

J’ai pu le remarquer avec mes enfants qui petits aimaient les couleurs vives. C’est très attrayant pour eux. J’avais un ballon rouge dont j’étais presque amoureux pas seulement parce que c’était un ballon mais aussi à cause de sa couleur. Je me suis acheté un vélo de course rouge car c’était mon rêve. J’aime le rouge.

 

Pourquoi le rouge ?

Ca me fait du bien ; ça me rassure. C’est très vivant et ça éclate les yeux. L’orangé aussi ; toutes ces couleurs là. Mais pas plus le rouge que le bleu. J’aime la couleur en général, et l’effet qu’elle peut produire. Je constate avec mon travail sur les couleurs que les gens réagissent différemment si le tableau est orange, ou bleu. Ceux qui aiment le bleu ne sont pas forcément friands de l’orange et vice-versa. Les émotions ne sont pas les mêmes non plus. Une couleur c’est comme une note de musique que tu pousses le plus loin possible dans sa transmission d’émotion, d’affect, de joie, de tristesse ou de colère.  Peu de peintres ont travaillé sur une seule couleur. Il y a le fameux bleu Klein, le bleu de Matisse et la période bleue de Picasso. Et le noir de Soulage qu'il a appelé outre noir.

 

Miro aussi a pas mal travaillé sur le bleu !.

Oui. Des bleus avec des espèces de signes assez grands. Il a même donné aux gens une boisson à base de bleu de méthylène et le lendemain ils ont fait pipi bleu. En revanche, même si bien évidemment je ne connais pas toute l’histoire de la peinture, peu de peintres ont travaillé la couleur orange. Le peintre américain Rotko a fait quelques tableaux avec l’orange. Mais il ne me semble pas que des peintres ont fait une exposition consacrée à l’orange ; c’est inédit.

 

Chagall aussi est réputé pour son bleu !

Oui. Ce n’est pas de l’abstraction ; c’est plutôt un peintre figuratif. Le bleu est une couleur qui a été extrêmement utilisée. C’est une couleur courante, presque de base dans la mesure où l’on vit dans le bleu sauf la nuit. Presque tout le monde a du bleu dans sa tête. Ne serait-ce que d’observer combien les gens sont contents quand le ciel est bleu. Ca évoque forcément quelque chose d’agréable, d’émotionnel ; c’est sensitif.

 

Robert Ryman a fait des toiles blanches !

Oui, dans les années 70, en utilisant un blanc qui sort du tube. D’ailleurs à l’époque, cela avait créé une certaine polémique. Il y avait des gens qui pensaient que c’était vraiment se « foutre du monde », car il n’y avait rien. En outre, il a eu beaucoup de succès et a été acheté très cher. Des collectionneurs se sont arrachés ses tableaux. Personnellement, ça ne m’intéresse pas tellement d’avoir un tableau blanc chez moi, mais après tout chacun fait ce qu’il veut. Tout est possible dans l’art.

 

 

Chez vous quelles sont les couleurs dominantes ?

Je laisse blanc car je mets beaucoup de tableaux en particulier les miens que je fais tourner pour voir comment ils «  vivent ». Les tableaux sont faits pour aller dans les appartements. Non pas comme un objet de décoration, je n’aime pas trop cette expression mais je l’accepte, mais plus comme un objet d’affect. Souvent, les gens me disent j’ai un coup de cœur pour un de vos tableaux, je ne peux résister.

 

On ne résiste pas à un tableau comme on ne résiste pas à une femme !

Peut-être… C’est bien trouvé !...

 

Pour le bleu et l’orange avez-vous travaillé de la même manière ?

J’ai travaillé avec des aplats de couleur très lisses et aussi beaucoup de matière ou en confrontant une plage lisse et une plage de matière. Certains tableaux sont exclusivement faits avec beaucoup de matière, très en pâte qui tournent plutôt vers l’abstraction figurative et d’autres en correspondance sur du lisse.  L’intermédiaire existe aussi avec la moitié en matière et l’autre en lisse. Et j’ai fait la même chose avec les bleus. Tantôt au pinceau, tantôt au couteau à peindre qui ressemble à une petite truelle. Au départ l’on appelait cela un couteau à palettes, c’était destiné à mélanger les couleurs.

 

Pour la matière peut-on se servir aussi bien d’un pinceau que d’un couteau à peindre ?

La différence vient de la manière de le tenir mais on peut mettre beaucoup de pâte aussi sur le pinceau. Y aller de façon rapide, brutale, en jetée comme ça. Se servir du couteau représente un geste particulier et il faut apprendre à le manier. C’est un apprentissage, et l’on ne peut pas faire des tableaux sans avoir appris le maniement même de l’instrument. Le pinceau tout le monde sait comment cela marche. On en a tous fait  et d’une certaine façon c’est comme un crayon qui se termine différemment. Le geste n’est pas le même pour le couteau.

 

Vous dîtes que les gens ne réagissent pas de la même manière selon les couleurs. Et vous selon que vous travaillez sur du bleu ou sur l’orange ?

