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mardi, 13 juillet 2021

Gerard BÉNECH

" la chute"," chirac" spectacles en cours" La chute", " Chirac" spectacles en cours" La chute", " Chirac" spectacles en coursOrganiste, co-auteur, metteur en scène, Gérard Benech a adapté et mis en scène deux spectacles en cours en ce moment au théâtre de la Contrescarpe. L’un est basé sur le livre de Camus «  La chute » et l’autre évoque la personnalité de Chirac. Dans cet entretien, il explique sa manière de travailler…

 

 Vous dites préférez chercher la théâtralité dans un texte plutôt que de mettre en scène un écrit déjà crée pour le théâtre. Qu’est-ce qui vous a paru digne de théâtralité  dans «  La chute » de Camus ?

L’on trouve forcément quelque chose de l’ordre du théâtre dans ce personnage de Jean Baptiste Clamence qui s’adresse à cet autre que l’on ne voit pas mais qui dialogue avec lui. Même s’il a vraiment la main sur ce dialogue, le texte fait vraiment exister cet autre. Ce point de départ dramaturgique me semblait très intéressant théâtralement pour le spectateur. De plus, cela ne ressemble en rien  à ce que Camus a pu écrire pour le théâtre qui bien que formidable est très inscrit formellement dans son temps. M’approprier un texte comme « La chute » me donne davantage de liberté car je peux réellement  construire une dramaturgie autour…

 

Comment s’est déroulée l’adaptation ?
Elle s’est faite avec Stanislas de la Touche, comédien de la pièce avec qui je travaille depuis 12 ans. On conçoit les spectacles ensemble, c’est un vrai partenariat. Auparavant, l’ on a construit des spectacles autour de Ferdinand Céline , Albert Camus, Maurice Genevoix.  Pour « La chute », l’on s’est basé sur une adaptation que Stanislas de la Touche avait interprété d’après une autre mise en scène en conservant le principe  des 6 journées qui composent le texte. Parfois celui-ci est  très discursif et lui rendre un rythme a  fait partie de notre travail. On a fait en sorte de privilégier ce qui est davantage porteur d’action plutôt que de la pure réflexion théorique. La vision de Camus qui fait naître l’ironie du personnage est très marquante, très actuelle et très intéressante à faire résonner actuellement. Comme un regard désabusé sur le monde mais écrit avec élégance et sans amertume. A la fin, Jean-Baptiste Clamence plonge dans une forme de folie et devient un homme  revenu de tout qui rit et qui nous le fait partager sur un mode ironique.

 

 

Le texte de Camus est-il totalement respecté ?

On a voulu garder le texte dans l’ordre à part ce récit du pont que l’on retrouve à plusieurs endroits du texte et qui selon moi constitue le noyau dur du spectacle. Je l’ai mis au début, et je le remets plus tard pour montrer que c’est vraiment le point d’appui. Mon idée était à travers ce récit fondateur de la problématique du personnage, de construire un individu au profil d’exilé, un peu décadent qui règle une affaire personnelle autour de cette histoire dont il est victime et qui déclenche tout.  Se profile une espèce d’auto-analyse, d’introspection par le biais d’accessoires comme un magnétophone et une machine à écrire. L’auteur écrit l’histoire et en même temps la raconte. Il règne une sorte de parallèle, un va et vient entre ce qui pourrait représenter ce bar situé à Amsterdam représenté par univers sonore d’un côté et un univers visuel de l’autre qui représente l’intimité de sa petite chambre. Des bruits de porte se font entendre et j’ai essayé d’imaginer un lieu dans lequel il revient doté de cette volonté de creuser cette histoire qui lui est arrivée.

 

On sent une progression  jusqu’à la présence  d’une certaine folie !

Oui mais cette folie est assez mystérieuse, peu classique et ne ressemble pas à un état de folie que l’ on peut observer habituellement  dans certaines pièces. Ce sont plus des accès de folie  qui constituent ce que Camus  appelle «  La chute ». Lorsque la chute survient le matin et qu’il erre avec l’impression de régner sur le monde, quelque chose qui dépasse la normalité se met en place. Il est habité par une espèce d’épiphanie, mais on comprend que passé ce moment là, il va revenir à ce qu’il est véritablement . On a essayé de représenter cet état par vagues avec un certain lâcher-prise, une certaine folie et un retour à la normale. En fait, selon moi tout est contrôlé…

 

Dans ce spectacle, il existe  un gros travail sur le corps !

Oui c’est important pour ce comédien qui aime beaucoup aborder tous les rôles du point de vue du corps, du physique. Il a été formé au théâtre physique et pour lui c’est primordial de ressentir le texte à travers l’énergie du corps. Je trouve d’ailleurs cela assez juste s’agissant du personnage tel qu’il se décrit souvent c’est-à-dire comme un danseur. Et puis c’est Camus, "le danseur". Quelqu’un qui est dans le sport, la danse, la séduction. Dans ce sens là, c’est un peu l’anti-Sartre. Il assume son corps, en jouit. Le personnage est donc le reflet de la personnalité de Camus et se décrit lui-même comme un ex séducteur, un homme qui possède les preuves de ce qu’il avance. C’est ce sur quoi nous avons voulu insister…

 

Vous avez  recours à beaucoup d’accessoires ?

