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lundi, 12 avril 2021

Christophe Bernelle

Un nouveau président Gilles Moreton a été nommé assez récemment. Mais que faut-il retenir de positif ou de négatif des années  Bernard Guidicelli?

Il attachait beaucoup d’importance aux résultats internationaux pour les très jeunes. C’était en quelque sorte son dada ce qui me semblait un peu exagéré. Il tenait beaucoup à ce que les moins de 14 ans soient dans les tous meilleurs dans l’épreuve Tennis Europe avec une course au point pour obtenir une bourse. Or l’important en moins de 14 ans c’est quand même de penser à améliorer son jeu même s’il faut faire des tournois.. Quelque chose a changé en junior ces dernières années c’est le classement ATP. Il est maintenant très important d’être le mieux classé possible surtout la dernière année junior. En effet, si un jeune est  dans les 20 ou 30 meilleurs mondiaux, il peut bénéficier de wild card pour les 15.000 dollars.  En revanche, s’il n’a pas ce classement là, il galère. Pour avoir ses premiers points, il doit passer un tour dans le tableau final et si les concurrents sont nombreux, il ne peut même pas s’inscrire dans les qualifications. Cela ne signifie pas pour autant  qu’il deviendra  très fort dans le futur mais il aura au moins la possibilité d’être sur le circuit pro. A une époque, très peu de choses étaient structurées dans les clubs et les ligues. Ensuite, ce fut au contraire le développement de pas mal de pôles et à un moment donné il y en avait trop. Sois tu allais en pôle, soit tu avais du mal à t’entraîner.  Avec l’arrivée de Bernard Guidicelli, c’était carrément l’inverse. Il voulait presque fermer tous les pôles pour que tout se passe près de la famille avec les entraîneurs de clubs et de ligues.  L’important, c’est que le jeune et sa famille puissent utiliser ce qu’il existe de mieux pour lui, pour son développement.  Certains joueurs préfèrent rester près de chez eux avec un bon entraîneur de club et de ligue sans faire trop de route. Ils peuvent ainsi continuer leurs études. Pour d’autres c’est plus compliqué car les distances sont très importantes. J’ai vu aussi des joueurs qui ne voulaient même pas rentrer le week-end chez eux, tellement le père était à fond derrière ne laissant même pas l’enfant se reposer.

 

Quel est le parent qu’il faudrait avoir pour que l’enfant devienne un champion?

