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dimanche, 01 août 2021

Docteur Caroline Agostini

photo journaliste.pngCaroline Agostini psychiatre au sein de l'établissement public de santé mentale, assure la présidence depuis 5 ans  de « Sport en tête «  organisme qui regroupe les associations sportives des établissements psychiatriques et des structures médicosociales.  Avec pour but de promouvoir le sport comme outil de soin en complément du traitement chimique. Caroline Agostini souhaite faire perdurer cette promotion de l’activité physique en santé mentale en faisant prendre conscience de son importance et en élaborant des projets de soin pour les patients.

 

Vous êtes présidente de « Sport en tête. ». Qu’est-ce exactement.

« Sport en tête » regroupe plus de 300 établissements à la fois médico sociaux et HP, avec aussi la Suisse, la Belgique, le Luxembourg. Certains m’ont fait venir, je suis allée à Marseille, Paris, en Bretagne. J’essaye quand les soignants m’appellent de valoriser tout cet aspect soin par le sport. On fait des assemblées générales et l’on peut rencontrer tous les soignants des hôpitaux de France. Récemment un soignant m’a dit : « Notre direction n’est pas du tout sensibilisée à cet aspect sportif, comment pouvez-vous nous aider. ? » Je suis assez ouverte et disponible pour aider et expliquer comment cela fonctionne. C’est juste un problème d’organisation… Actuellement « Sport en Tête » organise différents séjours thérapeutiques, un séjour ski, un séjour randonnée en Sologne, deux séjours multi sport dans le Sud de la France et le séjour voile en tête qui organise une régate. Généralement, à peu près 160 patients se regroupent sur l’eau pendant une semaine et vivent 24h/ 24 sur un habitable avec deux soignants et un skipper professionnel. La 1ère édition s’est déroulée en 1992 et après ont eu lieu des interventions dans des congrès et autres. 

 

A Caen avec la naissance du sport sur ordonnance plusieurs pathologies (troubles articulaires, diabète, obésité infantile) ont été mises en place dont la psychiatrie !

Depuis une dizaine d’années, j’ai commencé à développer l’activité physique en santé mentale au niveau de l’hôpital en lien avec la ville et nous sommes les pionniers en matière de psychiatrie. Un soignant et un éducateur sportif participaient aux activités mises en place.  Lorsque la nouvelle municipalité a décidé d’instaurer le sport sur ordonnance, ils ont fait appel à nous étant donné que l’on travaillait déjà ensemble et que cette collaboration fonctionnait bien. Ce sont à la fois des médecins généralistes et des psychiatres qui prescrivent. Une fois que le patient est stabilisé et qu’il sort de l’hôpital, il peut accéder au sport sur ordonnance. L’idée c’est qu’une fois sorti, le sport fasse partie de son quotidien. Qu’il intègre un club de la ville tout en étant accompagné ou bien directement en lien avec nous. Mais si l’on sent que le patient a encore besoin d’être soutenu, on passe par le tremplin du sport sur ordonnance. Et inversement si en ville, ils ont des patients qu’ils estiment un peu trop fragiles, ils nous les renvoient.

 

                                Un matériel sportif  très adapté

On a la chance d’avoir un gymnase à l’intérieur de l’hôpital et à notre disposition plusieurs structures de la ville de Caen. Une salle de gym avec un éducateur, un vélodrome avec un formateur, une piscine. Nous avons entre 18 à 20 activités par semaine à proposer et les clubs privés de la ville viennent vers nous. On a eu un cycle zumba qui a très bien fonctionné et les patients nous demandent de le refaire.   Egalement au programme un cycle marche nordique animé par un éducateur du Caen Athlétique Club.  Il existe un véritable échange entre la ville de Caen et l’établissement public de santé mentale l’EPSM.  

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Comment avez-vous eu l’idée de concilier sport et psychiatrie ?