Comme je l’ai dit le magnétophone et la machine à écrire sont là pour raconter ce travail d’introspection racontée visuellement et aussi gestuellement. Mettre sous différentes formes cette expérience avant qu’elle ne devienne un texte nous a paru important. C’est un souvenir, une parole qui devient une parole enregistrée, un texte tapé que l’on réécoute, que l’on enregistre. Le miroir a un rôle un peu différent.. Il raconte aussi cette 2ème dimension, celle de la folie du personnage, ce dédoublement. Le personnage se regarde au début pendant un bon moment. Un moment de surprise se profile lorsque l’image apparaît progressivement dans le miroir. C’est vraiment l’idée de son inconscient qui se matérialise derrière lui, ce personnage moqueur, errant. Une sorte de conscience sans morale juste là pour rire encore plus fort que ce dont il rit lui-même. Quant au mannequin, il signifie l’image de cette femme habillée en noir qui porte son propre deuil.  Elle est  là pendant le spectacle comme une espèce de statue qui se rappelle au bon souvenir de cet homme qui n’a rien fait pour la sauver…  A la fin, il va vers elle à nouveau avec ce dernier rappel de la scène du pont.

 

La musique est très présente !

Avant l’ouverture du « Hollandais volant » de Wagner, on trouve l’histoire de la Hollande, du navire. Une belle illustration thématique à laquelle il  me plaisait bien de penser . Existe aussi cette puissance épique contenue dans cette ouverture évoquant le retour de cette vision du point noir sur la mer, cette culpabilité qui le poursuit. Je trouvais que cette musique méritait de porter tout le lyrisme contenu dans ce texte. On entend aussi des musiques que j’ai créées moi-même, des effets sonores très contemporains. Et puis des emprunts musicaux avec « Le tombeau des regrets » de Sainte Colombe et  la viole de gambe. Puis pour finir «  Les pas sur le neige » de Debussy. Je mets du son dans tous mes spectacles. Pas forcément de la musique en tant que telle mais des bruits. Dans le dernier spectacle que j’avais fait sur Céline, j’ai utilisé « Les vexations «  de Satie comme un leit motiv qui revient. Avec une bande son très chargée mais réaliste sur l’univers de la maison de Céline. Les danseuses en haut, les chiens qui aboient...

 

Lorsque vous avez adapté le film de Ken Loach " Moi, Daniel Blaké" avez-vous mis aussi beaucoup de musique ?
Il y a effectivement une très belle pièce de violon celtique irlandais très mélancolique à un moment donné qui revient. A un certain moment,  émanait vraiment une sorte de bulle de mélancolie et je trouvais cette musique très adaptée.Mais c’est moins musical comme ambiance. J’ai voulu rester assez fidèle à l’esprit du film. 

 

Pour «  Chriac » il y a aussi des bruits au début qui en quelque sorte amorcent le spectacle !

Il y a une bande son mais assez brève que j’ai réalisée dans le but de porter l’univers onirique.. Je pars de cette femme qui écoute au casque une musique de relaxation  avec des vagues, des cloches tibétaines et aussi de petits cailloux qui résonnent dans le vent et qui s’entrechoquent de manière aléatoire. Cela donne un univers sonore très lié à la méditation ; à ce genre de choses… J’aurais voulu en mettre plus mais je sentais que les comédiens ne le souhaitaient pas vraiment. J’ai donc essayé de tenir compte de leur désidérata.

 

Pourquoi Chirac ? A-t-il un côté théâtral selon vous ?

Nous ne sommes pas les seuls à avoir été attirés par le personnage et les politiques ont toujours fasciné. Toute la série des rois de Shakespeare sont des personnages politiques. Mais là c’est une façon d’aborder autrement l'homme non pas par la puissance du personnage dans son histoire mais par une sorte de subterfuge où on le retrouve après sa mort. L’idée est partie de Dominique Gosset mon co-auteur directeur du théâtre de la Contrescarpe et producteur du spectacle. Il est venu me voir et m’a dit sans avoir d’idée vraiment précise « Je veux faire un spectacle sur Chirac, je sens qu’il y a quelque chose d’intéressant à faire. » On a réfléchi, on a lu beaucoup de biographies, on a écouté de nombreuses interviews, notamment les cérémonies de vœux, les discours, les reportages sur lui.  On a également parcouru les renseignements fournis par les deux personnes qui l’ont approché de la manière la plus intime Jean-Louis Debré et Jean-Luc Barré. Notre souhait était d’approcher Chirac par le bout un peu plus secret du personnage en essayant de percer ce qui se cache derrière le masque. Il a quelque chose de théâtral dans sa façon de s’exprimer, de se mouvoir. L’écriture du texte a été très longue 2 ans. On a fait 14 versions et on a vraiment peaufiné puisque le COVID nous en a laissé le temps. On a remis en cause beaucoup de choses à un certain moment.  On s’est dit que l’on n’était pas sur la bonne voie, on a refait autrement pour finalement parvenir à une version qui nous a plu.

 

Y a-t-il selon vous  quelque chose chez Chirac qu’il n’y a pas chez les autres ?