Un parent doit être là surtout pour soutenir son enfant. On trouve surtout chez les filles des exemples assez extrêmes de parents très investis comme ceux de Marion Bartoli.  Mary Pierce aussi pendant un temps. Surtout chez les petits, la présence des parents joue un grand rôle. Généralement ce sont eux qui donnent aux enfants l’envie de jouer au tennis. La plupart du temps, l’un des deux parents  aime le tennis, fait jouer le gamin ou la gamine. Sinon, c’ést un frère ou une soeur qui joue. Le petit ou la petite suit, regarde puis très vite a envie de taper dans une balle. Ce premier désir de l’enfant, ce premier plaisir d’arriver à la remettre de l’autre côté du filet doit être partagé avec les parents. Quand on est enfant, on est super heureux d’avoir réalisé cela. C’est un peu comme un exploit que l’enfant a envie de renouveler et sans cesse. Quand ils commencent à vraiment s’amuser, la plupart du temps les enfants ne veulent plus sortir du court. Quelque chose d’important aussi c’est le mur.  Les jeunes qui commencent et qui sont mordus essayent de continuer à taper la balle contre un mur. Celle-ci revient tout le temps, tout le temps. De nombreux  joueurs et joueuses se font des films et c’est bien. Ils rêvent énormément, s’imaginent jouer contre leur idole, par le biais du mur. La passion est alors transmise. Et cela vient à 80% de la famille. Quand  Djokovic était petit,  il a eu un contact avec le tennis en regardant les cours que donnait une enseignante. Celle-ci l’a vu et lui a dit qu’il pouvait essayer. Il a dit oui, a tapé 2,3 balles et elle a vu qu’il était loin d’être maladroit. "Parle à tes parents, demande lui qu’ils viennent lui a t-elle conseillé. Si tu veux, tu pourras prendre des cours." C’est comme ça que tout a commencé. Il raconte que justement lors de son 1er cours, il est arrivé avec un sac très bien rangé. La prof a eu le malheur de lui dire «  Dis donc tu as un beau sac, tout est bien rangé, tes parents se sont bien occupés de toi.  Et Djokovic de rétorquer «  oh oh, c’est moi qui fait mon sac. «  l était super heureux et l’histoire est partie. Si les enfants deviennent vraiment motivés, les parents vont être énormément sollicités. Ils vont être amenés à trimbaler leur enfant de tournoi en tournoi, la plupart du temps l’entraîneur étant indisponible.  C’est là où le joueur  doit être vraiment son propre  supporter. Si les parents connaissent un peu la compétition et qu’ils en ont fait un peu eux-mêmes, c’est bien car ils savent la difficulté de ce sport. Notamment au niveau du mental. L’enfant doit vraiment être heureux de faire de la compétition. A ce sujet, j’ai une anecdote avec un petit qui était au centre de Potiers.. Un gaucher classé 15, 12 ans, le 2ème de France dans sa catégorie, disputait les poules sans élimination directe que les enfants à partir de 6,7 ans peuvent disputer. Il en parlait, avait encore des étoiles dans les yeux, et  évoquait  les bons goûters qui le motivaient.  D’où l’importance d’un bon état d’esprit, d’une bonne ambiance. Le plus important c’est que les jeunes passent un bon moment. Le nombre de matches qu’ils ont gagné doit être anecdotique. C’est surtout un rassemblement de jeunes, qui tapent dans la balle, avec une initiation de la compétition. Ce n’est pas pour rien que ce jeune a adoré tous ces rassemblements. Les parents sont là pour soutenir leurs enfants surtout ceux qui supportent mal la défaite. Ils doivent relativiser et se dire que le plus important, c’est de participer au tournoi, au rassemblement, de voir ses copains et d’ essayer de faire le mieux possible. S’il n’a pas réussi, il n’a pas réussi, il fera mieux la prochaine fois.  Il ne faut pas qu’il pense à  la victoire à tout prix comme le voulait Bernard Gudicelli  avec de l’argent pour les entraînements et d’éventuels contrats de marque .

 

La tentation de tricher

Qu’un enfant qui a absolument envie de gagner ait la tensation de tricher, c’est assez classique. Comme un enfant qui joue aux cartes, il a envie de gagner, il va être tenté de tricher. La plupart des enfants  le font pas mais le rôle des parents est super important. Certains parentls ferment les yeux, et vont même jusqu’à encourager l’enfant. Certains étrangers de Russie où des pays de  l’Est  n’hésitent pas à piquer des points parce qu’il faut gagner à tout prix. Les parent doivent être là pour éduquer leur enfant et leur faire comprendre que ce n’est pas comme ça qu’ils vont être forts mais en améliorant leur jeu, en travaillant. Evidemment, c’est un discours qui doit être repris par les entraîneurs qui généralement  ont le bon état d’esprit.  Par contre chez les parents, je pense que c’est plus rare car ils ont un peu plus de mal à avoir de la distance avec ce que vivent leur enfant de manière générale. Là encore c’est le rôle de l’entraîneur d’éduquer un petit peu les parents, de leur faire comprendre que c’est important que tout se passe bien. Qu’un match soit avant tout un moment plaisant…

 

Il faut souhaiter à l’adversaire un beau combat?