C’est un petit peu différent mais pas tant que cela en fait. Mon émotion est surtout concentrée sur le fait de peindre. Cela me procure une joie très forte, un stimuli émotionnel très puissant. Tout ce travail découle des souvenirs mon enfance. J’ai vécu dans une ferme au Nord de la France et mon terrain de jeu c’était les terres de mon père que je partageais avec mon frère. On sortait et l’on avait sous la main un champ immense. On s’en donnait à cœur joie tantôt dans la forêt, tantôt près d’une rivière ou d’un ruisseau. Chaque saison faisait naître une couleur, et je profitais des coquelicots, des marguerites, des champs de blé, des lilas de ma grand-mère. Des roses dans le jardin… J’ai aussi vécu sous la voûte du ciel. Et puis aussi les couleurs de la terre comme le marron. C’est aussi un thème que j’aimerais aborder ; ça s’appellera tout simplement « la terre ».

 

Quand vous peignez vous y allez au hasard ou vous savez déjà ce que va devenir le tableau ?

Cela dépend. Soit, je prévois déjà le tableau, ce qui est le plus facile. C’est génarelemnt ainsi que je travaille. Mais il m’est arrivé également pour cette série de ne pas vraiment savoir ce que j’allais faire. De commencer un fonds orange, de retravailler après et d’avancer au fur et à mesure un peu à l’aveuglette.

 

Pourquoi le bleu, pourquoi l’orange ?

Dans ma série d’avant « paysages improbables », j’avais remarqué que j’avais pris un grand soin à travailler sur le bleu et j’ai découvert la force de cette couleur. Et puis j’ai eu la chance d’aller en Grèce avec mes enfants, et là-bas j’ai vraiment été sous le charme du bleu très présent dans ce pays. Il y en a partout et des bleus très différents d’une pureté absolument incroyable. Des bleus un peu sombres, des bleus turquoise, des bleus indigos. Le bleu que j’ai utilisé ne sort pas directement du tube, et je me suis servi de plusieurs bleus. Et dans certains bleux, j’ai mis un tout petit de jaune ou de rouge. Très peu pour pas que cela se voit, mais en même temps cela se ressent. Quant à l’orange, ma décision vient d’une conversation avec mon galeriste. Il m’a demandé ce que j’allais faire après le bleu et spontanément j’ai parlé de l’orange de mes yeux. C’est l’orange que l’on voit lorsque l’on s’allonge au soleil en fermant les yeux. J’aimais cela et percevoir un orangé qui passe à travers la paupière. L’émotion de la découverte. Les oranges de mes tableaux se ressemblent tous mais n’ont pas du tout la même gamme.  Selon que j’ai mélangé avec plus ou moins de jaune ou plus ou moins de rouge. Le jaune est une couleur primaire mais à partir du moment où tu le mélanges avec une autre couleur, une couleur secondaire apparaît.

 

Combien de tableaux consacrés au bleu et à l’orange avez-vous fait ?

J’ai fait une cinquantaine sur le bleu et 20 sur l’orange. Faire toute une série sur la même couleur n’est pas si évident que cela car il ne faut pas répéter et arriver à faire émerger quelque chose d’émouvant, de sensationnel. . C’était une sorte de défi ; j’aime les challenges. Quasiment chaque tableau a un orange particulier. Je pars de différents jaunes, le jaune cadmium, le jaune citron, puis un jaune très clair et puis 3 ou 4 rouges, clairs, moyens, foncés.. Et tous ceux qui sont venus à la galerie ont trouvé mon travail très intéressant et très joli.

 

Vous avez peint un tableau avec des pétales, des confettis, des papillons !

Tout est sorti du tube sauf l’orange. Il y en a aussi un plutôt jaune orangé avec des tâches de couleur jaune orangé.

 

Dans quelle catégorie de peintres vous rangez-vous ?

Un peu entre l’abstrait et le figuratif. Quand on regarde mes tableaux, il y figure quand même quelque chose ; ce n’est pas complètement abstrait, mais ça touche malgré tout l’abstraction…

 

Y a-t-il des réflexions de gens à propos de vos tableaux qui vous ont plus spécialement marqué ?

Comme je suis un peintre minimaliste, la réflexion la plus désagréable même si ce n’est pas très méchant, c’est lorsque l’on me demande si mes tableaux sont finis et si je ne vais pas ajouter quelque chose. Par exemple sur ce tableau orange, j’ai mis juste un petit oiseau. Justement, je voulais qu’il soit tout seul. Mais ça dérange certaines personnes qui ont une vision assez classique de la peinture et tout à fait représentative de la vie réelle.

 

Comptez-vous dans les années futures continuer à vous consacrer à une seule couleur

C’est possible. Il y a deux couleurs qui m’intéressent tout particulièrement le vert que j’ai déjà pas mal travaillé et la couleur prune de l’aubergine. C’est un peu plus compliqué comme mélange, car il ne faut pas que ce soit triste. J’essaierai de faire comme Van Gogh qui avait réussi à trouver un joli ton…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

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