Oui comme quelque chose de plus savoureux !... Il existe  ce rapport à l’inconscient collectif qu’il a déclenché peut-être malgré lui, et qu’il a entretenu habilement. Même si certaines personnes ont éprouvé de la haine à son égard, beaucoup d’autres ont éprouvé une véritable affection pour lui. Il rappelle un peu le personnage du roi dans l’ancien régime. Des personnes pour qui le peuple avait parfois une haine violente mais souvent aussi une sorte d’attachement car il les représentait. Quand j’ai commencé à travailler avec Dominique Gosset, je lui ai dit que Chirac me faisait penser à Henri IV. Le bravache, l’homme politique avant le roi qui chargeait à la tête de ses troupes. C’est l’homme au long nez, la bonne chair, les bons vins, les femmes, le franc parler et la capacité de s’y prendre avec le peuple.

 

Avez-vous trouvé l’acteur facilement ?

On a cherché un peu car ce n’est pas évident de trouver un comédien qui incarne bien Chirac. Marc  Choupart a commencé assez jeune sa carrière à la Comédie française avec J.Pierre Vincent. Il vient du théâtre subventionné que je connais bien. J’ai souvent travaillé avec des acteurs de ce monde là avant de travailler avec ceux venant du privé. Il existe une grande exigence par rapport au travail et pour moi ce qui est primordial c’est d’avoir un comédien disponible pour aller au fond  du travail de direction du jeu. Pour ce spectacle, on y a vraiment passé des heures, avec un vrai plaisir celui de comprendre qui était Chirac du point de vue du maniement de la langue. Comment il parle, quel rythme il emploie, comment il chante la langue. Le texte existe aussi avec les trous. C’est-à-dire dans les silences, les commentaires, dans l’écoute des uns et des autres. On a vraiment fait un travail de partition, et l’on a toujours voulu entendre Chirac le dire. On entendait sa voix, ses silences, son ironie, ses commentaires à peine perceptibles . Tout était déjà dans le texte. Une fois que l’on tient la langue on tient le personnage. Au moyen d’accessoires on a vraiment transformé le personnage. Il porte une perruque faite d’après des photos de Chirac par un des perruquiers de la comédie française, et les lunettes ont été prêtées par la maison Bonnet où se ravitaillait Chirac. Le personnel a été délicieux et ravi de participer à cette aventure. Je pense qu’il y a des moments où l’on a l’impression d’être en face de Chirac et j’aime beaucoup ce trouble. Si je le fais c’est d’abord pour m’impressionner personnellement, pour me donner cette émotion du trouble. J’ai une saine naïveté de spectateur d’enfant se laissant happer par l’illusion du théâtre. Cela me plaît beaucoup et j’aime profondément jouer avec cette technique.

                     Une manière différente de procéder avec les deux comédiens :

Quant à l’actrice Fabienne Galloux, elle est arrivée beaucoup plus tard car elle a remplacé l’actrice initiale. Elle vient du privé et du boulevard et la manière de la diriger était totalement différente. Il a fallu l’inciter à ralentir, à chercher les émotions, une fragilité car généralement les comédiens de boulevard fonctionnent sur une énergie. Mais c’est une comédienne vraiment brillante qui donne bien satisfaction quand elle a compris ce qu’on lui demande. Dans la pièce, c’est un personnage un peu polymorphe car à certains moments elle se transforme en psychanalyste, puis en journaliste par certaines questions où elle titille l’homme politique.  On a imaginé quelqu’un qui sans doute a été séduite par cet homme et peut-être comme une femme à un moment donné en quête d’une figure paternelle. Qui dans son rêve imagine que Chirac pourrait être son père.

 

 

Il existe aussi un travail intéressant sur l'éclairage!

C’est un travail qui tient compte de ces petits lieux qui accueillent un certain nombre de spectacles à la suite et qui n’ont pas un nombre de lignes de lumières très importants.  Il faut donc se montrer d’autant plus débrouillard pour éclairer. Pour «  La chute » j’ai vraiment voulu trouver des lumières. Mais pas des lumières de face ou de pleins feux et je veux montrer le plateau le moins possible. J’essaye d’éclairer les comédiens, les objets, de désigner certaines zones mais un plein feu sur le plateau je n’ai jamais fait, je ne peux pas. Pour moi c’est un processus qui dépoétise tout car on montre le théâtre. Or si on le voit  tel qu’il est dans sa réalité, on ne peut pas rêver.  Il faut le voir dans son illusion et la lumière aide beaucoup. Pour le décor, on a 2 fauteuils et une chaise prêtés par le Sénat. L’idée c’était vraiment d’être dans un jardin public. Le reste de ce qui est projeté ce sont des panneaux réfléchissants avec une vision un peu trouble, un peu déformée des images et des comédiens.  Avec selon l’endroit où l’on est placé un regard un peu différent... On entre dans le rêve, c’est la dramaturgie de cette pièce là. Les films projetés ont été réalisés à partir de photos dont on a essayé d’optimiser l’aspect onirique… Elles sont de Romain Veillon un des meilleurs photographes selon moi du mouvement Urbex.  

 

Vous considérez-vous comme un metteur en scène plutôt directif ou au contraire qui laisse plutôt libre le comédien ?