Oui comme le disent certains grands maîtres d’arts martiaux il faut souhaiter que l’adversaire soit en grande forme pour essayer de le battre à son meilleur niveau. Que ce soit un beau combat où les deux joueurs ou joueuses  ne sont pas loin de leur meilleur niveau. C’est là que se situent les plus beaux matches, les plus belles batailles. Ainsi lorsque l’ on a une balle de match souvent on est très tenté de souhaiter la double faute de l’adversaire. Or, il faut plutôt se concentrer sur le fait qu’il va faire une bonne 2ème balle et essayer d’anticiper cette 2ème. De visualiser l’endroit où l’on veut mettre un bon retour, pour essayer de prendre le jeu à son compte et gagner le point. C’est facile à dire et pas forcément facile à faire mais c’est important de l’avoir en tête. Si l’entourage, l’entraîneur et les parents l’inculquent à l’enfant jeune, c’est super…

 

Comment un parent doit-il réagir si l’enfant est très déçu après un match, qu’il pleure et qu’il va dans sa chambre!

Déjà, il  faut le laisser exprimer ses émotions très vite et arriver à parler avec lui. Et surtout lui montrer que ce n’est pas parce qu’il gagne un match ou qu’il perd que l’amour qu’il lui porte est chargé. Personnellement, c’est vrai que j’ai  ressenti à un moment donné quand le tennis a commencé à être sérieux pour moi, et que j’avais perdu un match, le soir mon père était moins content. Il était un peu fermé.  Un enfant le ressent forcément. C’est ce que l’on appelle du langage infra verbal. Ce n’est pas dit par le parent mais l’enfant ressent le visage d’un parent déçu parce qu’il a perdu un match. L’enfant a davantage de pression pour le match d’après, car il n’a pas envie de rendre malheureux ses parents. C’’est un peu la même chose quand on a une mauvaise note. Certains parents peuvent être très touchés par cela. Le parent doit surtout faire comprendre à l’enfant qu’ils peuvent en parler.  Déjà il faut dédramatiser  et c’est bien si on peut faire parler l’enfant «  Qu’est-ce qui a marché, qu’est-ce qui n’a pas marché? Est-ce que tu penses à ce qu’il faudra que tu fasses la prochaine fois? » On peut l’aider à voir clair par rapport à son match et le faire parler dessus. Et puis peut-être qu’il s’est mis trop de pression car c’est le cas de beaucoup d’enfants.  Ma mère était moins sensibilisé. Elle connaissait un peu plus le tennis mais c’était surtout lié à son caractère. Que je gagne ou que je perde, il n’y avait pas de grande différence.  C’était plutôt une chance. C’est évident que l’entourage est fondamental on en a de plus en plus conscience. Il faut arriver à aider les parents même si c’est difficile et l’on arrive plus facilement à faire comprendre des choses à des parents ouverts. Certains sont assez fermés et ont l’impression de tout savoir. Ils n’ont pas forcément envie d’écouter d’éventuels conseils.  Nadal ok il a des qualités physiques, du talent mais le mental  commence déjà par l’éducation et puis le côté très soutenant. Ça a vraiment bien fonctionné. Son oncle pouvait parfois être très dur à l’entraînement avec lui, il l’a dit, et Nadal pouvait revenir à la maison en pleurant. Forcément la mère de Rafa n’était pas très contente. Donc elle en parlait au père de Rafa et le père qui est le grand-frère de Toni allait parler à Toni pour qu’il aille un petit peu plus mollo.  C’est une dynamique familiale. Le père de Rafa ’était un peu le boss de l’équipe. C’est évident que si Rafa n’avait eu que Toni et qu’il n’y avait personne d’autre pour lui dire d’ y aller mollo de temps en temps il aurait pu casser Rafa. Il aurait pu le dégoûter d’autant plus que Rafa aimait bien le foot. En plus, il avait un oncle qui avait joué à Barcelone. Il aurait très bien pu envoyer balader son oncle, et faire du foot. Et on n’aurait pas eu Rafa.  La dynamique familiale au sens large est très importante. Avec d’abord les deux parents. 

 

 

Quelle est l’attitude idéale d’un parent quand son enfant joue? 