Lorsque l’on se dépense physiquement, on se sent mieux et je m’étais dit que mes patients pouvaient tout à fait se situer dans cette logique là. En les voyant assis sur une chaise à regarder le temps qui passe, à prendre du poids avec les neuroleptiques, être atteints de syndromes métaboliques, je souhaitais vivement trouver les moyens de mettre en place des exercices physiques. Etant donné leur sédentarité, leurs facteurs de risque cardio-vasculaire, nos patients ont une durée de vie de 15 à 20 ans de moins que la population générale. Il fallait trouver un palliatif à cette mortalité prématurée. 

 

Certains patients doivent sûrement rechigner à faire du sport ?

Oui, mais notre intérêt à nous c’est d’arriver à les persuader, avec un entretien et une recherche commune de notion de plaisir sportif éprouvé dans leur enfance. Même un patient non sportif, il est possible de le faire bouger. On va le faire marcher, lui fixer des objectifs très simples au début, lui redonner confiance en lui, et lui faire prendre conscience petit à petit qu’il fait déjà de l’activité physique quand par exemple, il ouvre ses volets. Lui enlever les idées erronées et oublier la recherche de performance. On peut aussi le motiver en disant « Vous venez à la consultation, vous vous arrêtez à l’arrêt de bus précédent et vous finissez à pied. On commence tout doucement et puis petit à petit on augmente l’intensité pour arriver à ce qu’il fasse du vélo, du tennis. Certains patients à la recherche de compétition viennent uniquement lorsque l’on organise des tournois ou des séjours.  On essaye d’organiser des séances 2 fois par semaine minimum. Après, si le patient est demandeur, on augmente.

           

             Des possibilités de réduire les traitements

 

On essaye de mettre en place les 150 mn recommandées de façon hebdomadaire. Si le patient n’est pas stabilisé, on s’en occupe pareillement. Mais on ne va pas le faire sortir tout de suite à l’extérieur. Ill vient dans le service et l’on met en place dès le premier jour des activités très courtes au départ de manière individuelle. On a des médecins somaticiens  qui nous font un certificat de non contre-indication et les patients démarrent tout de suite. On fait des évaluations individuelles avant de les intégrer à un groupe et des plaquettes leur expliquent bien les choses. Je suis en train de travailler avec la haute autorité de santé pour faire des fiches patients, afin de se rendre compte des bienfaits à long terme de l’activité physique. Des initiatives peuvent être prises au niveau des anxiolytiques avec réduction mais pas de manière systématique. C’est au cas par cas. En tout cas après des séjours comme la voile, on a vu des patients ne plus prendre de médicaments pour dormir…

 

Existe-t-il une complémentarité au niveau du cerveau entre sport et médicaments ?

L’activité physique qui donne cette sensation de bien-être et qui englobe une sécrétion d’endorphines et de sérotonine implique une diminution des syndromes dépressifs, du stress avec moins de sécrétion de cortisol, et une amélioration de la qualité du sommeil. Les antidépresseurs par exemple augmentent également la sécrétion de sérotonine. Mais avec l’activité physique, cela se déroule de façon physiologique. En fait, d’après les études en cours, des effets immunologiques entraîneraient ces résultats. Depuis 5,6 ans beaucoup d’informations circulent sur les recherches concernant l’activité physique, les recommandations, les effets immédiats, à long terme et sur ce qui se passe au niveau biologique, neurologique. On s’aperçoit qu’il existe une diminution de la neuro-inflammation avec une amélioration de la plasticité cérébrale jouant sur la mémoire et un effet protecteur sur les maladies neuro dégénératives. Au long cours, cela prévient également les risques de rechute d’un syndrome dépressif. Important aussi pour éliminer les médicaments avec une augmentation de la fréquence cardiaque respiratoire.

 

Y a-t-il des pathologies où le sport joue plus que pour d’autres ?