Je pense que je suis très accompagnant et je pars toujours du comédien. Je ne fais pas jouer du saxophone à une clarinette. Je pars du comédien, de ce qu’il est physiquement, vocalement et puis aussi du matériau que l’on travaille, du texte, du personnage et j’accompagne le comédien au plus près. J’ai une idée très précise de la manière dont la langue doit sonner ; c’est mon oreille musicale. Et j’essaye de m’en servir sans contrainte ; Mon plaisir c’est la création en équipe sans les relations de pouvoir. Parfois, je prends des décisions, parfois j’argumente, mais c’est vraiment un travail en relation avec la personnalité du comédien que j’aime réaliser…

 

Agnès Figueras-Lenattier

 

jeudi, 08 juillet 2021

Françis Huster

La différence entre le jeu au théâtre et le jeu au cinéma :

 

Vous avez fait une formation avec René Simon et Antoine Vitez. Que vous ont-ils appris ?

René Simon qu’on appelait «Le patron», m’a enseigné l’audace et l’insolence, en fonction des valeurs humaines du texte lorsque j’avais un rôle à interpréter. Il m’a appris aussi en dehors de ce côté rebelle à avoir confiance. A n’écouter que ce que mon instinct me commandait de faire. Antoine Vitez m’a appris à refuser les acquis, à remettre en question toutes les références théâtrales. Celles-ci ont d’ailleurs contribué pour pas mal de mes camarades à cette époque-là à les paralyser. Et à faire rater leur carrière. À force de se sentir fils de Jouvet, de Vilar, de Barrault ou de Dux, on en arrivait à oublier qu’il fallait réinventer ce métier à chaque génération. Antoine Vitez a été une sorte de Che Gevara du théâtre avec ce que cela peut comporter de danger mais en même temps d’audace. Il se trouve que le triangle entre Simon, Vitez et Florent a représenté le coup de chance de ma vie car Florent pour sa part m’a enseigné à travailler avec les autres. C’est d’ailleurs l’intérêt majeur que je vois à suivre des cours d’art dramatique : savoir apprendre à travailler avec les autres.

 

Et le cinéma est-ce que cela s’apprend ?

Le problème du cinéma c’est exactement le même que celui du football. Dans les années 50 chaque joueur sur le terrain avait sa place. Les arrières jouaient à l’arrière et ne dépassaient jamais la ligne médiane. Les demi-centres étaient au milieu du terrain et n’allaient jamais attaquer. Quant aux attaquants, ils ne revenaient jamais défendre. C’était les grandes années du football brésilien de Pelé et du football français de Coppa et Fontaine. Et puis le football a évolué. Tout d’un coup dans les années Emilio Ferrera, le catenaccio italien a décidé que tout le monde allait au contraire comme dans un jeu d'échec, défendre avec les noirs et attaquer avec les blancs. Ce sont des matches de foot qui se terminaient souvent par le score de 1/0. Des matches très longs qui ont porté haut le football italien, mais qui ont tué un certain sens du football. Ensuite, s’est opérée une totale évolution. Toute l’équipe s’est mise à défendre où à attaquer. On a vu alors pour la première fois des arrières marquer des buts, des demi-centres aller à l’attaque, des avant-centres défendre jusqu’à la ligne des buts. C’est le même principe au cinéma. À un moment donné et je pense notamment aux films de Marcel Carné, de Jean Renoir, de Duvivier, Clouzot, les techniciens imposaient le style du film aux metteurs en scène. Et les metteurs en scène avaient un dialoguiste qui sculptait des dialogues pour les acteurs (Audiard, Companeez ...).Les acteurs se retrouvaient donc dans une théâtralité avec une caméra, et avaient à dire des grands textes classiques. Ils venaient sur le plateau et des metteurs en scène comme Pagnol, Guitry dirigeaient plus la caméra que l’acteur. C’était là que résidait le problème. Et puis est arrivée la nouvelle vague. La caméra est devenue elle-même un acteur. Elle a fait partie de la narration assassinant le style Clouzot, et abolissant le directeur d’acteur dictateur. La caméra est devenue fluide et s’est presque mise à respirer en même temps que les acteurs. S’en est suivie une liberté de jeu avec les deux plus grands metteurs en scène de la nouvelle vague que sont Jean-Luc Godard et Claude Lelouch. Lelouch est derrière sa caméra, il nous dit le texte, on répète après lui et puis il efface sa voix. Ce changement a engendré comme pour le football le fait que tous les acteurs contribuent au film. Il n’y a plus la super star, les seconds rôles et les petits rôles. Le cinéma d’aujourd’hui comporte des films ronds où tous les rôles sont des rôles principaux.

 

Est-ce une bonne chose ?