Pas simple d’être parent. Mon fils a fait une ou deux compétitions, ma fille l’aînée en a fait une. Je n’étais pas là, or c’est assez drôle. Elle était au CAM et avait 7 ans. Elle était à l’école de tennis,  aimait bien taper dans une balle sans plus. J’ai quelques souvenirs où je la faisais  jouer, c’était le soir, l’été. Elle pouvait quand même jouer jusqu’à 10h du soir, jusqu’à la tombée de la nuit même.  Quand tu es parent, tu dis c’est bien, tu es en train de transmettre une passion.  Après il y a eu le premier tournoi du club et des enfants de l’école de tennis.  Alizée ma fille n’avait pas trop envie de jouer, elle n’est pas compétition, elle le sentait déjà. Mais comme elle aimait bien Jacqueline Le Boubenec qui filait des bonbons aux enfants, elle lui a dit ok je vais faire le tournoi. Elle le fait, c’était un mercredi, et mon ex femme y était. Elle m’a raconté. Ma fille commence le match, l’autre joueuse sert, n’hésite pas à servir à la cuillère. On me raconte qu’il y a un jeu accroché, mais elle le perd. A elle de servir et elle ne voulait servir que par en haut. Et alors 1 puis 2 puis 3 puis 4 doubles-fautes. 2/O elle sort du court; c’est fini. C’est une artiste; ce n’était pas sa tasse de thé. Mon fils c’était un autre genre. Il est allé faire le tournoi de la ligue, du CAM à 7,8 ans. . Il perd, après il joue la consolante, il gagne deux matches par W0, je ne suis pas sûr qu’il gagne un match , je crois qu’il perd après et puis il se faisait tellement des films qu’il avait l’impression qu’il allait gagner le tournoi. J’ai du le regarder deux fois. Bien sûr tu as envie qu’il gagne, qu’il mette la balle dans le court. Mais j’avais quand même du recul et après il a joué beaucoup plus au basket. Il se mettait une pression . Il faut le soutenir et qu’il soit content d’aller faire son match. Et puis s’il perd ce n’est pas grave, il y aura un autre match après. Faut vraiment qu’il soit heureux d’être là surtout et tout faire pour qu’il soit content. Si possible, il faut éviter qu’il se rende compte que ça stresse les parents. 

 

Quelle attitude les parents doivent-ils avoir avec l’entraîneur?

Là encore l’idéal c’est qu’ils fassent énormément confiance à l’entraîneur sinon c’est compliqué. Ou alors  changer d’entraîneur, ce qui n’est pas toujours simple à l’intérieur d’un club. Tout le monde n’a pas l’argent pour payer un entraîneur privé. Un bon entraîneur va aussi aider les parents qui vont être amenés à accompagner leur enfant en compétition. Il va  les aider à avoir la bonne attitude; à essayer d’être actifs aussi mais dans le bon sens du terme. Il peut peut-être les inclure un peu, leur dire que leur enfant doit avantage attaquer, essayer dès que la balle est courte de se projeter et d’aller vers l’avant. Si l’entraîneur n’est pas là, il peut très bien confier une mission aux parents. Les parents vont alors regarder, vont peut-être compter les fois où il est allé à l’attaque, et les  fois où il aurait peut-être pu le faire et où il n’a pas saisi l’occasion. Et qu’ils ne soient pas centrés uniquement sur le score, je gagne, je perds. Les parents peuvent aussi  regarder les entraînements et voir si leur enfant arrive à refaire la même chose en match.

 

Si un parent prend trop de place!

C’est important que l’entraîneur soit psychologue. Dans le football, les joueurs vont au club, prennent le bus, vont à leur match et l’entraîneur ne rate aucun match. Par contre au tennis, on sait bien que les parents font partie de l’équipe. C’est un pilier important pour que le joueur ou la joueuse s’épanouisse à travers la compétition qui remue beaucoup de l’intérieur. Au niveau des émotions l’enfant est seul sur le court. 

 

Le tennis est un sport difficile car il met les nerfs en boule!

