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lundi, 19 octobre 2020

Annie Vergne

La Parure sortie des loges-1.jpgAnnie Vergne

Annie Vergne comédienne, metteur en scène est directrice du théâtre " Le Guichet Montparnasse" depuis 1986. Au sein de ce lieu qu'elle appelle " sa boîte à bijoux", les spectacles ne durent pas plus d'une heure 15 et restent à l'affiche environ 2,3 mois. Il existe les créations de la propre compagnie du Théâtre avec 4 personnes régulières et les spectacles extérieurs provenant de troupes fidèles qui reviennent chaque année. Ecoutons Annie Vergne femme souriante et passionnée nous parler de cet endroit où règne une belle atmosphère…

 

 

Vous êtes directrice du théâtre "Le Guichet Montparnasse depuis 1986. Quelle évolution s'est effectuée depuis toutes ces années?

Chose certaine en tout cas, lorsque nous avons débuté avec Alain Vérane, nous voulions faire du théâtre. Un théâtre qui touche au cœur englobant un jeu naturel afin que le public ressente l'émotion que l'on va lui donner. C'est la raison pour laquelle lorsque l'on observe la salle, on s'aperçoit que l'espace réservé aux acteurs est aussi grand voir plus que l'espace réservé aux spectateurs. Or au départ, c'était une petite scène en fond de salle qui devait faire 1 mètre de large et qui était rehaussée. Des seuls en scène pouvaient se produire mais théâtralisés et il n'était pas question d'en faire un café théâtre très à la mode à l'époque. Notre idée était de découvrir de nouveaux auteurs de talent qui avaient parfois du mal à trouver où s'exprimer et puis de monter également des pièces classiques. Enfin tout le répertoire et toute la création du théâtre. Nous n'avons pas dérogé à cette règle même si des spectacles musicaux sont venus s'ajouter par la suite mais toujours théâtralisés. C'est la base.

 

Sur quels critères choisissiez-vous les spectacles?

Soit sur la lecture d'un texte si c'était une création d'auteurs contemporains, soit d'après des auditions si les auteurs étaient déjà consacrés. Nous parlions avec les metteurs en scène et notre intuition nous guidait aussi. Et petit à petit ce lieu est devenu cette pépinière magique qui est là maintenant, et qui a fait un bon bout de chemin. Elle a trouvé son public de quartier mais est aussi ouverte sur l'extérieur. Actuellement, nous avons d'un côté nos propres spectacles créés par la compagnie du Guichet Montparnasse et de l'autre côté des pièces que nous accueillons…

 

Quels sont les éléments d'un spectacle qui peuvent entraîner une non sélection de votre part?

Par exemple, nous n'acceptons pas la vulgarité. Par contre l'humour oui mais intelligent. C'est assez cosmopolite, et l'on peut recevoir des comédies, des drames, des comédies dramatiques. Mais il faut toujours que ce soit un spectacle qui ait du sens et qui soit vraiment du théâtre.

 

La scène n'est pas très grande ce qui suppose une manière différente de faire du théâtre par rapport à un grand lieu!

C'est vrai et cela tombe très bien car je prône des spectacles où le texte et l'acteur suffisent, un peu à la manière de Jean Vilar. Un rideau noir, un texte, un acteur si les deux sont bons, c'est ça la vraie magie du théâtre. Pas besoin d'avoir dix mille décors; on peut suggérer plus qu'imposer. La part de l'imaginaire reste essentielle au théâtre; c'est le plus important pour moi. En revanche, je trouve que les éclairages constituent de vrais éléments de décors. On peut créer des espaces, des lieux, des modifications de décor grâce à des changements d'éclairage. Ici, on est très bien équipé sur ce plan là…

 

C'est justement ce qui ressort dans " La Parure" une nouvelle de Maupassant que vous avez adaptée et que vous interprétez! Pas de belle robe, pas de beau collier mais on l'imagine bien.

En tout cas c'est ce que l'on a voulu faire avec Isabelle Delage qui a fait la mise en scène. J'aime beaucoup cette nouvelle. Je l'ai lue, relue, et elle m'accompagne depuis toujours. Elle est tellement porteuse d'actualité, c'est l'être et le paraître avec le paraître qui l'emporte sur l'être. Elle se lit en 10 minutes et je l'ai agrandie pour en faire une pièce de théâtre avec des changements de lieux. J'y ai introduit un morceau d'une autre nouvelle de Maupassant qui se trouve dans le même recueil " Le bonheur" pour rendre l'héroïne peut-être plus humaine. Et pour qu'elle se rende compte que l'amour que lui a donné son mari est plus fort que l'argent, que le luxe dont elle a toujours rêvé. J'ai glissé cet extrait à la fin du spectacle, au moment où sa vie bascule, lorsqu'elle et son mari tombent dans la misère. Son mari va tomber très malade et elle va se rendre compte de tout ce qu'il a fait pour elle et de la puissance de son amour…

 

La musique est également présente!