Quand on est sur un plateau de cinéma, on passe par exemple trois quarts d’heure à préparer la lumière, trois quarts d’heure au maquillage pour préparer chaque acteur. Ensuite, on met les acteurs dans des loges ou des car-loges. Puis arrive l’assistant qui dit «C’est à vous». On nous emmène alors sur le plateau où les lumières et la caméra ont été préparées, et on nous annonce que l’on va tourner. Le metteur en scène commence à travailler avec les acteurs de la même façon que pour l’installation de la lumière et du travelling. Or les gens de l’équipe demandent «Combien de temps va t-on attendre avant que les acteurs soient prêts» ... Le metteur en scène sur un plateau de cinéma n’a donc pas le temps de faire travailler les acteurs. Or pour que l’on arrive à un cinéma révolutionnaire avec un jeu exceptionnel des acteurs, il faut des metteurs en scène qui puissent travailler tranquillement. Les techniciens doivent comprendre que diriger un acteur ne se fait ni la veille ni avant. Mais sur l’instant et au moment où l'on tourne. Si l'on a besoin de vingt minutes pour diriger une actrice qui n’a que deux lignes à dire, on doit prendre ce temps-là. On est battu dans tous les domaines par le cinéma américain, indien et chinois qui a tous les moyens pour permettre un tournage immense avec des effets spéciaux. Si nous voulons nous en sortir, nous, le cinéma européen, nous devons le faire sur la qualité de l’acteur. J’ai toujours considéré comme un véritable scandale qu’aucun acteur français n’ait jamais eu un oscar à Hollywood. Ni Raimu, ni Gabin, ni Belmondo, ni Delon rien. Je passe aussi sur des acteurs sublimes comme Mastroianni. La qualité des acteurs européens va venir de cette révolution qui va consister à ce que, pendant que les techniciens installent le travelling, la lumière, le metteur en scène travaille avec les acteurs. Il faut donc éduquer les acteurs à apprendre à travailler avec du bruit, avec des gens qui passent ...

 

 

Avez-vous des choses à reprocher au théâtre actuel ?

Oui c’est la conception cartésienne par rapport à des auteurs comme Beaumarchais, Musset, Racine, Corneille, Hugo. Il existe un raz de marée destiné à réinventer totalement ce théâtre là. Certaines mises en scène d’opéra sont sublimes, pourquoi n’y aurait-il pas le même phénomène vis-à-vis du théâtre classique. Je pense que la puissance du théâtre viendra du renouveau total du raz de marée de la mise en scène.

 

Et comment concevez-vous cette mise en scène ?

Comme ce que j’avais fait avec Richard II de Gloucester, mon adaptation de Richard III de Shakespeare. J’avais monté la pièce comme si c’était Onassis, Jacky Kennedy, lord Oswald, sans changer un mot de Shakespeare. J’avais même mis de la musique. Dominique Probst avait fait une partition extraordinaire, c’était Shakespeare. Il y avait des hélicoptères comme si c’était le Vietnam, des bandes-son extraordinaires et Deborah Warner était venue voir le spectacle avant de faire son film, lui aussi dérivé de Richard III. Un film dans la même lignée et qui était magnifique ...

 

Pour vous quelles sont les différences entre la mise en scène de théâtre et la mise en scène de cinéma ?

Une énorme différence. Comme entre la marine et l’armée de l’air. La mise en scène au cinéma consiste à placer la caméra, donc l’œil du spectateur, là où il peut suivre le fil rouge de l’histoire qui dure une heure trente. Et non pas à placer la caméra pour suivre ce que fait chaque personnage donc chaque acteur du film. Deux personnes sont en train de parler dans un café. Ce qui compte ce n’est pas ce que l’un et l’autre pensent, mais ce qu’ensemble ils nous racontent. Par exemple on voit Gary Cooper dans «Le train sifflera trois fois» aller chercher de l’aide. Il marche en avant et demande à son copain de venir combattre avec lui les bandits qui arrivent. La caméra est dans la grande rue par terre en travelling arrière et comme Fred Zinnemann passe la caméra en dessous, il nous mythifie Gary Cooper. Ceci nous aide à comprendre que Cooper aura beau marcher, jamais il n’aura ce qu’il veut. Si la caméra avait été au contraire dans son dos, on aurait été conscient qu’il aurait obtenu ce qu’il voulait. C’est cela la mise en scène au cinéma. Quand on a un scénario, il faut du début à la fin marquer le fil rouge. Deux personnes sont dans un café et n’ont rien à se dire. L’une sort et a envie de se suicider. Au lieu de faire un gros plan sur elle, on utilise un plan très large où elle est très petite. De cette façon le spectateur peut se dire «Tiens elle est complètement paumée dans cette ville». Et puis l’acting au cinéma, c’est de tout faire en tant qu’acteur pour ne pas jouer avec soi-même. Il ne faut jouer qu’avec celui qui est en face de soi ...

 

Au théâtre c’est le contraire !

