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samedi, 19 novembre 2022

Saint-Anne

Voilà mon témoignage concernant mes hospitalisations en hôpital psychiatrique. Je l'ai écrit d'un seul jet et sans doute n'est-ce pas totalement dans l'odre. Mais c'est du vécu et authentique : 

Quand j’ai été hospitalisée, on m’a donné cinq ampoules d’haldol et à chaque fois que je faisais un pas, je m’écroulais tellement j’étais gavée de médicaments. J’en ai parlé à mon généraliste qui m’a dit que c’était habituel et que cela était destiné à soulager le patient. Drôle de soulagement, ne trouvez-vous pas ! N’y a-t-il pas un moyen plus humain et plus agréable pour le patient. Je vous laisse réfléchir. Quoi qu’il en soit, avec une telle dose, c’est difficile de s’en sortir car une fois habituée au traitement on est comme un zombie qui passe son temps au lit et qui est inerte. On ne ressent plus rien du tout, on est complètement bloqué au niveau des neurones donc comment évoluer, comment faire en sorte que le cerveau puisse petit à petit agir et penser par lui-même . On est lobotomisé, on n’a plus aucune libido ce qui est bien triste et bien déprimant et on est auréolé d’effets secondaires avec bouche pâteuse à ne presque plus pouvoir parler, avec impatiences très difficiles à supporter, et un état de fatigue incroyable sans plus aucune force. J’ai perdu plein de dents, j’avais la vue très floue, elle est en train de revenir mais elle fluctue encore selon ma forme.  Comme soulagement vous repasserez. En plus, on prend plein de kilos, moi ça se situait au niveau du haut des cuisses. C’est très joli n’est-ce pas, on se sent vraiment séduisante … On se met à fumer tellement on glande et quand on sort de l’hôpital on est complètement déphasé et il faut un bon moment avant de se réaclimater à la réalité. Pas de sport alors que c’est le meilleur médicament contre les maux psychiques. Bref comment voulez-vous vous sortir de ce magma, de ce bourbier putride et malsain.  On ne peut que s’engluer et rester comme ça toute la vie. Vous parlez d’une vie… D’autant plus qu’on vous dit que vous ne guérirez jamais, que vous êtes condamné non pas à la peine de mort, mais en fait si d’un certain côté.

Pour arriver à descendre un peu le traitement c’est toute une histoire. On vous persuade que vous allez rechuter, on vous conditionne dans la dépendance et l’inertie, on ne vous encourage à aucune évolution. On vous laisse vous enfoncer, or le but d’un psychiatre n’est-il pas de faire réfléchir son patient pour qu’il aille mieux et pour qu’il en arrive même à se passer de lui ! C’est l’idéal mais même si beaucoup n’arrivent pas à ce résultat, au moins qu’ils puissent progresser plus ou moins en fonction de leurs capacités et qu’ils aient une vie acceptable , qu’ils puissent même retravailler si besoin est, ou avoir des activités physiques ou artistiques et se faire plaisir. Or c’est tout sauf le cas…

Quant aux entretiens ils sont nuls en HP et également au CMP. Ils ne consistent qu’à renouveler le traitement et c’est tout. Bref la nullité la plus totale. Même chose pour les ateliers thérapeutiques . Les patients sont dans un tel état que ces ateliers leur font à peine quelque chose donc difficile de créer. Il y en a peut-être qui y arrivent mais c’est sûrement très rare. J’aimerais bien savoir où en étaient ceux dont les œuvres picturales constituent le musée de l’hôpital.

Est-ce réjouissant d’observer dans les couloirs des êtres réduits à des légumes. Il y a des exceptions bien évidemment avec des gens qui vont mieux. Mais ils sont sûrement atteints de petites dépressions ou autres. Mais pour les schizophrènes, les névrosés, les psychotiques, c’est un autre problème.  Voyez, j’en avais tellement marre d’être ainsi réduite, que j’ ai fait au moins trois tentatives de suicide. Et j’étais mieux avant d’arriver à l’hôpital. J’étais dans un drôle d’état mais au moins je vivais, j’avais des sensations, je pouvais pleurer ce qui n’ était plus possible avec une telle dose. Or pleurer n’est-ce pas une bonne chose, bien sûr que si… Mon état n’a fait qu’empirer et j’ai vécu un vrai cauchemar passant pendant 25 ans de ma vie d’un hôpital à un autre. 

Comment aussi peut-on priver quelqu’un qui faisait 2 heures de sport à rien. C’est complètement inconscient et tout sauf digne d’un bon médecin. Ce n’est pas étonnant que je me sois trouvée si mal, comme un lion en cage , totalement mal à l’aise et pire que mal dans sa peau.  Pour moi c’était vraiment les camps de concentration, et j’ai été réellement torturée. On est comme des numéros, et l’on a aucune dignité. Et si on a le malheur de revendiquer ça peut aller jusqu’à la camisole de force. D’ailleurs par moment c’est comme si j’étais attachée, comme si je ne pouvais plus faire aucun mouvement, comme si j’étais enchaînée sans aucune liberté de mouvement.  D’accord j’ai été hospitalisée d’office par ma mère , mais ce n’est pas une raison pour traiter le patient comme du bétail. Et encore les animaux au moins sont libres et peuvent gambader dans la nature et vivre , ce que j’appelle vivre.  Nous sommes des êtres humains traités comme des pestiférés, on dirait qu’on a la gale. On dirait que c’est contagieux, ce qui n’est pas du tout le cas et on n’est absolument pas respecté en tant qu’être humain.  Ca m’amuse maintenant car il y a une charte affichée au mur qui dit justement qu’il faut respecter l’être humain en tant que patient. Ca me fait doucement rire…

Je le disais plus aucune émotion. Quand mon père est mort, j’étais tellement imbibée que je n’ai rien ressenti. Ma fille était vivante et c’était comme si elle n’existait pas. C’est à peine si je ressentais quelque chose pour elle. Quand elle venait me voir, j’avais le sentiment qu’on guidait mon attitude envers elle, c’était horrible. On est vraiment des morts vivants au service de bourreaux qui font de vous ce qu’ils veulent, et ne sont aucunement conscients de ce qu’ils font. Qui ne connaissent rien aux médicaments qu’ils donnent et qui prescrivent de manière systématique sans tenir compte de l’histoire du patient. Or c’est le B à Ba pour soigner. En plus, c’est connu certains médicaments donnent envie de se suicider, d’autres jouent sur la mémoire, peuvent donner alzheimer et j’en passe et des meilleurs…

Au début, on est privé de sortie et de visite pour bien s’enfoncer dans la solitude et la déprime. On est puni comme si c’était honteux d’être malade, comme si c’était un péché… Il faudrait que ce soit le contraire, que l’on puisse être soigné dans le plus de gaité possible alors que là c’est le contraire. Bref, tout est à revoir.

On n’a pas la possibilité de discuter du traitement, d’évaluer ensemble ce que l’on pourrait faire pour aller mieux. On vous donne sans votre accord un tas de médicaments, on vous gave comme des oies sans que l’on puisse dire quoi que ce soit. Et une fois que c’est fait, on est piégé…

Agnès Figueras-Lenattier 

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