C’est un des sports les plus durs dans la tête. Déjà c’est un sport individuel. Dans un sport collectif, on peut gagner même si on joue mal à partir du moment où les autres joueurs ont bien joué. On peut même dire j’ai perdu parce que l’autre a été nul dans les buts, il a fait une merde. Au tennis,  on ne peut  se cacher. C’est un sport d’opposition différent du judo où il existe la notion du chronomètre. Dès que l’on a un avantage, il suffit de garder son avantage et l’on gagne. Au tennis ce n’est pas ça. Il n’y a pas de chronomètre et même si on a un avantage il faut quand même gagner le dernier point. Tant que le dernier point n’est pas fini, le match n’est pas fini. Alors qu’au judo, s’il reste 10 seconde et que l’on a un avantage on peut tout faire pour ne rien faire. On a juste à tenir, on n’a pas à jouer son meilleur judo. Au tennis au contraire si l’autre est vraiment un combattant, il ne va pas donner le match. J’aime bien cette image de Brad Gilbert qui disait que quand l’autre est mené, il est comme un ours blessé. Et cette image est interessante car l’ours blessé est encore plus dur à tuer. Il faut donc être sur ses gardes encore plus et essayer de jouer le mieux possible. Il ne faut pas dire que l’autre nous a donné le match au contraire. On sait bien que terminer un match c’est ce qu’il y a de plus dur au tennis. Par rapport au golf, un match de tennis  peut durer très longtemps. Il y a eu une finale Djokovic  Nadal à l’Australian Open qui a duré pas loin de 6h, Santoro Clement était aussi un très long match.  Et que dire du fameux match Mahut Isner 11h en 3 jours à Winbledon. Il faut être fort physiquement, mais il faut aussi être fort dans la tête pour jouer 11H. Il n’y a pas d’autre sport où un match peut être aussi long surtout en sport individuel. . Au golf, on est en concurrence indirecte avec les adversaires alors qu’au tennis on ressent vraiment directement l’adversaire. Le tennis c’est vraiment un combat, c’est pour ça que j’aime bien le comparer souvent à un art martial. Agassi le compare à la boxe aussi , c’est vraiment un  combat où l’on se donne des coups. Mais les coups sont dans la tête justement. Quand on prend un full ace et ensuite un 2ème derrière ça fait mal à la tête. L’exemple que j’ai en tête c’est quand Agassi gagne Winbledon en 1992 contre Ivanisevic. Il doit prendre une quarantaine de full aces. Même s’il touche la balle cela fait quand même point pour Ivanisevic.  C’est là où il faut être très fort dans la tête. Agassi prend un ace comme si de rien n’était, va se replacer de l’autre côté sans broncher et il est prêt à retourner. Il prend un autre ace, il fait la même chose. Comme s’il n’était pas atteint alors que l’on peut avoir envie de râler, de dire le mec est incroyable, injouable. Des phrases que l’on entend sans arrêt sur tous les courts de tennis en compétition voir même à l’entraînement. C’est là où il faut être vraiment fort dans sa tête, accepter de prendre des coups et juste être prêt à saisir à un moment donné ce match là.  Agassi a eu l’opportunité de passer devant et de gagner en 5 sets. 

 

 

Que dis-tu à ces jeunes lorsqu’ils affrontent un copain?

C’est arrivé lors d’un tournoi junior en Espagne. Ils étaient plusieurs français, ils se sont joués. C’est important de souhaiter que l’adversaire soit à son meilleur mais là il faut le souhaiter encore plus. C’est un copain, un ami et il faut que  tous les deux on soit en forme. Il faut souhaiter que son ami ait un gros niveau de jeu, que le combat soit magnifique, et puis le meilleur du jour gagnera. En plus, ils sont juniors et  il faut souhaiter qu’ils se se jouent aussi en senior  dans les gros tournois.  L’important c’est de progresser et d’espérer qu’ils se joueront dans des finales. Il faut dédramatiser l’enjeu du match, c’est juste une confrontation. De toute façon, il faut toujours être centré sur son jeu, et essayer de jouer son meilleur tennis  et encore plus contre un ami.  L’ami doit également se dire la même chose. C’est un ami, il est capable de très bien jouer et mieux vaut mieux s’attendre à ce qu’il joue bien, savoir exactement ce qu’il peut faire et anticiper. Si son ami adversaire n’est pas en forme ce jour là, ce ne sera pas un super match et normalement  il le gagnera mais au moins il ne sera pas surpris.  Mais il doit visualiser le fait que son ami va faire un super match. 