Oui. Au théâtre, il faut dire aux gens qui sont dans la scène ce qu’on pense et ce qu’on sent. Quand un personnage se trouve sur une scène et qu’on ne sait pas ce qu’il pense, c’est foutu. C’est pour cette raison que le théâtre classique était si intelligent. Il comportait des monologues comme «Je pense ceci, je veux cela» ... Jouer au théâtre c’est presque être aveugle et sourd vis-à-vis de ce qui est en face de soi. En effet, quand on est deux sur scène, le spectateur passe de l’un à l’autre selon sa volonté. Dès qu’il a saisi ce que l’un ressent, il va sur l’autre. On doit donc jouer avec les autres au cinéma, et seul au théâtre. C’est d’ailleurs pour cela qu’au théâtre, on supporte un monologue. Le cinéma représente l’échange humain entre les gens. Quant à la mise en scène de théâtre, elle est très compliquée car il faut maîtriser comme avec un cheval les temps de galop, de trot de la pièce. Comme on n’a pas de montage, de retour en arrière, on est obligé de rythmer la représentation. Au théâtre, ce ne sont pas les décors, les costumes, la lumière, la direction d’acteur qui comptent, c’est le rythme. Ainsi si l'on va au théâtre, on se dit «C’est dommage il aurait joué deux fois plus vite le spectacle aurait été génial ou le contraire». Le metteur en scène est comme un chef d’orchestre qui se doit de donner le solfège de la pièce. Cette scène est jouée trop vite, celle-là trop lentement, ces deux scènes sont jouées au même rythme c’est une erreur, les silences sont trop importants, pas assez ... Un metteur en scène pourrait se dire «Je me fiche des décors, des costumes, des lumières chacun ses responsabilités. Moi je suis là au premier rang pour dire plus vite, moins vite, attend, plus fort, moins fort».

 

Comment cela se traduit-il au niveau du jeu des acteurs ?

Par deux possibilités. La première consiste à laisser les acteurs trouver eux-mêmes leur place. Puis tout d’un coup on leur dit «Cela est bien on le garde, là tu es bien tu me touches. Tu es très drôle, très juste». Tout vient de l’acteur et une espèce de puzzle se construit au fur et à mesure. Comme ç’est l’acteur qui décide, c’est extraordinaire car rien n’est faux. Dans la deuxième solution rien ne vient de l’acteur. C’est le metteur en scène qui joue tous les rôles et qui impose sa vision aux acteurs au mouvement près.

 

Et au cinéma ?

Au cinéma tu as confiance en ce que tu fais alors qu’au théâtre tu doutes. Plus tu doutes, plus tu es fort, alors qu’au cinéma tu dois être persuadé que tu es le rôle. Il n’existe pas de personnage au cinéma. C’est toi qui joues, c’est toi qu’on filme et tu peux te permettre de ne pas jouer. Je dirais qu’au théâtre on joue, et qu’au cinéma on ne joue pas. Il faut aller encore plus loin que Jouvet et dire, on ne joue pas au cinéma. Tout acteur qui devant une caméra joue, c’est insupportable ...

 

En fait, on peut très bien prendre quelqu’un dans la rue et lui demander de jouer son propre rôle !

Je pense qu’on doit prendre un acteur, et lui demander de jouer son propre rôle. Ce qui m’intéresse si on fait par exemple un remake de «La femme du boulanger» c’est de mettre Bacri à la place de Raimu pour qu’il fasse du Bacri dans du Bacri. Pour moi la grande force de Raimu, Brando, Belmondo, Delon c’est que dans toute une partie de leur carrière ils ont fait du Raimu, du Brando, du Belmondo, du Delon. Je ne crois absolument pas au personnage, c’est faux ...

 

Pour vous est-ce qu’un acteur de cinéma est forcément bon au théâtre et vice versa ?

J’ai eu l’expérience avec Alain Delon dans «Variations énigmatiques», il était exceptionnel. On a fait complet du premier au dernier jour et à chaque représentation, Delon revivait. C’était comme si, à chaque fois, c’était la première fois qu’il jouait. Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir un personnage devant moi, j’ai eu l’impression d’un Delon pleurant, s’asseyant, criant, murmurant, souffrant. C’est pour cette raison que ce fut une grande réussite. Pour moi il n’y a pas des acteurs au cinéma et des comédiens au théâtre. Il y a des acteurs qui ont conscience dans leur personnalité qu’ils sont comme un instrument qui ne pourrait pas se changer. Tu es un violon, tu ne vas pas te changer en contrebasse, tu restes tel quel et c’est ton cœur qui parle. Si un acteur ne correspond pas physiquement au texte qui est comme une partition, comme un violon, il n’a rien à faire dans la pièce. Par exemple distribuer Delon dans « Antoine et Cléopâtre » ou dans «Qui a peur de Virginia Woolf» oui. Dans «Roméo et Juliette» certainement pas même quand il avait vingt ans. C’est plus pour Sami Frey ...

 

Pourquoi ?

Il existe des acteurs dans la vie qui ont une fatalité en eux comme Delon, Tom Cruise. Et puis des êtres qui sont comme des insectes avec des épines et qui sont des teigneux. Comme Norton, De Niro, Auteuil, Balmer, Chesnais. Ce sont des êtres insociables. Ils rentrent dans une pièce, on ne les remarque pas, ils se fondent totalement. On est exactement comme des animaux : il y a des tigres, des lions, des reptiles, des insectes. Luchini par exemple c’est un aigle ; il se pose, s’en va, puis revient, puis il est dangereux ... Chacun fait partie d’un monde qui lui ressemble.

 

Qu’est-ce que peut ressentir un acteur de cinéma qui fait du théâtre ?