J'ai mis la valse de Vienne de Strauss pour le bal et puis Rachmaninov pour les passages où elle va peiner… Je mets de la musique dans tous mes spectacles. Pour moi, cela fait partie intégrante de la mise en scène; ça donne une ambiance, un univers et ça crée aussi des temps, des moments. Un projecteur qui arrive, une musique dessus, un comédien qui montre une émotion, cet ensemble donne au spectateur une émotion encore plus forte…

 

Lorsque vous avez adapté cette nouvelle, avez-vous pensé à ce qu'aurait pu ressentir Maupassant?

Je pense beaucoup à lui, c'est un auteur que j'aime depuis toujours et j'ai lu beaucoup de choses sur lui. Sachez que c'est mon voisin; il est enterré au cimetière du Montparnasse. Je suis allée lui faire un petit coucou au moment où j'ai commencé l'adaptation. Nous avons échangé quelques mots enfin surtout moi, car il ne m'a pas répondu. Mais je lui ai dit quelles étaient mes intentions et comme il ne me disait pas non, j'ai pensé que c'était sûrement oui.   Là je travaille sur son roman " Une vie". Après avoir élargi une nouvelle ( La parure) , je vais réduire un roman… J'ai commencé à travailler la mise en scène, le texte sur plateau et je me dis c'est merveilleux comme il comprend les femmes.

 

Vous jouez aussi le personnage d'Olympe de Gouges!

J'ai écrit la pièce à 4 mains avec Clarissa Palmer qui a soutenu une thèse sur elle et je souhaitais vraiment la faire connaître. Elle est un peu moins méconnue, mais on ne la connaît pas encore vraiment bien. Elle mérite qu'on la découvre et que l'on reconnaisse tout ce qu'elle a fait pour les femmes. C'était une féministe doublée d'une humaniste. Elle s'est entres autres battue pour que les femmes puissent accoucher sans être avec les lépreux et a demandé qu'elles ne soient plus laissées sans rien. Il fallait que le mari ayant abandonnée sa femme assure avec les enfants, et qu'elle ne se retrouve pas dans la disette ce qui était le cas à l'époque. Elle a aussi demandé la fin de l'esclavage, a lutté contre la peine de mort et a vraiment œuvré pour l'humanité. Elle a plaidé en faveur de causes vraiment importantes et dans la mise en scène nous avons fait en sorte de montrer que beaucoup de choses restaient encore à faire.

 

Quelle est l'histoire?

Un jeune homme soutient une thèse sur le droit de la femme surtout pour faire plaisir à sa petite amie assez féministe. Va alors survenir dans son imaginaire une Olympe de Gouges virtuelle qui va lui ouvrir la porte sur le XVIIIè siècle. Olympe va lui apparaître en costume chez elle dans son bureau face à ses combats en train de coller des affiches en rapport avec les causes qu'elle défend. Moi je suis la porte qui permet de voir aujourd'hui et hier. Je suis Olympe qui vient voir ce qui se passe au XXIè siècle et qui parle avec ce jeune homme au moyen d' un langage contemporain tout en ayant un vocabulaire élégant…

 

Vous avez aussi un troisième rôle celui d'une voyante dans un polar intitulé " Une ombre dans la nuit" qui raconte l'histoire de Madame Brehant dont le fils a été tué. Elle veut savoir qui… Jouer trois personnages à la fois dans la même semaine n'est-ce pas trop prenant dans la vie privée?

Non, ça va. Il y a le moment où l'on retrouve les personnages dans la loge, mais le reste du temps on s'en éloigne. Mais c'est vrai que je les aime. Olympe de Gouges, je l'adore. C'est une femme absolument merveilleuse à qui je pense beaucoup. J'avoue que je vis un peu avec elle quand même. Elle m'aide parfois dans ma façon d'agir. Ainsi, j'ai acheté une pivoine que j'ai appelée Olympe. Je l'ai mise dans mon jardin et vais la voir souvent. C'est comme une sorte de modèle, mais je fais bien la distanciation entre ma vie privée et le moment où j'arrive sur scène…

 

Pour vous le théâtre peut-il servir de thérapie? Ainsi si l'on a un coup de cafard avant de jouer cela permet-il d'aller mieux après?