 

Tu dis que cela doit se passer normalement comme contre un autre. Mais ce n’est pas possible! 

Deux choses interviennent. S’il existe une vraie amitié, je dirais très souvent qu’il peut vraiment y avoir un grand match car il y a l’envie de montrer à son ami que l’on est fort et vice versa. Généralement ça fait des bons matches. Si on perd bien sûr on est déçu mais c’est notre ami qui va continuer le tournoi donc on est content pour lui. Si on gagne, on est content pour soi et comme c’est un ami il est un peu content pour nous aussi. Après il y a les copains, c’est un peu différent. Et puis cas encore plus important quand on joue quelqu’un que l’on n’aime pas du tout. Cela peut-être plus compliqué et l’ on a plus envie de faire de la vraie boxe. Si on commence à ne pas bien jouer, à rater on risque de se frustrer. On se dit je n’ai pas le droit de perdre contre lui, il est trop con. On rentre dans un cercle vicieux et cela engendre une situation difficile à vivre. Un homme ou une femme prévenu en vaut deux, et là aussi il faut être centré sur son jeu et faire abstraction de la personne qui est en face. On connaît le jeu de cette personne, on sait ses qualités, ses défauts, et il faut être centré uniquement sur son propre jeu à soi. Et  ce n’est pas évident d’arriver à faire abstraction de l’autre. Mentalement c’est difficile mais avec du travail c’est faisable et il faut éventuellement le préparer ce match là. Cela me fait penser à Djokovic  qui travaille énormément mentalement. La dernière finale de Winbledon contre Roger, il a été capable alors que le public était à fond  pour Roger et scandait son nom il a été capable de faire comme si les spectateurs criaient son nom à lui. il l’a dit, il y arrive. C’est incroyable. C’est très facile de se dire « fais chier, ils sont tous pour lui, c’est insupportable, pourquoi ils ne m’aiment pas." Lui il sait ce qui va arriver et arrive à transformer. la situation à son avantage.  Comme si les spectateurs  étaient là pour lui. C’est remarquable. 

 

Et si c’est une bête noire?

On le connait; on sait exactement comment il joue, et ce qui nous gêne.  Idéalement c’est important d’arriver à visualiser un peu sa tactique et de se voir faire des choses dont on pense qu’elles vont l’embêter.  C’est peut-être prendre plus de risques quitte à perdre mais d’une autre façon.  C’est important d’avoir une tactique claire dès le début pour essayer de faire en sorte de le battre. Il faut y croire et là encore il y a un travail mental à faire puisque la façon dont on rentre sur le court va conditionner la performance. S l’ on joue une bête noire contre qui on a toujours perdu, il faut vraiment avoir en tête une tactique à mettre au point et se persuader qu’elle peut vraiment fonctionner.  Et qu’ainsi on peut le battre. Il y a un conditionnement à faire et si l’on ne fait pas ce travail là, cela risque d’ être compliqué. On risque de retomber un peu dans les mêmes travers.  L’autre en face a forcément des faiblesses  sauf si c’est Nadal ou Djokovic.  Gérulaitis  avait perdu 16 fois contre Connors et à la 17ème fois il le bat. Et lors de l’interview il a dit «  Il faut savoir que personne ne peut battre Gerulaitis 17 fois de suite. Faut toujours y croire même si c’est sa bête noire. 

 

Important aussi l’humeur? Ce n’est pas la même chose si l’on est serein ou si au contraire on s’est disputé avec quelqu’un de son entourage!