Un acteur de théâtre qui fait du cinéma se sent toujours un peu amoindri car le texte, la partition qu’il a à interpréter, n’a aucun rapport avec les partitions du théâtre. C’est comme si l'on comparait Mozart, Beethoven Mahler et les autres à Trenet, Aznavour, Brel, Ferré ... Brel, Ferré c’est magnifique, et il existe des films extraordinaires comme «La grande illusion». Mais l’interprète de Mahler se sent un petit peu frustré quand il interprète Brel. Au cinéma la plupart du temps, l’acteur de théâtre n’a pas une palette de jeu suffisamment forte, grande, sublime. Bien sûr, certains rôles sont sublimes au cinéma, mais si c’est un second rôle, l’acteur de théâtre est toujours frustré. Le problème, c’est que l’on ne peut pas dire que la plus grande cantatrice du monde est mieux qu’Edith Piaf. Quant à l’acteur de cinéma qui fait du théâtre il se dit «Mince, d’autres personnes sont sur scène et personne ne m’aide». C’est plus une histoire de camaraderie entre acteurs et une question d’arriver à se débrouiller tout seul. Trois personnes sont sur scène, et tout d’un coup le public se moque royalement de qui est à côté de soi. On sent huit cents personnes qui sont en train de vous regarder et de vous écouter, et tout doit partir de soi …

 

 Que doit-on faire de plus ou de moins côté jeu de l’acteur ?

C’est exactement ce que vous venez de dire. Au théâtre, cela se traduit par une intensité supérieure dans la justesse du sentiment. Et non pas au niveau du phrasé ni du travail sur le texte. Si on se plante dans la justesse du sentiment correspondant à la scène, c’est fichu. Au cinéma, ce n’est pas une question d’intensité. Au contraire c’est une question de justesse du naturel, du jeu. L’intensité du sentiment vient de la photo, suivant si elle est plus ou moins contrastée, plus ou moins dans les ombres. Si la lumière est sur un gros plan ou pas etc. On peut magnifier un acteur au cinéma et se servir de l’image avec le son. On peut baisser la voix, aller davantage dans les graves ...

 

Les artifices sont plus nombreux !

Appelons cela plutôt des surmultiplications de ce que l’on fait. Mais si on met une extraordinaire lumière sur quelqu’un qui n’est pas juste, cela n’ira pas. N’oublions pas qu’au cinéma on n’a jamais entendu la vraie voie de Gabin, de Raimu et des autres. Comme tout passe par un appareil, c’est la voix métallique que l’on a entendue. Si j’entends ma voix au cinéma, j’ai un petit recul en arrière. Elle est multipliée dans ses défauts comme dans ses qualités et c’est un fond qui n’a rien à voir avec moi. J’entends, comme j’entends au téléphone, la voix de quelqu’un. Je reconnais la voix de ma femme, de mes enfants mais ce n’est pas pareil. Au cinéma, comme tout est accentué si on joue juste au départ, c’est dix-mille fois juste. Et si on est mauvais c’est dix-mille fois mauvais ...

 

Le rôle du corps est-il plus important au théâtre ?

Probablement qu’il est plus important au théâtre mais qu’il est beaucoup plus dangereux au cinéma. En effet, si le corps est mort, on ne peut pas être juste. Le cinéma c’est un jeu d’échecs et on ne peut pas tricher à ce jeu. Au cinéma, où l'on est naturel ou on ne l’est pas. Le théâtre c’est du poker, il existe du bluff. On a les cartes en main. Si l'on joue Bérénice, on a des cartes sublimes, et on les abat au fur et à mesure de la pièce. On retient et on ne va pas jouer pendant une heure trente en se disant que l'on a une quinte flush. Mais en se disant que l'on joue Bérénice et que c’est un rôle sublime. On doit faire toute la pièce. C’est vraiment la comparaison exacte. On mise, on trompe le public. Les dix premières minutes, on peut penser que l'on joue de telle manière, et puis finalement jouer autrement. Mais certains acteurs, c’est terrible d’ailleurs, abattent leurs cartes tout de suite et jouent tout le rôle en cinq minutes. Et pendant toute la pièce ils font la même chose ...

 

Le poker est-ce plus excitant que les échecs pour vous ?

Au théâtre, c’est quelque chose de beaucoup plus chat et au cinéma, quelque chose de beaucoup plus chien. Au théâtre, les acteurs ronronnent, griffent, ils sont souples et caressent le public. Le théâtre, c’est de la séduction, le cinéma pas du tout. Le cinéma se fait naturellement, je mords, si cela ne vous plaît pas salut.

 

L’humeur avant de jouer est-elle plus importante au théâtre ou au cinéma ?

Au cinéma c’est de l’éjaculation précoce. Cela demande une telle intensité entre moteur et coupez que je conseille aux acteurs d’être complètement en dehors du rôle, avant moteur et coupez. Il est absolument impossible entre six heures du matin, moment où l'on se lève pour se rendre au tournage, et le moment où l’on tourne, d’être concentré pendant dix heures, pendant deux mois et d’être le rôle. Ou alors on est fou. Ce qui m’est un peu arrivé avec Jean Moulin. Il faut dire que j’étais tout seul sans famille en Tchéquie. J’allais à l’hôtel, je ne sortais jamais le soir et je me suis pris pour Jean Moulin pendant deux mois. Mais c’est beaucoup trop dangereux. Donc je crois qu’au cinéma, il faut être totalement relax comme le sont les sauteurs en hauteur. Ils sont décontractés puis tout d’un coup, on les voit se concentrer. Ils sautent et puis c’est fini. C’est pour cette raison que je parlais de l’armée de l’air, alors que le théâtre, c’est la marine. C’est un voyage où tu t’embarques avec toute une troupe et tu joues la pièce. On ne peut pas faire revenir en arrière le bateau puisque chaque jour de répétition, on continue. Alors qu’au cinéma on peut jeter. On jette, on recommence, on jette, on recommence. Le cinéma c’est un art coup de poing KO alors qu’au théâtre au contraire on cherche à rencontrer en soi-même le texte. C’est un travail de longue haleine, de mûrissement. Chaque jour on gagne un peu plus, on sculpte. Au cinéma quand on est mauvais on tousse, quand on est bon on crie. Les prises de cinéma représentent des cris successifs ...