Cela peut effectivement aider à sortir d'un état morose. Lorsque l'on joue on ne pense pas à autre chose, et le fait de jouer d'autres personnages permet de sortir de la réalité. C'est très étrange le théâtre car quand on est sur scène ou oublie tout. Ainsi si l'on avait mal au dos ou aux reins avant, la douleur passe en jouant. Elle reprend quand c'est terminé, mais pendant ce temps magique, on ne ressent rien du tout.

 

Qu'est-ce qui vous importe le plus en tant que metteur en scène?

C'est de donner au spectateur ce qu'il ne voit pas, stimuler son imagination. Le plus beau compliment que l'on puisse me faire à propos d'une mise en scène ou d'une interprétation c'est de me dire " J'ai vu où vous étiez, sur un pont, là j'ai vu une ombre dans la nuit." Lorsque je joue dans une pièce que je mets en scène, je prends toujours un assistant ou une assistante. J'ai besoin d'un regard extérieur. Pour moi le regard du public que nous renvoie le metteur en scène a son importance.

 

Et quand on vous dirige en tant que comédienne ?

Ce n'est pas facile tout le temps; je reconnais et il doit régner une certaine complicité. Il faut que le metteur en scène trouve la manière de faire comprendre l'intérêt de ce qu'il propose. S'il me dit " Si tu fais ça, tu ressentiras telle et telle chose ce qui te permettra d'avoir ce geste là. Dans ces cas là, je m'engage tout de suite. Parfois, il m'arrive de proposer quelque chose. Et si mon idée séduit, on l'affine par la suite. Tout va se passer en très grande complicité; il n'y a que comme ça que ça fonctionne.

 

Si vous deviez revivre, choisiriez-vous la même vie?
Oh oui, je fais un métier passion, et jamais je n'ai été victime de la saturation. Jamais je ne me suis dit " Oh là là , je n'ai pas envie d'aller jouer…" Et puis j'ai été gâtée et j'ai eu la chance de défendre de jolis rôles que ce soit lors de pièces contemporaines ou classiques. En outre, je me sens très bien dans mon théâtre, et je suis libre. Je suis vraiment heureuse… Mais malheureusement avec le couvre-feu, un coup dur nous est tombé sur la tête et l'on est tous démoralisés. On est obligés d'annuler les spectacles qui se jouent à 20h30 et pour ceux de 19h c'est vraiment juste. Tout dépend où l'on habite et j'espère que l'on aura droit à des dérogations. On va regrouper les spectacles le samedi après-midi et en mettre davantage le dimanche.   Mais cela fait énormément de spectacles qui vont suivre et pour les personnes de l'accueil qui vont gérer, cela ne va pas être simple. Mais c'est la seule solution car si l'on annule on ne peut plus payer le loyer et on sera menacé de faillite. Je pense que beaucoup de théâtres sont dans le même cas. Je veux bien comprendre qu'il faille faire attention, mais c'est ce que l'on fait. On nettoie les banquettes entre chaque spectacle, et le protocole sanitaire est respecté à 100%. On est pénalisé car ce n'est pas dans les théâtres que se déclarent les clusters. D'ailleurs je crois que c'est Jean Castex qui a déclaré " allez au théâtre, vous n'y risquez rien". Je l'ai entendu de mes propres oreilles et il change d'avis comme de chemise. C'est un peu abusif…

 

Et avec le confinement du mois de mars avez-vous été bien indemnisés?

Je vais parler de tout ce que l'on n'a pas eu avec beaucoup de promesses et peu de choses enclenchées. On a eu une aide du Conseil régional qui a beaucoup aidé pour le personnel et de petites aides de 1500 euros de mars à juin. Il devait y avoir une prolongation pour la culture, or c'est bloqué. Nous n'avons rien eu en juillet et en août et pourtant j'ai réclamé. En effet, notre chiffre d'affaires concernant juillet et août 2020 est inférieur de plus de la moitié de celui de 2019 et nous y avons donc droit. Je suis vraiment furieuse car je n'ai aucune réponse suite aux nombreuses réclamations que j'ai faites par mail. C'est comme si nous n'existions pas. Il y a de grosses lacunes et nous sommes parfois un peu lâchés…

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

14:15 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)

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