Là on en revient une fois de plus à l’importance de l’entourage par rapport à un match qui plus est,  important. Je pense au clan Nadal et à son  entourage pour tous les Grands Chelems à chaque fois. Il ya vraiment son cercle proche. Ca fait partie de ces routines pour qu’il soit bien. Tout le monde autour est là pour que justement il dépense zéro énergie en dehors de ce sur quoi il se focalise. Là on parle d’un très grand champion  mais au niveau des jeunes qui sont à un niveau international c’est important que les parents  mettent aussi une certaine ambiance,  dédramatisent le match car le joueur est vraiment concentré dessus. Nadal la dernière fois que je l’ai vu à Bercy jouait aux cartes où à de petits jeux de société avec son coach. Ils sont là comme des gamins en train de rigoler et non pas entrain de se regarder dans le blanc des yeux dans les vestiaires.1h avant on rentre dans les vestiaires et  pour les plus jeunes une demi heure avant . Pas la peine de se préparer 5h avant non plus.. Une espèce de rituel d’avant match se met en place dès que l’on rentre dans les vestiaires, et l’on se réchauffe physiquement. Parfois, on tape un petit peu la balle avant où l’on peut faire une petite sieste…

 

Ces enfants dont tu t’occupes est-ce que tu essayes de les intéresser un peu à autre chose qu’au tennis?

J’essaye  mais  tout dépend de l’âge. Ceux qui sont en terminale, même en première, je peux tenter de leur parler un peu philosophie. On peut commencer à parler un petit peu des différents philosophes que ce soit ceux de l’Antiquité grecque ou asiatique. Faire passer un petit peu des messages de ce style. Les grands joueurs ou joueuses ont quand même des phrases assez proches des philosophes notamment Nadal.  Les joueuses surtout se font mal, et peuvent se taper la cuisse avec une raquette.  On ne peut pas tolérer qu’elles se fassent mal ainsi. Même à l’entraînement elles le font parfois. C’est important que les joueurs ou joueuses se respectent eux-mêmes et l’adversaire aussi. C’est un sport difficile mais qui va les aider à mieux se connaître. La plupart essayent quand même d’avoir leur bac vu la difficulté pour être professionnel. Hugo Humbert a son bac je pense que Lucas Pouille aussi, Fiona Ferro je pense aussi. La filière américaine après le bac est quand même super interessante. Un français qui joue pas mal en ce moment c’est Arthur Rinderknech qui est allé aux Etats-Unis. Il a 25 ans, il est 120ème, et a énormément  progressé après son retour des Etats-Unis. C’est beau…

 

Concernant le tennis féminin, j’ai  eu une conversation avec Christophe Bernelle mais je ne retrouve plus les papiers où j’avais retranscris cette interview. Comme si on ne voulait pas que les femmes soient également à l’honneur. Non pas que je sois féministe tel qu’on l’entend ainsi quand par exemple on écrit cheffe ça me révolte tellement c’est laid, mais j’estime que les femmes ont  droit au même sort que les hommes même si elles ne disputent pas 5 sets. Ce serait ridicule de vouloir que la femme soit l’égale de l’homme physiquement. Ce ne sera jamais possible. Vouloir l’égalité entre les deux sexes est vain selon moi. Chaque sexe a ses qualités, ses défauts, ses caractéristiques et c’est ce qui fait le charme de la vie. Pourquoi vouloir comparer? A ce moment là, il n’y a plus aucun repère et c’est la gabegie totale.  Je le dis d’ailleurs dans mon livre «  La raquette à l’encrier » pour lequel je n’ai pas trouvé d’éditeur pour l’instant que c’est une cause de divorce car plus aucun des deux sexes n’est à sa place. L’homme veut faire la femme et la femme veut faire l’homme. Cela dit, un homme peut très bien être père au foyer j’en connais un avec qui ça se passe très bien, s’il conserve son rôle de père et la femme celui de mère. C’est tout à fait possible si les choses sont faites intelligemment.  Ce petit intermède ayant été réalisé, voici donc ce qu’il ressort de ma conversation avec Christophe Bernelle. Je préfère ne pas faire de distinction entre ce qu’il m’a dit et ce que je pense et c’est un panaché des deux côtés que je réunis là. Suzanne Lenglen a été la première femme hommes compris, à devenir professionnelle et à gagner beaucoup d’argent. C’était une vraie star et de nombreuses personnes venaient la voir lorsqu’elle s’entraînait sur un mur confectionné par son père dans un garage. Elle faisait très attention à la manière dont elle s’habillait et c’est vrai que sur les photos elle est très apprêtée. Et elle a parfois des positions incroyables avec notamment une détente inouïe. A la volée, elle décolle totalement du sol. Comme elle était professionnelle, elle n’a pas eu le droit pendant un certain temps de disputer les Grands Chlems et ce n’est qu’en 68 qu’elle a pu y participer. J’ai entendu dire mais il faudrait vérifier, qu’elle prenait du café pour se doper. Dans le livre rédigé par un journaliste italien dont il faudrait retrouver le nom, il n’est pas question de mental ce qui est un peu dommage. Mais Bill Tilden lui en parle dans son livre et évoque  déjà l’importance  d’avoir un bon état d’esprit… 