 

Et au niveau fatigue physique ?

Je dirais que la fatigue physique se produit au théâtre, et la fatigue morale au cinéma. Au cinéma, on a la culpabilité de se dire tout le temps «Ce n’est pas bien ce que j’ai fait». Il existe toujours le fait de se dire «Je peux en refaire une». Au théâtre on n’entend jamais cela. On est convaincu que le metteur en scène veut quelque chose. Et une fois que l’on sait ce qu’il veut et que l’on arrive à le faire c’est fini. On ne se pose plus de questions. En fait, le cinéma, c’est l’art de se poser des questions, et le théâtre c’est l’art de donner des réponses. C’est ainsi que l’on voit la pièce, que l’on doit la jouer. Un point c’est tout.

 

Et le fait de jouer seul ?

Je crois que c’est une erreur de jouer seul, j’en ai toujours été persuadé. Le plus beau souvenir de ma vie c’est «La peste». Je l’ai joué six-cent-quatre-vingt-treize fois partout y compris à l’étranger. C’est un souvenir sublime et j’en suis fier. D’ailleurs au Musée Grévin, je suis dans le costume de «La peste». Mais jouer seul, c’est comparable à un peintre qui ferait un portrait de lui-même. Or la seule justification pour jouer seul comme un pianiste qui fait seul son récital, c’est pour des raisons d’une importance personnelle capitale. À savoir défendre un texte qui vous paraît d’une importance capitale du point de vue artistique ou politique. À ce moment là ce n’est plus une erreur, c’est un devoir.

 

Vous disiez qu’au théâtre il faut jouer seul mais lors d’un duo cela peut paraître étrange !

Non, quand un chanteur d’opéra chante en duo, il chante seul même si on entend l’autre. Il doit défendre sa partition et ne fait pas d’osmose. C’est brut de coffrage.

 

Au cinéma c’est donc le contraire !

Oui c’est un non jeu qui se traduit par une écoute. On doit simplement recevoir. C’est comme, si, en boxe, quand tu attaques, c’est le théâtre, et si tu défends, tu te protèges, c’est le cinéma. Les plus grands acteurs de cinéma ce sont ceux qui regardent, écoutent et renvoient la balle. Au cinéma, il faut des Borg, au théâtre des Mac Enroe ...

 

Que ressentez-vous lorsque vous jouez au théâtre et au cinéma en même temps ?

Je pense que ce n’est pas très malin car c’est comme si on n’avait plus d’élan quand la représentation du soir commence. Commencer à avoir un peu la trouille vers quatre heures constitue une nourriture de la vie quotidienne qui fait progresser sur scène. Or si pendant la journée on tourne au cinéma, la nourriture quotidienne est inexistante. Et puis quand on va se faire maquiller à cinq heures du matin pour un film, on n’a pas la concentration subtile nécessaire, et on ne prend pas les risques qu’il faut.

 

Vous avez le sentiment d’être moins performant !

Absolument. L’un après l’autre, mais pas les deux en même temps. C’est comme si on faisait un régime, et qu’en même temps on bouffait. C’est totalement contradictoire.

 

Vous avez écrit pour le cinéma et pour le théâtre. Quelles sont les différences ?

Au théâtre c’est l’auteur qui parle de A à Z à travers ses personnages. Il existe un ton, un style et tous les personnages parlent à la façon de l’auteur. Au cinéma c’est le contraire. Ce sont les personnages qui parlent, pas l’auteur. Et c’est difficile d’écrire un scénario de cinéma sans connaître les acteurs qui vont interpréter les rôles. La réussite des grands auteurs, c’est de penser déjà aux acteurs qui vont interpréter leur texte.

 

C’est ce que vous aviez fait pour « On a volé Charlie Spencer !

Non, mais c’est ce que j’ai fait pour le suivant. C’est ce que j’ai appris avec mon premier film ...

Agnès Figueras-Lenattier 

 

 

jeudi, 01 juillet 2021

Concert piano

Le 10 juillet à 18h30 au théâtre de l'île Saint-Louis  39 quai d'Anjou, Masae Gimbashi fille d'un authentique poète japonais  interprétera au piano Erik Satie, Gerschwin, Debussy, Ravel... Et ajoutera 2,3 morceaux de l'album Sleepless Night... Cette artiste diplômée de l'Ecole normale de musique de Paris, se produit en Europe , au Japon et aux Etats-Unis. Elle a notamment enregistré 5 albums solo chez Plaza Major Company, le dernier fin février 2020 " Je te veux"...

https://www.divertir.eu/blog/culturel/masae-gimbayashi-l-...