Non c’est pour tout le monde pareil. L’idée c’est que ça reste dans les habitudes de vie et que ce soit un plaisir. C’est vraiment important car si le patient vit l’activité physique comme une contrainte, l’impact sur la santé mentale sera réduit avec risque d’abandon. Or pour que ce soit efficace, il faut une régularité. C’est surtout le degré d’intensité qui compte. Et bien évidemment, on ne va pas faire faire un sport de combat à une personne agressive qui décompense. Un patient suicidaire ne va pas faire de l’escalade ou du parachutisme. On adapte également l’intensité à l’antériorité de la pratique des patients.  J’en ai vu qui arrivent complètement pragmatiques, la raquette qui traîne en disant « Qu’est-ce que je fais là ? Or, une fois qu’ils sont sur le terrain, qu’il se mettent à jouer au badminton ; ce ne sont plus du tout les mêmes personnes. Je me disais « Ils ne vont pas revenir », et bien si. Mais un accompagnement est nécessaire. C’est ce sur quoi l'on insiste lorsque d’autres hôpitaux nous appellent pour savoir un peu comment se structurer et mettre en place des activités physiques.  Avec un duo soignant et éducateur sportif diplômés. C’est très valorisant qu’une personne qui ne soit pas dans le milieu soignant s’intéresse à la situation et l’intervention d’un soignant est très sécurisante pour l’éducateur sportif et pour le patient... Souvent l’argument qui revient pour éviter de bouger c’est « Vous avez vu le traitement que j’ai « et je leur dis « On va essayer, vous allez voir que cela n’aura pas d’impact ». Une fois qu’ils sont accompagnés, mobilisés, je peux vous dire que je n’entends plus cette excuse. Si des patients arrêtent et rechutent, ce n’est pas grave, je ne lâche pas l’affaire. On a un gros travail de phoning avec les soignants de façon hebdomadaire, on fait un point et quand on a appelé deux fois un malade et qu’il ne vient pas un mail est adressé aux confrères en disant « attention, il décroche, il faut nous le renvoyer, que l’on fasse le point avec lui »…

 

Pour moins fumer et ne pas trop grossir,  "bouger" a aussi son efficacité !

Oui, cela joue justement sur les risques de facteurs cardio-vasculaires. Comme nos patients fument beaucoup, effectivement c’est aussi un argument de dire «  Faites de l’activité physique » et l'on essaye par la même occasion de diminuer un peu le tabac. Je ne leur dis pas « arrêtez tout de suite « avec le côté rabat-joie, je ne suis pas là pour ça, mais par contre j’arrive à leur faire accepter d’oublier la cigarette pendant la séance. C’est une de moins, et comme une petite victoire. Tout est bon pour encourager le patient. Je ne leur dis pas « Vous allez perdre du poids car on s’est aperçu qu’ils viennent  faire du sport pour perdre des kilos ».  Je leur explique qu’ils ne vont pas maigrir dans la semaine, que cella ne fonctionne pas ainsi mais qu’ils vont se raffermir. Et dans un 2ème temps on fait une enquête nutritionnelle. Souvent mes patients viennent avec deux bouteilles de coca dans leur sac et on je leur explique qu’avant de faire du sport pour perdre du poids, il faudrait déjà revoir leur alimentation et tout ce qui gravite autour.… On fait un état des lieux, on parle des repas qu’ils doivent faire, ne pas faire. En fait, les neuroleptiques provoquent une appétence pour le sucre et on leur explique. On essaye d’être acteur aussi des soins…

 

Comment gérez-vous le Covid ?

Durant les confinements, je me suis battue pour laisser le service ouvert. On a adapté nos pratiques pour que les patients essentiellement hospitalisés puissent en bénéficier puisqu’en ville tout était fermé. Cela avait lieu tous les jours et  ce fut très bénéfique au sein des services…

 

Que souhaitez-vous comme améliorations ?

Dans les hôpitaux, la priorité n’est pas l’activité physique et il faudrait que cette notion de soin rentre dans les moeurs. Mais au niveau de la faculté les jeunes médecins en entendent parler. Et puis la Haute Autorité de santé est en train de travailler dessus. C’est maintenant reconnu et lors de l’interrogatoire on va de plus en plus demander au patient s’il fait du sport au même titre que s’il boit ou fume…

 

Agnès Figueras-Lenattier

13:08 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)

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