Sélès est ensuite la deuxième joueuse dont nous avons parlé. Christophe Bernelle apprécie beaucoup cette joueuse et la trouve touchante même s’il reconnaît qu’elle pouvait en faire un peu trop à la manière américaine notamment en offrant des fleurs au public. Personnellement ses cris m’exaspéraient et je pense que c’était le cas de beaucoup de joueuses. Les spectateurs je ne sais pas. Elle détient le record de 8 grands chelems et elle sera dure à détrôner.  Son père qui était un homme intelligent avait compris l’importance de ne pas se poser de questions sur un court et pendant longtemps il lui a interdit de compter les points. Quand elle faisait des matches, c’est lui qui lui disait le score et lui indiquait quand il fallait tourner.  Ce qui faisait qu’elle tapait la balle très fort sans réfléchir. Lors de ses finales, c’est l’arbitre qui lui indiquait qu’il fallait tourner. Elle ne le savait pas. C’est sans doute une des clés de son succès. Ensuite elle s’est fait agresser et a eu beaucoup de mal à s’en remettre car elle a trouvé que le milieu ne la soutenait pas beaucoup. Parfois quand elle roulait en voiture sans but, elle avait envie de se jeter dans un arbre. Elle a encore gagné un Grand Chelem après. 

Troisième joueuse : Serena Williams. Aux Etats-Unis il y a deux sortes de courts les privés réservés aux gens fortunés et les municipaux pour ceux qui ont moins de moyens. La famille Williams très motivée arrivait très tôt le matin, attendait dans la voiture pour que les filles puissent avoir le court en premier et jouer autant qu’elles voulaient.  La mère avait un très bon état d’esprit et pensait avant tout au bonheur de ses filles. Ainsi quand elle regardait ses filles, elle ne cherchait pas à savoir si elles jouaient bien mais si elles souriaient.  C’est en regardant Navratilova recevoir un gros chèque que le père a eu envie de mettre ses filles au tennis. Il s’est dit super ce sport ça rapporte bien et il a eu comme ambition de faire de ses filles des championnes. Pari gagné! Vénus et Séréna étaient déjà très fortes à 14 ans et il aurait pu les envoyer disputer des tournois à cet âge là pour récolter de l’argent. Mais il a préféré qu’elles mûrissent et a attendu qu’elles aient 16 ans pour les envoyer sur les tournois. Et ce fut visiblement la bonne tactique car elles sont toujours là. Et c’est assez fou ce qu’ a réalisé Séréna revenir au plus haut niveau après une grossesse qui en plus s’est mal passé… Mais, cela démontre aussi que la relève est difficile et que peu de joueuses arrivent vraiment à sortir du lot. 

Agnès Figueras-Lenattier

 

 

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